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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 20:35

 

 

 

Editions : J C Lattès

Parution : Mai 2016

320 pages

19 €

 

 

 

C’est bien  un choc de cultures que l’on ressent à la lecture de ce beau roman. L’âme d’artiste peintre  du parisien  Paul Arezzo  trouve sur l’île tunisienne de Kerkennah le havre de paix toujours recherché. La douceur  des paysages apaise ses tourments et lui apporte l’inspiration artistique qu’il croyait avoir perdue. Sa renommée mondiale le rattrape  et s’il est une personnalité internationale sur l’île, cela ne l’empêche pas de se lier d’amitié avec un jeune pêcheur, Farhat, et sa femme Nora, professeur. Et c’est là que le drame commence. Car Paul pense pouvoir sauver à Paris l’épouse de Fahrat  de sa leucémie foudroyante, de même qu’il est persuadé de faire le bonheur de leurs  deux enfants, Issam et Alham,  en développant leurs talents artistiques. Y parviendra-t-il ?  Car les Frères musulmans  veillent, voient en cet artiste étranger un séducteur qui fait de  l’art  un appât, un piège, détournant ainsi les enfants d’Allah de leurs racines et de leurs traditions  pour mieux les corrompre.  Un jihad médiatique va alors  filer sa toile, dénonçant lentement mais sûrement la corruption du régime   de Ben Ali comme celle  de ses opposants laïques ou des artistes créateurs  qui veulent rivaliser avec  Allah. Si  Issam est pris  dans les mailles de ce filet politico-religieux, la belle Alham y échappera-t-elle? Car rien ne semble la décourager, ni la vie dissolue de Paul, ni la violence des fanatiques qu’elle n’hésite pas à révéler au monde entier. L’objectif de l’auteur n’est autre qu’un cri de liberté au nom de l’amour et de l’art. Le lecteur, lui,  se délecte en lisant de beaux passages sur la nécessité de l’art qui n’est que louange divine.  Mais une question reste énigmatique : la liberté des mœurs occidentales ne serait-elle pas une des causes   du fanatisme religieux oriental ?

B. C D. 

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 20:16

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Avril 2016

246 pages

18 €

 

Baptiste symbolise à lui seul le monde paysan et ses valeurs traditionnelles. Célibataire endurci, il souffre  de n’être plus en phase avec son siècle. Il rêve d’une épouse  mais sa vie dans  la ferme familiale avec sa vielle mère  au cœur de la Creuse ne favorise pas le mariage. S’il se contente de ses terres, de ses ruches et de son troupeau, les femmes rencontrées ne veulent pas de ce genre de vie. Elles préfèrent de beaucoup le confort urbain, tiennent à leur indépendance et   n’hésitent pas à être provocantes pour arriver à leurs fins. Baptiste se sent diminuer aux yeux de cette modernité avant même qu’un tragique accident avec son tracteur ait pour conséquence l’amputation de son bras gauche. Pas la moindre mièvrerie  dans la démarche de Baptiste. Un détachement progressif de ce qui lui était si cher va l’inciter à devenir ce dont il a toujours rêvé : un jardinier de fleurs exotiques. Très joli livre qui montre les dangers d’un modernisme complètement déshumanisé et déraciné.

B. C. D. 

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 07:31

 

 

 

Editions : Quai Voltaire

Parution : Mai 2016

324 pages

22,50 €

Estimation : 4,5/5

 

 

