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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 16:45

 

Editions du Cerf

Parution : Avril 2017

206 pages

15 €

 

 Dans « Un personnage d’aventure » Ch. Delsol parachève son « Eloge de la singularité ». Ici la philosophe part de la vulnérabilité de l’enfant trop souvent aux prises d’une éducation conditionnée par la culture de son époque.  Avec une précision de scientifique et maints exemples argumentatifs elle n’hésite pas à dénoncer  les conséquences tragiques  que peut engendrer une éducation volontariste ou libertaire, idéologique ou nihiliste. Selon elle, non seulement la jeunesse en  est la première  victime, mais l’essence  même de l’homme est dénaturée. Il y a confusion entre le dessein de l’homme  et la nature de l’animal. Car, contrairement à « l’inachèvement spécifique » du petit animal, l’enfant est « dans l’attente d’un achèvement » personnel. Se déroule alors un magnifique panégyrique de l’art d’initier où l’essentiel réside dans l’authenticité du message transmis qui peut aller jusqu'au sacrifice de soi. Car l’enfant perçoit le mensonge quand la vie privée ne correspond pas à la vie publique et, "si il  imite avec ferveur,  il récuse avec passion ».  Ch. Delsol est catégorique, l’enfant a besoin de bases sûres. Laisser à celui-ci  libre choix sans boussole c’est lui offrir le néant. D’où la nécessité d’un refuge familial le plus stable possible. L’auteure n’a  pas la prétention de présenter une méthode d’éducation, mais pour simple but de contribuer à la bonne marche du monde où  le seul vrai bonheur de l’homme  est de se sentir utile  et de savoir le transmettre.

B.C.D.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 08:27

« Une journée de bonheur »  par Pascal Quignard

 

 

Editions : Arléa

Parution : Mars 2017

143 pages

11 €

 

A ce sempiternel conseil « carpe diem » Pascal Quignard s’efforce de donner une réponse aussi poétique qu’historique et philosophique.  Le temps est découpé en jours comme la nature sauvage en fleurs. Et si la  fleur par définition ne doit pas être arrachée à son enracinement, néanmoins certaines civilisations la coupent sans hésitation en hommage à leur Dieu,  à leurs défunts, à tout hôte accueillant.  « Sacrifier, c’est offrir de la vie à la vie pour plus de vie. » De même s’il paraît arrogant d’extirper le jour au Temps, il est sage de le  distinguer de la journée qui, elle, se doit d’être cueillie avec un plaisir religieux. Car la caractéristique du beau n’est pas la durabilité  mais plutôt la fragilité. De même la splendeur de l’aube se trouve dans sa promesse d’esquisses et d’éclosions de vie. Et quand la place est au silence,  la lumière s’estompe, arrive le grand crépuscule. Rien pour combler ce vide, si ce n’est  la prière du soir, simplement pour avoir encore l’espoir d’un jour, ou l’écriture, car « pas un jour sans ligne » et  « pas une ligne d’horizon sans un jour ». Un mot entraîne  un autre, et son étymologie révèle son secret. Ainsi « jadis » se décompose en « jà a dies », ce qui veut dire « déjà il y a eu un jour », ce qui implique qu’il y en aura d’autres. Poète helléniste avant tout,  point de tristesse en Pascal Quignard même si le trépas  hante son sommeil: « J’ai connu plusieurs milliers d’aubes. Je ne m’en suis jamais lassé », De très jolis mots, mais le sens ne s’y perd-il pas ? Non, car la beauté afflue…

Brigitte Clavel Delsol.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 19:30

