Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 18:05

Editions : Le Castor Astral

Parution : Janvier 2017

150 pages

14 €

Il a fallu attendre 2015 pour que cet ouvrage sur Paul Verlaine  écrit en 1902 par S. Zweig soit traduit en français. Olivier Philipponat, biographe bien connu, rattrape ce retard avec une préface prometteuse et bien justifiée. Car l’exploration poétique de Stefan Zweig se veut connaissance de l’homme et du monde qui l’entoure, au moyen d’un style imagé  qui entend percer le secret des cœurs et des choses. La vie de Verlaine  est « un merveilleux jardin de fleurs d’une beauté séductrice, d’une perversité bariolée, dans lequel lui-même ne s’est jamais senti à son aise ». C’est en  fin psychologue que S. Zweig nous dépeint ce poète comme  un « enfant effrayé » ou un « mendiant accablé », sans pour autant dissimuler sa faiblesse en la qualifiant de « masse molle dénuée de force et de résistance ». Car on le sait, à peine relevé de ses déboires, Verlaine rechutait, ce que S. Zweig explique parfaitement par l’écartèlement intérieur de deux forces,  le sensuel et le spirituel, qui doivent s’unir plutôt que se combattre, et que malheureusement  des caprices, purs ou dépravés,  finirent par gagner. Nul doute que c’est à Verlaine qu’on doit l’inspiration de « Bruges », beau poème de S. Zweig avec lequel il termine son livre, "Tel un enfant aveugle qui abandonne soudain la main du guide. »

B.C.D

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2015
commenter cet article
20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 13:44

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2017

358 pages

22 €

 

Ce parcours de Gilles Lapouge  dans la littérature  révèle  un contemporain dont le lyrisme et la hantise du néant n’échaperont à personne. Le choix des romanciers présentés est basé  sur l’art littéraire, une « extension de la vie » selon Henry James. Les écrivains  souffrent de ne  trouver que du vide et  s’efforcent alors de créer et d’inventer. Car « la vie est un piètre écrivain" dit Somerset Maugham. Ainsi les épreuves ont passé sur Colette, sur Marguerite Duras et Edgar Poe, mais ont nourri  leur style. Ce n’est pas le cynisme de Maupassant qui est à l’origine de son succès littéraire, mais  sa pitié pour les hommes et la finesse de son étude des sentiments. Les nouvelles de Zweig sont des trompe-l’œil. Elles dépeignent des décors de luxe alors que lui-même est conscient du tragique des évènements en Europe.  Quant à la Provence de Giono, G. Lapouge la considère comme une  pure invention, résumée en un mot par le titre de son dernier ouvrage,« l’Absente », l’imaginée, l’irréelle. Ainsi c’est la sensibilité de G. Lapouge qui domine dans cet ouvrage, doublée d’un pessimisme indéniable. Il entrecoupe son livre de chapitres personnels où transperce son angoisse devant  le  réchauffement climatique et  une robotisation poussée à l’extrême. La poésie serait donc  sa priorité, mais sans tenir compte des conseils de  Simenon qui voulait une  littérature non orientée. Car G. Lapouge ne cache pas sa fascination pour les Anthropophages, artistes brésiliens du siècle dernier, dont le  but était d’expulser la culture française de leur pays. Ecrire est impossible « quand les enfants se meurent à cause de la méchanceté des hommes ou peut-être à cause du bon Dieu ». Ainsi  l’essence universelle et spirituelle de l’art est niée. La guerre aux civilisés est déclarée et  toute espérance condamnée. Triste avenir culturel !

B.C.D

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol
commenter cet article
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:34

