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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 18:07
« Héritage » par Miguel Bonnefoy

« Héritage » par Miguel Bonnefoy

 

 

Editions : Rivages

Parution : Juin 2020

207 pages

19,50 €

 

S’il fallait définir ce beau roman en un seul mot, ce serait celui de l’enchantement, où par le biais de  portraits pleins de poésie et d'illusions, l’auteur parvient à transcender la fatalité. En 1870 un vigneron de Lons-le-Saunier voit ses vignobles ravagés par le phylloxera. Malgré l’amour de  sa terre du  Jura, il  s’embarque pour la Californie qu’il n’atteindra jamais, ayant contracté  à bord la fièvre typhoïde, ce qui lui valut d’être débarqué à Valparaiso du Chili. A partir de ce moment la saga familiale se passe  à mi-chemin entre  l’Europe et Santiago, entre le ciel et la terre, entre les rêves et la réalité. La  première guerre mondiale, à laquelle veulent participer les trois  fils de la première génération, révèle une Europe à feu et à sang,  un enfer qui contraste avec le  soleil chilien, avec la musique du maestro, la volière d’une épouse et les tentatives d’envol d’une fille aviatrice. Mais le Chili lui aussi ne sera  pas longtemps épargné. Il vient un jour où le temps heureux des citronniers et des oiseaux en surnombre est remplacé  par les autodafés des livres marxistes et les tortures de la dictature des carabineros. Grâce à une atmosphère toute exotique et une variété de   tempéraments où les hommes sont pleins de convictions et les femmes de courage, Miguel Bonnefoy parvient à faire aimer ce destin oscillant entre les couleurs chatoyantes  du folklore local et  l’austère désir  de rester fidèle à ses idéaux,   lourd héritage du sang qui permet  à Margot de survoler la Cordillère des Andes  et fait dire à Lazare  « je veux acheter un voyage »  … Livre magnifique qui pourrait bien remporter le Prix Goncourt des lycéens !

B. Clavel Delsol

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 15:51
« L’Arbre du pays Toraja » par Philippe Claudel

« L’Arbre du pays Toraja » par Philippe Claudel

Editions : Poche

Parution : 2017

209 pages

6,90 €

 

Sur l’île indonésienne Toraja le culte des défunts  a une importance capitale si bien que  ceux-ci sont considérés comme protecteurs d'un paysage  toujours luxuriant. Alors Philippe Claudel enfonce le tabou occidental où  toutes sortes d’euphémismes déguisent la mort. Le lecteur rentre dans les confidences d’un  cinéaste quinquagénaire, qui égrène les souvenirs de ceux qu’il aima, et tout particulièrement dans les affres de son meilleur ami Eugène au seuil de la mort. Tandis que ce dernier se réjouit des plus petits détails de l’existence, notre anti-héros s’enfonce dans un pessimisme incontrôlable. Il opte, comme thème de son futur film, pour le robot parfait,  au physique d’un sage vieillard à la mémoire  infinie, tandis que lui-même oscille entre la gentillesse de  son ex-épouse et la beauté irrésistible d’une jeune médecin. Livre décevant qui ne serait  autre qu’un melting-pot de rencontres  fortuites et d'évènements hasardeux si Eugène ne révélait pas la source de sa paix intérieure puisée dans son admiration  pour Milan Kundera, incessant combattant  pour la sauvegarde des libertés fondamentales. Ainsi l'arbre Toraja de Philippe Claudel se révèle peu à peu être une joyeuse  allégorie invitant  à  vénérer les morts tout en croyant aux promesses de la vie...

B Clavel Delsol

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 18:52
Hervé Bazin: Portraits de famille