Les centres d’intérêt de Tracy Chevalier sont nombreux et variés et elle les dépeint toujours  avec  minutie. Si à première vue ce sont les arbres qui l’ont inspirée pour son  dernier roman, qu’ils soient pommiers ou redwoods et soquoias. ce sont  les hommes qui en forment la trame, réels ou fictifs. Le botaniste  comme l’historien ou le simple voyageur auront   plaisir à suivre les traces de Robert Goodenough  à travers une nature sauvage dont la domestication ne s’est pas faite en un jour. L’histoire débute au début du XIXème,  dans  la boue de  l’Ohio où les parents  de Robert s’épuisent  à cultiver un verger. S’ils en perdent la raison, ils lui transmettent  néanmoins l’amour des arbres qui le font avancer toujours plus vers l’ouest.  Là ce sont  des forêts  riches de promesses que certains transforment en parcs nationaux ou exportent avec succès vers l’Angleterre. Tracy Chevalier décrit à merveille l’hostilité de cette terre sans pitié qui renferme pourtant une richesse insoupçonnable. Une alternance de points de vue dans le récit avec, de surcroît, des échanges de courrier à l’écriture hésitante, ajoute réalisme et authenticité au roman.  Bel hommage aux Etats-Unis d’Amérique et à ces hommes et femmes  courageux  qui savent aimer la terre  et la mettre au service de l’humanité !

B C D 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 17:21

Editions :   ALBIN MICHEL Terres d’Amérique

Parution : Mai 2016

621 pages

14 €

 

 

Pour les amoureux de l’Amérique profonde, ce livre vaut un voyage. Ces vingt-et-une  nouvelles écrites par des auteurs  américains de renom sont séduisantes. Le réalisme qui les caractérise offre une palette de personnages inoubliables : des êtres marqués par des évènements tragiques qui émergent des années plus tard de leur subconscient,   un  grand-père  angoissé devant un petit-fils  livré à lui-même,  un jeune  indien  contemplant son vieux père parlant de sa race avec autodérision, une ex-épouse effrayée de se trouver  face à la femme de son mari, un militaire envoûté par les rites du vaudou … Les portraits abondent en diversité.  Partout le  style est  vivant, dépouillé, sans emphases, même si la tonalité est différente. Les paysages révèlent la rudesse de la vie en même temps qu’une  grande beauté sauvage. Que les personnages soient  combattants, humoristiques, revêches,  ou névrosés,  tous ont leurs secrets qui les rendent  attachants. Que les récits soient d’hier ou d’aujourd’hui, tous vont à l’essentiel, sans jamais donner de cours de morale, dépeignant les raisons de chacun. Le lecteur passe d’une nouvelle à l’autre avec le même contentement   qu’il connaît dans une galerie de peinture. Chaque nouvelle est un tableau vivant empli qui de tendresse, qui de tristesse, qui de pastel ou de couleurs criardes …A lire sans hésitation  et à offrir sans risque !

B C D 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 15:51

Editions : Actes Sud

Parution : Mai  2016

303 pages

22,50 €

 

   Le livre est épais,  le rythme   lent, le contexte difficile  car le narrateur, Luis Nilta-Bergo, est hémiplégique et  souffre d’être la honte de sa famille.   Mais la promesse du titre est tenue : le style est allègre, plein de gravité et d’énergie comme la musique du Libertango.  Luis Nilta–Bergo est depuis son tout jeune âge un mélomane inconditionnel. Une rencontre impromptue de deux grands musiciens pleins d’empathie  pour ce jeune musicien,  Astor Piazzola et Lalo Schifrin, change sa vie : comme eux, il sera chef d’orchestre.  Les opposants à un tel projet seront nombreux  et le  renoncement  d’un instant, que Luis nomme « la nostalgie du non-être »,  le fait souffrir bien davantage que son handicap. Alors  la musique devient revanche, raison de vivre, réalisation de soi avant de se transformer en acte d’amour. Car de  cet art  jaillit un sens de la vie que Luis veut transmettre à « l’humanité souffrante ». Avec  la participation de "trois cents  soldats de la musique", il fonde l’Orchestre du Monde qui se déplace sur tous les lieux frappés par  les guerres, les tsunamis et les tremblements de terre, afin de donner un sens à cette  "humanité souffrante". Ainsi Luis, à l’instar de F Deleght, rend à l’art sa nature première, à savoir non pas un furtif délassement,  mais un remède apaisant à tous les maux de la terre.  Car « la vie, quand elle ne nous offre pas tout, s’en excuse en nous  offrant mille fois plus sous une autre forme ».  Roman magnifique qui,  à défaut d’une réelle  biographie, offre un arrière fond musical comme un appel à la paix.

