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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:38

« Le parfum de l’innocence »  par Parisa REZA

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2017

297 pages

20 €

estimation : 3/5

 

Deux mondes au cœur même de l’Iran dont le  fossé ne cesse de s’accroître, tel est la thématique chère à Pariza REZA qui peint à merveille le drame subi par ce pays où révolution et guerre civile finissent par se confondre. Le roman tourne autour d’Elham, fille de Bahram,  professeur d’université à Téhéran dans les années 70, intellectuel socialiste subjugué par l’Europe. En tombant amoureuse de Jamshid, fils du général de l’armée de l’air très proche du Shah, lui-même pilote de chasse appartenant à l’élite du pays, Elham va connaître les déchirements que ses propres parents ont déjà connus dans les années 1950.  Sa mère  marxiste extrémiste,  bien qu’originaire de la haute aristocratie, ne put supporter la tiédeur d’un professeur progressiste. En 1979 le dilemme est le même : Elham aime Jamshid mais veut la révolution. Restera-t-elle aux côtés de ce  militaire au service du Shah ou préservera-t-elle sa liberté? Peu importe le dénouement de cet amour passionné.   L’essentiel réside dans ce choix cornélien qui touche la jeunesse, et surtout dans le fanatisme croissant de ce pays cher à l’auteur et qu’elle décrit avec justesse. Livre très plaisant malgré un thème déjà vu et revu qui laisse derrière lui une ombre certaine de tristesse, car « c’est ton tour de vivre le désastre », comme si la guerre  était inévitable …

B.C.D.

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 14:47

« Au temps du fleuve Amour » par Andreï Makine

 

Editions du Seuil

Parution : Mai 2017

295 pages

19,50 €

« Au temps du fleuve Amour » n’est autre qu’un retour d’A. Makine dans la Sibérie de son enfance. Certes l’appel de l’Occident y résonne très fort.  Le  Transsibérien et  un simple film de Belmondo emportent par le rêve  trois adolescents  dans un monde qui n’est pas le leur. Seule la taïga reste imperturbable,  comme  cette génération abattue par la guerre et la dictature. La splendeur du style d’A. Makine  rivalise avec la brillance du paysage, qu’il soit de neige,  de soleil ou d’étoiles, et la torture d’un cœur, qu’il soit celui d’un guerrier, d’un amant ou d’un poète. Car tels sont les trois jeunes  protagonistes auxquels rien n’échappe : les barbelés des camps qui n’épargnent pas  les prisonniers,  la fonte des glaces qui mutile des corps, la vodka qui réchauffe autant que la prostituée. Mais  au-delà de ce fleuve Amour  la lourdeur des femmes et la rusticité des hommes ne font point tache d’ombre dans ce pays de blancheur. La vieille Olga, qui rappelle au lecteur la grand-mère de Makine, révèle la beauté des mots de la littérature française   bien plus suggestive que les exploits fictifs d’une star de cinéma. Le vieux passeur de bac n’a pas honte d’annoncer son mariage. Car les apparatchiks ne sont pas parvenus à broyer l’essentiel, le cœur profond de la Sibérie, « la consonance de tout – de lumières, d’odeurs, de couleurs » qui seules « percent le sens de la mosaïque de la beauté ». Livre splendide où l’auteur n’omet pas d’ironiser sur la technologie qui tue les mots en même temps que l’amour et la vie.

B.C.D

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 17:10

Editions : Equateurs

Parution : Avril 2017

223 pages

19 €

 

 

