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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 09:19

                            

 

 

 

Editions : JC Lattès

Parution : Juin 2011

476 pages

22,50 €

 

 

 « L’enquête prussienne », comme « Critique de la raison criminelle » paru en  2008 sous le même pseudonyme, est plus qu’une excellente  enquête policière. L’histoire, comme l’indique le titre, se passe en Prusse orientale juste après la bataille d’Iéna. Le pays, dans une misère effroyable, est déchiré  et les crimes  se perpétuent. Certains prussiens se préparent à une cruelle vengeance contre l’envahisseur tout en faisant preuve d’un antisémitisme sans pitié, d’autres préfèrent une digne coopération pour adoucir l’après-guerre et reconnaître, comme le préconise la loi napoléonienne, l’égalité des races.Mais des rumeurs accablantes  courent au sujet des rites juifs et les évènements leur donneraient  raison si  deux enquêteurs ne se chargeaient pas d’élucider  avec sérieux un crime innommable, celui de trois enfants retrouvés morts, mutilés.  Le narrateur, Hanno Stiffeniis, magistrat prussien est  chargé de l’enquête, sous l’escorte du criminologue attaché à l’armée française Serge Lavedrine. Tous deux fidèles disciples de Kant ne vont cesser de se battre chacun à leur manière  pour la vérité, Lavedrine  faisant preuve d’un rigorisme sans merci, Stiffeniis ayant recours à une intuition qui n’a d’autre nom que le respect de l’accusé. Les détails parfois bien lugubres et les circonstances  horrifiantes ne découragent pas le lecteur, qui sous la violence,  découvre  la fragilité humaine comme auteur du crime.

Brigitte Clavel

 

 

 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 18:01


 

 

Editions : JC Lattès

Parution : Septembre 2011

437 pages

19 €

 

 

Delphine de Vigan a envie de « raconter sa mère », Lucile Poirier, qui vient de se suicider. Pour se rapprocher d’elle, elle s’enfonce  dans l’écriture,  qu’elle veut  quête de vérité et hommage filial, étude psychanalytique autant qu’autobiographique. Car les détails réalistes et fantasmatiques s’entrecroisent.  Pour comprendre l’inconsistance de Lucile, il faut tenir compte de sa beauté  aussi grande que sa fragilité psycholo­gique et  remonter le temps de son enfance. Dans cette famille nombreuse, les joies et les chagrins s’alternaient à vive allure grâce à l’amour  rayonnant de   Liane et Georges, parents  de neuf  enfants dont Lucile, et grands-parents maternels  de Delphine de Vigan. Malheureusement il y a le revers de la mé­daille : à l’âge adulte, le mal-être de Lucile, à peine perçu jusque là, éclate au grand jour, ses drames personnels  se multiplient  jusqu’à lui faire perdre la raison.  Alors il faut en trouver la  cause. Les amants successifs, la drogue et l’alcool sont des pis-aller. Mais la toute puissance du pater familias et le rayonnement  d’une mère fantaisiste  ont vite fait d’être dénoncés comme responsables. La fascination que Lucile enfant  ressentait  pour son père se transforme en haine, l’amour filial devient accusateur d’actes innommables. Comme Lucile, le livre perd de sa beauté et Delphine  de Vigan  de sa lucidité. Un style narratif relate avec banalité les allers et retours de Lucile entre l’hôpital psychiatrique et ses crises de folie. Ses investigations lui permettent de  trouver dans sa famille autant de maniaco-dépressifs  incurables que  de témoignages d’incestes sans preuve. Delphine de Vigan veut  justifier sa mère, épouse sa cause jusqu’ à ne faire plus qu’un avec elle, sonde aveuglément les inclinations de chacun et ne veut rien laisser sous silence. Le livre arrive à son paroxysme quand Lucile,  sous prétexte d’avoir trouvé  la paix, choisit posément de se donner la mort. C’est ainsi que le prix Renaudot des Lycéens reflète le pessimisme ambiant d’une jeunesse en bien mauvaise santé, pour qui la famille est devenue une institution bien peu fiable.

