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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 10:23
« Le cheval rouge » par Eugenio CORTI

                                                « Le cheval rouge » par Eugenio CORTI

 

 

 1ère Edition  : 1983

 Septembre 2008 :  parution à L’Age d’Homme

972 pages

 

 

En 1940, dans le petit village de Nomana en Lombardie, le fascisme n’existait pas. Et pourtant ses jeunes se voient appelés malgré eux  sur le front russe pour combattre le marxisme  aux côtés des nazis. S’ensuit une descente aux enfers que Corti tient à rappeler. Car si ces héros lointains semblables aux cavaliers de l’apocalypse de St Jean  découvrent la défaite et la mort dans le paroxysme de l’horreur,  ils font preuve  de  courage, de  solidarité et d’un sens du devoir qui transcendent de loin leur inexpérience guerrière. La  somme infinie des tortures  subies dans les lager russes puis allemands  ou des exterminations dessous les bombardements et dans les usines à gaz se voit surpasser par l’amour christique  enseigné de génération en génération qui fera dire que ce livre est celui d’un réactionnaire. Considérons Corti plutôt comme un soldat blessé à tout jamais qui, témoin avec ses camarades de cannibalisme et de folie meurtrière,  voulut néanmoins transmettre la beauté de la vie à travers les actes de grandeur de ses frères en l’humanité. L’omniscience du narrateur s’appuie sur un récit à plusieurs  voix qui ne fait qu’accroître la véracité des faits historiques en même temps que le sondage des coeurs.  Car si la cruauté des uns est innommable, le secours désintéressé des autres est tout aussi réel. Mais Corti ne cache rien, ni les bombardements de Milan ou de Dresde, ni la découverte du camp nazi de Majdanek, ni les convois ferroviaires de la gare de Kerzan... Longue est la liste des horreurs  commises par les nazis et les communistes et dont  le lecteur aura du mal à oublier les descriptions machiavéliques.  Si l'Italie n'est plus la même après la guerre,  Corti laisse un beau message: rétablir la richesse du pays  et participer à sa rechristianisation sont  les seuls moyens de retrouver l'unité  entre compatriotes et d'apporter un sens aux souffrances vécues.  Cette fresque historique est un bel hommage rendu à tous ces artisans de paix des années 40 à 70  représentés essentiellement  par les  villageois de Nomana et les proches de l'auteur, un véritable devoir de mémoire.... 

B.C.D.

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30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 09:42
"Tout le bleu du ciel"

« Tout le bleu du ciel » par Mélissa Da Costa

 

Publication chez Le Livre de Poche : Février 2021. 8OO pages

 

 Ces 800pages   qui se tournent à toute allure  offrent  un périple salutaire autant aux deux protagonistes qu’aux lecteurs. Emile, frappé d'une précoce  maladie d’Alzheimer a choisi de passer les deux dernières années qui lui restent à vivre  en toute liberté, loin de l’emprise des hôpitaux et d’une famille trop aimante. Suite à une annonce il s’embarque pour un voyage impromptu avec Joanne, jeune femme inconnue, aussi frêle  que battante, aussi silencieuse qu’attentionnée. C’est ainsi que deux êtres blessés  vont découvrir en même temps que les paysages Pyrénéens et leur hospitalité, le respect  de l’autre, de son passé inconnu, de ses goûts pour le silence qui se transforment vite en compréhension mutuelle et en prise de conscience de la beauté de la vie.  Le livre a plus d’un atout pour plaire à la mode du jour : importance du moment présent,  fusion avec la nature, invitation à la méditation et aux  traditions du chamanisme où le talisman musulman  semble avoir plus d’efficacité que la religion catholique représentée par une belle-mère exécrable!  La dernière phrase du livre bien prosaïque, « je ne mange pas de viande » et  les dialogues d’une grande simplicité stylistique n'empêchent pas d'offrir des passages pleins de poésie  car, pour Mélissa Da Costa, seuls importent le bleu du ciel   et dans la nuit noire la lumière des étoiles … Une belle aventure qui mérite bien sa cinématographie. 