Hervé Bazin : Portraits de famille

Editions : Omnibus

Parution : Février 2011

1248 pages

28 €

A l’occasion du centenaire de la naissance d’Hervé Bazin, les éditions Omnibus ont publié  un  livre présentant cinq  romans de l’auteur.  Pierre Moustiers est à l’origine de cette initiative comme  de la sélection des romans choisis, du fait qu’il est lui-même l’auteur d’un magnifique essai sur Hervé Bazin. D’un coup de plume il fustige la légende qui attribua à Hervé Bazin  la double étiquette d’un révolutionnaire anti-bourgeois et d’un autobiographe à l’enfance malheureuse. Il le prouve aisément en montrant l’opposition entre Brasse-Bouillon de « Vipère au poing » et  Arthur Gérane de « La Tête contre les murs », certes deux révoltés contre la famille, mais le premier  faisant tout pour s’en sortir, le second au contraire s’enfonçant dans la folie. Ainsi P. Moustiers fait d’Hervé Bazin non seulement un  fin psychologue, mais un « traqueur de vérité et du mot adéquat », un artisan plus qu’un artiste contestataire. Son amour pour la terre hérité des Bazin n’est qu’un atout de plus pour témoigner de  l’austérité des milieux financiers auxquels appartenait sa mère qui lui faisait dire : « Je suis un homme divisé : entre le raisonnable et l’irrationnel ». L’écriture est là heureusement pour combler ce vide et faire dans  « Qui j’ose aimer » de la propriété familiale, « La Fouve », un  personnage à part entière, voire le principal. Selon P.Moustiers le désir d’Hervé Bazin était  moins de régler des comptes personnels que de secouer  les  résignés de l’existence, se détacher du romantisme  autant que du  matérialisme,  mettre en garde de ce déséquilibre  moral qui menace tout un chacun, et surtout protéger la famille qui est pour l’enfant ce que le terreau est à la plante.  Cette magnifique préface reflète les propres talents de Pierre Moustiers,  de son vrai nom Pierre Rossi, qui a obtenu de nombreux prix littéraires et remet au goût du jour un écrivain dont « l’appétit créateur a détrôné l’éducateur donneur de leçons ».

B.Clavel Delsol

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5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 10:21
« La Société des Belles Personnes »  par Tobie Nathan

« La Société des Belles Personnes »  par Tobie Nathan

Editions : Stock

Parution : Août 2020

420 pages

22 €

La force de ce roman réside dans la fusion entre réalité historique et sentiments de l’auteur soucieux de transmettre ce qu’il advint aux Juifs égyptiens  après la seconde guerre mondiale. Dans les années 50  l’Egypte est aussi déséquilibrée que  son roi. Elle accueille d’anciens nazis  sous prétexte de bouter les Anglais hors du pays,  « la danse des Seigneurs » y est dénigrée par les militaires putschistes et interdite par les Frères musulmans. C‘est «  La Société des Belles Personnes » au cœur du Caire  que veut ressusciter l’auteur, là où est né le vieux Zohar Zohar : elle sait danser aux fêtes de la kudiya,  croit en Esther plus proche des djinns que des hommes, admire Doudou investir le minaret d’un chant biblique!  La première page de ce livre  commence avec l’enterrement à Pontin du vieux  Zohar Zohar,  qui n’a « pas perdu un seul fragment de son âme » malgré l’expulsion, l’exil,  le martyr de ses parents, ni oublié la vengeance promise aux siens.  Tobie Nathan va le faire revivre aux yeux de son fils François Zohar car ce dernier n’a pas pris encore  conscience des souffrances de ses ancêtres. Et c’est alors que le roman devient chasse aux nazis,  chasse à l’argent, chasse aux plaisirs, chasse aux cauchemars…Car Zohar Zohar forma avec ses trois amis juifs une famille d’inconsolables orphelins, désireux mais bien incapables d’embrasser le monde.  «Si Dieu pardonne tout, les hommes, rien », jusqu’à ce que la Providence ramène leurs pas à « La Société des Belles Personnes », là où on naît dans les pleurs mais où on meurt dans la joie, là où les youyous finissent par estomper la peur…Magnifique voyage au cœur du monde et de l’homme !

B. Clavel Delsol 

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 09:56
« Manderley for ever » par Tatiana de Rosnay

« Manderley for ever » par Tatiana de Rosnay

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2015

437 pages

22 €

 

Si les romans de Daphné du Maurier ont quelque chose de désuet, Tatiana de Rosnay les remet au goût du jour avec un talent imparable. Elle nous transporte dans cette Cornouailles sauvage qui sauva la jeune londonienne des impératifs mondains et de l’emprise de ceux qui l’aimèrent et la possédèrent à son insu. C’est la mer, le bateau du futur général Frederick Browning, les horizons infinis le long du littoral et les vieux  manoirs oubliés aux allées sylvestres  qui vont la faire vibrer et la révéler à elle-même avant de trouver le succès littéraire auquel elle rêvait tant. Si son envoûtement pour le domaine de Manderley passe avant tout le monde, c’est parce qu’il est  un refuge voire une forteresse face aux  contingences  quotidiennes. Un trop plein de solitude dû aux obligations militaires de son époux  va  justifier sa nature qui se prête plus qu’elle ne se donne, qui entend deux voix en elle, celles du yin et du yang, celles de la joie  de séduire par des histoires sombres et dramatiques. Et quand l’inspiration ne viendra plus elle s’acharnera à des biographies aussi travaillées que celle de Tatiana de Rosney. Livre très plaisant qui replonge le lecteur dans cette Angleterre victorienne  pleine de mystères. 

