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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 14:53

 

Editions : L’Iconoclaste

Parution : Août 2017

117 pages

16 €

 

 

Ce très joli livre, dédié à ceux qui ont oublié l’enfance et à ceux qui n’en ont pas eu, plaira à tous. Car  les instants passés  et  les détails  les plus subtiles « n’habitent pas la mémoire …mais notre chair et nos os ». Ils ne surgissent donc  pas sans  prévenir, ils sont toujours là dans un désordre insolite.  Ainsi la seule résonance  de "Coco " ressuscite un vieux visage, un sonnet disparu, un retour à la maison des premiers jours… « Suis heureux de vivre » n’est pas la reconnaissance de l’enfant-roi, mais celle du jeune soldat qui réconforte ses parents. Le bonheur, c’est l’insouciance protégée, la chambre en désordre ou le pique-nique du dimanche soir, le genou écorché ou la peur de l’abandon. De même, le temps de l’amour et  de la mort n’effraient pas l’enfant qui veut devenir adulte, car au sommet de ses escalades ou de ses envols , il ne voit rien d’autre que le « neverland ». Mais un jour les petits chagrins deviennent désespoir, un désir de liberté infinie ronge, jusqu’à ce que la douleur soit perçue comme une porte d’entrée dans la connaissance de l’humanité, et peut-être mieux encore, comme une  simple histoire de confiance …Livre plein de poésie qui  révèle combien  l’adulte et l’enfant s’accompagnent et  se confondent  dans le torrent  de l’existence.

B.C.D

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 09:41

Editions : ZOE

Parution : 2016

139 pages

6,10 €

 

 

  Un petit chef d’œuvre autant par sa forme que par sa pensée qui redonne le moral quand rien ne va plus. Il ne s’agit pas d’une fuite de la civilisation, mais plutôt d’un recul, d’un silence nécessaire à sa compréhension, d’une solitude qui rend précieuses chaque rencontre et découverte.  Paolo Cognetti fait part de cette expérience en toute humilité, sans hésiter à citer de nombreux poètes qui ont trouvé  refuge dans la montagne et à reconnaître l’instruction et la sagesse de ceux qui l’habitent. Il part dans le Val d’Aoste de son enfance, avec ses neiges de printemps, ses rhododendrons  couleur du feu et ses vieilles ruines de pierre, là où l’homme s’est toujours battu pour survivre avant d’abandonner les alpages aux pistes de ski. Le feu de la Saint-Pierre  insinue la présence de Dieu dans ces coins reculés, comme les vieilles « baita » exhalent la présence des ancêtres disparus et les borne-frontières la fuite des exilés politiques. Ainsi avance Paolo Cognetti  « sur le  fil entre les deux vallées de (s)a vie » tout en poussant le lecteur sur cette même crête, d’où s’élève inévitablement  un chant d’amour pour la création et ses habitants.  Livre magnifique, prélude à  son nouveau roman « Les huit montagnes » paru chez Stock cet été.

B.C.D.

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 16:37

 

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2017

506 pages

22 €

.

 

 

Comprendre le passé pour mieux accepter le présent, tel est le projet d’Alice Zeniter.  Mais y parviendra-t-elle, si on en juge le titre de son roman ?  Son héroïne Naïma lui ressemble.   Petite-fille d’un Harki du nom d’Ali,  elle a du mal à accepter le silence de celui-ci sur son pays d’origine. Plutôt que de se joindre aux nationalistes indépendantistes, il  fit, selon elle, le mauvais choix de croire en la protection de l’armée française. Anticommuniste notoire, il faisait fructifier ses terres, embauchait  des ouvriers et s’assurait du versement des pensions de guerre. La fuite,  l’exil forcé et l’humiliation d’être parqué  dans des camps de réfugiés puis dans des barres construites à la va vite ne sont rien par rapport au sentiment d’incompréhension  dans lequel Ali s’enferme  pour toujours. Sa famille nombreuse saura-t-elle s’intégrer comme Hamid le fils aîné, sauvé par l’amour inconditionnel de Clarisse ? En tout cas sa petite-fille Naïma ne se contentera pas « des racines floues de brouillard ». Rejetant toute assimilation avec les colons comme avec les révolutionnaires, celle-ci trouve dans l’art de Lalla, peintre algérien,  une lumière éclairante qui la ramène aux sources.  Dans ce roman A. Zeniter, n’épargne personne, ni l’armée française, ni les indépendantistes,  ni ceux qui ferment les yeux . Certains vont s’en sortir, d’autres jamais, d’autres encore  feront le voyage en sens inverse comme l’auteure elle-même sans y trouver la paix, car "les barbus" surveillent… « Un pays n’est jamais une seule chose à la fois » et ce mystère indéchiffrable  est l’obsession de notre  temps. Très joli livre pour ceux qui ne craignent pas de garder les yeux grand-ouverts.  