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 21:33
« Rien qu’une bête » par Franz-Olivier GIESBERT

                                             « Rien qu’une bête » par Franz-Olivier GIESBERT

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2021

357 pages

19,90 €

Franz-Olivier Giesbert ne ménage pas ses lecteurs. C’est en riant jaune que ceux-ci vont découvrir  l’humour  noir d’une expérience inédite, celle de Charles Aubignan  prêt à subir le sort  d'un cochon avant son abattage. C'est ainsi que  Patrick et Laura , deux amis désireux comme lui de dénoncer la cruauté envers les animaux de boucherie, vont lui faire subir le pire des martyrs. La brillance de l’écriture de F-O Giesbert n’est pas au détriment d’une sensibilité qui va jusqu’à fusionner avec  toute  douleur,  qu’elle soit humaine ou animale.  Car c’est bien à toutes les  espèces terrestres qu'il s’intéresse. L'horrible métamorphose d' Aubignan a vite fait de devenir insupportable, sous le traitement impitoyable de  Patrick, vegan sadique, et de  Laura,  manipulatrice perverse, à tel point que  la maltraitance impitoyable  envers  leur ami finit par retourner la situation. En dénonçant les gavages d’estomac, les castrations, les engraissements aux hormones et les abattages au couteau, F-O Giesbert tourne en ridicules ces idéologues pourvus des meilleurs intentions pour la cause animale tandis qu’ils martyrisent sans réticence aucune et tuent à petit feu leur meilleur ami. Belle satire du monde actuel où il est un péché de porter une fourrure, une cruauté  d’être un carnivore,  mais où il est permis d’avorter un enfant, d’euthanasier un vieillard, et de faire dévorer des troupeaux de  brebis par des loups intouchables car sacrés..Livre sordide mais très drôle!

B. Clavel Delsol.

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 15:37
    « Au prochain arrêt » par Hiro Arikawa

     « Au prochain arrêt » par Hiro Arikawa

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2021

184 pages

18,50 €

C’est au cœur de son pays que l’auteur japonais nous emmène, sur une ligne ferroviaire où un petit train toujours bondé  dessert plusieurs gares urbaines. Les passagers montent et descendent, certains très silencieux, d’autres très bruyants, mais tous apportant un message qu’il faut savoir décrypter. Ainsi le conseil d'une grand-mère bienveillante sauve Shoko de sa tristesse, les paroles d’une lycéenne follement  amoureuse remettent en cause l’amour de  Misa pour un homme sans coeur. Les cas sont aussi nombreux que les passagers.  Et quand on les recroise plus tard, ce sont les mêmes qui à leur tour témoignent du bonheur trouvé dans une heureuse providence. Car l’attitude de chaque voyageur est par elle-même  une leçon de vie.  Quand la suffisance pavane  ou  l’agressivité explose, un seul regard compréhensif, un seul mot d’encouragement,  une simple réflexion enfantine suffisent pour consoler le cœur  blessé, encourager à descendre du train  à temps et remonter dans le suivant avec, pour seul recours, la confiance dans l’avenir. Au fur et à mesure que le train avance  l’étendue de l’âme humaine se découvre aussi ample que les paysages traversés. Ce joli voyage allégorique  n’est autre que  le reflet de la délicate sensibilité de l’auteur qui se plaît à  rappeler les vraies valeurs humaines, le respect de l'autre et la fidélité  à soi-même sans la moindre  concession à une tyrannie ambiante. Un bel ouvrage pour amateurs de psychologie humaine!

