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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 16:12

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2017

388 pages

21 €

 

Bien qu’il n’y ait jamais vécu, l’île Maurice, berceau de ses origines, a toujours hanté J.M.G. Le Clézio. Deux narrateurs s’alternent : Jérémie Felsen est un jeune parisien qui va sur les traces de ses ancêtres mauriciens avec plusieurs raisons  en tête : comprendre la mort du "dodo", l’oiseau mythique de l’île, la disparition des « marrons »  et l’extinction de sa famille; Dominique Felsen, le dernier rescapé  de la lignée mauricienne , est un vieux clochard qui porte le même surnom que l’oiseau,  sans doute à cause de sa difficulté à s’adapter à la transformation de l’île. L’abordage  de Jérémie  est facilité par  une litanie de noms créoles, qui ne l’empêchent pas de discerner les avantages et inconvénients du passé comme du présent. La tribu familiale a subi le même sort que l’île, les razzias des bulldozers sont semblables aux pillages des Armandos, les marinas pour touristes remplacent les sucreries, les surfeurs sont les nouveaux esclaves et les pilotes de ligne les nouveaux proxénètes.  Si le cœur de Jérémie  est partagé entre  l’Alma d’hier et le Maya d’aujourd’hui, le sort de Dominique est plus tragique, celui du clown triste immigré à Paris. Mais point de pessimisme, un souci d’adaptation semble être le leitmotiv du roman symbolisé par l’oiseau si  ressemblant  à l’albatros de Baudelaire.   Le Clézio est fidèle à lui-même, son style court à toute allure dans un labyrinthe de vies où une lecture lente s’impose. Car l’auteur ne dévoile ses sentiments qu’à petites touches imperceptibles, voulant peindre avant tout  un tableau réaliste.

B.C.D.

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 10:55

Editions : Stock

Parution : Septembre 2017

299 pages

21,50 €

 

 

Pourquoi ce titre « Les huit montagnes »  alors qu’il s’agit de  l’histoire de deux amis liés par une seule et même montagne, le mont Rose qui domine le val d’Aoste? Mais avant cette amitié il y a ce père amoureux des hauts sommets que son fils ne comprendra que peu à peu, une mère effrayée par l’altitude à cause d’un souvenir inoubliable. Comme l’eau de la rivière, « le passé est en aval, l’avenir en amont». Alors l’enfant des villes va se tourner vers l’enfant des montagnes, et si les êtres ont tous leurs secrets intimes, seules  les beautés de la nature parviennent à les rapprocher. Un livre incontournable pour ceux qui aiment la montagne,  qui ne craignent ni son appel à toujours aller plus haut, ni ses dangers, ni l’aridité  de sa terre impossible à fléchir… L’auteur ne se limite pas à la passion irraisonnée du montagnard. Il en cherche la cause, est conscient que chacun a « une altitude de prédilection » dont les raisons intimes  sont multiples. Car si l’enfant des villes s’intéresse aux divers sommets de l’Himalaya à la différence de celui qui est berger sur le même versant depuis sa tendre enfance, si l’un  se noie dans l’humanitaire et l’autre dans la solitude, lequel des deux  aura le plus appris ? Quel que soit le résultat, c’est tout simplement celui qui aura le plus aimé…

B.C.D.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 21:20

Editions : L’Iconoclaste

Parution : Août 2017

97 pages

19 €

 

Un titre qui émeut, une émergence de mots et d’images qui éveillent la pensée, une réflexion  qui plaide pour le recueillement, telle est la démarche de Christian Bobin, un contemplateur qui veut « remettre en vie la vie ». Alors il s’adresse aux êtres qu’il aime comme aux objets  qui parlent à son âme. Sa belle écriture manuscrite qui remplit les premières pages annonce sa tentative. Il veut chanter l’enfance, désavouer ce monde moderne où il faut  toujours meubler le temps sans jamais  en apprécier la valeur. Il rend hommage à Ryokan, poète et moine japonais, qui parle d’un « bijou intérieur » qui n’est ni bijou, ni intérieur, mais simplement le ressenti de  l’éclat d’une fleur,  du souffle du vent, de la lueur argentée d’une goutte de pluie.  « Vivre n’est rien d’autre que donner sa lumière ». C’est ainsi que  tout en se  promenant de Paris au Creuzot en passant innocemment dans  la ville polonaise de Lodz, en sautant de Mozart à Bach,  Christian Bobin en vient à conclure que  « l’âme est ce qui résiste au monde », car l’éternité réside dans ces heureux instants. 