Le lecteur ne sera pas déçu car, s’il s’attendait à un énième roman d’aventure, cette écriture en est une.  L’humour  et le franc parler de Sylvain Tesson habitent chacune de ses réflexions  sur le monde actuel. Lui qui aime tant la nature et les livres  réagit avec vigueur  à  « l’esbroufe technologique » qui se veut sans limite. Lui qui lutte contre l’abattement moral causé par la barbarie des djihadistes appelle à dépasser le pathos et réformer le Coran. Avec brio et enthousiasme il fait l’usage  de mots peu communs, voire fabriqués par lui-même, qui marquent les imaginations et font réagir les consciences. Il dénonce la « néoténie généralisée » qui frappe tous les milieux, cette caractéristique d’enfant gâté qui veut que le monde se plie à ses caprices. Il  révèle   la « thanatose » des politiciens une fois élus après la « tarentelle » de la campagne électorale. Il déplore ce « compassionomètre » qui  les fait se pencher sur les victimes du moment. Alors, pour garder le moral, il entrecoupe ses chapitres réalistes de récits de voyages, même s’il prône la vie sédentaire, et d’aphorismes comiques, car l’absurdisme de l’existence rôde toujours. Mais « la verticale du soi »  pour cet alpiniste émérite est le  rappel inévitable à « la verticale du style ». Ainsi l’écriture est « la bouée de sauvetage » qui transforme la vibration  de l’âme en « une très  légère oscillation ». Livre fort ressemblant à ce jeune aventurier qui fait du XXIème siècle le miroir de la fête de l’Ane…

B.C.D.

 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 14:20

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2017

120 pages

13,80 €

 

« Qui vous apprend ce que c’est que vivre ? » Telle est la question que pose ce petit roman plein de poésie. L’enfant souffre d'un vide dû au départ  de sa mère. Il n’est pas le seul à en pâtir, mais le seul à se réfugier dans le mutisme et  dans  une nature sauvage, « pour comprendre la poussière », la guerre, la mort. Car « les mains ouvertes d’une mère sont un livre d’images ».  Mais sans elle, qui apprend les couleurs du  monde et de la vie ? Le père a honte car n’a pas osé suivre la femme de son désir. La soumission de la grand-mère  s’est transformée en colère contre Dieu et haine contre son homme.  Alors à force d’avancer sans lumière  ni espérance, après avoir touché le fond  de l’abîme, l’enfant atteint « la maison de l’à-pic » aussi  vertigineuse que riche en horizon infini. Oeuvre originale où une voix mystérieuse accompagne l’enfant et  prône la beauté des mots à travers les langues inconnues. Sans doute s’agit-il de cette mère étrangère, dont les paroles ne sont autres que le langage du sang qui coule dans les veines de l’enfant. Bel hymne à la liberté et à la nature où l’esprit d’écoute et d’observation de J. Benameur ne parvient pas à nier la nécessité de l’épreuve pour  vivre en osmose avec l'univers et élucider le clair-obscur de l’existence. 

B.C.D

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 05:49

Editions : Grasset

Parution : Février 2017

412 pages

22 €

 

Rien de bien nouveau dans cette approche de Colette où  le lecteur cherche en vain l’évanescence poétique  des biographies de Zweig. Amateur de vérité, Dominique Bona garde sciemment un certain recul.  Soucieuse de comprendre cette romancière déconcertante par son besoin ambivalent  de liberté et d’amour, elle la présente plus à travers sa vie qu’à travers ses œuvres. En effet cette longue  biographie ne se limite pas à Colette, mais à tout son environnement, sans doute pour mieux présenter cette époque en mutation, en recherche d’équilibre et de nouvelles moeurs révolutionnaires. Certes les voyages, les activités théâtrales et journalistiques, les aventures amoureuses de Colette  sont chronologiquement et scrupuleusement respectés. D. Bona  n’omet rien ni personne,  les amies du phalanstère sont longuement décrites une à une  dans ce chalet parisien pendant que les hommes sont au Front, le secret de ses allers-retours à Verdun pour retrouver Henry de Jouvenel contraste avec la séduction ouvertement jouée auprès du jeune  fils de celui-ci.  La brièveté de l’amour et du temps procure à Colette une profonde douleur physique qui se traduit par un déséquilibre dont elle se moque elle-même. D’où sa sensualité excessive,  son besoin de fuir la solitude et de faire scandale  en abordant sans honte tous les tabous. Seule l’écriture fut son viatique, mais  Dominique Bona n’en parle pas … Dommage !

