Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 08:26
« Tu seras un homme, mon fils » par Pierre Assouline

« Tu seras un homme, mon fils » par Pierre ASSOULINE

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2019

283 pages

20 €

 

 

P. Assouline nous offre deux  histoires en une,  la  biographie  documentée et  réaliste  de  Rudyard Kipling qu’il rend vivante grâce au narrateur, Louis Lambert,  dont la probité intellectuelle fait penser à celle de  l’auteur mais  qui  a la chance de rencontrer  le grand romancier de l’Empire. Rudyard Kipling  a tout de l’aristocrate britannique, maître de lui et de ses  convictions colonialistes. Fin politicien il pressent le bellicisme allemand et, bien que révolté par les  indépendantistes irlandais, il n’hésite pas à faire enrôler son fils John, refusé en 1914 par la Royal Navy, au 2ème bataillon des Irish Guards. Le style de P. Assouline reflète  les sentiments  de ce célèbre écrivain que l’on voit évoluer avec le tragique des évènements. Le devoir de père de soldat va s’étendre bien au-delà du « privilège du feu », de la solidarité et du  service rendu à la nation. Le lyrisme de l’auteur s’accentue au fur et à mesure que la guerre avance. Car la responsabilité de ce départ est dure à endosser quand on découvre que  la terre n'est plus qu’un ossuaire. L’autre histoire est celle du lieutenant Louis Lambert raillé par ses collègues  du lycée à cause de ses deux obsessions, Mallarmé son professeur d’anglais et  Rudyard Kipling  dont il cherche à parfaire la traduction de « if… ». Là encore l’auteur révèle les liens indéfectibles qui unissent  un père et un fils, fussent-ils spirituels, même quand les tempéraments et les convictions  contraires  les éloignent à jamais. Un livre sur l’amour paternel, où  le souci de ses obligations et la pudeur se confondent et qui font de  ces lignes une belle oeuvre littéraire.

B. Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 19:38
"Dieu, le temps, les hommes et les anges" par Olga Tokarczuk

« Dieu, le temps, les hommes et les anges »      par Olga TOKARCZUK

 

 


Editions : Robert Laffont - Pavillons Poche

Parution : Mars 2019

Publication originale: 1996

391 pages

9,50 €

 

                                  

Olga Tokarczuk surprend le lecteur autant  par son originalité d’écriture que par l’authenticité de sa perception du monde. Son livre est semblable au jeu de labyrinthe qui offre une multitude de chemins pour avancer dans la compréhension de l’existence. Véritable boîte de Pandore, il aborde tous les sujets dans un style éthéré sans frontière entre le rêve, l’imagination et la réalité. L’existence énigmatique de Dieu  à cause de son silence et son  invisibilité  est remplacée par une nature où grouillent plantes et bêtes vivantes, sorcières ou saintes femmes, rêveurs ou idéologues dangereux jusqu’à vouloir réformer  la nature humaine et l’essence divine. Le village d’Antan où se déroule cette saga  est au cœur de la Pologne comme de l’univers. Tour à tour envahi par les nazis et les Russes, il est cerné d’une frontière derrière laquelle tout semble avoir disparu. Il est recouvert d‘un ciel de plomb, repose sur un sol où la propriété est interdite, où la mort se décompose en un mycelium envahissant, où l’homme vit dans l‘angoisse de l’éphémère. La candeur d’Isidor, la capacité d’amour de Geneviève, l’énergie de Paul Divin à aseptiser l’environnement ou à faire régner un égalitarisme uniforme ne suffiront pas à combler le  vide ou la concupiscence. Tout se décompose sous les idéologies monstrueuses. Les instincts bas et vils vont jusqu’à hanter l’âme des morts tandis que  la capacité d’aimer peut transformer une sorcière en bienfaitrice. Et si le paysage s’étend du  fin fond de la terre  jusqu’au ciel,  l’auteur  y parvient grâce à des errances qui lui permettent de discerner  les inévitables souffrances humaines dans les rides d’une lune qui pleure. Une fois le livre fini, le moulin à café, simple butin de guerre, continue comme l’univers à tourner inlassablement, imbibé des multiples sentiments  de ses usagers, parfois grinçant parfois chantant, tout à fait semblable au style métaphorique d’Olga Tokarczuck. Livre envoûtant  où  la raison humaine dans toute sa fragilité essaie d‘endiguer la folie du monde. Livre néanmoins plein d’espoir pour celui qui sait voir la beauté derrière la frontière interdite et la fécondité du mycelium plus puissant que la mort. 

B. Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 11:37
Partager cet article
Repost0
26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 10:57
"La France et l'Islam au fil de l'histoire" par Gerbert Rambaud

« La France et l’Islam au fil de l’Histoire » par Gerbert RAMBAUD

 

 

Editions du Rocher

Parution : Octobre 2017

306 pages

 21,90 €

Gerbert Rambaud, historien et juriste lyonnais, parvient en un livre à récapituler quinze siècles de relations entre les terres de France et l’Islam. Par une très belle fresque historique il  révèle maints détails d’amitié et de trahison, d’intérêts personnels ou nationaux, de conquêtes spirituelles ou territoriales qui se  répètent inlassablement. Tout commence  au VIIIème siècle  avec la victoire inattendue en Espagne sur les Wisigoths,  réputés invincibles, des armées Omeyades qui poursuivront jusqu’à Poitiers.  Quelques siècles plus tard, tandis que  le christianisme se veut ferment d’unité de l’actuelle Syrie jusqu’aux Pyrénées, la tribu turque des Seldjiukides harcèle l’ancien empire romain, officialise le Coran, convertit de force, multiplie les razzia. Gerbert Rambaud révèle les liens qui dans notre Moyen-Age tissent les évènements. Le rapt  du supérieur Maïeul  de Cluny peut expliquer la volonté d’un autre Clunisien, le  pape Urbain II, de prêcher la croisade. Un véritable labyrinthe des cœurs humains conduit le lecteur à découvrir maintes contradictions. Les trahisons sont dans les deux camps quand il s’agit d’intérêts personnels et la mort de Roland à Roncevaux en restera à jamais  le symbole. La Renaissance a peur du Turc. Néanmoins un processus de négociations diplomatiques a  lieu et annonce l’alliance à venir entre François Ier et Soliman le Magnifique, même si celle-ci n’est qu’un moyen de se protéger de la politique de Charles Quint. Cette tactique se retrouve avec le cardinal de Richelieu, aussi intransigeant avec les protestants de France qu’œcuménique avec les musulmans chassés d’Espagne. Garante du monde chrétien ou alliée de la Sublime Porte, la France hésitera toujours. Le pragmatisme de  Bonaparte ou l’extermination des pirates du port d’Alger aurait pu  convaincre les Musulmans d’une entente avec la France, à défaut de laquelle eut lieu une colonisation.  Livre clair et objectif à mettre impérativement dans les mains des lycéens…

 B. Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 19:01
"Le baron perché" par Italo CALVINO

                                                                     « Le baron perché » par Italo Calvino

1ère publication : 1957

Editions : Seuil

321 pages

 

 

« Le baron perché » est un  personnage fantasque inoubliable  autant par son originalité que par son souci de liberté et sa quête de vérité. A la fois  parabole politique et autoportrait, ce roman philosophique  transporte le lecteur en haut des arbres de la forêt d’Ombreuse en Italie du Nord, au siècle des Lumières, lors des campagnes de Napoléon.  C’est là que se réfugie le jeune  Côme Laverse du Rondeau, au cœur d’un mûrier, révolté contre une aristocratie trop refermée sur elle-même,  où l’autoritarisme d’un père et le rigorisme d’une mère sont cause de sa révolte intérieure comme de l’obscurantisme insupportable de sa soeur « à moitié nonne ». Côme s’installe  entre ciel et terre, jure de ne plus jamais poser un pied sur le sol de son enfance, et saute désormais de branches en branches, de vergers en forêts,  pour  découvrir le monde sous toutes ses faces. L’extase devant la beauté de la nature se transforme peu à peu en un  intérêt toujours accru pour une plus ample connaissance livresque, une croyance en le progrès, et un désir infini de se rendre utile. Les occasions de venir en aide  ne lui manquent pas et c’est avec  franchise qu’il prend parti dans tous les débats qui agitent son époque. Côme a besoin des cimes  des arbres  comme Italo  Calvino de l’usage de l’humour  et de la poésie afin d’estomper  le tragique de l’existence, l’impossibilité de l’amour parfait,  la misère des uns et la prétention dévastatrice des autres. Roman intemporel et enchanteur  accessible  de 9 à 99 ans…

B. Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 13:40
"Judas le coupable idéal" par Anne Soupa

