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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 18:38

Les Editions de Minuit

Parution : Novembre 2016

 239 pages

17 €

2,5/5

 

Skinhead, toxicomane, raciste, Samuel a tout du délinquant mal dans sa peau.  Sibylle, sa mère, veut lui redonner goût à la vie. Une traversée  du Kirghizistan à cheval, loin des contraintes d’une vie bourgeoise, devrait selon elle lui faire oublier le divorce  de ses parents qui l’affecte. Elle l'emmène malgré lui dans les montagnes et  les lacs  de cette terre aride, que l'auteur décrit à merveille avec ses yourtes, ses voleurs de chevaux et ses loups. Mais  cette échappée qui partait d’un bon sentiment de la part de Sibylle a sur elle un effet imprévisible.  Hantée par les échecs de Samuel, ce sont ses propres déceptions qui ressurgissent. Le lecteur assiste à un chassé-croisé  entre mère et fils, où chacun des deux s’observent à la sauvette, Samuel découvrant en Sybille une femme plus qu’une mère, et lui-même apparaissant plus homme qu'enfant. Ce roman est très plaisant de par le voyage original qu’il décrit et le vent de liberté qui le traverse. Mais les multiples répétitions « Samuel , Samuel …» dans la bouche de la mère angoissée rappellent le souffle divin qu’entend le Samuel de la  Bible et laissent présager dès le début les dangers périlleux d’une telle entreprise, alors que la voie de Dieu est si simple …  

B. C. D.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 18:51

Editions : Flammarion

Parution : janvier 2017

228 pages

19 €

Estimation : 4,5/5

 

« Romain Gary s’en va-t-en guerre » est aussi bouleversant que  « La Promesse de l’aube ».  La plume de L. Seksik fait écho à celle de l’autobiographe.  Le lecteur retrouve le jeune Roman, coiffé de sa chapka, errant désespérément dans Wilno, la « Jérusalem de Lituanie » où les provocations de petits voyous antisémites lui font moins mal que la tristesse de sa mère. Car  le désespoir et l’amour excessif de Nina ne lui échappent pas, même si celle-ci refoule ses sanglots  pour laisser place à un projet de vie à Paris ou sur la Riviera.  Mais dans cette nouvelle biographie de R. Gary,  Nina n’est plus le personnage unique de la vie de Roman. L’ombre de Arieh Kacew, le  père,  hante le  cœur de l'enfant qui fera tout pour le faire revenir au foyer.  L. Selsik dévoile pourquoi cette famille juive, fourreur de génération en génération, a toujours refusé l’excentricité de Nina, contraire à leur religion. Roman se sent déchiré entre la passion de Nina  et la faiblesse  d’Arieh qui le trahit en préférant une autre femme à sa mère et  un autre enfant à lui-même. Alors la leçon du rabbin Abraham Ginzburg lui revient,  son orgueil blessé se transforme en « une espérance que rien ne peut atteindre »,  en un désir de « hauteur céleste »,  qui le fera partir en guerre  au service des Forces Aériennes Françaises Libres pour permettre à ce père tant désiré  de  s’évader du ghetto de Wilno… Ainsi une destinée  incompréhensible   sur terre  peut devenir  très claire depuis le Ciel !

B.C.D.

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 06:59

Editions ; Albin Michel

Parution : Septembre 2016

245 pages

19,90

 

Christian Signol n’en finit pas de charmer ses lecteurs comme lui-même a toujours été séduit par la beauté de la nature. Après une grave opération chirurgicale dans un hôpital parisien, son protagoniste décide de retourner dans le Quercy chez ses grands-parents où il a passé une partie de son enfance.  Plus qu’un hymne à la campagne, c’est un hymne à la vie que rend l’auteur. Car si le maréchal-ferrant et la sage-femme n’ont plus de raison professionnelle dans ce coin déserté par la nouvelle génération, il y a en eux une énergie communicative. Ils savent que  les murs tombés en ruines ne demandent qu’à être relevés, que la terre est source  de  richesses intarissables  et que  les parfums qui en émanent procurent un bonheur indéfectible. Ainsi c’est la confiance dans la vie que chacun ressent à sa façon, une paix procurée par le calme  des jours et des nuits qui se succèdent comme le rythme des saisons. Livre à rebours du temps,  vivement conseillé à l’heure où la pollution est devenue une obsession.

