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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 09:56
« Manderley for ever » par Tatiana de Rosnay

« Manderley for ever » par Tatiana de Rosnay

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2015

437 pages

22 €

 

Si les romans de Daphné du Maurier ont quelque chose de désuet, Tatiana de Rosnay les remet au goût du jour avec un talent imparable. Elle nous transporte dans cette Cornouailles sauvage qui sauva la jeune londonienne des impératifs mondains et de l’emprise de ceux qui l’aimèrent et la possédèrent à son insu. C’est la mer, le bateau du futur général Frederick Browning, les horizons infinis le long du littoral et les vieux  manoirs oubliés aux allées sylvestres  qui vont la faire vibrer et la révéler à elle-même avant de trouver le succès littéraire auquel elle rêvait tant. Si son envoûtement pour le domaine de Manderley passe avant tout le monde, c’est parce qu’il est  un refuge voire une forteresse face aux  contingences  quotidiennes. Un trop plein de solitude dû aux obligations militaires de son époux  va  justifier sa nature qui se prête plus qu’elle ne se donne, qui entend deux voix en elle, celles du yin et du yang, celles de la joie  de séduire par des histoires sombres et dramatiques. Et quand l’inspiration ne viendra plus elle s’acharnera à des biographies aussi travaillées que celle de Tatiana de Rosney. Livre très plaisant qui replonge le lecteur dans cette Angleterre victorienne  pleine de mystères. 

B. Clavel Delsol

 

 

 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 10:50
                                    « IMPOSSIBLE » par Erri DELUCA

                                    « IMPOSSIBLE » par Erri DELUCA

 

 Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2020

172 pages

16,50 €

 

 

Peu importe si l’accusé est coupable ou non. D’ailleurs le lecteur ne le saura jamais, pas plus que le magistrat qui l’accuse. Tout coïncide pour le crime parfait car la victime après avoir été un ami proche pendant les années révolutionnaires de l’Italie  fut un délateur. Cependant  l’inculpé fait preuve de rares  honnêteté de cœur et  probité d’esprit si bien que le magistrat donne l’impression de ne plus  chercher à savoir la vérité mais  plutôt à confirmer  ce dont il est sûr. Le but de l’auteur serait-il de remettre en cause la  justice en tant que telle? Il ne le semble pas car il souligne les dangers d’une vengeance personnelle toute relative. En fait ce paysage grandiose des Dolomites incite  l’auteur à  rester libre, libre vis à vis d’une justice qui pénalise un groupe et non l’individu, vis à vis des préjugés  des classes sociales et de leurs complexes, vis à vis d’un Etat totalitaire où les résultats de la procédure  ne sont que des approximations qui n’ont rien à voir  avec la vérité loyale du cœur humain. Peut être veut-il aussi justifier ses erreurs de jeunesse ? Heureusement son amour de la montagne apporte à cette technique d’ introspection  une précieuse  distanciation avec le monde en même temps que l'assurance de la bonne conscience ! Très beau livre où la tension dramatique est compensée par le lyrisme propre à Erri De Lucca et  par le fait que l’idéalisme n‘a pas  systématiquement le monopole de « l’impossible »…    

B. Clavel Delsol

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 16:58
« Fantaisie allemande » par Philippe Claudel

« Fantaisie allemande » par Philippe Claudel

Editions : Stock

Parution : Septembre 2020

170 pages

18 €

Le dernier livre de Philippe Claudel prête plus à la réflexion qu’au divertissement. Les  descriptions d’une Allemagne nazie ne pourraient justifier ce titre, ô combien déroutant, si l’auteur ne révélait pas l’essence même de la nature humaine. En effet  qu’ils soient acteurs ou victimes, déserteurs ou embrigadés, responsables d’hôpitaux psychiatriques ou simples agents d’entretien, ils apparaissent  fétus de paille ou  fruits de coïncidences hasardeuses, comme un fantaisie musicale se nourrit d’impromptus! Ici c’est le temps de la peur et de la mort. Il  engendre  l’incapacité  de résister, de discerner le bien du mal, voire même de ne pas différencier un brouillon d’une œuvre d’art. Plus tard peut survenir  un désir de faire éclater  la vérité ou simplement de se venger d’une génération meurtrière. Ironie du sort : les protagonistes s’appellent tous  Viktor.  Mais la victoire espérée n’est pas à n’importe quel prix, c’est celui  de la cruauté et du sadisme,   du génocide,  sans le moindre repentir, car chacun des  Viktor a toujours fait ce qu’on lui a dit,  jusqu'à déposer une petite Juive dans une fosse de morts. Alors ils s’éteignent peu à peu  dans  le noir d’une conscience pas nette, voire inexistante, celle qui a subi, obéi, hérité comme par transmission familiale. A une  génération de séniles qui s’endort au son de la musique nazie   succède  une jeunesse parfois morte avant d’avoir vécu, parfois au contraire assoiffée de vie mais incapable de la moindre compassion. Philippe Claudel ne juge pas, il met en garde tout simplement !

