Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 16:37

 

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2017

506 pages

22 €

.

 

 

Comprendre le passé pour mieux accepter le présent, tel est le projet d’Alice Zeniter.  Mais y parviendra-t-elle, si on en juge le titre de son roman ?  Son héroïne Naïma lui ressemble.   Petite-fille d’un Harki du nom d’Ali,  elle a du mal à accepter le silence de celui-ci sur son pays d’origine. Plutôt que de se joindre aux nationalistes indépendantistes, il  fit, selon elle, le mauvais choix de croire en la protection de l’armée française. Anticommuniste notoire, il faisait fructifier ses terres, embauchait  des ouvriers et s’assurait du versement des pensions de guerre. La fuite,  l’exil forcé et l’humiliation d’être parqué  dans des camps de réfugiés puis dans des barres construites à la va vite ne sont rien par rapport au sentiment d’incompréhension  dans lequel Ali s’enferme  pour toujours. Sa famille nombreuse saura-t-elle s’intégrer comme Hamid le fils aîné, sauvé par l’amour inconditionnel de Clarisse ? En tout cas sa petite-fille Naïma ne se contentera pas « des racines floues de brouillard ». Rejetant toute assimilation avec les colons comme avec les révolutionnaires, celle-ci trouve dans l’art de Lalla, peintre algérien,  une lumière éclairante qui la ramène aux sources.  Dans ce roman A. Zeniter, n’épargne personne, ni l’armée française, ni les indépendantistes,  ni ceux qui ferment les yeux . Certains vont s’en sortir, d’autres jamais, d’autres encore  feront le voyage en sens inverse comme l’auteure elle-même sans y trouver la paix, car "les barbus" surveillent… « Un pays n’est jamais une seule chose à la fois » et ce mystère indéchiffrable  est l’obsession de notre  temps. Très joli livre pour ceux qui ne craignent pas de garder les yeux grand-ouverts.  

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 14:52

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2017

661 pages

25 €

 

 

O. Pamuk donne l’impression d’être le chantre du romantisme turc. Son attachement à sa famille et à sa patrie, la solitude qui émerge des rues stambouliotes  malgré la modernisation de la ville et sa vision de l’homme font de son roman une œuvre universelle.  Les descriptions des lieux comme des êtres,  dictées par sa sensibilité, en disent long sur le bouleversement des mentalités du aux grandes vagues d’exode rural à Istanbul dans les années 50. Mevlut, son principal personnage qui arrive d’Anatolie,  a du mal à s’adapter au monde moderne. Les traditions paternelles et les rites religieux restent ancrés en lui, même si son métier est révolu et son  épouse pas celle qu’il croyait. Le lecteur s’attache  au petit écolier du lycée d’Atatürk qui  vend  yaourts et boza, puis une fois  adulte  tire une carriole à pilaf  devenue hors-normes et bien vite interdite par la police. L’armée tire sur « les ennemis de l’intérieur »,  les femmes s’émancipent, la loi sur l’avortement est votée. La narration est simple, les nombreux  interlocuteurs sincères, même si la jalousie, l’arrivisme et  les pots-de-vin les  écartent les uns des autres. Tandis qu’émerge une forêt de gratte-ciel  et de néons qui fait rêver la nouvelle génération, Melvut réalise enfin que « cette chose étrange en lui » n’est autre que son désir de faire perdurer ce qui est appelé à mourir.   Cette magnifique saga familiale laisse  derrière elle quelques traces de tristesse, sans doute parce que  chacun  ressent en son âme et conscience ce douloureux déchirement entre tradition et modernisme qui rend  « plus solitaire qu’un loup »...  

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 19:34

« Un dissident » par F-R de Guenyveau

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Aout 2017

329 pages

21,50 €

 

 

