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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 13:50

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2017

314 pages

 

Ce bien beau voyage sur la petite  île japonaise d’Aburi  montre combien les aspirations  du cœur humain sont universelles. Ryôsuke souhaite y réaliser le vœu de son père, une fabrique de fromages de chèvre alors que cet animal est traditionnellement réservé à la consommation de la viande.  Et pourtant une telle initiative enrichirait cette île qui a tous les attraits malheureusement méconnus par des habitants refermés sur eux-mêmes. Durian Sukegawa, par ce deuxième roman, fait preuve de  grands talents de peintre et de fin anthropologue.  L’île d’Aburi est décrite dans ses moindres détails, des forêts d’arbres géants qui abritent des chèvres sauvages jusqu’aux cavernes  en bordure de mer où il était de tradition d’abandonner les vieillards. L’auteur n’en oublie pas pour autant les passionnés d’innovations qui tentent tout pour arriver à leur fin ou ces jeunes abandonnés à eux-mêmes  qui cherchent à guérir ce qui les font souffrir.  Mais si la nature humaine est complexe, faible ou violente, totalitaire ou indépendante, le protagoniste reste impressionnant par sa détermination silencieuse à  suivre sa conscience et sa raison de vivre. Jolie évasion  pour un été sédentaire…

B.C. D.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 10:25

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 2017

377 pages

23,50 €

 

 

 

 

 « Le livre de la faim et de la soif »  par Camille de Toledo

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 2017

377 pages

23,50 €

C’est avec quelques scrupules que Camille de Toledo aborde un sujet qui le taraude, celui de la succession des horreurs qui frappent les hommes  depuis la nuit des temps. Alors, avec toute l’ardeur de sa jeunesse, comme un défi à Dieu,  il laisse sa plume remonter les siècles et  donne la parole au livre. Car lui-même est « la Pieuvre » , le maillon solidaire par son silence et sa passivité de la mafia éternellement responsable des maux de la terre. Les pages se tournent avec une curiosité qui n’a rien de morbide, car Camille de Toledo se promène dans le temps comme sur toute la planète avec une  connaissance encyclopédique et une avidité de boulimique. Certes les cercueils défilent, le temps passe et revient toujours  avec sa fatalité. Mais le livre tente de porter un regard neuf avec des mots nouveaux. Il ne détourne pas ses yeux des  Enfants-Bûches qui flottent sur le Gange mais s’accroche à eux. Il invite à la table du « Banquet des Origines », savoure les grands mélanges du monde et des cultures. Son seul conseil : ne pas chercher à comprendre mais regarder, quitte à confondre minarets et éoliennes, les Alpes et la neige artificielle de Dubaï ! Comme l’enfant d’Ismaël qui préfère la contemplation des poissons à la promesse de l’Exode, le livre  cueille ce qui vient, la voix du chanteur comme les couleurs des rickshaws.  Il dénonce l’emprise des fables, veut rendre le Verbe à Dieu, réveiller le  Jardin de l’Ennui, s’échapper au « Pays de dehors », celui de l’enfance sans frontières,  fendre le Mur de la Douleur, celui qui sépare Israël et la Palestine, tenter tous les plaisirs sans jamais s’arrêter,  à tel point qu’il dérive avec quelques longueurs. Au lecteur de réagir, de faire son choix, de ne pas s’enfoncer dans un océan de déchets comme dans le désespoir, mais d’être le maître de son existence ! Un roman déroutant par son audace et sa lucidité, qui tout à la fois fait rire par sa forme et  peur par le  sérieux de son thème!

 

 

 

 

B.C.D.