Brigitte Clavel Delsol

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 09:16
« Sur la terre comme au ciel » par Christian Signol

« Sur la terre comme au ciel » par Christian Signol

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2020

246 pages

19,90 €

 

Le bien connu chantre de  la terre ne se limite pas à la contemplation des arbres et des sillons mais se révèle ici un  ornithologue hors pair, amoureux des  plus fragiles créatures. Sa connaissance des oiseaux, de la  plus petite sarcelle jusqu’aux grands hérons cendrés, n’est pas celle d’un scientifique mais d’un vieux gardien vigilent d’un  parc naturel où viennent se reposer les oiseaux migrateurs. Alors quand le malheur frappe son fils parti  pour découvrir les espaces  plus grands et plus  sauvages du Nord du Québéc,  le vieillard perçoit la ressemblance entre la jeunesse et ces oiseaux, avides d’immensité et de liberté, dont il a toujours regretté  les passages trop brefs au-dessus de ses étangs du Touvois. Parviendra-t-il à  redonner goût à la vie à ce voyageur imprudent  par le simple amour de sa terre natale ? Saura-t-il retenir ce fils auquel il a transmis sa passion pour la nature ? Et s’il était lui même responsable de ce désir permanent de pousser toujours plus loin les frontières terrestres ? Telles sont les questions posées une fois de plus par Christian Signol, éternellement partagé entre la terre et le ciel …

B. Clavel Delsol

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 18:17
« Les caves du Potala »  par Dai Sijie

« Les caves du Potala »  par Dai Sijie

 

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2020

172 pages

18 €

A Lhassa, capitale du Tibet définitivement annexée par Mao, les communistes chinois  lors de la révolution culturelle de 1968 transforment  les caves du célèbre Palais du Potala  en prisons et lieux de tortures pour les contre-révolutionnaires. C’est là que se trouve Bstsn Pa,  vieux peintre du dalaï-lama, qui, pour tenter de résister à ses cruels tortionnaires, remonte le temps heureux où  il peignait ses tankas, rouleaux de peinture sur toile réservés à l’art sacré. Il revit ses chevauchées à travers un pays empli de monastères, revoit les chemins des pèlerins bordés de reliquaires et moulins à prières et la lumière du lac des Visions, à l ombre du plus haut toit du monde, qui inspirait  ses pinceaux. De même que le  régent du Tibet avait  pour mission de trouver l’enfant digne de la réincarnation du dalaï-lama,  de même le peintre se doit de réaliser l’union mystique entre le ciel et la terre, entre le charnel et le spirituel. Dans cet enfer communiste rien ne  peut  sauver Stan Pa. Mais grâce à l’écriture de Dai  Sijie, aux descriptions des fresques comme des paysages, les œuvres de Stan Pa resteront éternelles. Livre enrichissant, autant historiquement que philosophiquement. Le lecteur découvre la coexistence du beau et du mal, l’apaisement de l’âme malgré la souffrance physique, une liberté intérieure que nul ne peut atteindre et l’intérêt de l’art sacré qui permet au commun des mortels d’accéder au monde harmonieux de la méditation et du recueillement.