Après la mort de Dieu par Nietzsche et la mort de l’homme par Foucault, la fabrication d’un nouvel être humain  hante Christian Sitel comme le « Sacre du printemps » de Stravinsky  obsède sa mère, femme étonnamment froide, plus pleine d’ambition pour son fils que d’amour maternel, ce qui justifie un magnifique dénouement . Passionné  d’invention scientifique avec le  seul but  de perfectionner la nature humaine, Christian renonce à tout, accumule les diplômes et les heures de travail dans son laboratoire de recherche américain jusqu’à négliger les siens et s’oublier lui-même.  Mais pas le moindre  remords en lui,  car il est persuadé d’être chargé d’une mission supérieure, de servir une noble  cause : améliorer l’existence de l’homme en manipulant ses gènes pour lui apporter la perfection physique et intellectuelle qui lui manque afin d’être un surhomme et remplacer le  Créateur. Tel est le pari de Christian que l’auteur parvient à merveille à argumenter et à réfuter par l’intermédiaire de personnages tout aussi variés et persuasifs les uns que les autres. Au transhumanisme ambiant qui revendique la perfection humaine  s’oppose un amour de l’existence telle qu’elle est, avec ses joies à saisir et ses déboires à combattre. D’où l’intérêt de ce roman original qui montre combien il est  plus urgent  de réapprendre à aimer que d’inventer un homme nouveau…

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 08:36

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Août 2017

317 pages

22,50 €

 

 

Ce roman, tout en lenteur, n’est autre qu’une tentative pour maîtriser le temps qui passe, voire l’arrêter ou plutôt le dépasser par son  lyrisme. Si le lecteur persiste,  c’est grâce à sa poésie et à la découverte de la Chine du XVIIIème siècle où le plus célèbre  horloger du monde, l’anglais Cox, se met au service de  l’empereur Quianlong  bien plus despote et cruel que le temps lui-même. La mort qu’elle soit naturelle ou causée par le tyran rôde sans cesse. Pour oublier ceux qu’il aime autant que pour les retrouver, Mr Cox  veut satisfaire le  caprice  de celui qui a droit de vie et de mort sur tous ses sujets mais qui voit  le temps  lui échapper: la création d’horloges qui savent mesurer et freiner les variations et l’allure du temps, celui  de l’enfance comme celui  du condamné à mort ou  des amants. Certes l’empereur invisible met à sa disposition les matériaux les plus précieux jusqu’à appauvrir et révolter les habitants. Mais c’est le souvenir de sa fille défunte, la rencontre des prisonniers, l’entrevue d’un amour impossible  qui seuls  inspirent le travail de Cox.  L’empereur finira-t-il par comprendre l’essence même de la beauté des ouvrages de l’horloger  ou le condamnera-t-il à mort ? Et si  triompher sur le temps était possible  grâce à la patience et la persévérance ? Mais Cox parviendra-t-il à procurer "l'horloge intemporelle" ? En tout cas cet auteur autrichien parfaitement traduit par B.Kreiss offre une très belle allégorie : la  tentation démiurgique ne date pas d’aujourd’hui…

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:11

  

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 23 Août 2017

456 pages

22,90 €

 

 

C’est une petite esclave soudanaise inconnue qui inspire V. Olmi, une enfant au cœur pur que  l’auteure sonde si profondément qu’elle finit par se confondre avec elle.  Car V. Olmi se surpasse  par la sobriété  et la pudeur de son style autant que Bakhita par l’immensité de son  courage et de son innocence. L’arrière plan est démoniaque, il représente Bakhita victime des razzias et des viols de négriers musulmans à la fin du XIXème, des cruautés dues à  la  folie humaine qui abuse d’une domesticité résignée. Mais V. Olmi le fait avec finesse et délicatesse,  et une fois l’horreur poussée à son paroxysme, la noirceur émet « une réflexion de lumière ».  La nuit noire à laquelle se confie Bakhita devient révélation. La plus grande détresse dévoile une protection surhumaine, celle d’un  « Patrone » inconnu, impalpable, mais très présent qui finit par se révéler à travers des êtres  aimants et croyants.  C’est au rythme du « chant de la séparation »  que se déroule cette histoire vraie où Bakhita devra toujours quitter  malgré elle ceux qu’elle aime, en ressentant non seulement la plus grande tristesse mais un sentiment de lâcheté injustifiée. Et c’est cette souffrance intime  qui s’ajoute à la honte d’une peau trop noire, tatouée et fouettée, exposée comme un animal de cirque à cause d’une célébrité qui devient rentable pour des institutions qui se veulent humanitaires.  Bakhita accepte tout, à la différence de V. Olmi qui finit par une révolte heureusement apaisée par la lucidité  de Jean-¨Pal II, seul  à percevoir la  sainteté dans le cours diabolique  de l’Histoire…