B. C. D.    

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 19:47

Éditions: Liana Lévi

Parution: Mai 2016  

138 pages

14,50 €

 

Ce livre écrit avec lucidité est le drame de Vi la narratrice autant que celui du Vietnam. Alors que l'empire familial réalisé par un grand père ambitieux permettait d'espérer un avenir radieux, le fils héritier ne sait pas faire face à ses responsabilités. Vi est la fille de celui-ci, prénom qui veut dire précieuse, microscopique, invisible . Mais elle est grande et forte, a hérité de la force morale de sa mère, une maîtresse femme qui aura l'initiative et le courage de s'enfuir du Vietnam avec ses enfants sur un bateau de fortune. Kim Thuya  effleure tous les sujets, le poids des traditions et la légèreté des êtres, les rencontres providentielles, l'ironie du sort qui peut être aussi cruel que clément.  Point de révolte, jamais de lamentation de la part de Vi, même si elle connaît l'abandon de ceux qu'elle a aimés. Car la vie est un cadeau quand on est un rescapé de la guerre. Ce récit réaliste mais plein de tendresse contraste avec l'environnement sans pitié dans lequel il se passe, c'est pourquoi il mérite d'être lu. 

B C D 
 

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 06:32

 

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2016

264 pages

21,80 €

 

Il faut lire ce livre comme on suit aveuglement un guide, car la vie d’Abraham, c’est « un concentré de notre histoire à tous ». Sous « l’angoisse d’Abraham » se trouve celle de l’auteure qui, comme lui, n’a d’autre vocation que d’acquérir la sérénité. L’exil forcé est sa hantise : « Ca peut arriver, de ne plus avoir d’endroit sur terre ».  Sans doute cette obsession est-elle due à sa grand-mère qui ne cessait de répéter : « On nous a chassés d‘Espagne ».  Heureusement le voyage et les études  sont là pour lui faire découvrir ce qu’elle cherchait : l’universalité des sentiments intimes,  l’incessant renouveau des paysages, la continuité de la langue hébraïque, et le bienfait des mots. Certes des visages croisés révèlent la souffrance, des murs tagués dévoilent  la haine des accords  de paix qui  explosent avant même d’être énoncés. Mais un passage éclair à Auschwitz  suffit  à assumer l’enfer humain.  Un ami de kibboutz, à l’instar d’Isaï Fomitch, le juif de Dostoïevski, rappelle, conformément à sa religion, d’alterner lamentations  et allégresse. Selon Abraham, être Juif c’est être un passant, un  étranger,  non pas  un paria,  mais  un résident provisoire qui « enrichit la terre ». Ainsi ce récit d’une vie personnelle résonne d’un accent biblique très précieux  car il « cherche à ordonner le monde et le sortir du tohu-bohu  originel ». Exister grâce aux mots,  traduire l’hébreu en turc et en français, telle est la tâche de Rosie Pinas-Delpuech  qui fait tout son bonheur en même temps que le nôtre.

B C D 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 07:16

 

 

Le Verger Editeur

Parution : Avril 2016

38 pages

5€

 

