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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 10:50
« Giono, furioso » par Emmanuelle Lambert

« Giono, furioso » par Emmanuelle Lambert

 

 

 

Editions : Stock

Parution : Septembre 2019

219 pages

18,50 €

 

Emmanuelle Lambert est toute en symbiose avec ce provençal au regard à la fois  brumeux et furieux. Elle comprend l’ambiguïté de sa pensée, décèle ses contradictions, découvre sa sensibilité en même temps que sa force du dieu Pan. Elle perçoit combien la nature humaine est une énigme pour lui. S’il est traité par les uns d’indifférent à la tragédie juive et par d’autres de collaborationniste pour oser dire « j’aime mieux être Allemand vivant que Français mort », E. Lambert comprend la révolte intérieure de cet homme traumatisé par la Grande Guerre  qui ferme les yeux devant son retour en 40. Elle dépèce ses romans tout en  autopsiant ses personnages. Elle découvre un « catastrophiste » alors qu’il proclame que « le poète doit être un professeur d’espérance ». Elle comprend la vengeance du  « carnassier » qui aime la race des vivants, des hommes  et des  bêtes, de la  végétation et des pierres. La mort le hante comme la guerre. Il ne s’en détourne pas, au contraire il l’apprivoise. Il la voit partout, dans la déchéance des vieux corps comme dans les mutilations des jeunes soldats, et on ne sait s’il la défie ou la courtise, tant ses descriptions sont crues et réalistes.  Blaise de  Monluc dans « Le désastre de Pavie » ne fait qu’un avec le Poilu, même si quatre siècles les séparent. Tout se confond dans la tête de Giono, le perforage d’un tunnel  de son enfance, les explosifs des tranchées de 14-18, la cervelle éclatée d’Aurore, la foudre tombée sur Bobi, ou le suicide à la dynamite  du Roi sans divertissement. Ce n’est pas la peur qui lui dicte ses mots, mais la conviction que la guerre déshumanise et qu'il faut sauver la vie à tout prix. Tout son corps se crispe pour écrire ses multiples anecdotes, transposer sur le papier la bonté transmise par un père philanthrope, cette générosité qui « dévore et consume », cette nécessité de ne pas oublier les faibles ni effacer les disparus. Un magnifique livre d’Emmanuelle Lambert qui incite les jeunes à relire cet écologiste, plus contemporain que jamais quand il dévoile les dangers de l’argent tout en reconnaissant sa nécessité. Elle y parvient aisément, car, comme toute amoureuse, elle s’approprie inconsciemment  le style, à la fois direct et spontané, de celui qui aimait répéter : « J’écris pas pour les intellectuels »…

Brigitte Clavel Delsol

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 20:14
"Les choses humaines" par Karin TUIL

« Les choses humaines »  par Karin TUIL                                                  

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2019

342 pages

21 €

 

 

Si le prix Goncourt  est défini par l’artiste-peintre Christèle Rondot comme «  toute tendresse et douceur », le roman qui a reçu le prix Interallié et le Goncourt des lycéens est bien différent. Son style a tout de la polémique: un réalisme cru,  même si l'ironie est imperceptible, la passion amère et la caricature désolante. Avant d’aborder le thème de la violence sexuelle, et de le décrire le plus crument possible, Karin Tuil  dénonce les moeurs actuelles. Les liaisons et les divorces éloignent des obligations parentales, sauf s’il s’agit de sauver l’honneur de la famille quand le jeune fils, promis à une grande carrière, est accusé de viol ou quand la jeune fille, au consentement incertain, a sa dignité atteinte. Le lecteur connaît l’art de portraitiste sociétal que pratique  Karin Tuil dans ses fresques de la  bourgeoisie pour laquelle seule l’apparence importe. Belle critique sociale qui ne s'arrête malheureusement pas là.  Ainsi, quand Alexandre, jamais remis du divorce de ses parents et de sa  course aux diplômes, veut  échapper un instant  à sa solitude par l’alcool,  la drogue  et  le viol, le procès qui suit ouvre  la porte à la plus grande des indécences. Rousseau  dénonçait déjà la dégradation des hommes par  la société, mais il avait su réunir éloquence et poésie. Point de souci d’esthétique chez Karin Tuil, les descriptions détaillées  du viol sont trop longues et  récurrentes  et « si il n’ y a pas d’obscénité en littérature » on peut dire que ce livre n’est vraiment pas de la littérature.  Par contre il est  une  belle occasion de  responsabiliser des parents  inconscients et de prévenir des dangers  une jeunesse qui a sans doute exprimé implicitement sa souffrance en accordant un prix à ce livre. B.C.D.