B.C.D.

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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 15:41

Editions : Albin Michel

Parution : Décembre 2016

288 pages

24 €

Estimation : 3,5/5

 

Au cœur de l’Irlande la nature humaine n’est pas aussi prometteuse que son environnement. Les ragots vont bon train, et le  jeune  Johnsey, employé à la coopérative du village, passe pour un attardé, un lourdeau, un demeuré. Les voyous en font leur souffre-douleur jusqu’à le martyriser. Bien pire,  tout le monde se ligue contre lui ou manoeuvre pour lui extirper ses richesses dont il est à peine conscient. Car une loi  récente vient de rendre constructibles  les terres de ses ancêtres dont jamais il ne se détachera. L’auteur dans sa peinture de la société n’oublie rien, ni la cupidité des uns, ni le dévoiement des autres, ni les mensonges de la presse et de la justice locales. Un seul personnage lucide, un ami providentiel, Dave Charabia, pas plus gâté par la vie que Johnsey, mais qui, comme l’indique son nom, a la chance d’avoir une force de discernement et un franc parler sans pareils.  Quand Johnsey le croit mort, tout se gâte subitement. Son incompréhension des évènements  et ses difficultés d’expression accentuent sa panique  et l’isolent plus que jamais. Que faire face à « la bêtise tapageuse » ? S’enfermer avec un fusil  ou égrener chacun des mois de l’année… L'histoire de ce coeur pur perdu au milieu d'une société marchande offre des passages très variés, certains pleins de poésie, d'autres plutôt grivois et comiques, mais tous pleins de vérité psychologique.
B.C.D.

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 14:08

Editions : Viviane Hamy

Parution : Janvier 2017

263 pages

29 €

Estimation : 4/5

 L’amour de la nature sauvage  transcende ce  roman,  mais Cécile Coulon reste très lucide. Ce n’est pas sans raison qu’elle nomme « Les Trois-Gueules » un simple rocher fendu en trois parties, qui emportera plus d’une âme mais  fera aussi la richesse du village Les Fontaines. C’est là qu’André, jeune médecin, décide de s’installer.  Antichambre de l’enfer ou du paradis? Tel est l’énigme des trois générations qui vont s’y  succéder et connaître "trois saisons  d'orage". Car le travail  dans la  carrière  n’est pas sans risques et la culture de la terre pas de tout repos. D’ailleurs la femme d’André ne se résoudra jamais à y habiter et celle de son fils trouvera maints prétextes professionnels pour des aller-retours entre ville et montagne. Là-haut les habitants courbent l’échine mais  rayonnent de bonheur. Quand la carrière n’est plus assez rentable, la taille de la pierre vient compléter son extraction. Et quand les gens de la ville voient enfin  une manne dans cette fente rocheuse, l’agriculture se développe bien au-delà des "Trois-Gueules » toujours ouvertes et insatiables...  Ainsi la nature ne se révèle pas être  la seule  responsable de tous les malheurs. La mort  peut survenir  dans un simple sommeil,  comme  l’adultère  peut menacer la paix d’une famille et la guerre détruire une école pleine d’enfants. Seule  la beauté des lieux incite au sacrifice  et fait aimer la vie… Moment de lecture très délassant: les personnages sont très attachants et le lyrisme de Cécile Coulon parvient à concilier deux tendances trop souvent présentées comme antinomiques.  B C D   

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 08:42

Editions : Julliard

Parution : Août 2016

295 pages

19,50€

Estimation : 4,5/5

 

