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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 10:36

« Une odyssée, un père, un fils, une épopée » par Daniel Mendelsohn

 

Editions : Flammarion

Parution : 2017

418 pages

23 €

Insensé celui qui ignore  la dureté de la vie, le respect de la loi et des dieux ! Misérable celui  qui est incapable de maîtriser ses sentiments  et de sonder le cœur de son père ! Stupide  celui qui nie la beauté de l’épouse fidèle et le rôle du tombeau où s’inscrit le passage d’une vie ! C’est ainsi qu’en faisant revivre le retour d’Ulysse en Ithaque, Daniel Mendelsohn accomplit non seulement un magnifique plaidoyer pour la culture antique mais aussi  une démarche tout aussi intellectuelle que filiale. Un professeur d’université, qui n’est autre que l’auteur lui-même,  organise un séminaire sur l’Odyssée. Cette initiative va non seulement séduire ses élèves et tous les lecteurs de ce livre, mais aussi rapprocher de lui  son vieux père qui s’impose  en auditeur libre à ses conférences. Mendelsohn senior est un ingénieur qui exècre la  subjectivité nébuleuse  de la littérature, un  volontariste plein de rigueur et d’exigence, pour qui Ulysse comme Télémaque ne sont pas des  héros mais des marionnettes dans les mains des dieux. Alors pourquoi cet intérêt pour les chants de l’Odyssée plutôt que les scènes de l’Iliade ? La raison est simple: plus que le récit de l’aventure, c’est le problème d’identité qui importe, c’est la différence entre l’être et le paraître. Une croisière en Méditerranée sur les traces d’Ulysse va parachever la vocation du professeur et lui faire découvrir un père méconnu qui chante son bonheur de vivre  tel Ulysse racontant ses exploits à la cour du roi des Phéaciens. Très  inspiré par la poésie d’Homère et ses circonvolutions stylistiques, Daniel Mendelsohn  emmène le lecteur bien au-delà d’un séminaire et d’un voyage, vers un bouleversant rapprochement générationnel qui rend la poésie homérique plus vraie que les ruines d’Ithaque. Car, comme Télémaque, il  prend conscience de l’héroïsme de son père qui, tout en secret, fut  le poète de sa propre vie.  B.C.D.

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 09:55

Editions : Stock

Parution : Septembre 2017

299 pages

21,50 €

 

 

Pourquoi ce titre « Les huit montagnes »  alors qu’il s’agit de  l’histoire de deux amis liés par une seule et même montagne, le mont Rose qui domine le val d’Aoste? Mais avant cette amitié il y a ce père amoureux des hauts sommets que son fils ne comprendra que peu à peu, une mère effrayée par l’altitude à cause d’un souvenir inoubliable. Comme l’eau de la rivière, « le passé est en aval, l’avenir en amont». Alors l’enfant des villes va se tourner vers l’enfant des montagnes, et si les êtres ont tous leurs secrets intimes, seule  les beautés de la nature parviennent à les rapprocher. Un livre incontournable pour ceux qui aiment la montagne,  qui ne craignent ni son appel à toujours aller plus haut, ni ses dangers, ni l’aridité  de sa terre impossible à fléchir… L’auteur ne se limite pas à la passion irraisonnée du montagnard. Il en cherche la cause, est conscient que chacun a « une altitude de prédilection » dont les raisons intimes  sont multiples. Car si l’enfant des villes s’intéresse aux divers sommets de l’Himalaya à la différence de celui qui est berger sur le même versant depuis sa tendre enfance, si l’un  se noie dans l’humanitaire et l’autre dans la solitude, lequel des deux  aura le plus appris ? Quel que soit le résultat, c’est tout simplement celui qui aura le plus aimé…

B.C.D.

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 18:19

« L’enquête de Lucius Valerius Priscus » par Christian Goudineau

 

Editions : Acres Sud

Parution : 2007

334 pages

8,70 €

 

Le prologue comme l’épilogue se passent  à Alexandrie dans les années 2000 car il s’agit de « volumina » qui y ont été découverts. Sont ils des faux ou des authentiques ? Peu importe car ces manuscrits relatent une histoire passionnante, celle de Lucius Valerius Priscus chargé d’enquêter les causes des rébellions gauloises qui eurent lieu au Ier siècle après J-C.