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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 20:29
« De loin j’aperçois mon pays » par Mahmud Nasimi 

« De loin j’aperçois mon pays » par Mahmud Nasimi 

                     Récit d’une migration

                              Kaboul-Bruxelles en 730 jours

 

 

Editions : Le livre en papier

Parution : Février 2018

139 pages

15 €

 

Mahmud Nasimi est un Afghan qui fait parler de lui. Son arrivée en Europe  relève du miracle.  Au printemps 2013, interne dans un centre d’entraînement des forces de l’ordre  à Kaboul, il se voit contraint de fuir son pays. Pas un mot sur la barbarie des Talibans, juste un départ forcé dû au fait qu’il voulait servir son pays. Ce premier livre est le récit chronologique de sa fuite vers l’Europe pendant les deux années de laquelle il connut les pires humiliations. Plus qu’un voyage, c’est une chasse à l’homme qu’il subit. Victime de passeurs malhonnêtes, il se ruine en faux papiers pour se voir sans cesse refoulé aux frontières, incarcéré et dépouillé jusqu’à  expérimenter  les pires souffrances de la faim et de la solitude. Le style est sobre comme l’auteur, même si ce sont  les sentiments  de peur et d’impuissance qui dominent. Jusqu’au jour où il découvre Paris, le cimetière du Père-Lachaise et ses célébrités  qui lui font découvrir la langue française  et l’inspirent à écrire « Un Afghan à Paris » (Editions duPalais, Avril 2021) qui lui vaut être invité à « la Grande Librairie ». Surpris que la France ignore tout de son pays d’origine,  Mahmud Nasimi saura-t-il mettre son écriture au service de son  pays où sa mère avait le sens de la prière, ses tantes le goût de la liberté,  et  surtout mettre en garde l’Europe contre le fanatisme qui l'a bouté hors de chez lui ?

B. Clavel Delsol

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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 13:07
« La beauté dure toujours »  par Alexis Jenni 

« La beauté dure toujours »  par Alexis Jenni 

 

Editions : Gallimard 

Parution : Avril 2021 

254 pages  

19 € 

 

 

A. Jenni est poète de nature mais il est regrettable qu’il mette ses talents au service de l’indécence. Car que relie Noé à Félice dans un livre qui se veut roman d’amour, si ce n’est sa « queue », mot récurrent du début à la fin ? Certes ces deux êtres sont attachés l’un à l’autre, mais leurs différences s’accroissent au fur et à mesure que leur histoire se déroule. Félice est une avocate brillante qui se consacre à défendre les accusés à tort, car la police attrape toujours les plus faibles, les malins étant plus aptes à leur échapper. Noé est un artiste qui ne sait rien faire d’autre que de dessiner Félice. Les voyages, les dîners mondains ne l’attirent pas, ils le rongent de jalousie en voyant la brillance et le succès de Félice en public. Alors Félice ressent de temps en temps le besoin de prendre du large, pour revenir   toujours à lui plus implorante que jamais. Ce livre a quelque chance de remporter du succès : les féministes y trouveront tous les arguments de la femme objet en découvrant le sadisme du premier mari de Félice, les adeptes de l’impudeur y trouveront leur compte, de même que les opposants à l’ordre public. Malheureusement la contemplation charnelle n'apporte pas  la clé du bonheur. Certes le narrateur  fait l’éloge du langage des corps  mais avec une telle indécence mélangée d'inquiétude que, contrairement au titre du livre, c’est un vide abyssal « qui dure toujours » et dans lequel Noé ne peut que « battre des ailes ».  On a bien du mal à imaginer Alexis Jenni ,professeur dans un lycée de jésuites lyonnais, transmettre l'enseignement de la Foi … 

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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 09:27
«  La Neige de l’Amiral » par Alvaro MUTIS

«  La Neige de l’Amiral » par Alvaro MUTIS

 

 

Editions :  Grasset (Les cahiers rouges)

Parution : Octobre 2011

150 pages

7,50 €

 

 