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 14:33
« Noyau d’olive » par Erri De Luca

« Noyau d’olive » par Erri De Luca

 

Parution : Juillet 2014

Editions : Folio

112 pages

 

 

Comme un noyau qu’on garde dans sa bouche longtemps après avoir mangé le fruit, Erri De Luca savoure les récits bibliques jusqu’à en extraire la substantifique moelle. S’il refuse d’avoir une foi définitive, c’est au profit d’une quête permanente qu’il dispense généreusement en éclairant bien des mystères. En effet, combien aujourd’hui connaissent  le sens du sacrifice d’Abraham, de la soumission d’Isaac, du viol de Leuven? Combien  suivent le conseil divin de « voir » la Parole? Combien connaissent le précepte de Juda pour qui les lois sont faites pour les êtres humains et non l’inverse ? Combien partagent le rire de David et entendent comme lui le rire de Dieu ? Selon Erri De Luca l’hermétique à la joie, l’ignorant,  le renfrogné ne peuvent aimer l'aventure à laquelle l'homme est voué. D’ailleurs les appelés à une prophétie, comme Moïse, Jonas ou Jérémie, n’ont-ils pas fait tous  preuve de courage en prenant la parole? En détournant l'homme de Babel, Dieu invite l'espèce humaine à poursuivre la création dans les quatre coins du monde avec des langues et coutumes variées. Quand on sait qu’en hébreux le mot « shahar » a deux significations, « chercher » et « aurore », cette homonymie n’est plus une coïncidence mais une réalité, celle qui trouve la lumière en cherchant. Ainsi l’auteur appelle à être des « grapilleurs » de la Bible qui, comme le vignoble, n’a jamais fini d’être sondée.  Un bon livre pour l'Avent..

B.C.D.

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 11:24
« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »  par Jean-Paul DUBOIS

« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » par Jean-Paul DUBOIS

 

Editions de l’Olivier

Parution : Août 2019

246 pages

19 €

L’appréhension du lecteur de se retrouver dans un univers carcéral s’estompe vite. L’humour du narrateur incarcéré à la prison de Montréal est parachevé par le  style poétique de l’auteur et  offre une vision de l’humanité vraie, réaliste et  lucide. Paul Hansen  partage sa cellule avec "un colosse assassin" dont il a vite repéré la  sensibilité enfantine et la phobie des rats. Tous ceux qu’il aimait sont morts mais il les sent à ses côtés. Il s’évade avec eux  vers un passé pas toujours heureux ni compris, tant sont grandes les contradictions humaines. Des images toutes allégoriques l’assaillent : une église de pasteur s’enfonce dans le sable, une artiste trop belle court après des fantasmes,  des jeux d’argent mènent à la ruine et à des mines d’amiante menaçantes, une belle indienne pilote un hydravion avec pour seul  fétiche un colibri d’acier, un directeur de prison est plein de sympathie pour un  fou de moto tandis qu'un innocent veut plaider coupable… Mais Paul Hansen ne regrette rien de son humble  passé où, homme à tout faire dans une résidence, il a connu la joie de dépanner et d’aimer. Alors pourquoi cet emprisonnement injustifié, cette ingratitude de ceux qu’il a aimés, ce travail si précieux mais dédaigné? Telle  est la trame de ce livre bien d’actualité où la valeur non reconnue d’un salarié peu rentable risque d’entraîner des catastrophes insurmontables. J-P Dubois en  redessinant ainsi  le monde apporte non seulement sa contribution à la littérature française mais aussi à la compréhension de l’humanité. Très joli roman qui a bien mérité le prix Goncourt 2019.