B.C.D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 14:33

« Avant que les ombres s’effacent » par Louis-Philippe DALEMBERT

 

 

Editions : Sabine WESPIESER

Parution : Mars 2017

287 pages

21 €

Estimation : 4,75/5

 

 « Avant que les ombres s’effacent » a toutes les caractéristiques du roman picaresque. Le talent de l’auteur à s’identifier à son protagoniste Ruben Schwarzberg laisse croire dans un premier temps à une autobiographie tant les sentiments du jeune Juif en exil sont émouvants. Mais bien vite l’immersion de celui-ci en Haïti, pays d’origine de l’auteur  décrit avec  beaucoup de pittoresque, révèle les véritables intentions  de L-P Dalembert.  Comme l’indique très clairement le titre , il faut , avant qu’il ne soit trop tard,  rappeler les horreurs de la vieille Europe  des années 40 en contraste avec  la beauté   paradisiaque d’Haïti qui s’est toujours battue pour l’indépendance de ses habitants, l’égalité des races et le bonheur de ses immigrés. C’est donc avec un récit erratique  semblable à la vie de Ruben que l’auteur nous promène dans  deux mondes antagonistes : celui d’un petit caporal à moustache auteur du traité de Nuremberg qui disperse de par le monde ou dans les camps de la mort des tribus soudées comme celle des Schwarzberg  et celui d’illustres inconnus Haïtiens. Ces derniers, qu’ils soient écrivains, politiciens, ambassadeurs, poètes ou chanteurs de jazz,  sont tous inspirés par la beauté naturelle de leur  pays, par la légèreté de leur langue créole, par les superstitions  de l’esprit vaudou qui ne fait qu’accroître la sensualité des mœurs au son des tambours et au rythme du rhum local. Ainsi l’auteur avec humour et amour réhabilite  l’image de ce pays accueillant, bien plus riche et bien plus heureux  que ne le dit sa renommée. Livre écrit dans un très joli style qui sait être tout à la fois  divertissant et  enrichissant.

B.C.D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 13:50

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2017

314 pages

 

Ce bien beau voyage sur la petite  île japonaise d’Aburi  montre combien les aspirations  du cœur humain sont universelles. Ryôsuke souhaite y réaliser le vœu de son père, une fabrique de fromages de chèvre alors que cet animal est traditionnellement réservé à la consommation de la viande.  Et pourtant une telle initiative enrichirait cette île qui a tous les attraits malheureusement méconnus par des habitants refermés sur eux-mêmes. Durian Sukegawa, par ce deuxième roman, fait preuve de  grands talents de peintre et de fin anthropologue.  L’île d’Aburi est décrite dans ses moindres détails, des forêts d’arbres géants qui abritent des chèvres sauvages jusqu’aux cavernes  en bordure de mer où il était de tradition d’abandonner les vieillards. L’auteur n’en oublie pas pour autant les passionnés d’innovations qui tentent tout pour arriver à leur fin ou ces jeunes abandonnés à eux-mêmes  qui cherchent à guérir ce qui les font souffrir.  Mais si la nature humaine est complexe, faible ou violente, totalitaire ou indépendante, le protagoniste reste impressionnant par sa détermination silencieuse à  suivre sa conscience et sa raison de vivre. Jolie évasion  pour un été sédentaire…

B.C. D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 10:25

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 2017

377 pages

23,50 €

 

 

 

 

