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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 09:12
« Le chemin des estives » par Charles Wright

                                                « Le chemin des estives » par Charles Wright

Editions : Flammarion

Parution : Janvier 2021
354 pages

21 €

S ‘il y a un livre qui emmène loin des chemins battus c’est bien celui-ci. Le narrateur, las d’une société bruyante et superficielle, vient frapper à la porte de la Compagnie de Jésus. Pour entrer chez les Jésuites  « le mois mendiant » est impératif depuis Ignace de Loyola,  la confiance en la Providence devant être aussi concrète qu’intellectuelle. C’est ainsi que le narrateur,  dépourvu de tout sauf du livre de « L’imitation de Jésus » et affublé de la compagnie d’un prêtre, Benoît Parsac, novice  comme lui dans cet ordre régulier,  décide de faire la traversée du Massif Central dans le plus grand dénuement pour « puiser inépuisablement à l’Inépuisable ». Si dans un premier temps les deux vagabonds  se réjouissent de fuir la frénésie du monde, bien vite ils se heurtent aux difficultés les plus vitales. Mais rien n’arrête les deux randonneurs qui vont de surprise en surprise, tant la terre sauvage comme  le cœur de ses habitants recèlent de générosité : tout révèle que Dieu n’est pas loin.  Et c’est précisément  là que veut  nous amener l’auteur. Il n’y a pas une seule vérité dans le choix de notre existence. Rien ne sert de se débattre au milieu de nos divers penchants. L’important c’est de consentir dans la joie à toute la création, d’explorer les terres vierges  sans vouloir à tout prix rentrer dans le rang de la normalité. Charles Wright y parvient : tout en restant lucide et humoristique sur notre société, il nous invite à une contemplation joyeuse et féconde. Livre magnifique qui correspond bien à l’air du temps ! B. Clavel Delsol

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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 10:23
LE SOLEIL ROUGE DU TSAR »  par Violette CABESOS 

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2020

437 pages

 Violette Cabesos entremêle  thriller et récit historique. Deux époques l’inspirent,  la révolution russe  et celle de  ses descendants qui lui insufflent une enquête  passionnante avec deux héroïnes attachantes.  Milena Gorelov fait partie de ce milieu actuel de Russes blancs exilés en France et se dit « chasseuse » des trésors de la Russie des Tsars. Mais pourquoi sa famille installée à Nice est cruellement agressée ? Milena va remonter le temps grâce au  journal intime de  Véra Mychkina, née d’une famille d’officiers de l’armée impériale qui  rêvait d’être  la première ballerine  au Ballet Mariinsky de St Petersbourg. Héritière de lourdes traditions ancestrales, elle  se révèla néanmoins  une révolutionnaire fanatique avant de retourner sa veste contre les bolchéviques . C’est là qu’intervient le rôle  du grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch Romanov autant dans la vie de Véra que  dans l'histoire de la Russie.  V. Cabesos devient  Véra elle-même,  lucide quant à la tyrannie des tsars, aux facéties de Raspoutine et au danger des bolchéviques. Mais mieux encore elle réhabilite ce grand prince dans toute son authenticité.  Et pendant ce retour dans le passé,  la famille de Milena est directement attaquée par ce que le grand-père appelle « la vermine rouge ».  Un tour de force miraculeux de l'auteure , quoique un peu long et alambiqué, dénoue l'intrigue… Mais le livre d’un style fluide a un grand intérêt: il révèle la Russie en déliquescence du début du XXème siècle et  fait mieux comprendre  les traditions pérennes  de ses aristocrates déchus d’aujourd’hui . 

Brigitte Clavel Delsol

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 18:58
« L’Etoile des frontières »   par Alfred de Montesquiou

                                               « L’Etoile des frontières »   par Alfred de Montesquiou

Editions : Stock

Parution : Mars 2021

333 pages

20,90 €

 