Les Editions de Minuit

Parution : janvier 2017

 174 pages

14,50 €

Estimation : 4,5/5

Un seul lieu : le bureau d’une maison d’arrêt. Une seule voix, celle de Martial Kermeur qui  justifie son crime. Car Kermeur l’avoue dès le début : il  a abandonné  en mer le promoteur Antoine Lazenec tombé de son bateau et c’est, selon lui,  « une œuvre de salut public ». Alors le lecteur comme le juge d’instruction écoutent en silence cet homme inculpé de non-assistance en danger. Certes en arrière fond il y a la rade de Brest, grise de brume et d’eau sombre,  qui empêche d’y voir clair. Mais  Lazenec à l’allure de cow-boy  a convaincu les ouvriers licenciés de l’arsenal de Brest que leurs indemnités de chômage pouvaient transformer ce triste  village en un St Tropez de luxe. Et c’est  là que réside le talent de l’auteur : la simplicité d’expression de Kermeur et l’authenticité de ses sentiments  contrastant avec la malhonnêteté  désinvolte mais séduisante de Lazenac. A la fin du roman le personnage qui semble le plus important bien qu’absent n’est autre qu’ un enfant, celui de Kermeur,  auquel le lecteur ne porte pas plus  d’attention que Kermeur lui-même , non pas qu’il ne l’aime pas, bien au contraire, mais parce qu’il ignore la souffrance filiale  devant l’impuissance de la vieillesse  paternelle. Très beau livre qui aborde plus d’un sujet jusqu’à ajouter un nouvel article au code pénal …

B.C.D

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol
commenter cet article
13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 17:11

 

 

Editions du ROCHER

Parution : Avril 2016

510 pages

19,90 €

Estimation : 4,5/5

 

Sous l’hilarité et l’excentricité de ce roman perce une peinture sociale bien réaliste! Malgré une grève générale qui paralyse le pays, le comique de situation  commence dès la première page par la nécessité d’un abonnement au club de jujitsu, seule solution à Fred Beaumont  laissé en   « gare divorce » par une carriériste ! Quand il accepte un job de pigiste dans « Libertas »  pour défendre ses convictions libérales sous le pseudonyme de Félix Paquette, il ne donne pas sa démission au «  Journal » de gauche, car quand on a un CDI, on s’y accroche ! Alors la sincérité des sentiments de Fred va devoir en permanence lutter pour dissimuler son double jeu. Si, pour une révolutionnaire convaincue comme Audrey, « c’est horrible de coucher avec un mec de droite »,  pour un journaliste  plein de probité intellectuelle  c’est encore plus dur de couvrir un sommet d’urgence à Bruxelles, une émeute place de la Bastille ou un assaut de Bercy pour  deux journaux antagonistes. Mais Fred fait face et, le lecteur, tout en  tremblant avec cet anti-héros du début à la fin,  rit tout autant. Excellent roman  satirique où l’auteur tourne en dérision l’aveuglement  d’une société, qui sous prétexte de justice sociale, fustige l’esprit d’initiative au profit de bureaucrates neurasthéniques ! Menottés par un Etat  qui  leur procure tout, y compris le risque zéro, les citoyens  ne manquent de rien, sauf de l’essentiel : « l’estime de soi et le respect des autres ». Jusqu’au jour où la dette nationale explose, et avec elle la zone euro ! Alors c’est le retour à la case départ, à la fermeture des frontières, où il est bon de ne pas se retrouver seul à rêver d’ «une société de liberté pour nos enfants» ! A travers ce miroir de l’actualité, c’est une tentative de résistance qui s’opère, ou mieux d'espérance, car c'est à toute l'humanité ("sangsues", "requins", "pigeons")  que s'adresse le toast final "A la liberté"! Alors , même ruiné, on est soulagé et on  peut sourire...

B. C. D. 

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2016
commenter cet article
2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 14:12

« Chanson douce »  par Leïla  SLIMANI

 

Editions : Gallimard

Parution : Novembre 2016

227 pages

18 €

Sans aucun doute le dernier  prix Goncourt a-t-il été attribué à L. Slimani  pour son indéniable suspense malgré le dénouement tragique annoncé dès la première page.  Le style laconique  et le rythme  rapide reflètent  la vie trépidante de Myriam, avocate brillante mais débordée,  et de Louise, nounou expérimentée mais sans  âge avec son corps menu et ses jeux enfantins.  Toutes deux sont  hyperactives  et ne comptent pas leur temps de travail. Bien que très maternelle, Myriam en se rendant à son cabinet d’avocat  retrouve une certaine liberté.  Louise, en s’occupant des enfants des autres, s’invente un nouveau  foyer. Rien de très original jusqu’ici, si ce n’est l’accroissement imperceptible mais régulier des obsessions de Louise et de ses attitudes étranges qui alternent douceur et colère, soumission et  mensonge, jusqu’à ce que l’alcool prenne la relève. En même temps c’est la méfiance de Myriam qui augmente, puis viennent  les  scrupules. L’écart croissant entre l’enrichissement de Myriam  et la pauvreté de Louise est-il seul responsable de l’acte fatidique ? Car Louise n’avait-elle pas déjà battu sa propre fille jusqu’à  provoquer la disparition de celle-ci ?  N’avait-elle pas séjourné dans un hôpital psychiatrique  avant de trouver son emploi ? L’égalité des chances et la société idéale  apparaissent  bien comme des fantasmes utopiques … Ce qui est certain c’est que l’enfant  est toujours  victime et la chanson pas toujours douce!