Alors Christian Goudineau, historien passionné inspiré  par de récentes  fouilles archéologiques, narre les aventures de Valerius. Ce chevalier romain à la retraite est tiré de sa jolie villa  par le chevalier  Séjan , bras droit de  l’empereur  Tibère,  pour  enquêter sur les causes des rébellions gauloises. Certes les  impôts augmentent, les exemptions diminuent, mais les Gaulois sont ils véritablement à l’origine de ces soulèvements, eux qui ne renient pas la grandeur de Rome? Ou bien les auteurs de troubles seraient-ils des imposteurs romains, capables des pires complots pour obtenir des titres et  postes importants de gouverneurs? Si le livre foisonne de personnages excentriques, ambitieux, cruels ou repentants, savants ou illettrés, il laisse derrière lui une trace réaliste où les  intérêts économiques et identitaires se fondent dans des  élans romantiques. Un livre intéressant qui fait revivre  cette époque gallo-romaine, avec ses  combattants comme le célèbre Sacrovir, ses rites étranges,  sa vielle ville de Bibracte antérieure à Augustodunum, aujourd’hui Autun, où la fiction vient combler avec art les secrets de l’Histoire. 

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 20:20

Editions : L’Iconoclaste

Parution : Août 2017

97 pages

19 €

 

Un titre qui émeut, une émergence de mots et d’images qui éveillent la pensée, une réflexion  qui plaide pour le recueillement, telle est la démarche de Christian Bobin, un contemplateur qui veut « remettre en vie la vie ». Alors il s’adresse aux êtres qu’il aime comme aux objets  qui parlent à son âme. Sa belle écriture manuscrite qui remplit les premières pages annonce sa tentative. Il veut chanter l’enfance, désavouer ce monde moderne où il faut  toujours meubler le temps sans jamais  en apprécier la valeur. Il rend hommage à Ryokan, poète et moine japonais, qui parle d’un « bijou intérieur » qui n’est ni bijou, ni intérieur, mais simplement le ressenti de  l’éclat d’une fleur,  du souffle du vent, de la lueur argentée d’une goutte de pluie.  « Vivre n’est rien d’autre que donner sa lumière ». C’est ainsi que  tout en se  promenant de Paris au Creuzot en passant innocemment dans  la ville polonaise de Lodz, en sautant de Mozart à Bach,  Christian Bobin en vient à conclure que  « l’âme est ce qui résiste au monde », car l’éternité réside dans ces heureux instants. 

B.C.D.

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Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017 littérature
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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 20:48

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2017

403 pages

24 €

 

 

A l’heure où les mouvements séparatistes espagnols font parler d’eux, Yann Kerlau retrace l’histoire ensanglantée de l’unification des deux royaumes d’Espagne qui précéda le Saint Empire Romain Germanique.  Avec un immense talent il donne  la parole à trois personnages : la reine Jeanne de Castille, dénommée « Jeanne la folle »  par son père le  roi Ferdinand d’Aragon,  dont l’instinct de puissance  ne cessera jamais, jusqu’à le transmettre à son petit-fils, le futur Charles Quint, maître de l’Occident.   Trois voix toutes aussi prenantes  les unes que les autres. Celles de Ferdinand d’Aragon pleine d’arrivisme, de cruauté et de sadisme, celle de Jeanne  de Castille l’insoumise privée de sa couronne, de son mari, de ses enfants et de  sa liberté, celle de l’Empereur du Saint-Empire   qui sous le nom de chef de la chrétienté se révèle un infatigable despote. Gravitent autour d’eux de nombreux personnages célèbres ou inventés, certains remarquables par leur fidélité, d’autres odieux par leurs trahisons.  Les sentiments, qu’ils soient familiaux ou politiques, du domaine de la cruauté ou de la commisération, sont d’une logique implacable et retracent à merveille les excès d’un siècle où le crime et le devoir se confondaient  au nom de la patrie ou au service de  Dieu. L'atmosphère historique est parfaitement rendue et le style fluide romance à merveille cette bien sombre époque. 