Qui mieux qu’un reporteur de guerre saurait infiltrer ses lecteurs au cœur de la Syrie d’aujourd’hui ? Grâce à ses voyages professionnels où il découvrit des villes entières éventrées par des bombardements, Alfred de Montesquiou présente  le pays de Bachar comme l’enfer sur terre. Mais ni  Olivier Méri, orphelin de guerre recueilli en France, ni le journaliste Axel Monvoisin ne se découragent pour autant. Tous deux veulent se rendre à Homs, Olivier pour retrouver sa famille biologique  et Axel pour faire part au monde des horreurs meurtrières. Un style palpitant retrace leur parcours quasi miraculeux au travers un chapelet de check-points frontaliers entre le Liban et la Syrie avant d’atteindre leur but qui n’est autre qu’une ville fantôme pleine d’enclaves torpillées les unes après les autres.  Là ils rejoignent un  groupe de rebelles refoulés par la dictature auxquels viennent se joindre des djihadistes venus des banlieues métropolitaines, dont Nejba, femme guerrière resplendissante   sous sa burqa et aussi martiale que ses frères d’armes. Car derrière la rébellion syrienne se profile  toute une radicalisation. Mi reportage, mi roman, ce livre laisse le lecteur sur sa faim : au lieu de voir poindre la paix, celui-ci ne gardera en souvenir que des images de villes détruites, de blessés de guerre, de morts au sarin, de combattants sous l’effet de captagon, d’idéologies meurtrières. Un bien triste constat, plus vrai que nature …

B.C.D.

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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 09:05
« Au-delà de la mer » par Paul Lynch

« Au-delà de la mer » par Paul Lynch

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 19 Août 2021

232 pages

19,90 €

 

Ni l’annonce de la tempête ni le retour précipité  au port des pêcheurs n’empêchent Bolivar de s’embarquer pour gagner quelques sous et pouvoir offrir des citrons verts à sa bien-aimée. Sur sa panga l’accompagne Hector, un jeune  flegmatique et peureux que Bolivar déteste. Le vocabulaire de Lynch est aussi noir que ce ciel de l’Amérique du Sud quand l’océan Pacifique se déchaîne.  Pour seul abri la glacière du bateau où les algues leur servent de couverture, où le sel de mer dessèche les lèvres et colle les paupières.  Les phrases s’allongent au fur et à mesure que les heures et les semaines s’accumulent. Mais  les couleurs du jour semblent peu à peu estomper le noir de la nuit, l’exaspération de l’un devient protection, les fantasmes disparaissent non pas par miracle mais par la volonté de discerner la pensée de l’autre sous sa trompeuse  apparence. Et si l’océan était fait pour être en symbiose avec l’homme  plus que pour lui résister,  un donneur d’impromptu qui déleste des vicissitudes,  apportant peu à peu la confiance en l’avenir et l’apaisement? Ce roman digne d’Hemingway semble n’être autre  qu’une   allégorie métaphorique  qui invite à ne pas abandonner notre embarcation  et rappelle, au-delà des souffrances de Job,  l’adage de Jean-Paul II : « N’ayez pas peur !» Mais  P. Lynch aimerait-il  cette référence? ...

B.C.D.

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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 08:53
                                                  « Premier sang »   par Amélie NOTHOMB

                                                  « Premier sang »   par Amélie NOTHOMB

Editions : Albin Michel

Parution : 19 Août 2021

172 pages

17,90 €

 

Amélie Nothomb est toujours caustique quand elle dépeint l’aristocratie. A priori elle ne fait pas d’exception  pour le portait  du baron Nothomb, son arrière-grand-père. Elle l’affuble d’une humeur fantasque et égoïste et d’un autoritarisme impitoyable. Elle laisse alors  la parole à un de ses petit-fils, jeune orphelin heureux de trouver  une ascendance  paternelle. Si indigence et autoritarisme sont prétextes à endurcir sa descendance, le baron a réussi. Car la  critique de l’aristocrate va se transformer en un bel hommage à celui qui sut lui résister. En effet l’enfant, qui n’est autre que le propre père de l’auteure devenu consul au Congo belge, va savoir résister aux révolutionnaires marxistes et négocier avec eux  le plus longtemps et intelligemment possible pour la survie des otages belges. Ainsi Amélie Nothomb semble faire amende honorable à cet ancêtre qui par son abus d’autorité fit de son petit-fils un véritable résistant reconnu comme véritable héros belge. Joli livre écrit avec la verve bien caractéristique d’Amélie Nothomb.