Brigitte Clavel

 

 

 

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 22:42


 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2011

632 pages

 21 €

Alexis Jenni est né un an après l’accord d’Evian. Son problème est  celui du narrateur anonyme, son alter ego : il ne  comprend pas  la France,  il ne connaît rien à la guerre, il est encore tout « emballé » de son éducation qui protège certes,  « mais vivre emballé n’est pas une vie ». Alors, en tant que professeur, Alexis Jenni veut  transmettre aux générations à venir « des trucs qu’on n’apprend pas aux écoles ». Les soldats qui partent à la guerre  ont-ils  un coeur ? Un autre moyen que « la  force de l’ordre » n’existerait-il pas pour établir la paix ?  Comment rester aveugle devant tant de morts anonymes ? A quoi sert de « s ‘entraîner à tirer juste », quand la réalité est toute de hasard, d’incompréhension  et d’éternel recommencement? Car les bonnes volontés sont nombreuses, mais bien vaines.  A de telles questions, lourdes d’angoisse  et de mauvaise conscience, le vieux Savagnon répond avec la lucidité d’un homme d’expérience. Il a fait trois guerres, celles de  40, d’Indochine et d’Algérie, mais il les a faites  en innocent.  Ses talents en peinture lui permettaient de « recoudre » au fur et à mesure ce que le monde déchirait, à la différence des autres, déchirés  à jamais. Et leur liste est infinie. Et c’est là que « L’art français de la guerre »fait mal. Il ressasse les crimes du XXème siècle dans "le  labyrinthe" infernal de l’écriture, il amalgame les guerres coloniales passées et celles actuelles des  banlieues, il offre un tableau de personnages tous aussi diversifiés les uns que les autres mais tous impliqués dans une spirale d’incompréhension mutuelle et de cruauté, dont l’origine, selon l’auteur, est « la pourriture coloniale », le refus de la différence  culturelle et religieuse, le partage inéquitable des richesses. Si la vraie raison de la littérature est d’attribuer à la vie le tragique de la guerre, de présenter l’amour charnel comme seul délice et la peinture noire comme seule lumière, pas étonnant que A.Jenni ait remporté le prix Goncourt: son style magnifique, lent et rythmé, reste le triste écho des idées qui ont le vent en poupe. Mais heureusement, au travers de son souci viscéral de paix,  la flamme de "la petite soeur Espérance" de Charles Péguy subsiste.

Brigitte Clavel

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 09:09

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2011

262 pages

18 €

Catherine Ecole-Boivin recèle toute la sensibilité d’une romancière moderne  pour qui la culture mythologique est source d’inspiration. Peut-être est-ce notre monde civilisé, plein de confort et d’idéologies,  qui  l’incite à se plonger  au cœur de  la vie rude de sa Normandie natale du siècle dernier où déjà  cléricalisme et patriotisme étaient, selon elle, bien décevants. Historienne de formation, elle se concentre, dans ce dernier roman, sur des pauvres êtres,  « les bergers blancs », anciens navigateurs devenus bergers errants. Ceux-ci font peur avec leur physique d’albinos détrempés, aux pieds nus et à la longue chevelure blanche. Mais Léo, leur chef, par ses dons de guérisseur, son détachement des richesses et son sens de responsabilité pour les plus démunis, force le respect. Tout en envoûtant le lecteur par le charme  des couleurs pâles de ce pays où se confondent ciel et mer, Catherine Ecole-Boivin rappelle que  les bienfaits de la civilisation  n’apportent pas toujours  le bonheur.