B. Clavel Delsol

 

 

 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 10:50
                                    « IMPOSSIBLE » par Erri DELUCA

                                    « IMPOSSIBLE » par Erri DELUCA

 

 Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2020

172 pages

16,50 €

 

 

Peu importe si l’accusé est coupable ou non. D’ailleurs le lecteur ne le saura jamais, pas plus que le magistrat qui l’accuse. Tout coïncide pour le crime parfait car la victime après avoir été un ami proche pendant les années révolutionnaires de l’Italie  fut un délateur. Cependant  l’inculpé fait preuve de rares  honnêteté de cœur et  probité d’esprit si bien que le magistrat donne l’impression de ne plus  chercher à savoir la vérité mais  plutôt à confirmer  ce dont il est sûr. Le but de l’auteur serait-il de remettre en cause la  justice en tant que telle? Il ne le semble pas car il souligne les dangers d’une vengeance personnelle toute relative. En fait ce paysage grandiose des Dolomites incite  l’auteur à  rester libre, libre vis à vis d’une justice qui pénalise un groupe et non l’individu, vis à vis des préjugés  des classes sociales et de leurs complexes, vis à vis d’un Etat totalitaire où les résultats de la procédure  ne sont que des approximations qui n’ont rien à voir  avec la vérité loyale du cœur humain. Peut être veut-il aussi justifier ses erreurs de jeunesse ? Heureusement son amour de la montagne apporte à cette technique d’ introspection  une précieuse  distanciation avec le monde en même temps que l'assurance de la bonne conscience ! Très beau livre où la tension dramatique est compensée par le lyrisme propre à Erri De Lucca et  par le fait que l’idéalisme n‘a pas  systématiquement le monopole de « l’impossible »…    

B. Clavel Delsol

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 16:58
« Fantaisie allemande » par Philippe Claudel

« Fantaisie allemande » par Philippe Claudel

Editions : Stock

Parution : Septembre 2020

170 pages

18 €

Le dernier livre de Philippe Claudel prête plus à la réflexion qu’au divertissement. Les  descriptions d’une Allemagne nazie ne pourraient justifier ce titre, ô combien déroutant, si l’auteur ne révélait pas l’essence même de la nature humaine. En effet  qu’ils soient acteurs ou victimes, déserteurs ou embrigadés, responsables d’hôpitaux psychiatriques ou simples agents d’entretien, ils apparaissent  fétus de paille ou  fruits de coïncidences hasardeuses, comme un fantaisie musicale se nourrit d’impromptus! Ici c’est le temps de la peur et de la mort. Il  engendre  l’incapacité  de résister, de discerner le bien du mal, voire même de ne pas différencier un brouillon d’une œuvre d’art. Plus tard peut survenir  un désir de faire éclater  la vérité ou simplement de se venger d’une génération meurtrière. Ironie du sort : les protagonistes s’appellent tous  Viktor.  Mais la victoire espérée n’est pas à n’importe quel prix, c’est celui  de la cruauté et du sadisme,   du génocide,  sans le moindre repentir, car chacun des  Viktor a toujours fait ce qu’on lui a dit,  jusqu'à déposer une petite Juive dans une fosse de morts. Alors ils s’éteignent peu à peu  dans  le noir d’une conscience pas nette, voire inexistante, celle qui a subi, obéi, hérité comme par transmission familiale. A une  génération de séniles qui s’endort au son de la musique nazie   succède  une jeunesse parfois morte avant d’avoir vécu, parfois au contraire assoiffée de vie mais incapable de la moindre compassion. Philippe Claudel ne juge pas, il met en garde tout simplement !