Brigitte Clavel Delsol

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 09:44
« Eloge de l’inégalité » par Jean-Philippe DELSOL

« Eloge de l’inégalité » par Jean-Philippe DELSOL

 

Editions : Manitoba-Les Belles Lettres

Parution : Novembre 2019

206 pages

19,50 € 

 J-Ph Delsol a plusieurs casquettes. Historien, économiste, philosophe, il se lamente sur  cette pensée unique qui fait de l’Etat une mère nourricière ou un père Goriot qui s’usent à leur propre détriment. Comme Erasme écrivait l’ « Eloge de la Folie » pour condamner un excès de Dame Raison, il fait l’éloge de l’inégalité en rappelant les catastrophes  dues à un souci d’égalitarisme social ou ethnique. Certes « tous les hommes sont égaux dans leur dignité », dit l’auteur,  mais accuser l’inégalité comme cause de tous les maux de la terre c’est nier l’identité humaine dans toute sa singularité et  la possibilité d’un monde harmonieux  dans sa diversité. Il dénonce la petitesse de la nature humaine, la jalousie ordinaire, le nivellement par le bas, une égalité des chances dévoyée. Certains fanatiques vont jusqu’à proclamer l’égalité des hommes avec le monde animal et végétal, jusqu’à manipuler la nature de l’homme. Mais le pessimisme n’atteint pas J-Ph Delsol,  l’Intelligence Artificielle ne lui fait pas peur,  les vraies valeurs humaines seront toujours selon lui supérieures aux truquages des apprentis sorciers, et  l’homme à l’esprit libre, en  aimant l’aventure,  ne peut s’embourber dans  l’égalitarisme. Le philosophe devient politique, il fait de la propriété la pierre angulaire, reconnaît l’importance du commerce, la nécessité de la concurrence,  le danger d’une législation du travail trop restrictive. Sera-t-il suivi dans ses espérances ou considéré comme un humaniste utopique ? Le succès de son livre le dira …BRIGITTE CLAVEL  

 

 

 

 

 

 

 

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 11:32
"Mon ancêtre Poisson" par Christine Montalbetti

"Mon ancêtre Poisson" par Christine Montalbetti

 

Editions : P.O.L

Parution : Août 2019

233 pages

19 €

Toute existence est une belle aventure et celle des ancêtres est trop souvent méconnue. En faisant un important travail de recherche pour rester au plus près de la réalité, Christine Montalbetti redonne vie à son trisaïeul Jules Poisson. C’est par amour des arbres et des fleurs et non par nécessité que Jules tout jeune enfant est jardinier au Jardin des Plantes avant de devenir  botaniste au Muséum national d'Histoire naturelle. Il aime se pencher sur les fleurs comme son père bijoutier contemplait les ciselures d’orfèvrerie et  comme son fils Eugène se concentrera sur les plantes exotiques d’Afrique. L’auteure  elle-même ne sait plus si son inspiration lui est soufflée du ciel ou vient de la loi du sang, de son amour pour les fleurs… Après une entrée en matière pleine d’humour  sur ce nom de famille   qu’elle  se réjouit de ne pas porter, elle scrute longuement les photos de Jules, si petit et si frêle, découvre son travail  dans les archives du Muséum et ses articles dans la revue « La Nature ». Elle le suit dans les allées du Jardin des Plantes comme dans son laboratoire de botaniste, dans  son appartement gris  de la rue de la Clé comme dans ses escapades campagnardes pour toujours découvrir de nouvelles graminées. Rien ne lui échappe, ni les  yeux tristes du père dont le fils est parti au Dahomey, ni les yeux rieurs du potache  avec ses collègues. Ses recherches sont riches de trouvailles et Jules pourra s’éteindre paisiblement  en même temps que la guerre car Eugène, son « ramasseur d’herbes » bien aimé  qui  fournissait l’herbier du Muséum depuis le fin fond de l’Afrique, laissera son nom à l’Institut de Porto Novo. Christine Montalbetti elle aussi a sa place assurée dans la littérature : elle fait vibrer ses lecteurs en révélant la beauté du monde végétal aussi  discret et  noble que cette famille de botanistes. 