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol
commenter cet article
1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:37

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2017

388 pages

22 €

 

C’est en historienne,  avec des lettres authentiques d’Henri IV à l’appui, qu’Isaure de Saint Pierre parvient à décrire  jour après jour l’emploi du temps de ce roi,  en y ajoutant tout l’art d’une romancière. Lecture passionnante qui montre à quel prix un royaume se conquiert  et une histoire d’amour se construit ! L’auteur n’omet aucun des multiples départs précipités du roi, aussi guerrier qu’épicurien, pour procurer paix civile et religieuse à plus d’une province et obtenir du pape  qu'il  ratifie son « démariage » avec la reine Margot pour sa propre paix intérieure. Beaucoup de vérité   dans le portait   de cet huguenot  converti, plein de désir de réconciliation nationale, généreux avec les fonds du Trésor, mais prêt à les reprendre pour  payer ses troupes de soldats. Quant à Gabrielle d’Estrées, son amour l’incite à tout faire « pour le plaisir du roi ». Certes elle appréhende un mariage  avec Marie de Médicis ou l’Infante d’Espagne « pour le bien de l’Etat » et découvre avec horreur les placards qui la dénoncent comme « la putain du roi ». Elle n’en admire que plus son amant,  célèbre  pour son panache blanc, mais dont le  bonheur est de se promener seul  dans  le plus grand anonymat ou avec elle dans la plus grande pompe. Alors d’où vient son pressentiment  « Il n’y a plus que Dieu et la mort du roi pour m’empêcher d’être reine » ? Car Gabrielle ne sera jamais reine, mais grâce à Isaure de saint Pierre, sera la seule à porter le nom de  « la presque reine ». Bel ouvrage pour raviver notre histoire de France !

B.C.D

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 10:59

Editions : Salvator

Parution : Mars 2016

183 pages

18,50 €

C’est une succession d’évènements qui ont forgé la vie de Roger Bichelberger et une série d’épreuves qui l’ont sauvé. Cette autobiographie, touchante de simplicité, paraît être celle d’un  homme d’une autre époque. Et pourtant l’auteur est un contemporain. Ecolier au château d’Art-sur-Meurthe en Moselle puis pensionnaire  au  collège Saint-Hippolyte fondé par les frères marianistes au pied du château du Haut-Koenigsbourg en Alsace, il est touché par le dévouement, le talent pédagogique  et le niveau des connaissances de ses professeurs. Il les évoque  sans en oublier aucun,  le père Leclerc, Monsieur Sonntag, le père Jules Hasler  et bien d’autres  qui  susciteront en lui un désir de transmettre ce qu’ils lui ont dispensé. Si une grave pleurésie  entrave ses projets comme  plus tard  la tuberculose atteint  son épouse, tous deux ne s’en sortiront que plus forts et utiles à leur entourage.  Car comme le dit R. Bichelberger  lui même, « ce sont de ces pauvretés que naissent les grâces qui nous comblent ». En effet ce  fervent lecteur de René Bazin, François Mauriac, Olivier  Clément… se liera d’amitié avec  Jacques Bourbon Busset qui le convaincra à tout jamais que dans la vie comme dans le mariage « chacun devient l’œuvre de l’autre ». Emouvante confidence qui incite à s’extirper du « somnambulisme ordinaire » et se tenir en état d’éveil tout  en faisant confiance à la Providence …

B.C.D

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol
commenter cet article
20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 21:31