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 14:52

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2017

661 pages

25 €

 

 

O. Pamuk donne l’impression d’être le chantre du romantisme turc. Son attachement à sa famille et à sa patrie, la solitude qui émerge des rues stambouliotes  malgré la modernisation de la ville et sa vision de l’homme font de son roman une œuvre universelle.  Les descriptions des lieux comme des êtres,  dictées par sa sensibilité, en disent long sur le bouleversement des mentalités du aux grandes vagues d’exode rural à Istanbul dans les années 50. Mevlut, son principal personnage qui arrive d’Anatolie,  a du mal à s’adapter au monde moderne. Les traditions paternelles et les rites religieux restent ancrés en lui, même si son métier est révolu et son  épouse pas celle qu’il croyait. Le lecteur s’attache  au petit écolier du lycée d’Atatürk qui  vend  yaourts et boza, puis une fois  adulte  tire une carriole à pilaf  devenue hors-normes et bien vite interdite par la police. L’armée tire sur « les ennemis de l’intérieur »,  les femmes s’émancipent, la loi sur l’avortement est votée. La narration est simple, les nombreux  interlocuteurs sincères, même si la jalousie, l’arrivisme et  les pots-de-vin les  écartent les uns des autres. Tandis qu’émerge une forêt de gratte-ciel  et de néons qui fait rêver la nouvelle génération, Melvut réalise enfin que « cette chose étrange en lui » n’est autre que son désir de faire perdurer ce qui est appelé à mourir.   Cette magnifique saga familiale laisse  derrière elle quelques traces de tristesse, sans doute parce que  chacun  ressent en son âme et conscience ce douloureux déchirement entre tradition et modernisme qui rend  « plus solitaire qu’un loup »...  

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 19:34

« Un dissident » par F-R de Guenyveau

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Aout 2017

329 pages

21,50 €

 

 

Après la mort de Dieu par Nietzsche et la mort de l’homme par Foucault, la fabrication d’un nouvel être humain  hante Christian Sitel comme le « Sacre du printemps » de Stravinsky  obsède sa mère, femme étonnamment froide, plus pleine d’ambition pour son fils que d’amour maternel, ce qui justifie un magnifique dénouement . Passionné  d’invention scientifique avec le  seul but  de perfectionner la nature humaine, Christian renonce à tout, accumule les diplômes et les heures de travail dans son laboratoire de recherche américain jusqu’à négliger les siens et s’oublier lui-même.  Mais pas le moindre  remords en lui,  car il est persuadé d’être chargé d’une mission supérieure, de servir une noble  cause : améliorer l’existence de l’homme en manipulant ses gènes pour lui apporter la perfection physique et intellectuelle qui lui manque afin d’être un surhomme et remplacer le  Créateur. Tel est le pari de Christian que l’auteur parvient à merveille à argumenter et à réfuter par l’intermédiaire de personnages tout aussi variés et persuasifs les uns que les autres. Au transhumanisme ambiant qui revendique la perfection humaine  s’oppose un amour de l’existence telle qu’elle est, avec ses joies à saisir et ses déboires à combattre. D’où l’intérêt de ce roman original qui montre combien il est  plus urgent  de réapprendre à aimer que d’inventer un homme nouveau…

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 08:36

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Août 2017

317 pages

22,50 €

 

 