Editions : GALLIMARD
Parution: Septembre 2016
175 pages
17,50 €

Estimation : 4,75 / 5 

Cinq voix venues de Mayotte suffisent à transformer  ce roman magnifique en un témoignage aussi réaliste que tragique. Cinq points de vue différents mais convergents vers le même désespoir. Malgré tout l'amour maternel de Marie, Moïse, partagé entre deux cultures, devient la victime de Bruce, chef d'une bande de délinquants. Olivier est un gendarme désespéré et Stéphane un humanitaire déçu. En arrière fond une île de rêve, au parfum d'eucalyptus, bordée par le plus beau lagon du monde. Bénéficiant du statut de département français voté  depuis un récent référendum, Mayotte est l'eldorado des Comoriens, des Malgaches et d'Africains , ce qui finit par transformer ce paradis en un enfer d'insécurité. Natacha Appanah transcrit avec talent ce qu'elle décrypte dans les cœurs et les coutumes, révèle la bonne volonté de certains et l'engrenage de haine dans lequel d'autres s'enfoncent. Mais point de fatalisme dans la trame de son roman. Après toutes les souffrances endurées, Moïse est lucide. Ce n'est pas "du pain et des jeux" dont il a besoin, mais simplement "un objet qui ne soit rien qu'à soi, même si ce n'est qu'une brosse à dents". Ce souhait réalisé par Hernando de Soto en Amérique du Sud sera-t-il entendu à temps à Mayotte ? En tout cas Moïse restera longtemps dans la mémoire du lecteur l'emblème de la misère actuelle où l'absence de propriété et de patrie fait perdre toute espérance et identité.

B. C. D. 

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 18:05

Editions : Le Castor Astral

Parution : Janvier 2017

150 pages

14 €

Il a fallu attendre 2015 pour que cet ouvrage sur Paul Verlaine  écrit en 1902 par S. Zweig soit traduit en français. Olivier Philipponat, biographe bien connu, rattrape ce retard avec une préface prometteuse et bien justifiée. Car l’exploration poétique de Stefan Zweig se veut connaissance de l’homme et du monde qui l’entoure, au moyen d’un style imagé  qui entend percer le secret des cœurs et des choses. La vie de Verlaine  est « un merveilleux jardin de fleurs d’une beauté séductrice, d’une perversité bariolée, dans lequel lui-même ne s’est jamais senti à son aise ». C’est en  fin psychologue que S. Zweig nous dépeint ce poète comme  un « enfant effrayé » ou un « mendiant accablé », sans pour autant dissimuler sa faiblesse en la qualifiant de « masse molle dénuée de force et de résistance ». Car on le sait, à peine relevé de ses déboires, Verlaine rechutait, ce que S. Zweig explique parfaitement par l’écartèlement intérieur de deux forces,  le sensuel et le spirituel, qui doivent s’unir plutôt que se combattre, et que malheureusement  des caprices, purs ou dépravés,  finirent par gagner. Nul doute que c’est à Verlaine qu’on doit l’inspiration de « Bruges », beau poème de S. Zweig avec lequel il termine son livre, "Tel un enfant aveugle qui abandonne soudain la main du guide. »

B.C.D

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 13:44

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2017

358 pages

22 €

 

Ce parcours de Gilles Lapouge  dans la littérature  révèle  un contemporain dont le lyrisme et la hantise du néant n’échaperont à personne. Le choix des romanciers présentés est basé  sur l’art littéraire, une « extension de la vie » selon Henry James. Les écrivains  souffrent de ne  trouver que du vide et  s’efforcent alors de créer et d’inventer. Car « la vie est un piètre écrivain" dit Somerset Maugham. Ainsi les épreuves ont passé sur Colette, sur Marguerite Duras et Edgar Poe, mais ont nourri  leur style. Ce n’est pas le cynisme de Maupassant qui est à l’origine de son succès littéraire, mais  sa pitié pour les hommes et la finesse de son étude des sentiments. Les nouvelles de Zweig sont des trompe-l’œil. Elles dépeignent des décors de luxe alors que lui-même est conscient du tragique des évènements en Europe.  Quant à la Provence de Giono, G. Lapouge la considère comme une  pure invention, résumée en un mot par le titre de son dernier ouvrage,« l’Absente », l’imaginée, l’irréelle. Ainsi c’est la sensibilité de G. Lapouge qui domine dans cet ouvrage, doublée d’un pessimisme indéniable. Il entrecoupe son livre de chapitres personnels où transperce son angoisse devant  le  réchauffement climatique et  une robotisation poussée à l’extrême. La poésie serait donc  sa priorité, mais sans tenir compte des conseils de  Simenon qui voulait une  littérature non orientée. Car G. Lapouge ne cache pas sa fascination pour les Anthropophages, artistes brésiliens du siècle dernier, dont le  but était d’expulser la culture française de leur pays. Ecrire est impossible « quand les enfants se meurent à cause de la méchanceté des hommes ou peut-être à cause du bon Dieu ». Ainsi  l’essence universelle et spirituelle de l’art est niée. La guerre aux civilisés est déclarée et  toute espérance condamnée. Triste avenir culturel !