  La dernière nouvelle de Franck Pavloff est bien plus sombre que « Matin brun ».  L’autoritarisme et le sectarisme ne sont plus réservés à l’Etat seul, mais à une troupe d’émeutiers qui refusent l’existence de parias. Un inconnu erre dans la ville et sous sa désinvolture se cache un homme peu commun. Tina, adicte à la drogue, croit retrouver  son  père,   Catherine  reconnaît  son premier amour et le vieil Hans  le fils de son meilleur ami tragiquement disparu. Mais tous trois savent qu’ Odjé, Rudi et  Storich sont le même homme. Malheureusement la société ne semble pas avoir autant de discernement. Le vagabond, l’épouse infidèle, la jeune fille aux hallucinations et l’homme qui en sait trop dérangent. Un bloc de béton d’usine désaffectée, délaissé par les promoteurs comme par le service de sécurité, va devenir leur abri, un palais de rêves, mais jusqu’à quand ? Car nos protagonistes ne sont pas le genre à se soumettre par solution de facilité. Seront-ils alors condamnés à se sacrifier ? En attendant ce sont les seuls qui savent transformer une bâtisse insalubre  en un observatoire du ciel. Ainsi  Franck Pavloff parvient à montrer les dérives d’une société post–industrielle qui à force de vouloir l’uniformité perd de sa créativité et creuse une «  nuit de friches »…  

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 14:31

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2016

263 pages

17,50 €

 

 

 

 

Qui est cette  romancière  qui se cache sous le pseudonyme de Sophie Tal Men? Une Bretonne qui décrit à merveille Brest , son port  et ses petits restaurants, la Baie des Trépassés et la pointe du Raz,  ou une Haute –Savoyarde  qui étend ses descriptions des Carroz d’Araches jusqu’à la Croix des Sept Frères ? Il ne s’agit pas d’une autobiographie, assure-t-elle. Mais le roman dévoile le cœur d’une  toute jeune interne en  neurologie et toutes les émotions que suscite cette profession. Heureusement l’effroi des diagnostics, la souffrance des malades, l’impuissance de la médecine devant les maladies incurables sont compensés par  les amitiés estudiantines dont les fêtes étourdissantes sont le seul moyen de survivre. Le lecteur a du plaisir à se retrouver dans ces sentiments bien légitimes et s’il ne s’agit pas de grande littérature  il y a une simplicité spontanée dans les sentiments qui rejoint la beauté des « yeux couleur de pluie » et de l’éternelle adolescence qui adoucit les cruelles réalités de la vie.

B C D 

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 04:36

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2015

460 pages
21 €

Prix du Roman de l’Académie française 2015

 

Historique et intemporel, romanesque et réaliste, ce roman a tous les atouts. En 1920 la ville de Nahlès en Afrique du nord est perturbée, les autochtones sont complètement dépassés, car      "marcher avec son temps" n’est pas facile: l’esprit fermé et suffisant du club des colons français dénommé « les prépondérants » est devancé par la liberté des mœurs d’une troupe d’acteurs américains débarquée au Grand Hôtel pour le tournage d’un film.  Le style coule à flots comme l’alcool de figue bu en catimini  ou le whisky  qui arrose les nuits. Le matérialisme  des Américains  contraste avec le traditionalisme des Arabes et la prétendue  suprématie des Français. Néanmoins qu’ils soient yankees, indigènes ou européens, la nature humaine est toujours  la même : les femmes provocantes sont l’engeance du diable et n’en  demeurent pas moins attirantes, l’obscurantisme intransigeant rend grotesque la religion quelle qu’elle soit, l’impérialisme engendre spontanément un nationalisme justifié. L’atmosphère exotique est magnifiquement décrite, à tel point que le lecteur oublie la misère sous-jacente. Tandis que  la belle Rania aussi cultivée que nationaliste s’enveloppe dans sa solitude,  Raouf, son jeune cousin,  saura-t-il résister à l’attrait d’un communisme international ? L’auteur dépeint les cœurs et les pensées avec finesse et une justesse  sans faille. Malgré leur bonne volonté, la plupart des protagonistes rencontrés se trompent dans leur choix  amoureux et politique, dans leurs préjugés et dénonciations.  Aucun ne pressent le tragique dénouement qui tombe sur la ville  comme un déluge ou une pluie de sauterelles. Tous apparaissent comme des « attardés de l’histoire ». Belle leçon d’humanité!

B. C. D.

 

 

 

 

 

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