 « Le livre de la faim et de la soif »  par Camille de Toledo

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 2017

377 pages

23,50 €

C’est avec quelques scrupules que Camille de Toledo aborde un sujet qui le taraude, celui de la succession des horreurs qui frappent les hommes  depuis la nuit des temps. Alors, avec toute l’ardeur de sa jeunesse, comme un défi à Dieu,  il laisse sa plume remonter les siècles et  donne la parole au livre. Car lui-même est « la Pieuvre » , le maillon solidaire par son silence et sa passivité de la mafia éternellement responsable des maux de la terre. Les pages se tournent avec une curiosité qui n’a rien de morbide, car Camille de Toledo se promène dans le temps comme sur toute la planète avec une  connaissance encyclopédique et une avidité de boulimique. Certes les cercueils défilent, le temps passe et revient toujours  avec sa fatalité. Mais le livre tente de porter un regard neuf avec des mots nouveaux. Il ne détourne pas ses yeux des  Enfants-Bûches qui flottent sur le Gange mais s’accroche à eux. Il invite à la table du « Banquet des Origines », savoure les grands mélanges du monde et des cultures. Son seul conseil : ne pas chercher à comprendre mais regarder, quitte à confondre minarets et éoliennes, les Alpes et la neige artificielle de Dubaï ! Comme l’enfant d’Ismaël qui préfère la contemplation des poissons à la promesse de l’Exode, le livre  cueille ce qui vient, la voix du chanteur comme les couleurs des rickshaws.  Il dénonce l’emprise des fables, veut rendre le Verbe à Dieu, réveiller le  Jardin de l’Ennui, s’échapper au « Pays de dehors », celui de l’enfance sans frontières,  fendre le Mur de la Douleur, celui qui sépare Israël et la Palestine, tenter tous les plaisirs sans jamais s’arrêter,  à tel point qu’il dérive avec quelques longueurs. Au lecteur de réagir, de faire son choix, de ne pas s’enfoncer dans un océan de déchets comme dans le désespoir, mais d’être le maître de son existence ! Un roman déroutant par son audace et sa lucidité, qui tout à la fois fait rire par sa forme et  peur par le  sérieux de son thème!

 

 

 

 

B.C.D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 20:47

 

Editions : Grasset

Parution : Juin 2017

222 pages

18 €

Estimation : 4,75/5

 

 

Si la condition de la femme est le thème obsessionnel de la rentrée littéraire, Laetitia Colombani aborde ce sujet  avec une grande finesse. En un seul roman composé de trois nouvelles elle parvient à réunir trois femmes  qui se battent pour survivre aux  quatre coins de la planète.  Seule la persévérance semble apaiser les cœurs et les destinées. La solitude conjugale et l’arrivisme professionnel ne font que gâcher l’existence : Sarah la Canadienne tombe gravement malade à force de jongler entre sa profession  d’avocate et sa vie monoparentale. Giulia, la Sicilienne va s’efforcer d’éviter la faillite de l’entreprise familiale de perruques en prenant les plus grands risques.  Smita, l’Indienne qui appartient aux Intouchables, s’efforce de résister au joug des castes par amour pour sa fille sous le regard d’un mari broyé d’avoir trop courbé l’échine. La pensée de l’auteure, d’un style de grande sobriété et d’authenticité, laisse entrevoir peu à peu  la solidarité humaine qui se lace et s’entrelace en toute ignorance jusqu’à former  ce lien si important de la fraternité.  Trois vies qui composent  à elles seules « la tresse » et inspire à Laetitia Colombani  un bel hymne au courage féminin … 

B.C.D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:38

« Le parfum de l’innocence »  par Parisa REZA

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2017

297 pages

20 €

estimation : 3/5

 

Deux mondes au cœur même de l’Iran dont le  fossé ne cesse de s’accroître, tel est la thématique chère à Pariza REZA qui peint à merveille le drame subi par ce pays où révolution et guerre civile finissent par se confondre. Le roman tourne autour d’Elham, fille de Bahram,  professeur d’université à Téhéran dans les années 70, intellectuel socialiste subjugué par l’Europe. En tombant amoureuse de Jamshid, fils du général de l’armée de l’air très proche du Shah, lui-même pilote de chasse appartenant à l’élite du pays, Elham va connaître les déchirements que ses propres parents ont déjà connus dans les années 1950.  Sa mère  marxiste extrémiste,  bien qu’originaire de la haute aristocratie, ne put supporter la tiédeur d’un professeur progressiste. En 1979 le dilemme est le même : Elham aime Jamshid mais veut la révolution. Restera-t-elle aux côtés de ce  militaire au service du Shah ou préservera-t-elle sa liberté? Peu importe le dénouement de cet amour passionné.   L’essentiel réside dans ce choix cornélien qui touche la jeunesse, et surtout dans le fanatisme croissant de ce pays cher à l’auteur et qu’elle décrit avec justesse. Livre très plaisant malgré un thème déjà vu et revu qui laisse derrière lui une ombre certaine de tristesse, car « c’est ton tour de vivre le désastre », comme si la guerre  était inévitable …

B.C.D.

Repost 0
Published by brigitte clavel-delsol - dans 2017
commenter cet article