Au pied de la Cordillère des Andes  Maqroll le Gabier remonte le Xurando  sur un vieux bateau  rafistolé  à la recherche d’une scierie avec l’espoir de  monter un commerce de bois. Une avancée  dans la jungle pleine de dangers annonce le voyage sous de bien mauvais auspices. Tout  est menaçant, point d’horizon en vue, des nuages de moustiques longent les rives bouchées par une jungle profonde que seuls quelques hérons parviennent à franchir. Le  rafiot a pour passagers  des sauvages,  indigènes ou  fuyards apatrides, tous inhumains, sauf les muets et les ivrognes. A un environnement hostile s’ajoute la vétusté  de l’embarcation qui  fait peur à Maqroll le Gabier. Rien ne transcende l’enfer du fleuve, si ce n’est un abandon, qui n’est pas  résignation,  mais  confiance dans le destin. Car sortir sain et sauf des rapides des « gorges de l’Ange » ou de « la fièvre du puits » relève du miracle.  C’est alors que le paysage change, de même que l’humeur. Le désir d’acquérir du bois s’estompe, comme celui de boire et peut-être même celui de vivre. Et c’est heureux, car les factories de bois  sont  interdites d’accès, réservées à un potentat…Ce  journal ne serait-il pas la  métaphore  d’une vie désillusionnée  que seule l’écriture, bouée de sauvetage, parvient à surmonter?  Alvaro Mutis  ne serait-il pas  ce voyageur tourmenté qui  finit par retourner  à la demeure de Flor, l’éponyme du livre, certes trop tard, mais sans regret. Car l’aventure mérite d’être bue jusqu’à la lie, c’est elle la véritable  substance de la vie qui, à force d’éloigner du brouhaha des hommes  et de leurs richesses  illusoires, apporte l’éternelle sérénité. Un petit chef d’œuvre atemporel…

B. Clavel Delsol

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 11:59
« Les lions de Sicile » par Stefania AUCI

                                                « Les lions de Sicile » par Stefania AUCI

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2021

555 pages

21,90 €

 

 A travers  cette superbe saga des Florio de  Palerme, Stefania Auci révèle avec splendeur  non seulement l’histoire d’une famille mais celle de ce XIXe siècle sicilien, avide d’indépendance et de progrès mais  fidèle à ses traditions sociales et religieuses , ce qui fera verser autant de larmes que de sang. Paolo et Ignazio Florio abandonnent leur Calabre natale frappée de séismes pour venir s’enrichir à Palerme. Mais à quel prix ! Car rien ne les épargne, ni le dédain des aristocrates pour ces deux Calabrais sans le moindre sang bleu, ni l’accueil désobligeant des commerçants palermitains inquiets de la concurrence, ni la difficulté d’adaptation de Giuseppina. Car Paolo, pris dans son désir de réussite, ne tient pas cas des états d’âme de son épouse. De plus la femme n’a pas droit à la parole dans les affaires comme en politique, voire même en amour, sauf celui d’adorer son fils et de critiquer sa belle-fille !  Les temps sont durs, les rébellions nombreuses face aux taxes élevées des Bourbons, le choléra frappe. Mais la croissance de son  commerce d’épices,  de soufre ou de tissus  incite à Vincenzo, le fils de Paolo, à multiplier les investissements dans une multitude de sociétés commerciales, navires à vapeur, filature de coton, exploitation viticole, conserverie de thon et bien d'autres encore… Seul le commerce  en s’ouvrant sur le monde semble pouvoir domestiquer la misère. Tandis que les Garibaldiens avancent,  Vincenzo, devenu surintendant de la banque Royale,  se réjouit de voir son rôle de médiateur se substituer à celui de négociant. Car la richesse bien mieux que la guerre n’est-elle pas le seul moyen d‘apporter à la Sicile la paix  escomptée ?  Les Florio n’étaient pas des nobles, ils furent des monarques, et leurs épouses des reines de fidélité. La plume de Stefania Auci leur rend un magnifique  hommage et son livre devrait conquérir bien au-delà des frontières d’Italie…

B. Clavel Delsol

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 11:42
                                     « Citizen Miro    Une histoire de famille » par Estelle MIRONESCO

                                     « Citizen Miro    Une histoire de famille » par Estelle MIRONESCO

 

Editions : Lumen Bio

Parution : 2016

170 pages 

 

