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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 14:21

Editions : Grasset

Parution : Janvier 2015

233 pages

19 €

 

 

La plume de Patrick Rambaud est séduisante, pleine de gaieté, sans disproportion entre la réalité et la tragi-comédie. Le personnage principal, Tchouang, est né vingt-cinq siècles en arrière, dans un petit royaume du fin fond de la Chine où sa bonne éducation et ses talents personnels sont reconnus, non par le prince, mais par le bouffon de celui-ci! Le lecteur comprend vite le but de l’auteur : témoigner des conséquences fatales de tout système figé et hypocrite, qu’il soit politique, social ou religieux. Tandis que Chouang ne cesse de développer son esprit d’observation et de préserver sa liberté de penser, les similitudes avec le monde d’aujourd’hui s’accumulent. Le royaume de Song tourné inlassablement vers son passé court à sa ruine tandis que la convoitise stimule son voisin, jusqu’à ce que ce celui-ci se perde dans la débauche et que la guerre prenne sa revanche. L’opulence suscite l’avilissement, le despotisme engendre la révolte, le fanatisme religieux génère la folie meurtrière. Tchouang voue toute son admiration aux artisans « car les mots, ça ne remplace pas les mains ». Certes la nature est un livre de savoir vivre, la campagne un lieu de prédilection, car « en ville les gens deviennent fous ». Mais Tchouang ressemble plus à l’ « honnête homme » qu’au « bon sauvage ». Rien n’échappe à son esprit perspicace: tandis que certains régimes font en sorte que leur peuple obéisse sans réfléchir, d’autres paient des penseurs à penser, des fonctionnaires à se taire ou des espions à dénoncer. L’esprit de compétition, l’emmurement dans des traditions obsolètes ou des convictions immuables empêchent l’homme de voir « le provisoire des choses ». Et si la sérénité est perpétuellement bouleversée par des évènements impromptus, c’est que « l’homme limité » oublie être dans « un monde illimité ». Livre enjoué, très opportun, rempli de maximes inoubliables, qui mérite d’être lu à la lettre car « on ne doit pas édulcorer la pensée du maître ». Un appel urgent à l’harmonie entre le cœur et la raison, entre le sérieux et la légèreté, entre le ciel et la terre, comme entre le yin et le yang…

B. Clavel Delsol

 

 

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Published by brigitte clavel-delsol - dans 2015
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