B.C.D.

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 15:53

 

Editions : L’Iconoclaste

Parution : Août 2017

117 pages

16 €

 

 

Ce très joli livre, dédié à ceux qui ont oublié l’enfance et à ceux qui n’en ont pas eu, plaira à tous. Car  les instants passés  et  les détails  les plus subtiles « n’habitent pas la mémoire …mais notre chair et nos os ». Ils ne surgissent donc  pas sans  prévenir, ils sont toujours là dans un désordre insolite.  Ainsi la seule résonance  de "Coco " ressuscite un vieux visage, un sonnet disparu, un retour à la maison des premiers jours… « Suis heureux de vivre » n’est pas la reconnaissance de l’enfant-roi, mais celle du jeune soldat qui réconforte ses parents. Le bonheur, c’est l’insouciance protégée, la chambre en désordre ou le pique-nique du dimanche soir, le genou écorché ou la peur de l’abandon. De même, le temps de l’amour et  de la mort n’effraient pas l’enfant qui veut devenir adulte, car au sommet de ses escalades ou de ses envols , il ne voit rien d’autre que le « neverland ». Mais un jour les petits chagrins deviennent désespoir, un désir de liberté infinie ronge, jusqu’à ce que la douleur soit perçue comme une porte d’entrée dans la connaissance de l’humanité, et peut-être mieux encore, comme une  simple histoire de confiance …Livre plein de poésie qui  révèle combien  l’adulte et l’enfant s’accompagnent et  se confondent  dans le torrent  de l’existence.

B.C.D

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 17:37

 

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2017

506 pages

22 €

.

 

 

Comprendre le passé pour mieux accepter le présent, tel est le projet d’Alice Zeniter.  Mais y parviendra-t-elle, si on en juge le titre de son roman ?  Son héroïne Naïma lui ressemble.   Petite-fille d’un Harki du nom d’Ali,  elle a du mal à accepter le silence de celui-ci sur son pays d’origine. Plutôt que de se joindre aux nationalistes indépendantistes, il  fit, selon elle, le mauvais choix de croire en la protection de l’armée française. Anticommuniste notoire, il faisait fructifier ses terres, embauchait  des ouvriers et s’assurait du versement des pensions de guerre. La fuite,  l’exil forcé et l’humiliation d’être parqué  dans des camps de réfugiés puis dans des barres construites à la va vite ne sont rien par rapport au sentiment d’incompréhension  dans lequel Ali s’enferme  pour toujours. Sa famille nombreuse saura-t-elle s’intégrer comme Hamid le fils aîné, sauvé par l’amour inconditionnel de Clarisse ? En tout cas sa petite-fille Naïma ne se contentera pas « des racines floues de brouillard ». Rejetant toute assimilation avec les colons comme avec les révolutionnaires, celle-ci trouve dans l’art de Lalla, peintre algérien,  une lumière éclairante qui la ramène aux sources.  Dans ce roman A. Zeniter, n’épargne personne, ni l’armée française, ni les indépendantistes,  ni ceux qui ferment les yeux . Certains vont s’en sortir, d’autres jamais, d’autres encore  feront le voyage en sens inverse comme l’auteure elle-même sans y trouver la paix, car "les barbus" surveillent… « Un pays n’est jamais une seule chose à la fois » et ce mystère indéchiffrable  est l’obsession de notre  temps. Très joli livre pour ceux qui ne craignent pas de garder les yeux grand-ouverts.  

