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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 14:54

 

Editions : Albin Michel

Parution : 2014

231 pages

18 €

 

 

Si le lecteur avance dans ce livre comme dans un labyrinthe, il a une certitude : « l’enfant des marges » n’est pas unique, il est  à la fois Valentin le petit-fils fugueur et Ioan le grand-père.  Un jour Ioan, reclus dans les Cévennes, décide de laisser derrière lui cette campagne apaisante pour partir à la recherche de Valentin. Il prend la direction de Barcelone et va arpenter tous les faubourgs où se réfugient  les jeunes drogués, les squatters, les révoltés, les anarchistes. Le périple est  embrouillé,  les lieux obscurs, les rencontres étranges, les échanges à demi-mots. Mais Ioan persiste dans sa recherche et en suivant les traces de son petit-fils, c’est celles de son propre père qu’il retrouve, tué  pendant la guerre civile qui résonne encore dans la capitale catalane comme dans le cœur de la jeunesse d’aujourd’hui.  Franck Pavloff se plaît à peindre l’exil intérieur de « l’homme de pierre froide » habitué à cacher ses sentiments, enragé par la colère  des ancêtres qui coule encore dans les veines.  Les Cévennes ne sont plus un refuge mais une prison dont il faut se sauver pour voir la réalité en face et ne plus fuir le passé. Ou alors n’y retourner, comme l’auteur, que lorsque  la fissure est colmatée.

B.  C.  D. 

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 20:05

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2014

320 pages

19 €

 

 

 

Bertrand Vergely mérite d’être connu. Avec talent, érudition et conviction, il réactualise la culture grecque et la religion chrétienne tout en les reliant. Son but: aider les hommes à vivre en combattant le nihilisme qui règne aujourd’hui et l’angoisse de la mort qui en découle. Sa méthode : éclairer mythes antiques et christianisme  afin de faire naître  en l’homme  cette  conscience cosmique indispensable à la vraie vie.

Avec force il démontre la complémentarité des contraires. Si le temps est «assassin » il est  aussi  « médecin ». Car c’est la temporalité, par l’expérience de l’unique irréversible, qui fait  prendre conscience de l’intemporalité. C’est le temps lui -même qui nous met hors du temps et nous fait non seulement « être » mais « re-naître ». Les exemples abondent. La fuite de la vérité et la dépravation qui s’en suit font qu’Oedipe va se crever les yeux avant de se vouer  à une vie toute spirituelle.  Le linceul détricoté de Pénelope est autant le chemin de la vie que le but de sa vie : la dignité dans la fidélité. De même que  Dieu par l’incarnation  fait l’expérience de la chair et de la condition humaine, par sa résurrection il transforme le corps-matière en corps glorieux, vainqueur du néant. C’est  l’union de cette  transcendance avec le sensible qui  permet  l’harmonie du moi  avec le monde. C’est cette union de l’alpha et l’oméga  qui rend la résurrection indépendante de la mort, qui insuffle la vraie vie, c’est à dire l’éternité.

C’est ainsi que Bertrand Vergely travaille depuis plusieurs années au service de ses contemporains : son écriture lui ressemble,  simple et directe. Généreux   il met sa culture  à la portée de tous, avec ce désir de les rendre pleinement heureux à partir des réalités terrestres et célestes qu’il a découvertes et aimées.

B C D

 

 

            

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 12:18

 

Parution :2014

Editions : Folio

430 pages

 

 

 