« Judas le coupable idéal » par Anne Soupa

 

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2018

214 pages

15 €

 

Il y a des chrétiens qui se tiennent vent debout contre toute interprétation personnelle des Evangiles. Anne Soupa n’en fait pas partie. Au contraire  ses convictions réformistes contre l’institution trop rigoriste  de l’Eglise l’inspirent à enquêter sur la condamnation ancestrale de Judas Iscariote. A la différence de l’Evangile de  St Jean, elle  révèle un  Judas ni félon, ni cupide, ni déicide, ni suicidaire.  Selon elle, la prophétie de la trahison et le rapide repentir de Judas ne font qu’innocenter celui-ci. Ainsi le Christ respecte  le plan divin comme le libre-arbitre de son disciple infidèle. Si les disciples sont témoins de l’attachement maladif de Judas  à l’argent, Anne Soupa y voit la cause première de son erreur. Celui-ci a mis son espoir en Jésus  parce qu’il  Le croyait grand sauveur de la puissance et de la  gloire terrestre d’Israël. Alors le repas pascal et le lavage des pieds ne lui disent rien qui vaille, le doute l’assaille, et Satan, l’ange de la désunion, gagne la bataille. De même que les prêtres du temple ne font preuve d’aucune compassion pour son repentir, de même une telle brebis galeuse ne peut trouver sa place dans « la pastorale de la peur ».  Alors Anne Soupa  ôte l’auréole noire de la tête de Judas. Celui-ci ne serait que le bouc émissaire de la dérive anti-juive qui dure depuis plus de 2000 ans. Sa faute devient universelle, elle se résume dans le désespoir d’un pardon du maître de la Miséricorde. Livre passionnant où le mal se révèle consubstantiel à la nature humaine qui a besoin d’un Sauveur…

B .C.D.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 13:53
"Un autre son de cloche" par J. Laurentie

« Un autre son de cloche » par Jacques LAURENTIE

 

 

 

Editions : Téqui

Parution : Octobre 2019                                                                                  

301 pages

18 €

 

 

S’il est de bon ton de faire du christianisme l’origine de tous les maux de la terre, Jacques Laurentie n’hésite pas à apporter un autre son de cloche. A son franc parler s’ajoute  une riche bibliographie qui apporte plus d’un argument pour le catholique confus de honte autant que d’ignorance face aux attaques inconsidérées. Certes la critique d’une Eglise imparfaite est légitime mais combien dangereuse quand elle ne se réfère qu’à des textes apocryphes, dénature le but des croisades, ignore les secours des missionnaires, détourne de son contexte historique un tribunal juridique ecclésial, et stigmatise sans nuance les  guerres de religion. Elle devient pur combat idéologique, fait du Christ  une simple invention humaine, méconnaît que la vocation de l’Eglise est le soutien du plus pauvre. Alors Jacques Laurentie multiplie les exemples des bienfaits de cette institution, sans pour autant oublier ses erreurs, dues, selon lui, autant à un déclin de civilisation qu' à une nature humaine imparfaite. Il ne sera jamais assez répété  que le but de l’Eglise n’est autre que de proclamer l’amour du Christ et la paix de Dieu. Car la religion chrétienne n’est pas une « religion du Livre » mais de la Parole, du Verbe qui s’est fait chair, une religion de la vie, de « la foi en l’avenir ». Et l’avenir ne réside pas dans l’euthanasie, ni l’avortement, ni le mariage pour tous, ni dans l’Homme nouveau  et ce trans-genre qu’il veut instaurer. J. Laurentie, quelque peu partial, a le mérite de rétablir des vérités pour poursuivre un débat  qui se doit d’être permanent, avec, pour seule  arme, la vérité.

 

Brigitte Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 22:56
"Coupures" par François Rachline