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 15:52

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2017

661 pages

25 €

 

 

O. Pamuk donne l’impression d’être le chantre du romantisme turc. Son attachement à sa famille et à sa patrie, la solitude qui émerge des rues stambouliotes  malgré la modernisation de la ville et sa vision de l’homme font de son roman une œuvre universelle.  Les descriptions des lieux comme des êtres,  dictées par sa sensibilité, en disent long sur le bouleversement des mentalités du aux grandes vagues d’exode rural à Istanbul dans les années 50. Mevlut, son principal personnage qui arrive d’Anatolie,  a du mal à s’adapter au monde moderne. Les traditions paternelles et les rites religieux restent ancrés en lui, même si son métier est révolu et son  épouse pas celle qu’il croyait. Le lecteur s’attache  au petit écolier du lycée d’Atatürk qui  vend  yaourts et boza, puis une fois  adulte  tire une carriole à pilaf  devenue hors-normes et bien vite interdite par la police. L’armée tire sur « les ennemis de l’intérieur »,  les femmes s’émancipent, la loi sur l’avortement est votée. La narration est simple, les nombreux  interlocuteurs sincères, même si la jalousie, l’arrivisme et  les pots-de-vin les  écartent les uns des autres. Tandis qu’émerge une forêt de gratte-ciel  et de néons qui fait rêver la nouvelle génération, Melvut réalise enfin que « cette chose étrange en lui » n’est autre que son désir de faire perdurer ce qui est appelé à mourir.   Cette magnifique saga familiale laisse  derrière elle quelques traces de tristesse, sans doute parce que  chacun  ressent en son âme et conscience ce douloureux déchirement entre tradition et modernisme qui rend  « plus solitaire qu’un loup »...  

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 20:34

« Un dissident » par F-R de Guenyveau

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Aout 2017

329 pages

21,50 €

 

 

Après la mort de Dieu par Nietzsche et la mort de l’homme par Foucault, la fabrication d’un nouvel être humain  hante Christian Sitel comme le « Sacre du printemps » de Stravinsky  obsède sa mère, femme étonnamment froide, plus pleine d’ambition pour son fils que d’amour maternel, ce qui justifie un magnifique dénouement . Passionné  d’invention scientifique avec le  seul but  de perfectionner la nature humaine, Christian renonce à tout, accumule les diplômes et les heures de travail dans son laboratoire de recherche américain jusqu’à négliger les siens et s’oublier lui-même.  Mais pas le moindre  remords en lui,  car il est persuadé d’être chargé d’une mission supérieure, de servir une noble  cause : améliorer l’existence de l’homme en manipulant ses gènes pour lui apporter la perfection physique et intellectuelle qui lui manque afin d’être un surhomme et remplacer le  Créateur. Tel est le pari de Christian que l’auteur parvient à merveille à argumenter et à réfuter par l’intermédiaire de personnages tout aussi variés et persuasifs les uns que les autres. Au transhumanisme ambiant qui revendique la perfection humaine  s’oppose un amour de l’existence telle qu’elle est, avec ses joies à saisir et ses déboires à combattre. D’où l’intérêt de ce roman original qui montre combien il est  plus urgent  de réapprendre à aimer que d’inventer un homme nouveau…

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 09:36

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 24 Août 2017

317 pages

22,50 €

 

 

Ce roman, tout en lenteur, n’est autre qu’une tentative pour maîtriser le temps qui passe, voire l’arrêter ou plutôt le dépasser par son  lyrisme. Si le lecteur persiste,  c’est grâce à sa poésie et à la découverte de la Chine du XVIIIème siècle où le plus célèbre  horloger du monde, l’anglais Cox, se met au service de  l’empereur Quianlong  bien plus despote et cruel que le temps lui-même. La mort qu’elle soit naturelle ou causée par le tyran rôde sans cesse. Pour oublier ceux qu’il aime autant que pour les retrouver, Mr Cox  veut satisfaire le  caprice  de celui qui a droit de vie et de mort sur tous ses sujets mais qui voit  le temps  lui échapper: la création d’horloges qui savent mesurer et freiner les variations et l’allure du temps, celui  de l’enfance comme celui  du condamné à mort ou  des amants. Certes l’empereur invisible met à sa disposition les matériaux les plus précieux jusqu’à appauvrir et révolter les habitants. Mais c’est le souvenir de sa fille défunte, la rencontre des prisonniers, l’entrevue d’un amour impossible  qui seuls  inspirent le travail de Cox.  L’empereur finira-t-il par comprendre l’essence même de la beauté des ouvrages de l’horloger  ou le condamnera-t-il à mort ? Et si  triompher sur le temps était possible  grâce à la patience et la persévérance ? Mais Cox parviendra-t-il à procurer "l'horloge intemporelle" ? En tout cas cet auteur autrichien parfaitement traduit par B.Kreiss offre une très belle allégorie : la  tentation démiurgique ne date pas d’aujourd’hui…