Editions : Stock

Parution : Janvier 2017

385 pages

20,50 €

Estimation : 4/5

C’est un long voyage  à travers l’Empire du  Japon du XIIème siècle  que le lecteur entreprend dans les pas de Miyuki, depuis les terres reculées les plus pauvres jusqu’au palais impérial.  Jeune veuve d’un pêcheur qui enrichissait son village en fournissant à la cour les plus belles carpes du pays, Miyuki veut poursuivre la tâche de son époux. Quiconque s’est frotté à la mort doit être mis en quarantaine. Mais Miyuki fait fi de toute  coutume et superstition. Elle partira à la place de son mari pour secourir tous ceux dans le besoin,  jusqu’à porter sur elle non seulement l’odeur de son époux mais celle du dur labeur, de la souillure et de la mort. Quelle surprise quand  Miyuki est invitée par le directeur du Bureau des Jardins et des Etangs à participer au concours impérial des parfums !  Par ce conte où s’entremêlent les pires odeurs et  les plus belles fragrances, les heures les plus douces comme les plus cruelles,  Didier Decoin  semble vouloir rappeler l’importance de  l’existence  par rapport à l’apparence.  De Miyuki émane non pas un parfum de décor, mais la senteur même de la vie avec tout ce qu’elle comporte de beauté et de misère.  Le style de l’auteur est relevé comme l’odeur de Miyuki que le lecteur  suit à la trace sans une minute d’ennui, tout à la joie de découvrir le Japon médiéval et l’éternelle condition humaine …

B.C.D.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol
commenter cet article
7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 18:38

Les Editions de Minuit

Parution : Novembre 2016

 239 pages

17 €

2,5/5

 

Skinhead, toxicomane, raciste, Samuel a tout du délinquant mal dans sa peau.  Sibylle, sa mère, veut lui redonner goût à la vie. Une traversée  du Kirghizistan à cheval, loin des contraintes d’une vie bourgeoise, devrait selon elle lui faire oublier le divorce  de ses parents qui l’affecte. Elle l'emmène malgré lui dans les montagnes et  les lacs  de cette terre aride, que l'auteur décrit à merveille avec ses yourtes, ses voleurs de chevaux et ses loups. Mais  cette échappée qui partait d’un bon sentiment de la part de Sibylle a sur elle un effet imprévisible.  Hantée par les échecs de Samuel, ce sont ses propres déceptions qui ressurgissent. Le lecteur assiste à un chassé-croisé  entre mère et fils, où chacun des deux s’observent à la sauvette, Samuel découvrant en Sybille une femme plus qu’une mère, et lui-même apparaissant plus homme qu'enfant. Ce roman est très plaisant de par le voyage original qu’il décrit et le vent de liberté qui le traverse. Mais les multiples répétitions « Samuel , Samuel …» dans la bouche de la mère angoissée rappellent le souffle divin qu’entend le Samuel de la  Bible et laissent présager dès le début les dangers périlleux d’une telle entreprise, alors que la voie de Dieu est si simple …  

B. C. D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2016
commenter cet article
6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 18:51

Editions : Flammarion

Parution : janvier 2017

228 pages

19 €

Estimation : 4,5/5

 

« Romain Gary s’en va-t-en guerre » est aussi bouleversant que  « La Promesse de l’aube ».  La plume de L. Seksik fait écho à celle de l’autobiographe.  Le lecteur retrouve le jeune Roman, coiffé de sa chapka, errant désespérément dans Wilno, la « Jérusalem de Lituanie » où les provocations de petits voyous antisémites lui font moins mal que la tristesse de sa mère. Car  le désespoir et l’amour excessif de Nina ne lui échappent pas, même si celle-ci refoule ses sanglots  pour laisser place à un projet de vie à Paris ou sur la Riviera.  Mais dans cette nouvelle biographie de R. Gary,  Nina n’est plus le personnage unique de la vie de Roman. L’ombre de Arieh Kacew, le  père,  hante le  cœur de l'enfant qui fera tout pour le faire revenir au foyer.  L. Selsik dévoile pourquoi cette famille juive, fourreur de génération en génération, a toujours refusé l’excentricité de Nina, contraire à leur religion. Roman se sent déchiré entre la passion de Nina  et la faiblesse  d’Arieh qui le trahit en préférant une autre femme à sa mère et  un autre enfant à lui-même. Alors la leçon du rabbin Abraham Ginzburg lui revient,  son orgueil blessé se transforme en « une espérance que rien ne peut atteindre »,  en un désir de « hauteur céleste »,  qui le fera partir en guerre  au service des Forces Aériennes Françaises Libres pour permettre à ce père tant désiré  de  s’évader du ghetto de Wilno… Ainsi une destinée  incompréhensible   sur terre  peut devenir  très claire depuis le Ciel !

B.C.D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article