B .C D.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 16:48

Editions : Actes Sud

Parution : Janvier 2017

171 pages

16,50 €

 

Cri dans la nuit des temps,  qui part de bien avant Auschwitz, se prolonge jusqu’à  la Turquie d’aujourd’hui et même plus loin, tel est le dernier livre d’Asli Erdogan emprisonnée puis assignée  à résidence avant son jugement définitif. Car cette journaliste turque n’a plus droit à la parole, encore moins à l’écriture et  pas même au silence intérieur. Pour elle, se taire signifie non seulement lâcheté, mais complicité. Alors, « ce n’est pas un verdict, c’est un cri »  sous forme de poésie en prose qui s’échappe d’elle, malgré elle. Un hommage à tous ceux emprisonnés,  martyrisés, ou morts pour la vérité, qui prend la tonalité d' une révolte, poignante de sincérité. Elle nous promène dans les rues du désespoir, devant des corps nus,  amputés, souillés de boue ou de sang, au bord de charniers nauséabonds, au fin fond des caves d’un splendide palais. Elle va jusqu’à ressusciter le dérisoire de nos chagrins d’enfant pour mieux nous faire réaliser  la cruauté des départs forcés et sans retour. En un mot elle universalise  la souffrance humaine causée par « l’oppression, notre plus vieille et immuable histoire ». Elle fait de son pays  une peinture de feu où une fumée sombre endort tous les sens : « Même si nous sommes horrifiés, rien ne nous étonne plus » … Livre aussi beau que triste où peu à peu  le cri se transforme en pleurs.

B.C.D.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 08:37

Editions : Gallimard

Parution : Février 2017

234 pages

20 €

Estimation : 2 /5

 

« Croire au merveilleux » est la suite du précédent roman d’Ono-dit-Biot. Le lecteur y retrouve César, maintenant veuf et désespéré. Alors César pense au suicide, prend des médicaments et s’enfonce dans un état comateux.  Son rêve l’emporte dans un voisinage  où moeurs étranges et évènements politiques se fondent dans un pastiche d’œuvres antiques. Le style de l’auteur est semblable à l'écartèlement moral de César,  alterne entre le désespoir et des descriptions  paradisiaques. Les voyages sont plus excitants qu’une bibliothèque et les femmes plus provocantes qu’aimantes. Les îles méditerranéennes offrent des grottes pour refuge comme chez Novalis,  ce qui n’empêche pas d’entendre  en arrière-fond  guerres et attentats qui sont le tabou des soirées arrosées. «Face à ce déluge de violence, que peut-on dire à son enfant ? »  L’hyper-information et le monothéisme seraient-ils la cause de tous   les antagonismes? C’est alors  le retrait sur une île déserte, le souvenir de l’innocence de l’enfance, les retrouvailles des battement du cœur  de son épouse . Quelqu'un arrivera-t-il à temps  pour sortir César de sa torpeur et lui dire que son petit garçon  l’attend? Une illustration typique du rêve selon Bachelard: « Nous souffrons par les rêves et nous guérissons par les rêves ».

 

 

 

B.C.D.

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:37

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2017

388 pages

22 €

 

C’est en historienne,  avec des lettres authentiques d’Henri IV à l’appui, qu’Isaure de Saint Pierre parvient à décrire  jour après jour l’emploi du temps de ce roi,  en y ajoutant tout l’art d’une romancière. Lecture passionnante qui montre à quel prix un royaume se conquiert  et une histoire d’amour se construit ! L’auteur n’omet aucun des multiples départs précipités du roi, aussi guerrier qu’épicurien, pour procurer paix civile et religieuse à plus d’une province et obtenir du pape  qu'il  ratifie son « démariage » avec la reine Margot pour sa propre paix intérieure. Beaucoup de vérité   dans le portait   de cet huguenot  converti, plein de désir de réconciliation nationale, généreux avec les fonds du Trésor, mais prêt à les reprendre pour  payer ses troupes de soldats. Quant à Gabrielle d’Estrées, son amour l’incite à tout faire « pour le plaisir du roi ». Certes elle appréhende un mariage  avec Marie de Médicis ou l’Infante d’Espagne « pour le bien de l’Etat » et découvre avec horreur les placards qui la dénoncent comme « la putain du roi ». Elle n’en admire que plus son amant,  célèbre  pour son panache blanc, mais dont le  bonheur est de se promener seul  dans  le plus grand anonymat ou avec elle dans la plus grande pompe. Alors d’où vient son pressentiment  « Il n’y a plus que Dieu et la mort du roi pour m’empêcher d’être reine » ? Car Gabrielle ne sera jamais reine, mais grâce à Isaure de saint Pierre, sera la seule à porter le nom de  « la presque reine ». Bel ouvrage pour raviver notre histoire de France !

