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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 11:50
"la plus secrète mémoire des hommes"  par Mohamed Mbougar Sarr

« La plus secrète mémoire des hommes » par Mohamed Mbougar Sarr

 

Editions : Philippe Rey / Jimsaan

Parution : Août 2021

457 pages

22 euros

 

Une fois encore le prix Goncourt interpelle. Polyphonie pleine de passages poétiques,  d’allers retours dans le temps comme dans l’espace, chez les vivants comme chez les morts,  pleine d’heureux hasards et de tristes sorts, elle risque , à cause de sa forme erratique, d'aboutir à cette impasse où toujours tombe l’âme désabusée, la « solitude irrévocable ».  Si l'auteur est  un romancier plein de tourments il a aussi bien du talent.  Il est semblable à son protagoniste Diegane , étudiant sénégalais à Paris en quête du livre  d’Elimane qui, en 1938 après avoir connu un grand succès, fut banni en tant que plagiaire et disparut à tout jamais.  Mais  son roman survécut et un heureux hasard va le mettre dans les mains de Diegane   qui le cherchait sans plus y croire. Cet heureux hasard n’est autre que Marène Siga,  vieille Sénégalaise   cousine d’Elimane venue à Paris puis installée à Amsterdam . Pourquoi  tant de circonspection de sa part  en confiant ce livre à Diegane  ? Serait-ce parce qu’il donne une impression de profonde mélancolie à vouloir en vain « encercler  l’infini » ? Ou parce qu’il  fait une révélation courageuse, celle de l’écrivain africain complexé? Ou parce qu'Elimane a plusieurs visages, celui de l'assassin, du dandy,  de l'ermite mystique  ou  du révolutionnaire? Ou parce que  la France lui a pris son père, la folie  emporté sa mère  et les nazis éliminé son ami juif ? Ou parce que le seul espoir à la liberté  argentine est soit  le "jusqu’au boutisme"  soit le  suicide?   Peu importe,  le style de l’auteur est splendide, il envoûte par sa loyauté , il entraîne dans le labyrinthe de l’écriture qui mène à la  douleur du ressenti, de ce colonialisme jamais accepté,  des expériences libertines décevantes, du déracinement et de la déréliction qui s’en suit , bref « une anatomie du vide »  bien à la mode parisienne qui lui a valu le  grand prix littéraire  et qui a pour écho  : "Vive la bourse de la République!"…

B.C.D.

 

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