B.C.D

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:34

Les Editions de Minuit

Parution : janvier 2017

 174 pages

14,50 €

Estimation : 4,5/5

Un seul lieu : le bureau d’une maison d’arrêt. Une seule voix, celle de Martial Kermeur qui  justifie son crime. Car Kermeur l’avoue dès le début : il  a abandonné  en mer le promoteur Antoine Lazenec tombé de son bateau et c’est, selon lui,  « une œuvre de salut public ». Alors le lecteur comme le juge d’instruction écoutent en silence cet homme inculpé de non-assistance en danger. Certes en arrière fond il y a la rade de Brest, grise de brume et d’eau sombre,  qui empêche d’y voir clair. Mais  Lazenec à l’allure de cow-boy  a convaincu les ouvriers licenciés de l’arsenal de Brest que leurs indemnités de chômage pouvaient transformer ce triste  village en un St Tropez de luxe. Et c’est  là que réside le talent de l’auteur : la simplicité d’expression de Kermeur et l’authenticité de ses sentiments  contrastant avec la malhonnêteté  désinvolte mais séduisante de Lazenac. A la fin du roman le personnage qui semble le plus important bien qu’absent n’est autre qu’ un enfant, celui de Kermeur,  auquel le lecteur ne porte pas plus  d’attention que Kermeur lui-même , non pas qu’il ne l’aime pas, bien au contraire, mais parce qu’il ignore la souffrance filiale  devant l’impuissance de la vieillesse  paternelle. Très beau livre qui aborde plus d’un sujet jusqu’à ajouter un nouvel article au code pénal …

B.C.D

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 17:11

 

 

Editions du ROCHER

Parution : Avril 2016

510 pages

19,90 €

Estimation : 4,5/5

 

Sous l’hilarité  de ce roman perce une peinture sociale bien réaliste! Malgré une grève générale, le comique de situation commence dès la première page par la nécessité d’un abonnement au club de jujitsu, seule solution à Fred Beaumont laissé en "gare divorce"  par une carriériste ! Quand il accepte un job de pigiste dans « Libertas » pour défendre ses convictions libérales sous le pseudonyme de Félix Paquette, il ne donne pas sa démission au « Journal » de gauche, car quand on a un CDI, on s’y accroche ! Alors la sincérité des sentiments de Fred va devoir en permanence lutter pour dissimuler son double jeu. Si, pour une révolutionnaire convaincue comme Audrey, « c’est horrible de coucher avec un mec de droite », pour un journaliste plein de probité intellectuelle c’est encore plus dur de couvrir en même temps plusieurs évènements  pour deux journaux antagonistes! Mais Fred fait face et le lecteur, en tremblant avec cet anti-héros du début à la fin, rit tout autant. Excellent roman satirique où l’auteur tourne en dérision l’aveuglement d’une société, qui sous prétexte de justice sociale, fustige l’esprit d’initiative au profit de bureaucrates neurasthéniques ! Menottés par un Etat qui leur procure tout, y compris le risque zéro, les citoyens ne manquent de rien, sauf de l’essentiel : « l’estime de soi et le respect des autres ». Jusqu’au jour où la dette nationale explose…A travers ce miroir de l’actualité, c’est une tentative de résistance qui s’opère, ou mieux d'espérance, car c'est à toute l'humanité que s'adresse le toast final "A la liberté"! Alors, même ruiné, on est soulagé et on peut sourire...

B. C. D. 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 14:12

« Chanson douce »  par Leïla  SLIMANI

 