B.C.D

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 18:51

Editions : Flammarion

Parution : janvier 2017

228 pages

19 €

Estimation : 4,5/5

 

« Romain Gary s’en va-t-en guerre » est aussi bouleversant que  « La Promesse de l’aube ».  La plume de L. Seksik fait écho à celle de l’autobiographe.  Le lecteur retrouve le jeune Roman, coiffé de sa chapka, errant désespérément dans Wilno, la « Jérusalem de Lituanie » où les provocations de petits voyous antisémites lui font moins mal que la tristesse de sa mère. Car  le désespoir et l’amour excessif de Nina ne lui échappent pas, même si celle-ci refoule ses sanglots  pour laisser place à un projet de vie à Paris ou sur la Riviera.  Mais dans cette nouvelle biographie de R. Gary,  Nina n’est plus le personnage unique de la vie de Roman. L’ombre de Arieh Kacew, le  père,  hante le  cœur de l'enfant qui fera tout pour le faire revenir au foyer.  L. Selsik dévoile pourquoi cette famille juive, fourreur de génération en génération, a toujours refusé l’excentricité de Nina, contraire à leur religion. Roman se sent déchiré entre la passion de Nina  et la faiblesse  d’Arieh qui le trahit en préférant une autre femme à sa mère et  un autre enfant à lui-même. Alors la leçon du rabbin Abraham Ginzburg lui revient,  son orgueil blessé se transforme en « une espérance que rien ne peut atteindre »,  en un désir de « hauteur céleste »,  qui le fera partir en guerre  au service des Forces Aériennes Françaises Libres pour permettre à ce père tant désiré  de  s’évader du ghetto de Wilno… Ainsi une destinée  incompréhensible   sur terre  peut devenir  très claire depuis le Ciel !

B.C.D.

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 14:08

Editions : Viviane Hamy

Parution : Janvier 2017

263 pages

29 €

Estimation : 4/5

 L’amour de la nature sauvage  transcende ce  roman,  mais Cécile Coulon reste très lucide. Ce n’est pas sans raison qu’elle nomme « Les Trois-Gueules » un simple rocher fendu en trois parties, qui emportera plus d’une âme mais  fera aussi la richesse du village Les Fontaines. C’est là qu’André, jeune médecin, décide de s’installer.  Antichambre de l’enfer ou du paradis? Tel est l’énigme des trois générations qui vont s’y  succéder et connaître "trois saisons  d'orage". Car le travail  dans la  carrière  n’est pas sans risques et la culture de la terre pas de tout repos. D’ailleurs la femme d’André ne se résoudra jamais à y habiter et celle de son fils trouvera maints prétextes professionnels pour des aller-retours entre ville et montagne. Là-haut les habitants courbent l’échine mais  rayonnent de bonheur. Quand la carrière n’est plus assez rentable, la taille de la pierre vient compléter son extraction. Et quand les gens de la ville voient enfin  une manne dans cette fente rocheuse, l’agriculture se développe bien au-delà des "Trois-Gueules » toujours ouvertes et insatiables...  Ainsi la nature ne se révèle pas être  la seule  responsable de tous les malheurs. La mort  peut survenir  dans un simple sommeil,  comme  l’adultère  peut menacer la paix d’une famille et la guerre détruire une école pleine d’enfants. Seule  la beauté des lieux incite au sacrifice  et fait aimer la vie… Moment de lecture très délassant: les personnages sont très attachants et le lyrisme de Cécile Coulon parvient à concilier deux tendances trop souvent présentées comme antinomiques.  B C D   

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