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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 06:53

Editions des Paraiges

Parution : Février 2016

115 pages

13 €

Il y a des vies qui se consument avec un sentiment tragique inavouable, « c’est le cri sourd d’un Français ordinaire », celui qui craint l’invasion et encore plus la guerre civile.  Tel est le cas du vieux capitaine Paul Louyot qui en s’éteignant fait confiance pour sa succession  à Michel Louyot, par ces simples mots : «Mon neveu se débrouillera ». Un véritable jeu de piste à travers l’histoire de la famille  commence pour l’auteur. Car  l’oncle Paul avait bien des raisons de vouer  un culte à ses ancêtres lorrains, paysans fidèles au roi, à la France, à leurs terres. Rejaillissent alors sous l’habit du vieux jardinier maintes réflexions angoissées d’un soldat qui a vu les ennemis changer de camp, qui s’est fait traité de boche sur une petite route provençale  en direction du village de Tourtour alors qu’il s’était battu contre le nazisme autant que contre le communisme. Un problème générationnel se lève : reste-t-il encore un sentiment commun  entre des ancêtres qui se sont   sentis étrangers  dans leur  propre pays et une jeunesse cosmopolite qui rêve de l’abolition des frontières ? C’est en s’enfonçant dans l’histoire de France, en allant voir vers l’Océan  la résistance des Chouans que  Paul et Michel Louyot  comprennent que  ce sont  les crimes de la Révolution  jamais expiés qui divisent  encore la France. Livre original par sa fantastique réalité historique, très prude mais touchant, qui n’a rien de passéiste, mais simplement le souci de rappeler des actes héroïques trop souvent reniés ou simplement ignorés, au détriment d’un patriotisme qui se meurt outrageusement.

Brigitte Clavel Delsol

http://panoramadelectures.over-blog.com

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 06:33

Editions : Gallimard

Parution : Février 2017

 375 pages

21 €

Le temps des croisades inspire à  F-O Giesbert un très beau roman.  Un  style vivant agrémenté de mots moyenâgeux et de chants de troubadours révèle un monde médiéval où, à force de châtiments, la mort devient une habitude. Mais Typhanie, une croisée aux côtés de  Louis IX, apporte un souffle  pur qui sait résister à la cruauté de la charia comme de l’inquisition.  Par  ses  multiples talents, celle-ci séduit plus d’un homme, des plus rustres aux plus saints, de Paris à la Terre Sainte.  Mais le narrateur  ne se contente pas d’un récit romanesque. En tant que professeur d’histoire, il relate des évènements précis tout en rétablissant  des vérités historiques.  Il montre Chrétiens et Mahométans pareillement cruels et capables des plus hautes trahisons ou des plus grandes bassesses, à se demander si son but n’est pas d’inculper les religions. Seules rassurent les paroles de Louis IX qui fait preuve de sainteté. Châtiée injustement comme hérétique, Typhanie parviendra-t-elle à inspirer le  narrateur menacé comme elle par des fanatiques religieux? Car  les attentats djihadistes  se multiplient en Europe, l’Antéchrist est partout et ramène le XXI ème siècle à la sauvagerie originelle. Ainsi toute  religion imposée par la force ou la peur n’est qu’une idéologie qui ôte à la vie sa raison d’être. Mais  la religion  inspirée par l’amour est source d’amour… Le narrateur saura-t-il le percevoir ?

B.C.D

 

 

 

 

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 05:49

Editions : Grasset

Parution : Février 2017

412 pages

22 €

 