Brigitte Clavel Delsol

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 09:16
« Sur la terre comme au ciel » par Christian Signol

« Sur la terre comme au ciel » par Christian Signol

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2020

246 pages

19,90 €

 

Le bien connu chantre de  la terre ne se limite pas à la contemplation des arbres et des sillons mais se révèle ici un  ornithologue hors pair, amoureux des  plus fragiles créatures. Sa connaissance des oiseaux, de la  plus petite sarcelle jusqu’aux grands hérons cendrés, n’est pas celle d’un scientifique mais d’un vieux gardien vigilent d’un  parc naturel où viennent se reposer les oiseaux migrateurs. Alors quand le malheur frappe son fils parti  pour découvrir les espaces  plus grands et plus  sauvages du Nord du Québéc,  le vieillard perçoit la ressemblance entre la jeunesse et ces oiseaux, avides d’immensité et de liberté, dont il a toujours regretté  les passages trop brefs au-dessus de ses étangs du Touvois. Parviendra-t-il à  redonner goût à la vie à ce voyageur imprudent  par le simple amour de sa terre natale ? Saura-t-il retenir ce fils auquel il a transmis sa passion pour la nature ? Et s’il était lui même responsable de ce désir permanent de pousser toujours plus loin les frontières terrestres ? Telles sont les questions posées une fois de plus par Christian Signol, éternellement partagé entre la terre et le ciel …

B. Clavel Delsol

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 18:17
« Les caves du Potala »  par Dai Sijie

« Les caves du Potala »  par Dai Sijie

 

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2020

172 pages

18 €

A Lhassa, capitale du Tibet définitivement annexée par Mao, les communistes chinois  lors de la révolution culturelle de 1968 transforment  les caves du célèbre Palais du Potala  en prisons et lieux de tortures pour les contre-révolutionnaires. C’est là que se trouve Bstsn Pa,  vieux peintre du dalaï-lama, qui, pour tenter de résister à ses cruels tortionnaires, remonte le temps heureux où  il peignait ses tankas, rouleaux de peinture sur toile réservés à l’art sacré. Il revit ses chevauchées à travers un pays empli de monastères, revoit les chemins des pèlerins bordés de reliquaires et moulins à prières et la lumière du lac des Visions, à l ombre du plus haut toit du monde, qui inspirait  ses pinceaux. De même que le  régent du Tibet avait  pour mission de trouver l’enfant digne de la réincarnation du dalaï-lama,  de même le peintre se doit de réaliser l’union mystique entre le ciel et la terre, entre le charnel et le spirituel. Dans cet enfer communiste rien ne  peut  sauver Stan Pa. Mais grâce à l’écriture de Dai  Sijie, aux descriptions des fresques comme des paysages, les œuvres de Stan Pa resteront éternelles. Livre enrichissant, autant historiquement que philosophiquement. Le lecteur découvre la coexistence du beau et du mal, l’apaisement de l’âme malgré la souffrance physique, une liberté intérieure que nul ne peut atteindre et l’intérêt de l’art sacré qui permet au commun des mortels d’accéder au monde harmonieux de la méditation et du recueillement.

B. Clavel Delsol

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 14:27

« La fièvre » par Sébastien SPITZER

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2020

310 pages

19,90 €

 


 

La Fièvre jaune envahit Memphis le 4 Juillet 1878, jour de la fête nationale. A partir de cet événement qui a dévasté  la ville en quelques semaines  Sébastien Spitzer   parvient à faire  sur  la nature humaine une véritable étude  psychologique, révélant les diverses réactions humaines  engendrées  par une telle épidémie. Le  style est bref, sans détour, les dialogues très vivants,  la tonalité parfois  lyrique, parfois  drôle,  parfois tragique. Mais les phrases vont s’allonger et les tempéraments se brouiller au fur et à mesure que les évènements s’aggravent. La population fuit la ville, les pillards l’envahissent, le maire  minimise les événements, le couvent des religieuses fait plus preuve de maladresses que de bonne volonté, le jeune docteur charlatan est un lâche  tandis que le responsable du journal local fait des découvertes insoupçonnées qui vont changer le point de vue de son quotidien. Si le racisme comme le puritanisme subsistaient encore  dans ce Sud enrichi  par le coton, la Fièvre les chassera à jamais, car les sauveurs de Memphis sont ceux que l’on n’attendait pas : Anna Cook transforme son lupanar en hôpital et T.Brown l'ancien esclave prend les armes pour rendre à la ville la paix qu’elle mérite. Ce très joli livre fait revivre sans le moindre manichéisme des personnages qui ont véritablement existé et dont  la grandeur d’âme est  aussi imprévisible que  contagieuse .  Histoire opportune en ce temps de virus!

B. Clavel Delsol

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