« COUPURES »  par François RACHLINE

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2017

246 pages 

19 €

Ces deux histoires en une sont séduisantes, celles de deux jeunes femmes, à un siècle de distance,  sensibles jusqu’à en perdre la raison. Else Blankenhorn, née  de la riche bourgeoisie allemande du début du XXème siècle et dotée de nombreux dons artistiques inspire la jeune Elise à rédiger sa biographie. Bien vite celle-ci découvre la fragilité psychologique d’Else qui fit plusieurs  séjours en maison de repos sur le lac de Constance avant un internement définitif à l’hôpital psychiatrique d’Heidelberg. Mais pourquoi ses peintures aux effigies toutes prophétiques n’ ont pas été classées dans  « l’art dégénéré » éradiqué par le nazisme ?  C’est ce que sa biographe va chercher à comprendre et ce que François Rachline s’évertue à faire avec le plus possible de vérité historique. Si le roman tourne autour d'Else et d'Elise, la politique, la science médicale et l’art restent au cœur du sujet. François Rachline n’oublie rien, ni les premières découvertes de la schizophrénie dans l’art, ni le concert annulé devant Hitler par le grand musicien Hermann Van Steiger, ni les  célèbres expositions de Prinzhorn qui alimenteront son livre « La beauté insensée ». Même la  providence joue son rôle et va mener Elise  sans le savoir à rejoindre Else  jusqu’à sa maison natale. Les deux femmes  finissent par se confondre. La coupure avec le monde extérieur a lieu, « l’art brut » est atteint, au lecteur de mettre un pont entre  la réalité personnelle et la réalité collective!

Brigitte Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 07:32
« La panthère des neiges » de Sylvain TESSON

« La panthère des neiges » de Sylvain TESSON

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2019

167 pages

18 €

 

 

Il ne viendrait pas à l’idée de Sylvain Tesson de s’identifier à cette panthère des neiges dont il est à l’affût au cœur du Tibet à 6OO0m d’altitude à -30°… Et pourtant son agilité intellectuelle et ses perceptions poétiques de la création en font un écrivain aussi rare que ce félin des hautes montagnes. Pas une seconde d’ennui pour le lecteur dans cette attente incertaine d’une vision qui somme toute a quelque chose d’éthéré. Car dans ce monde animalier du silence et du gel, de solitude et de nuit, ce n’est pas la mort qui hante l’esprit de l’écrivain,   mais au contraire une énergie céleste. L’alpha et l’oméga se rejoignent,  l’attente devient patience, la prière n’est autre qu’une correspondance   avec la création dans sa totalité. De tout jeunes enfants se révèlent être les bergers d’énormes yacks comme l’homme blessé parvient à accorder au monde sauvage une harmonie insoupçonnée. Cirrus dans le ciel, il regarde  la planète avec humour et amour, conscient que  si tout passe à une allure vertigineuse, tout s’incruste dans les cœurs comme sur les falaises.  La patience est la plus belle des vertus. C’est elle qui incite à la contemplation et permet la confiance au monde de demain. Si on en juge par la photo de son ami  Vincent Munier, la panthère est devant nous, elle nous fixe  et on ne la voit pas. Belle allégorie  du bonheur  qui échappe à nos yeux tout en coulant de nos mains …

Brigitte Clavel Delsol

Partager cet article
Repost0
17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 10:42
"le bal des folles" par Victoria MAS

« Le bal des folles »   par Victoria Mas

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2019

251 pages

18,90 €

 

Ce joli roman  a plus d’un atout. Il transpose le lecteur dans  un contexte historique tout à fait réaliste. En 1885 où se passe l’histoire d’Eugénie Clery,  la médecine a acquis un immense prestige. Une confiance absolue est accordée aux expériences d’hypnose du docteur Charcot pour soigner la démence des internées de la Salpêtrière. La révolte des Communards n’est pas loin et une rigueur effrayante règne dans Paris pour réfréner toutes femmes hors la loi et  hors normes. Eugénie en fait partie. Douée d’un talent de médium elle est enfermée par son père  à la Salpêtrière  où les hommes de savoir et de science n’ont  guère de  sentiments. Dans un contexte sombre qui n’a pour égaiement que le bal de la mi-carême se dessinent  quelques portraits de femmes attachantes malgré leur handicap qui suffiront à convaincre une intendante dévouée depuis toujours à tout faire pour les sauver. Et ce, non pas avec le recours d’une science exacte, mais les premiers balbutiements du spiritisme fondé par P-G Leymarie qui, quoique  décrié par les bien-pensants de l’époque, avait séduit Eugénie. Si Victoria Mas a toutes les caractéristiques de la jeunesse d’aujourd’hui, féministe et sentimentale, elle a une qualité rare, celle de valoriser  les voix que personne n’écoute. Ainsi grâce à elle, " la mort perd en gravité et fatalité, l’existence gagne en valeur et en sens ». Livre qui fait réfléchir sur l’influence de ceux qui nous ont précédés …B.C.D.

Partager cet article
Repost0