  Après la lecture de ce roman plein de détails réalistes, le lecteur est en droit de se demander  si le pseudonyme de l’auteur qui protège scrupuleusement son anonymat serait par peur de représailles. Car l’histoire d’Elena et Lila au cœur de la mafia napolitaine est pleine de vraisemblance.  Elle est aussi un prétexte, voire une allégorie : de même que l’amitié d’ Elena et Lila est un curieux mélange d’admiration et jalousie, de même les frères Solara  et Carracci suscitent à la fois peur et fascination. Dans les années 50 les deux jeunes filles ont pour seuls plaisirs les études scolaires considérées comme un luxe pour privilégiés  et les déambulations sur la Via dei Mille avec leur frères comme  gardes du corps.  Les initiatives économiques débutent, mais l’arrogance des jeunes nouveaux riches  fait déjà  souffrir les deux adolescentes autant que la violence physique ou verbale de leurs parents dépassés. L’enrichissement et la soumission vont de pair, comme le mariage et la perte de liberté, comme l’instinct de domination et  le crime. Que ce soit le cordonnier penché sur son gagne-pain ou l’énergie des jeunes pour «asséner une bonne claque  à la misère de leur  quartier », aucun ne parvient à effacer ce qui s’est passé « avant », pas même Lila à l’imagination  « prodigieuse ». A moins qu’à l’avenir, Elena, éclairée par ses professeurs dévoués,  apporte la solution ! Au  lecteur d’acheter les trois tomes suivants, car la narratrice en quête de vérité  s’exprime avec beaucoup d’intelligence et sincérité…Livre qui peut et doit être lu dans plus d’un pays afin que le développement économique ne soit pas au détriment de la liberté individuelle!

B C D

 

 

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 18:33

 

 

Editions : Sabine Wespieser

Parution : Octobre 2014

249 pages

21 €

Estimation : 3,5/5

 

Comme dans la majorité des livres édités par Sabine Wespieser, le lecteur retrouve dans ce roman toute la finesse nécessaire pour décrire la complexité et la variété des sentiments. En août 1937 Franz Huchel,  « un  drôle de rejeton de paysan ou de forestier » de la Haute-Autriche  part  gagner sa vie à Vienne. L’annexion par l’Allemagne nazie n’a pas encore eu lieu mais le  jeune homme ressent, sans la comprendre,  une atmosphère sous-jacente  de « nazification » qui contraste avec son innocence fruste sans jamais l’altérer.  Les personnages rencontrés par de heureux hasards n’ont rien de banal,  que ce soit Tresniek, le petit buraliste juif spécialisé dans l’information politique, ou  le vieux  Sigmund Freud lucide sur l’avenir,  ou la jeune Aneska aussi versatile que sensuelle. Tous l’affectionnent à leur façon et contribuent  à lui dévoiler  que « la vie n’est pas un conte de fées ». Chacun a sa solution: la mort, la fuite, la collaboration. Très beau roman initiatique où  le campagnard, dur à dégrossir à son arrivée, finit en héraut de vérités que bien peu osent écouter. Car tout le monde a peur,  sauf Franz Huchel…

B.C.D

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 14:42

 

 

Editions : Livre de poche

544 pages

8,10 €

1ère Publication : Février 2014

 

 C’est lors d’une visite  au musée Spinoza dans un petit village près d’Amsterdam que l’auteur de ce livre apprend la rafle de la bibliothèque personnelle du célèbre philosophe juif  par Alfred Rosenberg en 1941. Cela suffit pour inspirer à Irvin Yalom, médecin-psychiatre, philosophe et écrivain, un « roman à idées ». Pourquoi, à trois siècles d’intervalle, le bras droit d’Hitler est-il obnubilé par ce grand philosophe juif ? Certes tout sépare Spinoza de ce défenseur de la race aryenne : l’époque, le tempérament, les certitudes. Et pourtant celui-là n’a rien du Juif intégriste qui s’enferme dans sa  communauté. Au contraire il s’en fait exclure, annonce le siècle des Lumières en révélant la supériorité  de la raison sur les rites et les  superstitions. Sans doute est-ce la raison précise qui obsède Rosenberg! La force d’Irvin Yalom est de peindre talentueusement le cheminement douloureux de ces deux hommes si différents, l’un pour qui «l’obéissance aveugle sans questionnement est une maladie  », l’autre pour qui le bonheur réside dans la pureté de la race  et l’obéissance au Führer. Le lecteur voit le premier évoluer vers la liberté intérieure et la compréhension de l’humanité, l’autre vers la haine des faibles jusqu’à la folie du génocide. Si l’obsession de peuple élu et de race supérieure traverse le temps, seule « la Divine Nature » le transcende…Roman passionnant  qui montre les dangers de l’irrationalité comme de  l’hyper-rationalisme.  