Ce roman, tout en lenteur, n’est autre qu’une tentative pour maîtriser le temps qui passe, voire l’arrêter ou plutôt le dépasser par son  lyrisme. Si le lecteur persiste,  c’est grâce à sa poésie et à la découverte de la Chine du XVIIIème siècle où le plus célèbre  horloger du monde, l’anglais Cox, se met au service de  l’empereur Quianlong  bien plus despote et cruel que le temps lui-même. La mort qu’elle soit naturelle ou causée par le tyran rôde sans cesse. Pour oublier ceux qu’il aime autant que pour les retrouver, Mr Cox  veut satisfaire le  caprice  de celui qui a droit de vie et de mort sur tous ses sujets mais qui voit  le temps  lui échapper: la création d’horloges qui savent mesurer et freiner les variations et l’allure du temps, celui  de l’enfance comme celui  du condamné à mort ou  des amants. Certes l’empereur invisible met à sa disposition les matériaux les plus précieux jusqu’à appauvrir et révolter les habitants. Mais c’est le souvenir de sa fille défunte, la rencontre des prisonniers, l’entrevue d’un amour impossible  qui seuls  inspirent le travail de Cox.  L’empereur finira-t-il par comprendre l’essence même de la beauté des ouvrages de l’horloger  ou le condamnera-t-il à mort ? Et si  triompher sur le temps était possible  grâce à la patience et la persévérance ? Mais Cox parviendra-t-il à procurer "l'horloge intemporelle" ? En tout cas cet auteur autrichien parfaitement traduit par B.Kreiss offre une très belle allégorie : la  tentation démiurgique ne date pas d’aujourd’hui…

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:11

  

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 23 Août 2017

456 pages

22,90 €

 

 

C’est une petite esclave soudanaise inconnue qui inspire V. Olmi, une enfant au cœur pur que  l’auteure sonde si profondément qu’elle finit par se confondre avec elle.  Car V. Olmi se surpasse  par la sobriété  et la pudeur de son style autant que Bakhita par l’immensité de son  courage et de son innocence. L’arrière plan est démoniaque, il représente Bakhita victime des razzias et des viols de négriers musulmans à la fin du XIXème, des cruautés dues à  la  folie humaine qui abuse d’une domesticité résignée. Mais V. Olmi le fait avec finesse et délicatesse,  et une fois l’horreur poussée à son paroxysme, la noirceur émet « une réflexion de lumière ».  La nuit noire à laquelle se confie Bakhita devient révélation. La plus grande détresse dévoile une protection surhumaine, celle d’un  « Patrone » inconnu, impalpable, mais très présent qui finit par se révéler à travers des êtres  aimants et croyants.  C’est au rythme du « chant de la séparation »  que se déroule cette histoire vraie où Bakhita devra toujours quitter  malgré elle ceux qu’elle aime, en ressentant non seulement la plus grande tristesse mais un sentiment de lâcheté injustifiée. Et c’est cette souffrance intime  qui s’ajoute à la honte d’une peau trop noire, tatouée et fouettée, exposée comme un animal de cirque à cause d’une célébrité qui devient rentable pour des institutions qui se veulent humanitaires.  Bakhita accepte tout, à la différence de V. Olmi qui finit par une révolte heureusement apaisée par la lucidité  de Jean-¨Pal II, seul  à percevoir la  sainteté dans le cours diabolique  de l’Histoire…

B.C.D.

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 09:30

 

 

 

 

Editions : Stock

Parution : Décembre 2015

256 pages

19€

 

François Taillandier aime écrire des romans à partir de personnages historiques qu’il a plaisir à démystifier pour les  rendre plus proches de nous car « les sentiments fondamentaux sont universellement les mêmes », donc riches d’enseignement. L’empire romain et le royaume des Francs se meurent en même temps que leurs  chefs. Ce sont ceux-là mêmes que l’auteur nous dépeint sur leur lit de mort,  l’empereur Héraclius et le roi Dagobert. Le premier est lucide sur la versatilité de son peuple qui le  voue aux gémonies lors des défaites et l’encense  lors des victoires, la second est plein du remords de sa lâcheté vis à vis de l'Espagne envahie par l'Islam. L’agonie ne fait qu’augmenter les angoisses comme s’il fallait quitter le monde  pour mieux le comprendre. Moins d’un siècle plus tard, comme le flux et le reflux,   les « cavaliers noirs »  réapparaissent pour s’avancer toujours plus au Nord et  engendrer la terreur. S’ils sont vainqueurs, le calife Omar en déduit que c’est la volonté d’Allah. Karl Martel troque alors le marteau du dieu Thor contre la croix du Christ, et cela sous la recommandation du moine St Boniface et l’œil vigilant de son maître, le chroniqueur Frédégaire. Ce dernier, personnage  le plus attachant du livre, sans doute parce qu’il est l’alter ego de l’auteur, a pour tâche d’écrire les évènements politiques de son temps où toutes les figures doivent être représentées, celles du bien comme celles du mal, « car l’histoire des hommes n’est rien d’autre que l’histoire  de la Chute, et des efforts qu’ils font ou ne font pas… ». Lourde responsabilité qui   effraie Frédégaire autant que F. Taillandier, car il n’est pas facile de démêler les rivalités dynastiques, les descendances légitimes ou bâtardes et de faire d’hallucinations mythiques « la religion du livre »…