B. Clavel Delsol

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 14:27

« La fièvre » par Sébastien SPITZER

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2020

310 pages

19,90 €

 


 

La Fièvre jaune envahit Memphis le 4 Juillet 1878, jour de la fête nationale. A partir de cet événement qui a dévasté  la ville en quelques semaines  Sébastien Spitzer   parvient à faire  sur  la nature humaine une véritable étude  psychologique, révélant les diverses réactions humaines  engendrées  par une telle épidémie. Le  style est bref, sans détour, les dialogues très vivants,  la tonalité parfois  lyrique, parfois  drôle,  parfois tragique. Mais les phrases vont s’allonger et les tempéraments se brouiller au fur et à mesure que les évènements s’aggravent. La population fuit la ville, les pillards l’envahissent, le maire  minimise les événements, le couvent des religieuses fait plus preuve de maladresses que de bonne volonté, le jeune docteur charlatan est un lâche  tandis que le responsable du journal local fait des découvertes insoupçonnées qui vont changer le point de vue de son quotidien. Si le racisme comme le puritanisme subsistaient encore  dans ce Sud enrichi  par le coton, la Fièvre les chassera à jamais, car les sauveurs de Memphis sont ceux que l’on n’attendait pas : Anna Cook transforme son lupanar en hôpital et T.Brown l'ancien esclave prend les armes pour rendre à la ville la paix qu’elle mérite. Ce très joli livre fait revivre sans le moindre manichéisme des personnages qui ont véritablement existé et dont  la grandeur d’âme est  aussi imprévisible que  contagieuse .  Histoire opportune en ce temps de virus!

B. Clavel Delsol

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 15:46
« Les roses fauves » par Carole Martinez

« Les roses fauves » par Carole Martinez

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2020

345 pages

21 €

 

Carole Martinez n’en finit pas avec ses cœurs cousus …Elle les découd sans scrupules et fait découvrir des secrets ensevelis avec les ans,  des amours impossibles,  des ribambelles de filles illégitimes, des graines de roses prolifères mais mortifères. Jusque là  Lola, diminutif de Dolorès,  petite postière boiteuse d’un village breton, n’osait pas toucher à son héritage andalou, une tradition à transmettre de mère en fille, des cœurs cousus par ses aïeules, bourrés de billets écrits et d’aveux inavouables que  personne ne doit jamais lire. Mais Carole Martinez veut  faire éclater la vérité: la lignée des Dolorès a été dupée par l’amour et meurtrie par la révolution espagnole. Et pendant que le fil de leur vie  se laisse découdre, Lola perd de sa rigidité, donne enfin  son cœur comme l’ont fait ses aïeules,  tandis que l’auteure-narratrice  se met en scène pour y « intégrer ses obsessions » : Halte aux traditions imposées, aux sujets tabous, aux commérages médisants, au mépris des enfants illégitimes et des vieilles filles boiteuses, au silence des morts !  Hymne   rendu à la libération des plaisirs charnels, à la libération de la femme et bien entendu  à l’instinct maternel de Miguel, l’homosexuel ! Eloge de l’éphémère qui permet à la petite postière du village de vivre un conte de fée avec une star de cinéma hollywoodien ! Tel est le  cri d’une écrivain qui juge l’éternité  assommante et l’amour semblable aux roses fauves, à l’odeur de sang et de mort. Comme disait Camus: "Un roman n'est jamais qu'une philosophie mise en image"...Les images de Carole Martinez sont magnifiques mais sa thématique désir-frustration bien affligeante ...

B. Clavel Delsol

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 12:50
 « Mauvaises herbes » par Dima ABDALLAH

 « Mauvaises herbes » par Dima ABDALLAH

Editions : Sabine Wespieser

Parution : Août 2020

233 p

20 €

Une complainte libanaise à deux voix, celles du père et de l’enfant, toutes deux semblables par la pudeur de leur souffrance. Lui est un intellectuel, soucieux d’écrire ses articles de journaliste et peut être même des vers de poète. Il n’en aime pas moins sa fille qui pour l’épargner lui dit que tout va bien, alors que rien ne va. Ils sont à Beyrouth dans les années 80, doivent sans cesse déménager dans des maisons qui ne sont pas les leurs, se dire chrétiens dans certains coins de la ville, et musulmans dans d’autres. L’enfant dit franchement qu’elle n’est ni l’un, ni l’autre.  Les bombardements ne la font pas pleurer, seul moyen de s’accrocher à la main de celui qu’elle aime. Le texte est magnifiquement écrit, le  style répétitif  est rythmé par des anaphores incessantes, martèle les esprits  comme la guerre  piétine les cœurs. En 89 c’est la séparation et l’exil à Paris, puis le largage des amarres par l’adolescente, l’autodestruction du père hanté par la perdition de sa fille. Leur ressemblance est telle que chacun d’eux souffre sans oser vouloir  regarder l’autre. Un même sentiment de culpabilité les habite, cette impuissance devant la guerre,  cette absurdité de la vie où seuls le jasmin et les mauvaises herbes parviennent à respirer. Livre poignant qui fait malheureusement du mythe de Sisyphe une triste  réalité…