Rien de bien nouveau dans cette approche de Colette où  le lecteur cherche en vain l’évanescence poétique  des biographies de Zweig. Amateur de vérité, Dominique Bona garde sciemment un certain recul.  Soucieuse de comprendre cette romancière déconcertante par son besoin ambivalent  de liberté et d’amour, elle la présente plus à travers sa vie qu’à travers ses œuvres. En effet cette longue  biographie ne se limite pas à Colette, mais à tout son environnement, sans doute pour mieux présenter cette époque en mutation, en recherche d’équilibre et de nouvelles moeurs révolutionnaires. Certes les voyages, les activités théâtrales et journalistiques, les aventures amoureuses de Colette  sont chronologiquement et scrupuleusement respectés. D. Bona  n’omet rien ni personne,  les amies du phalanstère sont longuement décrites une à une  dans ce chalet parisien pendant que les hommes sont au Front, le secret de ses allers-retours à Verdun pour retrouver Henry de Jouvenel contraste avec la séduction ouvertement jouée auprès du jeune  fils de celui-ci.  La brièveté de l’amour et du temps procure à Colette une profonde douleur physique qui se traduit par un déséquilibre dont elle se moque elle-même. D’où sa sensualité excessive,  son besoin de fuir la solitude et de faire scandale  en abordant sans honte tous les tabous. Seule l’écriture fut son viatique, mais  Dominique Bona n’en parle pas … Dommage !

B .C D.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 08:18

Editions : L’Orangerie

Parution : Avril 2017

310 pages

18 €

 

C’est une promenade rocambolesque à travers Paris que nous offre l’auteur où s’entrecroisent moult personnages originaux peints avec  le plus grand  réalisme. Le style est rapide car D. Barbereau-Agenais  bouillonne  d’imagination et de  connaissance de l’être humain. Pas une minute d’ennui dans cette course d’une mère de famille  à travers Paris à la recherche de ses deux petites filles. Une  vieille comédienne  tchèque  sait apaiser les maux  d’enfants comme ceux d’une mourante, un jeune séminariste espagnol est  dépassé par des responsabilités inopinées, un chauffeur de taxi malien se révèle plus à l’écoute  qu’un agent de gare ou de police. Tout contribue à faire oublier à deux petites sœurs haïtiennes le tragique  tremblement de terre de leur pays d’origine. L’auteur ne veut pas d’un roman  à thèse. Elle écrit comme elle aime rire, elle est un peu « la collectionneuse de mots » de l’une de ses jolies nouvelles récemment parues sous le titre de « Paroles suspendues ». Juste un besoin d’exister à travers les autres et par les autres. La solidarité est peut-être le fil conducteur qui vient compenser les aléas de la vie. Mais c’est surtout l’esprit de liberté et la confiance dans la vie qui inspire D.Barbereau-Agenais.  Cette jolie fresque sociétale, tantôt humoristique, tantôt  truculente ou cocasse, fera le plaisir  de tout  lecteur en quête de divertissements…  

B.C.D.

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 16:46

 

Editions C L D

Parution : Octobre 2014

238 pages

20 €

Estimation : 4,75/5

 

« L’empereur pauvre » porte bien son titre. L’auteur, historienne émérite,  s’inspire du passé byzantin où la fin de Constantinople ne fut pas la fin des temps annoncée, mais le début d’une résurrection en marche. Alors quand  Micha, professeur universitaire  d'Histoire byzantine apprend le tragique tremblement de terre d’Istanbul, il n’hésite pas à aller secourir les Stambouliotes. Là il retrouve son vieil ami Danilo et tous ses souvenirs de jeunesse estudiantine  qu’il s’efforçait d’oublier. Qui mieux que Micha,  fils d’opposants à la dictature de Ceaucescu, et que Danilo, serbe orthodoxe farouche qui a vu le démantèlement de la Yougoslavie, peut comprendre  les tragédies humaines  de ce XXI ème siècle, les séismes de toutes sortes, géographiques, politiques, religieux et même amoureux? Alors M-H Congourdeau alterne les textes du vieux bibliothécaire de Constantin pleins de profonde sagesse avec les réflexions désemparées des deux amis  qui ont plus d’une occasion de croire à la fin du monde.  Mais la victoire n’est pas toujours celle des armes et de la force. De même que Constantin ne parvient pas à faire reculer les Ottomans, les Stambouliotes ne parviennent pas à maitriser le séisme, et les deux amis ne comprennent pas la mort d’Esther que tous deux ont tant aimée. C’est dans ce sombre chaos que le lecteur va finir par découvrir la lumière. L’important n’est pas dans l’évaluation des dégâts, mais dans la prise de conscience de la fragilité des innocents et de  la fraternité des vivants. Très joli roman où chacun des personnages rencontrés songe à sa mission comme l’Empereur pauvre a le souci  de la Parousie…