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 20:47

 

Editions : Grasset

Parution : Juin 2017

222 pages

18 €

Estimation : 4,75/5

 

 

Si la condition de la femme est le thème obsessionnel de la rentrée littéraire, Laetitia Colombani aborde ce sujet  avec une grande finesse. En un seul roman composé de trois nouvelles elle parvient à réunir trois femmes  qui se battent pour survivre aux  quatre coins de la planète.  Seule la persévérance semble apaiser les cœurs et les destinées. La solitude conjugale et l’arrivisme professionnel ne font que gâcher l’existence : Sarah la Canadienne tombe gravement malade à force de jongler entre sa profession  d’avocate et sa vie monoparentale. Giulia, la Sicilienne va s’efforcer d’éviter la faillite de l’entreprise familiale de perruques en prenant les plus grands risques.  Smita, l’Indienne qui appartient aux Intouchables, s’efforce de résister au joug des castes par amour pour sa fille sous le regard d’un mari broyé d’avoir trop courbé l’échine. La pensée de l’auteure, d’un style de grande sobriété et d’authenticité, laisse entrevoir peu à peu  la solidarité humaine qui se lace et s’entrelace en toute ignorance jusqu’à former  ce lien si important de la fraternité.  Trois vies qui composent  à elles seules « la tresse » et inspire à Laetitia Colombani  un bel hymne au courage féminin … 

B.C.D.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:38

« Le parfum de l’innocence »  par Parisa REZA

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2017

297 pages

20 €

estimation : 3/5

 

Deux mondes au cœur même de l’Iran dont le  fossé ne cesse de s’accroître, tel est la thématique chère à Pariza REZA qui peint à merveille le drame subi par ce pays où révolution et guerre civile finissent par se confondre. Le roman tourne autour d’Elham, fille de Bahram,  professeur d’université à Téhéran dans les années 70, intellectuel socialiste subjugué par l’Europe. En tombant amoureuse de Jamshid, fils du général de l’armée de l’air très proche du Shah, lui-même pilote de chasse appartenant à l’élite du pays, Elham va connaître les déchirements que ses propres parents ont déjà connus dans les années 1950.  Sa mère  marxiste extrémiste,  bien qu’originaire de la haute aristocratie, ne put supporter la tiédeur d’un professeur progressiste. En 1979 le dilemme est le même : Elham aime Jamshid mais veut la révolution. Restera-t-elle aux côtés de ce  militaire au service du Shah ou préservera-t-elle sa liberté? Peu importe le dénouement de cet amour passionné.   L’essentiel réside dans ce choix cornélien qui touche la jeunesse, et surtout dans le fanatisme croissant de ce pays cher à l’auteur et qu’elle décrit avec justesse. Livre très plaisant malgré un thème déjà vu et revu qui laisse derrière lui une ombre certaine de tristesse, car « c’est ton tour de vivre le désastre », comme si la guerre  était inévitable …

B.C.D.

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 14:47

« Au temps du fleuve Amour » par Andreï Makine

 

Editions du Seuil

Parution : Mai 2017

295 pages

19,50 €

« Au temps du fleuve Amour » n’est autre qu’un retour d’A. Makine dans la Sibérie de son enfance. Certes l’appel de l’Occident y résonne très fort.  Le  Transsibérien et  un simple film de Belmondo emportent par le rêve  trois adolescents  dans un monde qui n’est pas le leur. Seule la taïga reste imperturbable,  comme  cette génération abattue par la guerre et la dictature. La splendeur du style d’A. Makine  rivalise avec la brillance du paysage, qu’il soit de neige,  de soleil ou d’étoiles, et la torture d’un cœur, qu’il soit celui d’un guerrier, d’un amant ou d’un poète. Car tels sont les trois jeunes  protagonistes auxquels rien n’échappe : les barbelés des camps qui n’épargnent pas  les prisonniers,  la fonte des glaces qui mutile des corps, la vodka qui réchauffe autant que la prostituée. Mais  au-delà de ce fleuve Amour  la lourdeur des femmes et la rusticité des hommes ne font point tache d’ombre dans ce pays de blancheur. La vieille Olga, qui rappelle au lecteur la grand-mère de Makine, révèle la beauté des mots de la littérature française   bien plus suggestive que les exploits fictifs d’une star de cinéma. Le vieux passeur de bac n’a pas honte d’annoncer son mariage. Car les apparatchiks ne sont pas parvenus à broyer l’essentiel, le cœur profond de la Sibérie, « la consonance de tout – de lumières, d’odeurs, de couleurs » qui seules « percent le sens de la mosaïque de la beauté ». Livre splendide où l’auteur n’omet pas d’ironiser sur la technologie qui tue les mots en même temps que l’amour et la vie.