B C D

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 21:07

 

 

Editions des Equateurs

Parution : Mai 2014

231 pages

13,50 €

Estimation : 4 /5

 

Certains pensent qu’il faut être cloué au lit  pour lire Marcel Proust, d’autres qu’il faut la torpeur de l’été. Gageons que l’automne soit le moment le plus opportun ! Un travail collectif de plusieurs spécialistes de Proust  y contribue. Ceux-ci voient dans  « le  temps perdu » et « le temps retrouvé" une initiation philosophique, la différence  entre le moi social  et le moi profond, entre inspiration  et  écriture, entre mémoires volontaire et involontaire. Alors loin l’idée d’une confession de la part de Proust, mais plutôt une  fresque  de portaits  toujours inspirés par « la comédie humaine » et  par le temps, principal agissant, même s'ils apparaissent comme des "ombres impénétrables".  En faisant du sentiment amoureux un  thème important, Proust pointe du doigt  les vertus et les vices, la générosité et la tyrannie, si bien que l’amour est indissociable  de la souffrance, outil indispensable de la connaissance. C’est pourquoi l’imaginaire est  important,  « voie obligée de l’écriture », seul moyen de venir à bout de la quête d’identité et de  "garder toujours un morceau de ciel bleu au-dessus de votre tête". Enfin c’est un air pur qui balaie sa chambre quand  Marcel Proust se révèle aussi patriotique qu’humaniste en  rendant  hommage à tous les soldats sublimes qui rachètent les blancs-becs en smoking…Un petit condensé  précieux des trois mille pages de toute une vie …

Brigitte Clavel Delsol

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 07:19

 

 

Editions : Poche

Parution : Octobre 2014

495 pages

 

Si Pearl Buck fut la plus talentueuse pour dépeindre la mentalité chinoise dans les années 60,  K. Hosseini est l’écrivain le plus à même de représenter le Moyen-Orient des années 70 à nos jours. Comme dans ses deux précédents romans l’auteur  décrit une fois encore son Afghanistan natal avec un réalisme bouleversant, où l’amour du pouvoir profite de la fragilité humaine et la pauvreté extrême engendre des actes irrémédiables. Le géant démoniaque du conte afghan hante le livre du début à la fin. Et si des  personnages font preuve de grande générosité, d’autres par pure idéologie ou simple nécessité de survie  peuvent devenir impitoyables. A travers une saga familiale qui va de l’Afghanistan à Los Angeles en passant par l’île grecque de Tinos, K.Hosseini  dépeint de façon émouvante  la nature humaine profonde, ses besoins d’enracinement, ses sentiments de culpabilité face au décalage de deux civilisations, ses souffrances face aux fatalités de la vie. Il est alors difficile d’oublier le déchirement d’Abdullah et de son père, jamais remis de la vente de la petite Pari, le repentir de  l’oncle Nabi, l’incapacité d’aimer de Nila la poétesse, la bonté du chirurgien Markos ou le désarroi de ceux qui reviennent au pays pour ne trouver au pouvoir qu’un usurpateur comme le commandant Saheb …Il semble que  les « après-guerre » soient  toujours pareils ! Car il y a ceux qui cherchent honneurs et considération  et ceux qui remontent leurs manches en silence sur les ruines du passé.