B. Clavel Delsol

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18 août 2021 3 18 /08 /août /2021 10:08
                                                «Un été avec Rimbaud » par Sylvain TESSON

                                                «Un été avec Rimbaud » par Sylvain TESSON

Editions : Equateurs parallèles

Parution : Avril 2021

216 pages

14,50 €

 

Plus qu’un été avec Rimbaud, c’est un été avec Sylvain Tesson qu’on a le plaisir de passer.  Car il est indéniable que si celui-ci est soucieux d’éclairer la poésie du « voleur de feu » et justifier l’allure de ses « semelles de vent », c’est que Rimbaud est un autre lui-même.  Ces deux  aventuriers du globe embrassent la beauté, saison passagère que transcrit le poète. Et si  la poésie est  dans le mouvement et  nous dépasse  il faut savoir avancer, être des « voyants » en symbiose avec le monde   plutôt qu’en recherche de sens. Pourquoi vouloir tout comprendre, tout décrypter, à tel point que la beauté échappe au profit de récupérateurs sans scrupules ? Rien n’arrête les deux aventuriers, ni le danger, ni les vers incompréhensibles.  Et si tout semble inerte,  à nous de réveiller le monde, de soulever ses voiles un à un. Peu importe le moyen, qu’il soit la drogue ou la paupière fermée, le commerce ou l’ennui. L’important  est de  chasser les horreurs du monde par  la beauté des mots, et si le verbe n’arrive  pas  à exterminer  le voyou et l’insatiable, « la réalité rugueuse » y pourvoit:  c’est quand   le cul-de-jatte  rêve de montagne et de désert, c’est quand le romancier se met au service du néophyte comme de son ami  :

"L’enfer, Arthur, c’est de laisser passer sa saison. Les illuminations, c’est quand on l’a compris..."

Brigitte Clavel Delsol

 

 

 

 

 

 

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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 16:10
                                 « Le cerf-volant » par Laetitia Colombani

                                      « Le cerf-volant » par Laetitia Colombani

Editions : Grasset

Parution : Juin 2021

205 pages

18,50 €

 

L'humanisme de Laetitia Colombani justifie le succès de ses livres.  Son dernier roman  se situe en Inde où  elle évoque la condition des femmes actuelles encore soumises à la violence, à l’illettrisme et à la pauvreté.  C’est précisément  dans ce pays que Léna s’évade, suite à un évènement tragique dans sa vie personnelle. Là elle découvre  cette caste d’ Intouchables dont la misère physique et morale est à son comble. Certes dans le village où elle s’installe il y a bien une brigade de filles  révoltées qui tentent par la force de protéger les plus faibles. Mais Léna a une vocation d’enseignante et comprend vite que la culture apporte plus de liberté que la violence. Malheureusement cette liberté a un prix et Léna sera accusée quand l’une de ses protégées s’enfuira après un mariage forcé pour ne jamais revenir.  Dans  ce véritable reportage sur l’Inde et les méfaits de ses castes et de sa phallocratie, Laetitia Colombani  honore le désir d’élever une société aveuglée et exploitée. Facile à lire, son ouvrage  est à mettre entre les mains de tous les contempteurs de l’enseignement. Car il y en a, même en France:  le mari de Léna en fut la victime.  

B.C.D.

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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 14:01
« L’île du couchant » par Gilbert Sinoué

                            « L’île du couchant » par Gilbert Sinoué

Editions Gallimard

Parution : Mai 2021

291 pages

20 €

« Il y va des honneurs comme du feu. Certains peuvent vous consumer ».  Telle est l’histoire du Maroc, dès son origine.  Les  tribus Berbères s’ y entredéchirent et pourtant seule la paix entre eux pourrait les faire survivre.  Au XVIIème siècle, le sultan  Moulay Ismaïl l’a compris et se battra jusqu’à ses derniers jours contre ses rivaux ou ses envahisseurs, désirant être  le Louis XIV du Maghreb et comme lui étendre son territoire. Mais l’entente ne semble guère possible  entre le sultan et ce roi. L’auteur nous montre les diplomates français pleins de fourberie et d’ignorance, sans pitié pour les  prisonniers de guerre, tandis que le sultan impose sans vergogne sa religion au roi des chrétiens. Seul un médecin  français, Casimir Giordano,  parvient à relier ces deux pays antagonistes par son amitié pour Abraham Maïmoran, conseiller du sultan, plein de finesse et de diplomatie, et son amour pour Fatima pleine de confiance dans le Destin … Car les femmes de ce pays ont plus de pouvoir qu’on ne l’imagine, si on s’en réfère aux chroniques locales intercalées entre chacun des chapitres.  L’intérêt du livre réside  dans une très belle écriture où le sang semble parler au nom de l’histoire trop méconnue des Berbères et celle d’un « Honnête Homme »  pris en otage  mais capable de comprendre  une terre étrangère  mieux que n’importe lequel de ses politiciens et d’ y mourir sans regret…

B.C.D.