B.C.D

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 17:10

Editions : Equateurs

Parution : Avril 2017

223 pages

19 €

 

 

Le lecteur ne sera pas déçu car, s’il s’attendait à un énième roman d’aventure, cette écriture en est une.  L’humour  et le franc parler de Sylvain Tesson habitent chacune de ses réflexions  sur le monde actuel. Lui qui aime tant la nature et les livres  réagit avec vigueur  à  « l’esbroufe technologique » qui se veut sans limite. Lui qui lutte contre l’abattement moral causé par la barbarie des djihadistes appelle à dépasser le pathos et réformer le Coran. Avec brio et enthousiasme il fait l’usage  de mots peu communs, voire fabriqués par lui-même, qui marquent les imaginations et font réagir les consciences. Il dénonce la « néoténie généralisée » qui frappe tous les milieux, cette caractéristique d’enfant gâté qui veut que le monde se plie à ses caprices. Il  révèle   la « thanatose » des politiciens une fois élus après la « tarentelle » de la campagne électorale. Il déplore ce « compassionomètre » qui  les fait se pencher sur les victimes du moment. Alors, pour garder le moral, il entrecoupe ses chapitres réalistes de récits de voyages, même s’il prône la vie sédentaire, et d’aphorismes comiques, car l’absurdisme de l’existence rôde toujours. Mais « la verticale du soi »  pour cet alpiniste émérite est le  rappel inévitable à « la verticale du style ». Ainsi l’écriture est « la bouée de sauvetage » qui transforme la vibration  de l’âme en « une très  légère oscillation ». Livre fort ressemblant à ce jeune aventurier qui fait du XXIème siècle le miroir de la fête de l’Ane…

B.C.D.

 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 14:20

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2017

120 pages

13,80 €

 

« Qui vous apprend ce que c’est que vivre ? » Telle est la question que pose ce petit roman plein de poésie. L’enfant souffre d'un vide dû au départ  de sa mère. Il n’est pas le seul à en pâtir, mais le seul à se réfugier dans le mutisme et  dans  une nature sauvage, « pour comprendre la poussière », la guerre, la mort. Car « les mains ouvertes d’une mère sont un livre d’images ».  Mais sans elle, qui apprend les couleurs du  monde et de la vie ? Le père a honte car n’a pas osé suivre la femme de son désir. La soumission de la grand-mère  s’est transformée en colère contre Dieu et haine contre son homme.  Alors à force d’avancer sans lumière  ni espérance, après avoir touché le fond  de l’abîme, l’enfant atteint « la maison de l’à-pic » aussi  vertigineuse que riche en horizon infini. Oeuvre originale où une voix mystérieuse accompagne l’enfant et  prône la beauté des mots à travers les langues inconnues. Sans doute s’agit-il de cette mère étrangère, dont les paroles ne sont autres que le langage du sang qui coule dans les veines de l’enfant. Bel hymne à la liberté et à la nature où l’esprit d’écoute et d’observation de J. Benameur ne parvient pas à nier la nécessité de l’épreuve pour  vivre en osmose avec l'univers et élucider le clair-obscur de l’existence. 

