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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 08:49


 

Edition : Flammarion

Parution : Mars 2012

291 pages

20€

 

Quel  bonheur d’entrer au «  Studio de l’inutilité » de Simon Leys ! Le lecteur y retrouve toutes ses illusions perdues. Peu importe si Michaux n’a jamais fait les voyages qu’il a racontés car « poète imaginatif »  il l’a toujours été et le restera. Le seul regret, c’est qu’il ait toujours souffert de n’être pas «  monsieur tout le monde ». Voilà à quoi Simon Leys  invite le lecteur : ne pas vouloir devenir un « idiot utile » qui épouse l’air du temps, ni un intellectuel désincarné  que  l’idéologie écarte du chemin poétique  de la vraie vie. Car, comme le dit  le prince de Ligne, le seul art qui compte est « l’art de vivre ». La considération pour toute créature et l’intérêt pour tout bâtisseur ont alors priorité. Et comme le proclame Orwell, « la brutalité intellectuelle est impossible quand on connaît la personne ». Mais Simon Leys rappelle le désespoir de Milosz qui vécut  simultanément le nazisme et le communisme et dénonça la sottise et l’aveuglement des Français incapables de réaliser « que si quelque chose existe quelque part, elle existera n’importe où ». Et Milosz de conclure  « l’horreur est la loi du monde des créatures vivantes, et l’objet de la civilisation est de masquer cette vérité. » Telle est la fragilité humaine que Simon Leys se plaît à nous rappeler comme un prophète éconduit à cause de trop de franchise. Car ce qui  s’est passé en  Chine en vingt ans  s’est passé aussi au Cambodge en trois ans : la dictature révolutionnaire, avec tout ce qu’elle comporte de crimes  et de  mensonges, est universelle. Alors il est temps de quitter le studio de Leys car « l’envie de silence en forme de discours spécial » propre à Barthès gagne le visiteur attristé par tant de cruautés innommables  et l’incognito de tant de dignités  humaines …Mais Simon Leys ne le laisse pas partir sans conseils : « Quelle sorte d’avenir peut-on bâtir sur l’ignorance obligatoire du passé récent ? » Il recommande  alors de ne pas enfouir ces horreurs dans l’oubli car « c’est aussi  de nous qu’il s’agit » et non d’une planète lointaine. Heureusement, quel que soit l’environnement, l’art persiste quand l’artiste a le souci d’être vrai, les naufragés survivent quand ils mêlent l’espoir à la bonne volonté,  et la grâce de Dieu demeure si l’élite intellectuelle n’est pas une usine à fabriquer des  diplômes mais une  école qui forge des hommes.

Brigitte Clavel

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Published by brigitte clavel-delsol - dans 2012
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commentaires

bernard fandre 22/07/2012 15:42

Leys fuit la notoriété, il en connaît le coût exorbitant... Il convient d'encourager une si rare disposition. On peut trouver quelque présence de sa vraie beauté, de sa pure colère à l'adresse
suivante: http://culture-et-revolver.org/

bernard fandre 11/07/2012 15:26

Je propose à tous ceux que ça intéresse de partager ma profonde admiration pour Simon Leys sur mon site:
http://culture-et-revolver.org/