Editions : Gallimard

Parution : Novembre 2016

227 pages

18 €

Sans aucun doute le dernier  prix Goncourt a-t-il été attribué à L. Slimani  pour son indéniable suspense malgré le dénouement tragique annoncé dès la première page.  Le style laconique  et le rythme  rapide reflètent  la vie trépidante de Myriam, avocate brillante mais débordée,  et de Louise, nounou expérimentée mais sans  âge avec son corps menu et ses jeux enfantins.  Toutes deux sont  hyperactives  et ne comptent pas leur temps de travail. Bien que très maternelle, Myriam en se rendant à son cabinet d’avocat  retrouve une certaine liberté.  Louise, en s’occupant des enfants des autres, s’invente un nouveau  foyer. Rien de très original jusqu’ici, si ce n’est l’accroissement imperceptible mais régulier des obsessions de Louise et de ses attitudes étranges qui alternent douceur et colère, soumission et  mensonge, jusqu’à ce que l’alcool prenne la relève. En même temps c’est la méfiance de Myriam qui augmente, puis viennent  les  scrupules. L’écart croissant entre l’enrichissement de Myriam  et la pauvreté de Louise est-il seul responsable de l’acte fatidique ? Car Louise n’avait-elle pas déjà battu sa propre fille jusqu’à  provoquer la disparition de celle-ci ?  N’avait-elle pas séjourné dans un hôpital psychiatrique  avant de trouver son emploi ? L’égalité des chances et la société idéale  apparaissent  bien comme des fantasmes utopiques … Ce qui est certain c’est que l’enfant  est toujours  victime et la chanson pas toujours douce!

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:37

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2017

388 pages

22 €

 

C’est en historienne,  avec des lettres authentiques d’Henri IV à l’appui, qu’Isaure de Saint Pierre parvient à décrire  jour après jour l’emploi du temps de ce roi,  en y ajoutant tout l’art d’une romancière. Lecture passionnante qui montre à quel prix un royaume se conquiert  et une histoire d’amour se construit ! L’auteur n’omet aucun des multiples départs précipités du roi, aussi guerrier qu’épicurien, pour procurer paix civile et religieuse à plus d’une province et obtenir du pape  qu'il  ratifie son « démariage » avec la reine Margot pour sa propre paix intérieure. Beaucoup de vérité   dans le portait   de cet huguenot  converti, plein de désir de réconciliation nationale, généreux avec les fonds du Trésor, mais prêt à les reprendre pour  payer ses troupes de soldats. Quant à Gabrielle d’Estrées, son amour l’incite à tout faire « pour le plaisir du roi ». Certes elle appréhende un mariage  avec Marie de Médicis ou l’Infante d’Espagne « pour le bien de l’Etat » et découvre avec horreur les placards qui la dénoncent comme « la putain du roi ». Elle n’en admire que plus son amant,  célèbre  pour son panache blanc, mais dont le  bonheur est de se promener seul  dans  le plus grand anonymat ou avec elle dans la plus grande pompe. Alors d’où vient son pressentiment  « Il n’y a plus que Dieu et la mort du roi pour m’empêcher d’être reine » ? Car Gabrielle ne sera jamais reine, mais grâce à Isaure de saint Pierre, sera la seule à porter le nom de  « la presque reine ». Bel ouvrage pour raviver notre histoire de France !

B.C.D

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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 10:59

Editions : Salvator

Parution : Mars 2016

183 pages

18,50 €

C’est une succession d’évènements qui ont forgé la vie de Roger Bichelberger et une série d’épreuves qui l’ont sauvé. Cette autobiographie, touchante de simplicité, paraît être celle d’un  homme d’une autre époque. Et pourtant l’auteur est un contemporain. Ecolier au château d’Art-sur-Meurthe en Moselle puis pensionnaire  au  collège Saint-Hippolyte fondé par les frères marianistes au pied du château du Haut-Koenigsbourg en Alsace, il est touché par le dévouement, le talent pédagogique  et le niveau des connaissances de ses professeurs. Il les évoque  sans en oublier aucun,  le père Leclerc, Monsieur Sonntag, le père Jules Hasler  et bien d’autres  qui  susciteront en lui un désir de transmettre ce qu’ils lui ont dispensé. Si une grave pleurésie  entrave ses projets comme  plus tard  la tuberculose atteint  son épouse, tous deux ne s’en sortiront que plus forts et utiles à leur entourage.  Car comme le dit R. Bichelberger  lui même, « ce sont de ces pauvretés que naissent les grâces qui nous comblent ». En effet ce  fervent lecteur de René Bazin, François Mauriac, Olivier  Clément… se liera d’amitié avec  Jacques Bourbon Busset qui le convaincra à tout jamais que dans la vie comme dans le mariage « chacun devient l’œuvre de l’autre ». Emouvante confidence qui incite à s’extirper du « somnambulisme ordinaire » et se tenir en état d’éveil tout  en faisant confiance à la Providence …

B.C.D

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