Brigitte Clavel Delsol

 

 

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 19:44

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2014

355 pages

20,90 €

 

 

Qui, à défaut  de devenir un auteur reconnu, ne rêve d’approcher ce milieu privilégié d’écrivains ? C’est cette opportunité qui s’offre à Joanna Rakoff dans les années 90.  Jeune étudiante américaine qui  vit chichement à Brooklyn, celle ci saute sur l’opportunité d’une offre d’emploi en tant qu’assistante dans une agence littéraire sur Madison Avenue. Son rôle sera limité : répondre avec une lettre stéréotypée aux fans d’un fameux Jerry dont elle ignore tout, mais qu’il faut épargner à tout prix selon l’ordre indiscutable de sa patronne autoritaire. Jusqu’au jour où Joanna décide d’enfreindre les consignes reçues et découvre que ce Jerry n’est autre que le célèbre Salinger. Joanna se met à dévorer tous ses livres et notre roman  prend alors une autre tournure, celle d’un hommage rendu à Salinger. Fin psychologue et sociologue, celui-ci l' influence peu à peu en lui apportant un éclairage sur la vie, ce qui  lui  permet  de contribuer à la parution de belles oeuvres inconnues, avant de devenir elle-même l’auteur de cette autobiographie pleine de candeur.

Brigitte Clavel Delsol

 

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 18:20

 

 

Editions : MamE

Parution : Septembre 2014

203 pages

13,90 €

 

 

 Un livre que les professeurs de collèges ne devraient pas négliger pour donner à leurs élèves une idée de la colonisation du Canada est bien celui de Gwenaelle Barussaud. Certes certains lecteurs peuvent le trouver  manichéen, d’autres le qualifier de romantisme primaire, mais ces critiques  ne lui ôtent aucune des caractéristiques de roman historique. Tous découvrent le royaume de France appauvri par les guerres de religion. Le tableau noir de La Rochelle donne toute sa raison d’être à son port tourné vers le Nouveau Monde et incite  à s’embarquer sur le navire l’Aigle d’Or malgré tous les risques encourus. La liste des filles du Roy représente à la perfection ces  jeunes aristocrates désargentées, trop pauvres pour accéder à la cour du roi, mais trop bien éduquées pour vivre en parasites de la société. L’arrivée miraculeuse au fort de Ville-Marie les  fait malheureusement vite déchanter,  la bonne volonté des  Jésuites subissant les attaques  sans pitié  des Iroquois. Les protagonistes sont tous aussi attachants les uns que les autres, mais le dilemme reste crucial : à quel titre a-t-on le droit de s’approprier une terre étrangère ?

Brigitte Clavel Delsol

 

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 12:51

Éditions : Phébus 
Parution :Décembre 2014
214 pages 
20 €




Qui est cette jeune Yougoslave Veronika qui brave tous les principes et ne craint pas de s'afficher en public avec un officier slovène ou allemand, tandis que son mari Léo Zarnic est un homme d’affaires prospère ? Une nuit de Janvier 44 Veronica et Léo disparaissent et c'est en faisant parler cinq de leurs proches que Draco Jancar fait découvrir au lecteur la Yougoslavie des années 40. Les obus tombent partout, l'occupation allemande succède à celle des bolcheviques, tandis que les résistants nationalistes se battent aveuglément pour leur indépendance. Mais il y a des êtres qui semblent traverser la guerre avec indifférence et survivre grâce aux plaisirs de l'amour et des arts. Et si, sous une apparence de collaborateurs et de profiteurs inconscients, se cachait une solidarité profonde avec leurs compatriotes? Malheureusement ceux-ci aveuglés par des sentiments inavouables feront de ce couple des martyres de la révolution. Plus encore qu'une allégorie de la Yougoslavie sacrifiée à jamais, l'auteur montre à quel point la détresse personnelle peut confondre les esprits et engendrer la folie meurtrière. Toutes les caractéristiques du romantisme se retrouvent dans ce roman, un style répétitif au rythme lent mais jamais ennuyeux, une femme inaccessible qui perdra l'âme de plus d un homme, symbole de l'utopie révolutionnaire perçue seulement dans les rêves de la nuit. 
Brigitte Clavel Delsol  

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