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5 août 2021 4 05 /08 /août /2021 09:36
       « DARDANUS » par Jean-Robert PITTE

                                            « DARDANUS » par Jean-Robert PITTE

Editions : Calmann Levy

Parution : Mai 2021

218 pages

18,50 €

Ce roman historique ne se voudrait-il pas initiatique avant tout?  Qui est ce Dardanus qui accéda aux plus hautes fonctions de l’empire romain aux côtés de l’empereur Théodose ? Serviteur loyal et sans faille, témoin de tant de crimes et de pouvoirs usurpés, mais aussi de nombreuses conversions chrétiennes, il fut le plus haut général d’Occident, hanté autant par la présence des Barbares aux portes de Rome que par la corruption romaine responsable selon lui de l’effondrement à venir. Mais Jean-Robert Pitte ne se limite pas à la réussite politique de cet humaniste exemplaire. Dardanus est un épicurien,  sensible à tous les plaisirs de l'existence qui au lieu de l’éloigner de la vie chrétienne ne vont  cesser de l’en rapprocher.  Sa quête de l’absolu l’entraîne  à une courte retraite sur l’île de Lérins qu’il poursuivra par de nombreux échanges épistolaires avec les plus grands théologiens de l’époque que l’auteur nous fait partager. Ce livre est aussi beau qu’enrichissant  et laisse le  lecteur avec le désir certain  de retrouver en Provence l’havre de paix que ce noble Romain avait construit une fois devenu préfet du prétoire des Gaules. Car Dardanus avait enfin décelé les limites de la raison humaine et compris que seule l’inflexibilité des dogmes chrétiens  et l’indulgence pour l’humanité menaient à la paix divine. B. Clavel Delsol

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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 10:23
« Le cheval rouge » par Eugenio CORTI

                                                « Le cheval rouge » par Eugenio CORTI

 

 

 1ère Edition  : 1983

 Septembre 2008 :  parution à L’Age d’Homme

972 pages

 

 

En 1940, dans le petit village de Nomana en Lombardie, le fascisme n’existait pas. Et pourtant ses jeunes se voient appelés malgré eux  sur le front russe pour combattre le marxisme  aux côtés des nazis. S’ensuit une descente aux enfers que Corti tient à rappeler. Car si ces héros lointains semblables aux cavaliers de l’apocalypse de St Jean  découvrent la défaite et la mort dans le paroxysme de l’horreur,  ils font preuve  de  courage, de  solidarité et d’un sens du devoir qui transcendent de loin leur inexpérience guerrière. La  somme infinie des tortures  subies dans les lager russes puis allemands  ou des exterminations dessous les bombardements et dans les usines à gaz se voit surpasser par l’amour christique  enseigné de génération en génération qui fera dire que ce livre est celui d’un réactionnaire. Considérons Corti plutôt comme un soldat blessé à tout jamais qui, témoin avec ses camarades de cannibalisme et de folie meurtrière,  voulut néanmoins transmettre la beauté de la vie à travers les actes de grandeur de ses frères en l’humanité. L’omniscience du narrateur s’appuie sur un récit à plusieurs  voix qui ne fait qu’accroître la véracité des faits historiques en même temps que le sondage des coeurs.  Car si la cruauté des uns est innommable, le secours désintéressé des autres est tout aussi réel. Mais Corti ne cache rien, ni les bombardements de Milan ou de Dresde, ni la découverte du camp nazi de Majdanek, ni les convois ferroviaires de la gare de Kerzan... Longue est la liste des horreurs  commises par les nazis et les communistes et dont  le lecteur aura du mal à oublier les descriptions machiavéliques.  Si l'Italie n'est plus la même après la guerre,  Corti laisse un beau message: rétablir la richesse du pays  et participer à sa rechristianisation sont  les seuls moyens de retrouver l'unité  entre compatriotes et d'apporter un sens aux souffrances vécues.  Cette fresque historique est un bel hommage rendu à tous ces artisans de paix des années 40 à 70  représentés essentiellement  par les  villageois de Nomana et les proches de l'auteur, un véritable devoir de mémoire.... 

B.C.D.

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