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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 06:45

Prix Médicis 2014

Editions du Seuil

Parution : Août 2014

617 pages

22 €

Si, en fin de lecture, le lecteur a du mal à effacer de sa mémoire ce coin de taïga irradié autant par le nucléaire que par le marxisme-léninisme, dès le début il a vite fait de comprendre que le nom de « Terminus radieux » n’est autre qu’une ironique antiphrase. Il s’agit de l’unique kolkhoze survivant que l’auteur situe avec humour dans « la Deuxième Union soviétique ». Celui-ci est dirigé par Solovieï, un fou dégénéré à cause des rayons gamma, un nécrophile omniprésent et multiforme, chamane sorcier et incestueux, qui perpétue son idéologie avec tyrannie au-delà du temps et de l’espace. Il est assisté par Mémé Oudgoul qui ne cesse de jeter dans le gouffre sans fond du temps tout ce qui peut rappeler l’ère du progrès et du bonheur. Images macabres et situations dramatiques s’accumulent pleines de détails réalistes et de visions surréalistes, laissant derrière elles un sempiternel enfer d’où s’échappe une odeur pestilentielle. Le temps n’existe plus, les hommes sont anéantis, la mort annihilée, seules subsistent les radiations nucléaires qui frappent les paysages autant que les hommes qui ne sont « ni des vivants, ni des morts, ni des chiens », mais des êtres souffrants et déformés à tout jamais. Une atmosphère délétère assure la dérive vers le néant : la mémoire est effacée, l’esprit d’initiative interdit, l’inégalité jugée barbare et les corps ne sont autres que de pauvres marionnettes affaiblies. Vociférations féministes et révolutions culturelles résonnent en arrière-plan. Satire politique sans précédent où l’idéologie obsessionnelle finit par supprimer toute humanité. Seul le cœur miraculeusement épargné de deux personnages, Kronauer et Iliouchenko, donne quelque espoir au lecteur. Mais ceux-ci parviendront-ils à rayer l’ineffaçable, à détruire un cauchemar qui perdure pendant des siècles, à faire avancer un train où soldats et prisonniers sont alternés au nom de l’égalité ? L’absurdisme poussé à son paroxysme n’est-il pas un point sans retour? Telle est la question posée par Antoine Valodine qui laisse percevoir au lecteur non pas la douleur et le chagrin, mais le sentiment de honte et de culpabilité de celui qui s’habitue aux ténèbres et s’enfonce dans le silence plutôt que de penser aux générations à venir. « Humour du désastre…afin de ne pas étaler le désespoir intime », ainsi se déroule l’histoire sans fin des utopies politiques dont les hommes ont bien du mal à s’échapper.

B Clavel Delsol

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Published by brigitte clavel-delsol - dans 2014
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