Brigitte Clavel 

 

 

 

 

 

 

 

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 19:22

 

 

Editions : P.O.L

Parution : Août 2011

489 pages

20€

 

Biographie romancée, ancrée dans  la Russie poststalinienne, « Limonov »révèle deux hommes : le héros et l’auteur du livre, et si l ‘amalgame des deux est le gage de la réussite, ce livre en est une. Tous deux de la même génération, ils ont la même conviction: un pays au Parti unique engendre non seulement « la pauvreté, la crasse » mais « cette méfiance butée, cette bassesse, cette trouille mauvaise répandues sur les visages ». Carrère a hérité de sa mère l’esprit  d’analyse, mais il n’en possède pas moins  une âme tourmentée. Comme Limonov, il a du mal à oublier un grand–père maternel destitué par le KGB ou un amour éconduit. Son admiration est alors indéniable pour cet anarchiste  qui ne manque pas d' énergie et d'arrivisme. Grâce au succès d’un roman pornographique, Limonov sort de son milieu défavorisé, devient « roi de la bohême moscovite » à New-York. Mais bien vite il se lasse  des Trotskistes américains qu’il traite de « mollusques » et s’engage comme soldat au côté des Serbes lors des guerres de Yougoslavie. Les voix de Carrère et Limonov ne font plus qu’une : «  La guerre est sale, c’est vrai ….Mais le neutre est un pleutre….. ». Jusqu’au jour où Limonov découvre dans les Balkans la grandeur morale  des minorités.  Il fonde alors le parti national-bolchevik, galvanise la jeunesse, et se retrouve prisonnier politique. Mais  son altruisme et ses talents d’écrivain effacent sa réputation de terroriste. Fiction ou réalité, peu importe : Carrère lui apporte la postérité dont il rêvait et fait en même temps la sienne.

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

 

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 18:04

               

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2011

267 pages

17,90 €

L’auteur de ce journal intime est un globe-trotteur reconnu. Parisien amoureux des grands espaces naturels, Sylvain Tesson décide de se retirer pendant six mois au bord du lac Baïkal dans une cabane totalement isolée. Il ne  souffre point du syndrome de la tour d’ivoire, mais  veut réconcilier la civilisation et la nature,  le ciel et la terre. Le fil de ses pensées est semblable aux veinures de la glace et sa sensibilité poétique  aussi profonde  que les tempêtes de Sibérie. Qu’il marche dans la taïga ou se réchauffe à la vodka et à la lecture, Sylvain Tesson, stimulé par l’instinct de survie, fait preuve de courage et de lucidité. Loin du monde civilisé, il le comprend mieux, mais ne le regrette pas. Seule la grandeur des éléments naturels et la petitesse de gestes rituels du quotidien lui apportent la paix. Si la vie paraît terne, il suffit de la colorer en changeant d’horizon. Eloge du temps maîtrisé et du silence, encouragement aux bonheurs simples, ce livre a tous les atouts pour faire aimer l’existence aux « grands enfants déçus de la société de consommation », qui, selon lui, ignorent les souffrances de «la société de la  pénurie »…

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 11:36

 

Editions : Stock

Parution : Septembre 2011

151 pages

17 €

 

 

Comme dans « Un cœur intelligent »paru l’année dernière, Alain Finkielkraut  propose à ses lecteurs quatre  romans où chacun des personnages amoureux universalise à sa façon le thème de l’amour impossible. Ni moraliste ni idéaliste, mais philosophe et sexagénaire de notre siècle où « l’enfant de  bohème est devenu roi », il s’insurge de voir « la princesse de Clèves » considéré aujourd’hui comme un ouvrage arriéré alors qu’il est empli de vérités psychologiques éternelles. Mais les us et coutumes  ont changé avec  la révolution sexuelle et «  le conformisme bourgeois » a laissé place au « conformisme pulsionnel ». Ainsi « Le professeur de désir » de  Roth reconnaît les conséquences catastrophiques des amours dissolus qui finissent par l’empêcher d’aimer Claire, symbole de pureté.  La cause du désamour n’est pas dans l’autre, mais dans le moi. Rien de plus dangereux que l’amoureux de l’amour qui  ne voit plus le destinataire, mais n’aime que lui-même. Bergman aussi dénonce la sincérité des sentiments spontanés et lui préfère « le mensonge miséricordieux».De même pour les plus beaux personnages kunderiens, la condition mortelle, avec toute la fragilité humaine  qu’elle implique, incite plus à l’amour qu’une exaltation  momentanée. Tamina, dans « Livre du rire et de l’oubli »,comme la princesse de Clèves , aurait eu plus de facilité à tromper son mari vivant que mort. C’est la délicatesse de Tereza qui fascine Thomas, héros  de « L’Insoutenable Légèreté de l’être ».  La compassion qu’il ressent pour elle le rend responsable d’elle. La mort serait-elle alors le ciment de l’amour ? Et si l’amour durait au-delà de la mort, son éternité ne serait-elle  pas sa caractéristique première? C’est ainsi que  Alain Finkielkraut réhabilite le mythe antique de l’amour indissociable de la mort et concilie philosophie et littérature.