C’est plus un tableau moral que pictural de la Havane que nous dépeint Yasmina Khadra. Sans apparaître comme un auteur de littérature engagée, car homme trop subtile et délicat, il dévoile à travers ce roman les conséquences matérielles et psychologiques engendrées par un État qui possède tout, gère tout, jusqu'à la vie privée des hommes, leur ôtant délibérément toute responsabilité et esprit d’initiative. Malgré le charme exotique de cette île pittoresque, les flots de la mer contre le béton du rivage résonnent comme la souffrance pérenne des Cubains. Car ceux-ci se cognent contre une misère incontournable si ce n’est par le son des trompettes et le bienfait de l'alcool et de la rumba. Le jour où l'Etat décide de se passer de la voix du célèbre don Fuego qui chante depuis trente-cinq ans au « Buena Vista », ancien palace rebaptisé en café pour la bonne cause prolétarienne,  l‘insouciance de celui-ci se transforme en colère avant de sombrer dans un désespoir sans retour. L’auteur décrit à merveille l’angoisse exacerbée de la vieillesse qui s'ajoute aux innombrables déceptions de la vie. Rien pour se reconstruire, pas même la foi en Dieu chassé au profit d’une idéologie politique. Jusqu’au moment où don Fuego, croyant au bonheur retrouvé, découvre avec horreur la nature humaine dénaturée par tant de pauvreté et qui fait des uns des moutons de Panurge et des autres des loups sanguinaires. Livre magnifique qui prouve une fois encore que le roman recèle plein de vérité.

B. C. D.

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 10:55

Editions : La Coopérative

Parution : Janvier 2017

182 pages

20 €

 

Les éditions « la Coopérative » viennent de rééditer « L’art du Théâtre » que Sarah Bernhardt rédigea à la fin de sa vie. Si les talents de l’actrice sont mondialement reconnus, le lecteur découvre dans ce livre la femme écrivain tout aussi douée en écriture qu’en enseignement, qu’il soit professionnel ou philosophique. Certes sa plume déborde de « conseils amicaux » pour tous ceux qui se vouent au théâtre, metteurs en scènes et acteurs, maquilleurs et décorateurs, professeurs d’élocution et autres. Mais les littéraires apprécieront le style envolé de ce porte-parole de la poésie française. Car, à soixante-quinze ans, malgré la maladie qui lui valut l’amputation d’une jambe, Sarah Bernhardt garde une gaîté invincible due à la passion de sa profession qui fit d’elle non seulement une femme érudite, mais une intellectuelle au cœur tendre. En effet en bouleversant le monde entier par son implication sur les planches pour épouser ses rôles jusqu’à en mourir d’épuisement, elle contribue encore aujourd’hui à donner une leçon de bonheur à travers le dépassement de soi. Qui aujourd’hui plus qu’elle invite à ne pas se figer en « marionnettes étriquées », mais à considérer « ce qu’on nomme le travail comme recherche de la vérité » ? Ainsi le souci premier de Sarah Bernhardt fut de préserver aux mots leur beauté littéraire pour en faire « un murmure ininterrompu de source », tel que fut sa voix selon Jules Lemaître …

B.C.D.

 

 

 

 

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 14:08

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2016

286 pages

19,50 €

 