B.C.D.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 16:48

Editions : Actes Sud

Parution : Janvier 2017

171 pages

16,50 €

 

Cri dans la nuit des temps,  qui part de bien avant Auschwitz, se prolonge jusqu’à  la Turquie d’aujourd’hui et même plus loin, tel est le dernier livre d’Asli Erdogan emprisonnée puis assignée  à résidence avant son jugement définitif. Car cette journaliste turque n’a plus droit à la parole, encore moins à l’écriture et  pas même au silence intérieur. Pour elle, se taire signifie non seulement lâcheté, mais complicité. Alors, « ce n’est pas un verdict, c’est un cri »  sous forme de poésie en prose qui s’échappe d’elle, malgré elle. Un hommage à tous ceux emprisonnés,  martyrisés, ou morts pour la vérité, qui prend la tonalité d' une révolte, poignante de sincérité. Elle nous promène dans les rues du désespoir, devant des corps nus,  amputés, souillés de boue ou de sang, au bord de charniers nauséabonds, au fin fond des caves d’un splendide palais. Elle va jusqu’à ressusciter le dérisoire de nos chagrins d’enfant pour mieux nous faire réaliser  la cruauté des départs forcés et sans retour. En un mot elle universalise  la souffrance humaine causée par « l’oppression, notre plus vieille et immuable histoire ». Elle fait de son pays  une peinture de feu où une fumée sombre endort tous les sens : « Même si nous sommes horrifiés, rien ne nous étonne plus » … Livre aussi beau que triste où peu à peu  le cri se transforme en pleurs.

B.C.D.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 07:21

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2017

365 pages

20  €

 

C'est plus qu’un tour du monde dont il s’agit, c’est toute la vie humaine qui est explorée. Ce voyage au cœur du XVIII ème siècle est passionnant et la découverte de terres nouvelles comme celle des hommes des plus enrichissantes. J-C Rufin n’a rien perdu de son souffle qui animait déjà ses œuvres de jeunesse. L’énergie de sa plume ressemble au dynamisme de cet Alexandre dans lequel il semble se retrouver. Deux voix pour faire le récit des mêmes expériences, celle d’Aphanasie qui vient contrebalancer la rage de vivre d’Alexandre. Un bel exemple de vie où l’aventure prime au seul nom de la liberté et de l’amour du genre humain. A la miraculeuse fuite d’Alexandre, prisonnier de Sibérie, succède un véritable voyage autour du monde où la découverte de terres inconnues confirme les écarts de civilisations que celui-ci n’aura de cesse de vouloir aplanir. Mais à quel prix! Car la politique entrave les amitiés, divise plus qu’elle unifie, et seule la servitude aveugle aux dirigeants apporte de bien vils honneurs. Le désir de secourir les opprimés n’en devient pas moins obsessionnel pour Alexandre. Ainsi le récit de voyage plein de panache basé sur une histoire vraie devient conte philosophique. L’instinct de domination est définitivement banni. Point d’utopie, seulement des exemples vivants d’imagination créatrice comme la formation d’états confédérés qui préfèrent la solidarité à la rivalité. Alors l’amour n'est plus un simple contrat mais l’union totale de destins où le bonheur n’est autre que de servir. Et quand tout a été tenté jusqu’à épuisement, le dieu-horloger de Voltaire devient Providence. Magnifique roman où l’authenticité des sentiments dépasse de loin les idées dogmatiques, ce qui lui donne toutes ses chances de gagner le prochain prix Goncourt des Lycéens ou autres …

 

 