Brigitte  Clavel Delsol

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 07:29
« Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran » par Timothée Gérardin

« Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran » par Timothée Gérardin

 

 

 

Editions : Playlist Society

Parution : Juin 2020

156 pages

14 €

 

Cinéphile autant que critique de cinéma, Timothée Gérardin ajoute à sa profonde culture cinématographique une réflexion peu commune. Avec un souci d’objectivité il aborde  la dimension spirituelle  que peut apporter le miracle dans le cinéma qui est tour de magie    indéniable avant de devenir "expérience intime du sublime". Puits sans fond de connaissances, il puise ses références du théâtre médiéval aux   courts-métrages de Méliès,  des péplums hollywoodiens aux films  hagiographiques,  et constate que  malgré les progrès technologiques incessants, le miracle demeure la plus grande  opportunité de marketing. Car si la présence divine se fait rarement entendre, « Dieu est le protagoniste le plus populaire de tous les temps ». L’essayiste n’en reste pas moins lucide sur les résultats  que peut engendrer la représentation de manifestations surnaturelles : une désacralisation du divin  est aussi possible  qu’une glorification céleste. Les chemins du cinéaste pour accéder au miracle sont  multiples, que ce soit par le dépouillement ou  l’opulence, le besoin d’ascétisme ou du grand spectacle sensationnel. L'ambivalence demeure toujours, divine ou démoniaque, comique ou désincarnée. Et c’est là que le miracle se produit, non pas dans son  déroulement propre mais dans les yeux de ses spectateurs, dans l’alternative champ-hors champ,  dans une juxtaposition  de plans, qui engendrent toujours  une découverte magique, un saut dans le mystère,  un véritable  et éternel émerveillement. Le lecteur se réjouit alors de cette  victoire  du grand écran sur l'indicible qui parvient, quelle que  soient ses méthodes, à entrouvrir le voile  du secret divin.

B. Clavel Delsol

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 14:04
« Trompe-la-mort » par Jean-Michel GUENASSIA

« Trompe-la-mort » par Jean-Michel GUENASSIA

 

Editions : Albin Michel

Parution : 2015

388 pages

22 €

 

. Ce « Trompe-la-mort » n’a rien à voir avec celui du « Père Goriot ». En reprenant ce surnom, J-M Guenassia affirme toutefois sa filiation avec Balzac, ce désir d’illustrer la comédie humaine à partir des mœurs de son temps. Tom Larch est le prototype même du héros balzacien, plein de bons sentiments, de courage mais aussi de désillusions. Si le roman commence dans une atmosphère et un style des plus romantiques sous un ciel de cerfs-volants indiens,  la réalité de la vie a vite fait de s’acharner avec hargne sur ce personnage qui saura toujours résister aux auras de la réussite dans une société où la gloire et l’argent tiennent lieu de morale. Voulant fuir une situation familiale insoutenable il se  met au service des Royal Marines. La guerre en  Afghanistan et en Irak d’où il ressort vivant lui fait une notoriété de « trompe-la-mort ». Mais Tom n’est pas dupe. Congédié de l’armée pour une soit disant incapacité physique due à ses blessures,  il découvre  le ridicule des comptes d’apothicaire de l’armée, l’esbroufe d’une reporter carriériste et d’un audimat avide de sensations fortes. Comme chez Balzac l’héroïsme n’est plus dans les grandes actions publiques, mais dans le dévouement d’un père pour son enfant,  d’un citoyen soucieux d’une jeunesse désoeuvrée, d’un enquêteur qui remue terre et ciel pour aider la jeunesse de New Delhi à sortir de la misère.  Comme Balzac dont le réalisme était celui d’un visionnaire avant l’heure, J-M Guenassia perçoit à la perfection les arcanes du monde : un  désir utopique de transformer la nature humaine corrompue ou de la fuir dans un ashram hindou à défaut de  s’embourber dans l’enfer d’une prison de New Delhi. Histoire  magnifique et tellement vraie…

Brigitte Clavel Delsol

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