B.C.D.

 

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 14:33

« Avant que les ombres s’effacent » par Louis-Philippe DALEMBERT

 

 

Editions : Sabine WESPIESER

Parution : Mars 2017

287 pages

21 €

Estimation : 4,75/5

 

 « Avant que les ombres s’effacent » a toutes les caractéristiques du roman picaresque. Le talent de l’auteur à s’identifier à son protagoniste Ruben Schwarzberg laisse croire dans un premier temps à une autobiographie tant les sentiments du jeune Juif en exil sont émouvants. Mais bien vite l’immersion de celui-ci en Haïti, pays d’origine de l’auteur  décrit avec  beaucoup de pittoresque, révèle les véritables intentions  de L-P Dalembert.  Comme l’indique très clairement le titre , il faut , avant qu’il ne soit trop tard,  rappeler les horreurs de la vieille Europe  des années 40 en contraste avec  la beauté   paradisiaque d’Haïti qui s’est toujours battue pour l’indépendance de ses habitants, l’égalité des races et le bonheur de ses immigrés. C’est donc avec un récit erratique  semblable à la vie de Ruben que l’auteur nous promène dans  deux mondes antagonistes : celui d’un petit caporal à moustache auteur du traité de Nuremberg qui disperse de par le monde ou dans les camps de la mort des tribus soudées comme celle des Schwarzberg  et celui d’illustres inconnus Haïtiens. Ces derniers, qu’ils soient écrivains, politiciens, ambassadeurs, poètes ou chanteurs de jazz,  sont tous inspirés par la beauté naturelle de leur  pays, par la légèreté de leur langue créole, par les superstitions  de l’esprit vaudou qui ne fait qu’accroître la sensualité des mœurs au son des tambours et au rythme du rhum local. Ainsi l’auteur avec humour et amour réhabilite  l’image de ce pays accueillant, bien plus riche et bien plus heureux  que ne le dit sa renommée. Livre écrit dans un très joli style qui sait être tout à la fois  divertissant et  enrichissant.

B.C.D.

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 13:50

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2017

314 pages

 

Ce bien beau voyage sur la petite  île japonaise d’Aburi  montre combien les aspirations  du cœur humain sont universelles. Ryôsuke souhaite y réaliser le vœu de son père, une fabrique de fromages de chèvre alors que cet animal est traditionnellement réservé à la consommation de la viande.  Et pourtant une telle initiative enrichirait cette île qui a tous les attraits malheureusement méconnus par des habitants refermés sur eux-mêmes. Durian Sukegawa, par ce deuxième roman, fait preuve de  grands talents de peintre et de fin anthropologue.  L’île d’Aburi est décrite dans ses moindres détails, des forêts d’arbres géants qui abritent des chèvres sauvages jusqu’aux cavernes  en bordure de mer où il était de tradition d’abandonner les vieillards. L’auteur n’en oublie pas pour autant les passionnés d’innovations qui tentent tout pour arriver à leur fin ou ces jeunes abandonnés à eux-mêmes  qui cherchent à guérir ce qui les font souffrir.  Mais si la nature humaine est complexe, faible ou violente, totalitaire ou indépendante, le protagoniste reste impressionnant par sa détermination silencieuse à  suivre sa conscience et sa raison de vivre. Jolie évasion  pour un été sédentaire…

B.C. D.

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