B.C.D

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 05:49

Editions : Grasset

Parution : Février 2017

412 pages

22 €

 

Rien de bien nouveau dans cette approche de Colette où  le lecteur cherche en vain l’évanescence poétique  des biographies de Zweig. Amateur de vérité, Dominique Bona garde sciemment un certain recul.  Soucieuse de comprendre cette romancière déconcertante par son besoin ambivalent  de liberté et d’amour, elle la présente plus à travers sa vie qu’à travers ses œuvres. En effet cette longue  biographie ne se limite pas à Colette, mais à tout son environnement, sans doute pour mieux présenter cette époque en mutation, en recherche d’équilibre et de nouvelles moeurs révolutionnaires. Certes les voyages, les activités théâtrales et journalistiques, les aventures amoureuses de Colette  sont chronologiquement et scrupuleusement respectés. D. Bona  n’omet rien ni personne,  les amies du phalanstère sont longuement décrites une à une  dans ce chalet parisien pendant que les hommes sont au Front, le secret de ses allers-retours à Verdun pour retrouver Henry de Jouvenel contraste avec la séduction ouvertement jouée auprès du jeune  fils de celui-ci.  La brièveté de l’amour et du temps procure à Colette une profonde douleur physique qui se traduit par un déséquilibre dont elle se moque elle-même. D’où sa sensualité excessive,  son besoin de fuir la solitude et de faire scandale  en abordant sans honte tous les tabous. Seule l’écriture fut son viatique, mais  Dominique Bona n’en parle pas … Dommage !

B .C D.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 16:48

Editions : Actes Sud

Parution : Janvier 2017

171 pages

16,50 €

 

Cri dans la nuit des temps,  qui part de bien avant Auschwitz, se prolonge jusqu’à  la Turquie d’aujourd’hui et même plus loin, tel est le dernier livre d’Asli Erdogan emprisonnée puis assignée  à résidence avant son jugement définitif. Car cette journaliste turque n’a plus droit à la parole, encore moins à l’écriture et  pas même au silence intérieur. Pour elle, se taire signifie non seulement lâcheté, mais complicité. Alors, « ce n’est pas un verdict, c’est un cri »  sous forme de poésie en prose qui s’échappe d’elle, malgré elle. Un hommage à tous ceux emprisonnés,  martyrisés, ou morts pour la vérité, qui prend la tonalité d' une révolte, poignante de sincérité. Elle nous promène dans les rues du désespoir, devant des corps nus,  amputés, souillés de boue ou de sang, au bord de charniers nauséabonds, au fin fond des caves d’un splendide palais. Elle va jusqu’à ressusciter le dérisoire de nos chagrins d’enfant pour mieux nous faire réaliser  la cruauté des départs forcés et sans retour. En un mot elle universalise  la souffrance humaine causée par « l’oppression, notre plus vieille et immuable histoire ». Elle fait de son pays  une peinture de feu où une fumée sombre endort tous les sens : « Même si nous sommes horrifiés, rien ne nous étonne plus » … Livre aussi beau que triste où peu à peu  le cri se transforme en pleurs.

B.C.D.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 08:37

Editions : Gallimard

Parution : Février 2017

234 pages

20 €

Estimation : 2 /5

 

« Croire au merveilleux » est la suite du précédent roman d’Ono-dit-Biot. Le lecteur y retrouve César, maintenant veuf et désespéré. Alors César pense au suicide, prend des médicaments et s’enfonce dans un état comateux.  Son rêve l’emporte dans un voisinage  où moeurs étranges et évènements politiques se fondent dans un pastiche d’œuvres antiques. Le style de l’auteur est semblable à l'écartèlement moral de César,  alterne entre le désespoir et des descriptions  paradisiaques. Les voyages sont plus excitants qu’une bibliothèque et les femmes plus provocantes qu’aimantes. Les îles méditerranéennes offrent des grottes pour refuge comme chez Novalis,  ce qui n’empêche pas d’entendre  en arrière-fond  guerres et attentats qui sont le tabou des soirées arrosées. «Face à ce déluge de violence, que peut-on dire à son enfant ? »  L’hyper-information et le monothéisme seraient-ils la cause de tous   les antagonismes? C’est alors  le retrait sur une île déserte, le souvenir de l’innocence de l’enfance, les retrouvailles des battement du cœur  de son épouse . Quelqu'un arrivera-t-il à temps  pour sortir César de sa torpeur et lui dire que son petit garçon  l’attend? Une illustration typique du rêve selon Bachelard: « Nous souffrons par les rêves et nous guérissons par les rêves ».

 

 

 

B.C.D.

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