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 14:53

 

Editions : L’Iconoclaste

Parution : Août 2017

117 pages

16 €

 

 

Ce très joli livre, dédié à ceux qui ont oublié l’enfance et à ceux qui n’en ont pas eu, plaira à tous. Car  les instants passés  et  les détails  les plus subtiles « n’habitent pas la mémoire …mais notre chair et nos os ». Ils ne surgissent donc  pas sans  prévenir, ils sont toujours là dans un désordre insolite.  Ainsi la seule résonance  de "Coco " ressuscite un vieux visage, un sonnet disparu, un retour à la maison des premiers jours… « Suis heureux de vivre » n’est pas la reconnaissance de l’enfant-roi, mais celle du jeune soldat qui réconforte ses parents. Le bonheur, c’est l’insouciance protégée, la chambre en désordre ou le pique-nique du dimanche soir, le genou écorché ou la peur de l’abandon. De même, le temps de l’amour et  de la mort n’effraient pas l’enfant qui veut devenir adulte, car au sommet de ses escalades ou de ses envols , il ne voit rien d’autre que le « neverland ». Mais un jour les petits chagrins deviennent désespoir, un désir de liberté infinie ronge, jusqu’à ce que la douleur soit perçue comme une porte d’entrée dans la connaissance de l’humanité, et peut-être mieux encore, comme une  simple histoire de confiance …Livre plein de poésie qui  révèle combien  l’adulte et l’enfant s’accompagnent et  se confondent  dans le torrent  de l’existence.

B.C.D

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 09:41

Editions : ZOE

Parution : 2016

139 pages

6,10 €

 

 

  Un petit chef d’œuvre autant par sa forme que par sa pensée qui redonne le moral quand rien ne va plus. Il ne s’agit pas d’une fuite de la civilisation, mais plutôt d’un recul, d’un silence nécessaire à sa compréhension, d’une solitude qui rend précieuses chaque rencontre et découverte.  Paolo Cognetti fait part de cette expérience en toute humilité, sans hésiter à citer de nombreux poètes qui ont trouvé  refuge dans la montagne et à reconnaître l’instruction et la sagesse de ceux qui l’habitent. Il part dans le Val d’Aoste de son enfance, avec ses neiges de printemps, ses rhododendrons  couleur du feu et ses vieilles ruines de pierre, là où l’homme s’est toujours battu pour survivre avant d’abandonner les alpages aux pistes de ski. Le feu de la Saint-Pierre  insinue la présence de Dieu dans ces coins reculés, comme les vieilles « baita » exhalent la présence des ancêtres disparus et les borne-frontières la fuite des exilés politiques. Ainsi avance Paolo Cognetti  « sur le  fil entre les deux vallées de (s)a vie » tout en poussant le lecteur sur cette même crête, d’où s’élève inévitablement  un chant d’amour pour la création et ses habitants.  Livre magnifique, prélude à  son nouveau roman « Les huit montagnes » paru chez Stock cet été.

B.C.D.

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 16:37

 

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2017

506 pages

22 €

.

 

 

Comprendre le passé pour mieux accepter le présent, tel est le projet d’Alice Zeniter.  Mais y parviendra-t-elle, si on en juge le titre de son roman ?  Son héroïne Naïma lui ressemble.   Petite-fille d’un Harki du nom d’Ali,  elle a du mal à accepter le silence de celui-ci sur son pays d’origine. Plutôt que de se joindre aux nationalistes indépendantistes, il  fit, selon elle, le mauvais choix de croire en la protection de l’armée française. Anticommuniste notoire, il faisait fructifier ses terres, embauchait  des ouvriers et s’assurait du versement des pensions de guerre. La fuite,  l’exil forcé et l’humiliation d’être parqué  dans des camps de réfugiés puis dans des barres construites à la va vite ne sont rien par rapport au sentiment d’incompréhension  dans lequel Ali s’enferme  pour toujours. Sa famille nombreuse saura-t-elle s’intégrer comme Hamid le fils aîné, sauvé par l’amour inconditionnel de Clarisse ? En tout cas sa petite-fille Naïma ne se contentera pas « des racines floues de brouillard ». Rejetant toute assimilation avec les colons comme avec les révolutionnaires, celle-ci trouve dans l’art de Lalla, peintre algérien,  une lumière éclairante qui la ramène aux sources.  Dans ce roman A. Zeniter, n’épargne personne, ni l’armée française, ni les indépendantistes,  ni ceux qui ferment les yeux . Certains vont s’en sortir, d’autres jamais, d’autres encore  feront le voyage en sens inverse comme l’auteure elle-même sans y trouver la paix, car "les barbus" surveillent… « Un pays n’est jamais une seule chose à la fois » et ce mystère indéchiffrable  est l’obsession de notre  temps. Très joli livre pour ceux qui ne craignent pas de garder les yeux grand-ouverts.  

