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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 14:19
« Le mage du Kremlin »  par Giuliano da Empoli

                       « Le mage du Kremlin »             par Giuliano da Empoli

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2022

280 pages

20 €

 

Qui est ce « mage du Kremlin », ce  « nouveau  Raspoutine »,  ce  Vadim Baranov  tout puissant ? Longtemps  il s’est caché   sous le nom de plume de Nicolas Brandeis pour  plagier au théâtre la  décadence de la société russe  sous la  présidence d’Eltsine avant de devenir le premier conseiller du tsar Poutine. Aujourd’hui, alors qu’il a disparu de la cour des Grands, il se confie sur les réseaux sociaux.  De par ses gènes et son éducation aristocratique, il dénonce  l’ignorance populaire qui aveugle, les privilèges des oligarques  qui les privent de liberté, la stupidité des émissions télévisées qui transforment artistes et dirigeants en marionnettes d'Etat. Quand Boris Berezovsky, homme d'affaires  proche d’Eltsine, désigne  comme chef du parti unique Vladimir Poutine, Baranov, philosophe  idéaliste, pense pouvoir devenir l’éminence grise de ce petit fonctionnaire du KGB. Mais Vladimir Poutine est clairvoyant, n’est pas de ces hommes qui se laissent manipuler, revendique très vite la « force verticale » pour maîtriser toute rébellion, que ce soit  « la révolution des roses de Georgie » ou « la révolution orange » de l’Ukraine. Pour essayer de recoudre les fils de l’histoire russe,  Vadim Baranov va lui inspirer  sa « politique du fil de fer », non pas celle  de la conviction mais celle de la division, afin de faire apparaître le Tsar comme réconciliateur et restaurateur triomphant de l’ordre. Cependant  homme de  lettres avant tout, Baranov a recours à l’art  que ses aïeux disaient rédempteur , aux beaux spectacles d’antan; malheureusement   la  scène de son  théâtre  tourne subitement en arène ensanglantée.  Car le Tsar est acteur mais aussi espion, joueur mais aussi tricheur, rendant  ainsi  le chaos attractif pour sa plus grande gloire et responsable d’une guerre technologique qui pourrait tourner en un enfer nucléaire. Et c’est là que Baranov fait marche arrière, convaincu que  ce  n’est pas par  la force qu’on  contribue à accroître  la beauté du monde. Livre à mettre entre toutes les mains désireuses de mieux comprendre le cycle infernal de l’instinct de puissance qui enfle encore de nos jours. D'autant plus qu'il est le récit romanesque d'une histoire tout à fait vraie. Heureusement la beauté de l’écriture compense la sinuosité  du parcours des personnages …B.C.D.

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