Brigitte Clavel Delsol

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 17:29
"La goûteuse d'Hitler"  par Rosella POSTORINO

 « La goûteuse d’Hitler »

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2019

382 pages

22 €

Ce roman a remporté en Italie plusieurs prix littéraires, peut-être pas toujours mérités car certains passages manquent de décence . Mais l'arrière-fond historique n’est pas dénudé d’intérêt.  Le personnage principal Rosa Sauer n’est autre que Margot Woelk, décédée récemment, qui avait été employée au réfectoire de Krausendorf, à côté du QG d’Hitler, pour apaiser les phobies d’empoisonnement de celui-ci. L’auteure parvient à recréer cette atmosphère de peur permanente qui gravitait autour du dictateur hypocondriaque, non seulement  de la part des dix goûteuses hantées d’avaler le dernier repas de leur vie, mais aussi des SS eux-mêmes. Car le cuisinier Krümel et le lieutenant Albert Ziegler, sous leur aspect glacial et servile, ne font-ils pas preuve de désobéissance aux ordres du Führer? Dommage que l’auteure se perde dans les méandres de la révolte contre un « Dieu sadique » et trouve  l’amour charnel comme seule échappatoire ! Mais cette envie de vivre à tout prix  et par n’importe quel moyen ne se retrouve-t-elle pas pareillement dans « La cuisinière d’Himmler » de F-O Giesbert pour qui l’ «  l’Histoire est une saloperie» ? Le lecteur reste désabusé, avant de se retourner vers « La cuisinière de Mallarmé », où Martine Rouart, qui a opté pour la création artistique, lui souffle « il faut tenter de vivre »… B.C.D

 

 

 

 

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 10:55
"GOUDJI  Orfèvre du sacré"

« GOUDJI   Orfèvre du sacré »  par Jacques Santrot

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2019

154 pages

45 €

 

 

En ouvrant ce livre c’est le temps qui se réveille et l’univers qui s’élargit. Disciple d’Héphaïstos, l’antique forgeron, Goudji se refuse à rester enfermé, que ce soit  dans un régime totalitaire derrière un rideau de fer ou dans une création éphémère. La France reconnaît vite en lui des qualités d’artiste. Les premières œuvres de cet exilé sont des bijoux destinés à des proches. Mais l’usage de matériaux précieux ne va pas se limiter à de simples parures.   Son art devient peu à peu épiphanie.  En soulevant le voile qui recouvre le mystère des civilisations  disparues, il ressuscite la pureté des lignes, reconstitue la chaîne qui relie le passé au futur, et mieux encore l’humain au divin, le paganisme au sacré. Plats, vases, bestiaires allégoriques, anges ou croix christiques,  crèches ou emblèmes des saints,  toutes ses créations chantent la vie et  multiplient les allégories. L’orfèvre devient prophète. S’il est heureux de  travailler pour des collectionneurs et des galeries, son grand bonheur est de participer aux décors des bâtiments religieux. Car la finalité de l’art n’est-elle  pas  de faire rencontrer les hommes avec Dieu ? Et quand les  yeux s’arrêtent sur la somptueuse châsse des rois mages de la cathédrale de Cologne, ils découvrent  le Berger du Monde lui-même appuyé, comme tout bon vieillard, sur un déambulateur en argent... Ainsi l’alchimiste, en incarnant le sacré, justifie bien l’usage de ses ors et de ses nacres… Livre magnifiquement écrit et illustré qui annonce une très belle exposition à l'abbaye royale de Fontevraud du 30 Novembre 2019 au 5 janvier 2020. 