Qui n’a jamais eu envie d’écrire un livre, de surmonter l’angoisse de la page blanche et refouler l’orgueil blessé par le sentiment d’être « un écrivain raté »? C’est cette empathie qui inspire "Le mystèreHenri Pick" à David Foenkinos. Dans le petit village breton de Crozon se trouve une «bibliothèque de livres refusés». Delphine Despero, dynamique éditrice dans le monde littéraire, y entraîne Frédéric, l’homme qu’elle aime, avec la même compassion que l’auteur ressent pour « les orphelins de l’édition ». Car Frédéric a écrit un livre intitulé « La Baignoire » malheureusement écarté de toute publication. Les deux amoureux ne se rendent pas compte du comique de situation, allant jusqu’à oublier « La Baignoire » pour se plonger passionnément dans un livre intitulé « Les Dernières Heures d’une histoire d’amour » qui grâce à Delphine va devenir un succès national. Mais avant, il faut retrouver l’auteur, un habitant de Crozon dénommé Henri Pick. L’enquête sera longue, énigmatique et suscitera plein d’évènements imprévisibles. Comment un fabricant de pizzas peut-il se révéler plus talentueux que Frédéric ? Comment Rouche le journaliste peut-il mieux que Delphine juger du niveau et de l’origine de l’ouvrage? Pourquoi la bibliothécaire est-elle partie ? Pourquoi la jeune éditrice craint-elle pour sa carrière ? Autant d’émois causés par le succès d’un livre qui font que David Foenkinos parvient à maîtriser tout à la fois littérature, enquête et portraits réalistes, même si les Crozonais eux n’y parviennent pas ! Histoire amusante, joliment écrite et tout à fait représentative de notre époque!

 

B.C.D

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 21:47

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2016

356 pages

21 €

Estimation 4/5

 

Qui est cette Ada au prénom digne de celui des héroïnes de Pierre Benoit que l’inspecteur Frank Logan doit retrouver à tout prix ? Elle possède un champ immense de connaissances littéraires, a toutes les capacités pour comprendre et polémiquer, voire publier un roman, mais son style comme ses sentiments sont d’un piètre niveau. En fait Ada n’est autre qu’une intelligence artificielle programmée par des ingénieurs de la Silicon Valley auxquels elle a échappé. Quand l’inspecteur Logan, chargé d’enquêtes pour personnes disparues, découvre la nature d’Ada et ses capacités à dépasser sa programmation formatée, un énorme cas de conscience s’impose à lui : devra-t-il la livrer à ses concepteurs et laisser ainsi la technologie gérer le monde? Dans cette fresque à la fois surréaliste et amusante, l’auteur n’a rien oublié : la beauté des haïkus et de l'histoire d’amour de Frank contraste avec la pauvreté d’une littérature industrielle et d’un sexisme commercial, l’esprit créatif des uns s’oppose à l’arrivisme magouilleur des autres, et les puissances capitalistes américaines ne font pas oublier la misère de Cuba. Il ne s’agit ici ni d’un roman-fiction ni d’un roman-policier, mais plutôt d’une réflexion burlesque sur la robotique dans un cadre finalement bien vraisemblable, qui plaira autant aux lecteurs technophobes qu’aux technophiles.

B.C.D

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 13:52

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2016

427 pages

21 €

Estimation : 4/5

 

Aurore symbolise parfaitement la femme d’aujourd’hui, dirigeante d’une petite entreprise en difficulté, mère de deux enfants si ce n’est trois avec le fils de son mari, homme d’affaires brillant. Tout accable Aurore, la trahison de son associé, l’absence comme la réussite de son mari, si bien que le croassement des corbeaux dans la cour de son immeuble comme le bruit des enfants dans son bel appartement deviennent son obsession. L’élégante bourgeoise devient « femme aux abois », perd l’équilibre et tombe dans les bras de Ludovic, paysan d’origine à l’apparence inébranlable, prêt à perdre son âme pour la femme qu’il aime dans ce Paris inhumain et l’impitoyable monde des affaires. Tout les oppose et c’est ce qui les rapproche. Très joli scénario auquel s’ajoute une excellente étude sociologique et psychologique qui a mérité le Prix Interallié 2016. Sans parler des descriptions parfaitement romantiques où chacun des paysages environnants est le reflet des sentiments du moment. Livre qui, comme cette aventure amoureuse, est une magnifique « spirale aspirante ». Le lecteur comme les protagonistes ne savent plus de quel amour il s’agit : amour désintéressé ou amour empoisonné ? Jusqu’à ce qu’ au « j’assume tout » de l’un , l’autre réponde « repose toi sur moi », tendres recommandations mutuelles qui font de cette histoire une allégorie, celle du bonheur procuré par le sentiment d’être utile à ceux qu’on aime…

B.C.D

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