Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 19:38
"Dieu, le temps, les hommes et les anges" par Olga Tokarczuk

« Dieu, le temps, les hommes et les anges »      par Olga TOKARCZUK

 

 


Editions : Robert Laffont - Pavillons Poche

Parution : Mars 2019

Publication originale: 1996

391 pages

9,50 €

 

                                  

Olga Tokarczuk surprend le lecteur autant  par son originalité d’écriture que par l’authenticité de sa perception du monde. Son livre est semblable au jeu de labyrinthe qui offre une multitude de chemins pour avancer dans la compréhension de l’existence. Véritable boîte de Pandore, il aborde tous les sujets dans un style éthéré sans frontière entre le rêve, l’imagination et la réalité. L’existence énigmatique de Dieu  à cause de son silence et son  invisibilité  est remplacée par une nature où grouillent plantes et bêtes vivantes, sorcières ou saintes femmes, rêveurs ou idéologues dangereux jusqu’à vouloir réformer  la nature humaine et l’essence divine. Le village d’Antan où se déroule cette saga  est au cœur de la Pologne comme de l’univers. Tour à tour envahi par les nazis et les Russes, il est cerné d’une frontière derrière laquelle tout semble avoir disparu. Il est recouvert d‘un ciel de plomb, repose sur un sol où la propriété est interdite, où la mort se décompose en un mycelium envahissant, où l’homme vit dans l‘angoisse de l’éphémère. La candeur d’Isidor, la capacité d’amour de Geneviève, l’énergie de Paul Divin à aseptiser l’environnement ou à faire régner un égalitarisme uniforme ne suffiront pas à combler le  vide ou la concupiscence. Tout se décompose sous les idéologies monstrueuses. Les instincts bas et vils vont jusqu’à hanter l’âme des morts tandis que  la capacité d’aimer peut transformer une sorcière en bienfaitrice. Et si le paysage s’étend du  fin fond de la terre  jusqu’au ciel,  l’auteur  y parvient grâce à des errances qui lui permettent de discerner  les inévitables souffrances humaines dans les rides d’une lune qui pleure. Une fois le livre fini, le moulin à café, simple butin de guerre, continue comme l’univers à tourner inlassablement, imbibé des multiples sentiments  de ses usagers, parfois grinçant parfois chantant, tout à fait semblable au style métaphorique d’Olga Tokarczuck. Livre envoûtant  où  la raison humaine dans toute sa fragilité essaie d‘endiguer la folie du monde. Livre néanmoins plein d’espoir pour celui qui sait voir la beauté derrière la frontière interdite et la fécondité du mycelium plus puissant que la mort. 

B. Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : panoramadelectures.over-blog.com
  • : chronique de romans littéraires
  • Contact

Recherche

Liens