B.Clavel Delsol

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 10:13
"Une heure de ténèbres" par Michèle ROWE

« Une heure de ténèbres »  par Michèle ROWE                                          

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2017

549 pages

24 €

 

 

Cet aperçu du Cap est peu banal, au mieux  « une méditation contemplative sur la souffrance inévitable de l’être humain ». A l’heure où les écologistes font éteindre les lumières par solidarité pour la planète, des malfrats réalisent un kidnapping innommable. La dimension du roman va au-delà du policier. Au-delà aussi des suites de l’apartheid. Certes il y a des blessures qui ont du mal à cicatriser. Mais dans toute région où l’immigration économique s’instaure, il faut du temps pour que  la fracture sociale se réduise. La beauté originelle des terres laisse place à une architecture urbaine décevante, les haies d’hibiscus finissent par disparaître  derrière de hauts murs recouverts de graffitis et surmontés de  protections  électriques.  La nature humaine, grisée par l’appât du gain ou le carriérisme, s’endurcit et engendre une jalousie qui peut tourner en haine. La vie surfaite de la riche résidence de Dieu-Donné donne à  Annette l’impression de jouer une comédie qui malheureusement va tourner en tragédie. Le talent de la Sud-Africaine Michèle Rowe est de révéler par touches subtiles les  bassesses humaines en alternant une tristesse infinie de l’âme et une ironie du sort  où l’humour est sous-jacent. Ce roman est aussi passionnant que réaliste: la psychiatre Paula se définit comme une rationaliste scientifique mais est incapable de soigner le mal-être de sa fille ; les écologistes s’inquiètent  pour les crapauds léopards en voie d’extinction tandis que d’ingénieux gangsters influents et sans scrupules violent  incognito la propriété des terres tout en s’immisçant dans la police. Malheureusement les pervers  ne sont pas toujours ceux qu’on croit et ce  sont les jeunes idéalistes qui en pâtissent...Un voyage passionnant et un souvenir inoubliable de l'attachante  inspectrice Persy!

…B.C.D.

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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 14:30
"SOIF" par A. NOTHOMB

« SOIF »  par Amélie Nothomb

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2019

160 pages

11,50 €

 

 

 

Amélie Nothomb n’a peur de rien, ni de Barbe Bleue ni du comte Neville ni de se mettre dans la peau et les pensées de Jésus sur la croix. Le style du début est pauvre et  des plus familiers car il faut bien que Dieu fait Homme  soit crédible, et de ce fait semblable à l’humaine condition. Certes Amélie Nothomb a raison de souligner l’importance du corps et  de sa pleine existence et d’affirmer qu’ « il n’y a pas d’art plus grand que celui de vivre ». Alors Jésus transforme l’eau en vin, guérit les malades et ressuscite les morts, même si, selon l'auteure, il ne récolte que l'ingratitude.  Mais attribuer à Jésus toute une fratrie au lieu d’un cousinage  et des sentiments amoureux pour Marie-Madeleine au lieu du pardon, n’est ce pas  revenir au temps des apocryphes?  Dédaigner la pensée jusqu’à l’appeler « acouphène », mépriser l’esprit jusqu’à faire dire au Christ que «  le mal trouve toujours son origine dans l’esprit » ne revient-il pas à oublier que le bien lui aussi  a  son origine dans l’esprit ? Une fois sur la croix, le  Jésus d’ A. Nothomb a du mal à résister au diable tout en le niant. L’amour de Dieu ne serait qu’un concept,   « le pouvoir de l’écorce » tombe,  cet « élan mystique » qui permettait le miracle disparaît, la rationalité prend le dessus. Le style devient celui du « faux-calme », comme il se définit lui-même, il s'emporte.   On n’est plus en christologie mais dans une littérature fantasque où l’imagination s’accroche à l’idéologie ambiante. C’est le refus de l’obéissance à Dieu, la révolte, l’injure qui aboutit  à la réfutation définitive de la Trinité. Malheureusement en méconnaissant la nature divine de Jésus, en niant le salut apporté par la passion  du Christ, A. Nothomb récuse ce désir de spiritualité auquel aspire l’homme. Si la crucifixion n’a servi à rien,  si Dieu n’est pas un recours au moment de la mort,   c’est  l’espérance qui est ôtée et remplacée  par  l'espoir d’un prix littéraire, même si la forme n'est pas meilleure que le fond…  B.C.D.

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