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 07:09

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2017

181 pages

17 €

Estimation : 4/5

 

« Le petit garçon » n’est plus. L’adulte enquête sur le passé de Nekta, cette mère aimante, dont le lecteur se souvient   de  la discrétion comme du courage. Qui aurait imaginé que cette jeune épouse d’un conseil juridique grisonnant ait connu les affres d’une enfant abandonnée à plusieurs reprises ? Il est de bon ton de déballer  les histoires de famille mais Philippe Labro le fait sobrement, comme un devoir vis à vis de cette femme à laquelle il doit son succès littéraire. L’histoire de chacun  apparaît  alors comme  « un véritable roman » même si  les conseils d’une mère sont toujours les mêmes. Car elle seule sait  que la vie est dure mais  « belle » et la famille fragile : « Voyez-vous, ne cessez pas de vous voir ». Un très bon moment de lecture qui nous fait apprécier un Philippe Labro toujours aussi sensible  et soucieux d’aimer suffisamment.

 B.C.D.

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 08:26

Editions : Equateurs –Littérature

Parution : Janvier 2017

190 pages

18 €

Estimation : 4/5

 

 

On dit que les miracles s’accomplissent dans la plus grande simplicité. Pierre Adrian s’inspire sans doute de cette pensée car, en suivant les pas d’un vieux curé de montagne, il redonne vie à tous les villages surplombant la vallée d’Ossau. Aydius, Masparraute, Marie-Blanque, ne sont pas des noms mythiques. Déjà Francis Jammes,  enfant des Pyrénées,  avait chanté ce coin de France. Pierre Adrian va au-delà d’une simple  description du paysage ou du portrait d’un saint homme. Il rappelle que l’austérité du lieu n’est pas seule responsable de sa désertion. Les rivalités entre partisans d’une voie de chemin de fer ou de bitume, entre Basques et Béarnais, ne facilitèrent pas la communication. Chargé d’un monastère en plus de douze communes et dix-sept clochers, seul ce moine–curé permet de croire que Dieu n’a pas abandonné cette région. Les pèlerins comme le pécheurs y trouvent, comme  l’auteur malgré son jeune âge, non seulement un refuge de paix où le dévouement n’a point d’heures ni limites, mais une source de vie. Car il suffit d’un homme de foi  pour maîtriser  les sommets et ne pas tomber dans le gouffre du suicide... Ce bel itinéraire attirera même les  globe-trotters, car si  on passe cette vallée, on y revient toujours …

B.C.D.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 08:37

Editions : Gallimard

Parution : Février 2017

234 pages

20 €

Estimation : 2 /5

 

« Croire au merveilleux » est la suite du précédent roman d’Ono-dit-Biot. Le lecteur y retrouve César, maintenant veuf et désespéré. Alors César pense au suicide, prend des médicaments et s’enfonce dans un état comateux.  Son rêve l’emporte dans un voisinage  où moeurs étranges et évènements politiques se fondent dans un pastiche d’œuvres antiques. Le style de l’auteur est semblable à l'écartèlement moral de César,  alterne entre le désespoir et des descriptions  paradisiaques. Les voyages sont plus excitants qu’une bibliothèque et les femmes plus provocantes qu’aimantes. Les îles méditerranéennes offrent des grottes pour refuge comme chez Novalis,  ce qui n’empêche pas d’entendre  en arrière-fond  guerres et attentats qui sont le tabou des soirées arrosées. «Face à ce déluge de violence, que peut-on dire à son enfant ? »  L’hyper-information et le monothéisme seraient-ils la cause de tous   les antagonismes? C’est alors  le retrait sur une île déserte, le souvenir de l’innocence de l’enfance, les retrouvailles des battement du cœur  de son épouse . Quelqu'un arrivera-t-il à temps  pour sortir César de sa torpeur et lui dire que son petit garçon  l’attend? Une illustration typique du rêve selon Bachelard: « Nous souffrons par les rêves et nous guérissons par les rêves ».

 

 

 

B.C.D.

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