Brigitte Clavel

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 06:08

                                               

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mars 2011

110 pages

15 €

 

 

 

Quête de la couleur du temps, « Celui qui passe et non celui qu’il fait », amour pour une mère toujours sur le départ et pourtant omniprésente, perçue en rouge éclatant alors qu’elle se trouve dans la blancheur de la mort, porteuse de paix et de tendresse en même temps que d’« une montagne de douleur » et  « une ivresse de bonheur »: un livre plein de contradictions, d’amour et de désappointement. Malgré « un passé qui a souffert de déconstruction, de scissions, de schismes et de cloisonnements », point de rancœur de la part de l’auteur. Il s’agit seulement d’un chant dédié à une  Phèdre abandonnée au « fatum », à une terre inconnue qu’on rêve d’embrasser. Etre de  mystère, lumière en perpétuel mouvement,  Tina Jolas est la muse d’André du Bouchet et de René Char ;  mensonge innocent, « fougère souple », elle est aussi l’inspiratrice  de sa fille, Paule du Bouchet, qui, après beaucoup de souffrance, lui consacre ce très joli ouvrage salvateur.

Brigitte Clavel

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 17:52

                              

                          

                                                   Prix Renaudot  Essai 2010

Editions : Folio

215 pages

 

Cet  ouvrage, réalisé à partir de documents archivés, mis aux enchères à l’hôtel Drouot en 2005, est  un  hommage rendu à l’esclave  Furcy et à tous ceux qui ont défendu sa cause. Il est aussi un témoignage précieux, autant sur le plan humain qu’historique. « L’affaire de l’esclave Furcy » se passe  en 1817 à l’île Bourbon (la Réunion), quand  Furcy, à l’âge de 31 ans découvre qu’il est  le fils d’une Indienne  libre  et réclame sa liberté. C’est de façon très nuancée que M.Aïssaoui nous dresse les portraits des  détracteurs  et des défenseurs de Furcy. Avec habileté il parvient à montrer que c’est  l’instinct du pouvoir et le plaisir de s’arroger tous les droits et les richesses qui  sont à l’origine de l’esclavage, plus que le racisme.  Tel est le portait du commissaire général ordonnateur de l’île, Desbassayns de Richemont : il brisera la carrière du procureur général Gilbert Boucher et imposera à Furcy, après son emprisonnement, dix-huit ans de travaux forcés loin des siens, avant que la vérité éclate au grand jour. Livre qui remporta  le Prix Renaudot de l’essai  2010 et mérite de ne pas être oublié.

Brigitte Clavel

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 15:52

 

                           

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2011

311 pages

21,50 €

 

 

 Dans son dernier livre, Christian Signol reste fidèle à sa passion de toujours : sa terre  natale de Corrèze. Le roman se situe en 1999 lors de la grande tempête qui mit par terre les plantations de Bastien Fromenteil, septuagénaire, las de tant d’efforts toujours à recommencer. La structure narrative est rythmée par les allers retours de sa petite-fille Charlotte qui ressuscite en lui des souvenirs qu’il voulait oublier. Deux mondes se font face : celui d’une jeunesse urbaine qui refuse les mystères et ne peut se passer de la technologie, celui des  paysans attachés  à leurs terre et leurs traditions. Charlotte sera-t-elle  vaincue par la maladie comme les arbres de Bastien par la tempête ? Roman sans prétention, où  Christian Signol donne à la technologie comme à l’amour et à la nature  la place qui leur revient.

Brigitte Clavel 

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