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 14:52

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2017

661 pages

25 €

 

 

O. Pamuk donne l’impression d’être le chantre du romantisme turc. Son attachement à sa famille et à sa patrie, la solitude qui émerge des rues stambouliotes  malgré la modernisation de la ville et sa vision de l’homme font de son roman une œuvre universelle.  Les descriptions des lieux comme des êtres,  dictées par sa sensibilité, en disent long sur le bouleversement des mentalités du aux grandes vagues d’exode rural à Istanbul dans les années 50. Mevlut, son principal personnage qui arrive d’Anatolie,  a du mal à s’adapter au monde moderne. Les traditions paternelles et les rites religieux restent ancrés en lui, même si son métier est révolu et son  épouse pas celle qu’il croyait. Le lecteur s’attache  au petit écolier du lycée d’Atatürk qui  vend  yaourts et boza, puis une fois  adulte  tire une carriole à pilaf  devenue hors-normes et bien vite interdite par la police. L’armée tire sur « les ennemis de l’intérieur »,  les femmes s’émancipent, la loi sur l’avortement est votée. La narration est simple, les nombreux  interlocuteurs sincères, même si la jalousie, l’arrivisme et  les pots-de-vin les  écartent les uns des autres. Tandis qu’émerge une forêt de gratte-ciel  et de néons qui fait rêver la nouvelle génération, Melvut réalise enfin que « cette chose étrange en lui » n’est autre que son désir de faire perdurer ce qui est appelé à mourir.   Cette magnifique saga familiale laisse  derrière elle quelques traces de tristesse, sans doute parce que  chacun  ressent en son âme et conscience ce douloureux déchirement entre tradition et modernisme qui rend  « plus solitaire qu’un loup »...  

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 19:34

« Un dissident » par F-R de Guenyveau

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Aout 2017

329 pages

21,50 €

 

 

Après la mort de Dieu par Nietzsche et la mort de l’homme par Foucault, la fabrication d’un nouvel être humain  hante Christian Sitel comme le « Sacre du printemps » de Stravinsky  obsède sa mère, femme étonnamment froide, plus pleine d’ambition pour son fils que d’amour maternel, ce qui justifie un magnifique dénouement . Passionné  d’invention scientifique avec le  seul but  de perfectionner la nature humaine, Christian renonce à tout, accumule les diplômes et les heures de travail dans son laboratoire de recherche américain jusqu’à négliger les siens et s’oublier lui-même.  Mais pas le moindre  remords en lui,  car il est persuadé d’être chargé d’une mission supérieure, de servir une noble  cause : améliorer l’existence de l’homme en manipulant ses gènes pour lui apporter la perfection physique et intellectuelle qui lui manque afin d’être un surhomme et remplacer le  Créateur. Tel est le pari de Christian que l’auteur parvient à merveille à argumenter et à réfuter par l’intermédiaire de personnages tout aussi variés et persuasifs les uns que les autres. Au transhumanisme ambiant qui revendique la perfection humaine  s’oppose un amour de l’existence telle qu’elle est, avec ses joies à saisir et ses déboires à combattre. D’où l’intérêt de ce roman original qui montre combien il est  plus urgent  de réapprendre à aimer que d’inventer un homme nouveau…

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