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 09:11

  

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 23 Août 2017

456 pages

22,90 €

 

 

C’est une petite esclave soudanaise inconnue qui inspire V. Olmi, une enfant au cœur pur que  l’auteure sonde si profondément qu’elle finit par se confondre avec elle.  Car V. Olmi se surpasse  par la sobriété  et la pudeur de son style autant que Bakhita par l’immensité de son  courage et de son innocence. L’arrière plan est démoniaque, il représente Bakhita victime des razzias et des viols de négriers musulmans à la fin du XIXème, des cruautés dues à  la  folie humaine qui abuse d’une domesticité résignée. Mais V. Olmi le fait avec finesse et délicatesse,  et une fois l’horreur poussée à son paroxysme, la noirceur émet « une réflexion de lumière ».  La nuit noire à laquelle se confie Bakhita devient révélation. La plus grande détresse dévoile une protection surhumaine, celle d’un  « Patrone » inconnu, impalpable, mais très présent qui finit par se révéler à travers des êtres  aimants et croyants.  C’est au rythme du « chant de la séparation »  que se déroule cette histoire vraie où Bakhita devra toujours quitter  malgré elle ceux qu’elle aime, en ressentant non seulement la plus grande tristesse mais un sentiment de lâcheté injustifiée. Et c’est cette souffrance intime  qui s’ajoute à la honte d’une peau trop noire, tatouée et fouettée, exposée comme un animal de cirque à cause d’une célébrité qui devient rentable pour des institutions qui se veulent humanitaires.  Bakhita accepte tout, à la différence de V. Olmi qui finit par une révolte heureusement apaisée par la lucidité  de Jean-¨Pal II, seul  à percevoir la  sainteté dans le cours diabolique  de l’Histoire…

B.C.D.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 15:33

« Avant que les ombres s’effacent » par Louis-Philippe DALEMBERT

 

 

Editions : Sabine WESPIESER

Parution : Mars 2017

287 pages

21 €

Estimation : 4,75/5

 

 « Avant que les ombres s’effacent » a toutes les caractéristiques du roman picaresque. Le talent de l’auteur à s’identifier à son protagoniste Ruben Schwarzberg laisse croire dans un premier temps à une autobiographie tant les sentiments du jeune Juif en exil sont émouvants. Mais bien vite l’immersion de celui-ci en Haïti, pays d’origine de l’auteur  décrit avec  beaucoup de pittoresque, révèle les véritables intentions  de L-P Dalembert.  Comme l’indique très clairement le titre , il faut , avant qu’il ne soit trop tard,  rappeler les horreurs de la vieille Europe  des années 40 en contraste avec  la beauté   paradisiaque d’Haïti qui s’est toujours battue pour l’indépendance de ses habitants, l’égalité des races et le bonheur de ses immigrés. C’est donc avec un récit erratique  semblable à la vie de Ruben que l’auteur nous promène dans  deux mondes antagonistes : celui d’un petit caporal à moustache auteur du traité de Nuremberg qui disperse de par le monde ou dans les camps de la mort des tribus soudées comme celle des Schwarzberg  et celui d’illustres inconnus Haïtiens. Ces derniers, qu’ils soient écrivains, politiciens, ambassadeurs, poètes ou chanteurs de jazz,  sont tous inspirés par la beauté naturelle de leur  pays, par la légèreté de leur langue créole, par les superstitions  de l’esprit vaudou qui ne fait qu’accroître la sensualité des mœurs au son des tambours et au rythme du rhum local. Ainsi l’auteur avec humour et amour réhabilite  l’image de ce pays accueillant, bien plus riche et bien plus heureux  que ne le dit sa renommée. Livre écrit dans un très joli style qui sait être tout à la fois  divertissant et  enrichissant.

B.C.D.

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