L'exil politique est un thème littéraire inlassable que l’auteure  aborde avec originalité en laissant la parole à plusieurs membres de la famille Mironesco meurtrie par la dictature de Ceaucescu.  Ce recueil de souvenirs authentiques de la Roumanie  communiste est  imprégné de tendresse et de reconnaissance pour des parents  héroïques qui surent déjouer avec courage  la surveillance de la Securitate, mais aussi d’une infinie tristesse  devant les purges, les confiscations des propriétés, les restrictions de liberté, les suppressions de postes professionnels. Un départ  clandestin  sera la seule possibilité d’échapper à cet enfer et un long et dur  voyage leur permettra d’atteindre miraculeusement la  France. Mais un miracle se mérite et si les Mironesco y parviennent c’est grâce à une éducation empreinte de culture et du sens de l’honneur. Mais qui est Estelle Mironesco, l’auteure dont le nom n’apparaît pas dans l’arbre généalogique dressé à la fin du livre ? C’est tout à fait incidemment qu’on découvre qu’elle est l’épouse française sympathique (dans le sens étymologique du mot)  d’Alexandre, le protagoniste qui dès son enfance suspecte à travers le silence de ses parents  le danger qui les guette,  cette étiquette d’ « ennemis du peuple » attribuée aux dissidents qui  doivent être supprimés d’office. Le but d’Estelle Mironesco est simple : témoin directe de tant de souffrances elle veut donner impérativement à la jeunesse occidentale  une leçon d’Histoire. Si les Mironesco ont rapatrié en France  leurs sépultures familiales, ils n’abandonnent pas leurs compatriotes et tremblent d’effroi quand ils voient le parti communiste français accéder au gouvernement de Mitterrand. Ainsi ils demeurent loin de leur terre natale  mais unis  dans cette volonté de clamer la vérité.

B. Clavel Delsol

 

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 07:17
« Ma vie avec APOLLINAIRE »  par François SUREAU

                                              « Ma vie avec APOLLINAIRE »  par François SUREAU

Editions : Gallimard

Parution : Novembre 2020

155 pages

16 €

 

Si Apollinaire suscita de son vivant de nombreuses amitiés, il en est une post mortem qui est celle de François Sureau. Rien du poète, ni du soldat ni de l’amant n’échappe au biographe. Amoureux de la vie qu’il « boit comme une eau-de-vie » , "le mal-aimé" donne toujours une tournure fantaisiste  à ses vers, même écrits sous les obus ou  à la Santé.  Son âme errante  immortalise les femmes qui transfigurent sa vie de soldat engagé, certes exposée au danger, mais prometteuse d’une meilleure connaissance des lois de la vie. Ce n’est pas une  naturalisation française improbable et encore moins une germanophobie  qui animent cet enfant illégitime d’un officier italien et d’une jeune aventureuse roumaine, mais « le territoire heureux du fait et de l’expérience » auquel s'ajoute le désir de "servir". Si la souffrance dans les tranchées se prolonge, l’inquiétude de l’avenir ne l’épargne pas : « les hommes réunis en troupeaux dociles ne songent même plus qu’il y ait eu des temps où l’on pouvait faire ce que l’on voulait ». Apollinaire n’est pas le bohème qu’on imagine, il est un besogneux  et en impose avec sa pipe en terre et  son costume bleu, « du bleu de la tenue du soldat, du bleu électrique de la mort », de la période bleue de son cher ami Picasso, du bleu de la Méditerranée de son enfance comme de « la rue industrielle ». Car ce poète croit au progrès et aspire à toutes les innovations, qu’elles soient artistiques ou scientifiques. « La mélancolie n’entre pas ici" est la devise de la galerie Vivienne où il se divertit avec ses amis peintres.  Sa célébrité ne vient pas d’une illustre naissance mais d’une imagination  bouillonnante et libertaire que le parisianisme culturel de  F. Sureau met au goût du jour en lui prêtant des sympathies  pour l’androgynéité, voire pour   la loi du genre ! En tout cas ce passionné d’Apollinaire  incite à  se plonger dans les vers sans contraintes du « flâneur des deux Rives » pour qui « La joie venait toujours après la peine »…

B. Clavel Delsol

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