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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 12:14
“Les Flammes de Pierre” par J-C RUFIN


Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2021
343 pages
21€
 

 “Les Flammes de Pierre” sont bien éloignées de « Rouge  Brésil » autant par les couleurs que par le continent. Pourtant le but de Jean-Christophe Rufin  est le même: s'adapter à une terre nouvelle est une histoire d'amour. Comme  lui-même grand voyageur de par ses fonctions professionnelles a fini par dominer  cette célèbre vallée de l’Arve qui mène au Mont-Blanc, les deux protagonistes de son dernier roman cherchent à s’enraciner . Rémy, montagnard hédoniste, est tenté par Paris et Laure, parisienne très active, est attirée par les sommets rocheux et enneigés. Une lecture trop rapide pourrait donner une impression de roman à  l' eau de rose. En vérité la splendeur séduisante   des lieux incite J-C Rufin à révéler  les dangers qu’ils comportent pour celui qui veut toujours dépasser ses limites et une leçon de vie pour qui veut bien l'entendre. Car  la   variété des paysages de montagne, du Plateau d’Assy au sommet le plus haut d'Europe,  refuge ou lieu de conquête , permet à l’homme de trouver sa place, d’assumer pleinement sa condition d'homme libre et combattant, en un mot de trouver tout ce dont la société le prive, le risque, le travail de soi sur soi, la prise de conscience de la mort inhérente à la vie, enfin sa réconciliation avec le cosmos.  Livre très réaliste  qui convaincra  tous les adeptes de la montagne que la petitesse face à l'infini peut être un levier de force. 

Brigitte Clavel Delsol 

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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 15:51

« Chaudun la montagne blessée »  par Luc BRONNER

 

Editions : Points

Parution : Octobre 2021

151 pages

6,40 €

 

 De Chaudun,   petit village situé  au cœur des Alpes maritimes, il ne reste que son nom, une  pierre tombale, et ce récit de Luc Bronner. Les descriptions du paysage sont sublimes mais  n’en demeurent pas moins cruelles. Désert de caillasse l’été et de glace  l’hiver, les Chaudunois,  dès 1789, sont  las d’une vie trop dure et réclament assistance aux Eaux et Forêts.  Un siècle plus tard rien n’a été fait si bien que le village vend ses terres  au Ministère de l’Agriculture. L’ abandon de Chaudun qui ne se fit pas sans peine laisse place à un investissement de l’Etat jamais connu. On est à l’heure du progrès : deux barrages  et une route sont construits, ingénieurs, techniciens, exploitants forestiers reboisent les pans de montagne soit disant saccagés par les troupeaux de moutons ,  transforment l’église en dortoir pour ouvriers,  le tout avec un sentiment  de servir la patrie et un  mépris indéniable  pour les paysans, que ceux-ci leur rendent bien ! Alors le livre se termine sur un magnifique  foisonnement de flore et de faune. Mais à quel prix ! Chaudun devient un site protégé, ours et loups régulent les naissances des chevreuils, on offre  la terre en cadeau aux animaux après avoir demandé à l’homme  dépassement de soi et sacrifices pour survivre. Livre plein de poésie, mais aussi de tristesse car la réjouissance des écologistes n'ôtera pas nos regrets  pour ceux morts sans avoir vu le fruit de leurs efforts !  B.C.D.

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20 janvier 2022 4 20 /01 /janvier /2022 14:23

« L’EGLISE A LA MAISON  »

                  par Marie-Françoise BASLEZ

 

 

Editions : Salvator

Parution : Novembre 2021

187 pages

20€

 

L’impact de Jésus de Nazareth n’a pas attendu l’influence de l’Eglise selon  M-F Baslez, professeur émérite d’histoire des religions de l’Antiquité. Dès le Ier siècle  se constituent les  premières communautés chrétiennes. La maisonnée, cellule de base de la vie communautaire, devient rapidement une entreprise familiale avant de devenir un centre culturel et une communauté religieuse, véritable « laboratoire d’idées » selon l’auteur, où la femme autant que l’homme joue un  rôle important dans l’association du commerce et de la mission évangélique. Si ces maisonnées ont spontanément implanté le christianisme , leur expansion géographique  accentue leurs diversités et bien vite  forme des clivages. La famille spirituelle passe dorénavant avant la maisonnée, un choix de vie personnel, parfois très excessif dans la mortification et l’ascétisme, est revendiqué au nom de l’Evangile. C’est sans doute la raison pour laquelle, une fois les persécutions achevées,   on assiste à l’institutionnalisation de l’Eglise,   à son passage  de «  l’Eglise à la maison »  à « la Maison de l’Eglise ».  Livre intéressant qui révèle des thèmes chers à l’auteure :  l’importance du rôle de la femme dans l'histoire de l'Eglise, de l’autonomie des premières communautés chrétiennes, de la liberté de conscience et de la nécessité de l'ouverture au monde comme de la  prière dans les maisons   …

B.C.D.

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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 14:29

« Tant que le café est encore chaud »      par                                 Toshikazu Kawaguchi

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2021

239 pages

17,90 €

 

Où veut en venir cet auteur japonais qui nous transporte dans ce café légendaire de Tokyo réputé pour faire revivre le passé ? L’endroit,  désuet mais prometteur,  attire  des clients bien  attachants. Fumiko veut rattraper l’homme qui l’a laissée, Mr Fusagi frappé d'alzheimer ne reconnaît pas son épouse dans  son infirmière, Mlle Hiraï veut revoir sa jeune sœur décédée. Mais pour cela il  faut déloger un fantôme imperturbable qui  sans doute n'a pas respecté les consignes incontournables, à savoir  revenir du passé dans le présent avant que la tasse de café ne refroidisse…Si une telle atmosphère a quelque chose d’étrange,  le  flou et le parfum  des vapeurs qui s’exahlent, évanescentes mais enivrantes,  font voyager le lecteur au cœur du Japon. Il y trouve les us et coutumes  de ce peuple apparemment  impassible mais  qui en fait   cherche par tous les moyens à surmonter les douloureuses réalités de l’existence. Alors pourquoi ne pas se plonger dans le futur , comme le veut  Kei, l’épouse du patron, triste de savoir qu’elle ne survivra pas à la naissance de son enfant ?  Non , rien  ne peut modifier le cours des évènements, pas même la tasse de café magique. Seul « le talent pour le bonheur » est responsable, et seul l’avenir  peut le  confirmer… L'auteur rend ainsi un bel hommage à sa mère qui, veuve très jeune, déploya tous ses efforts à maintenir la joie dans sa famille. "Jamais ceux qui nous ont aimés...ne souhaiteraient que nous sombrions à cause d'eux dans le désespoir... Concentre toi sur la gratitude". Un joli voyage au pays nippon, sans prétention mais plein d’originalité et de délicatesse.

B.C.D.

 

 

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14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 21:33
"CHEVREUSE" par P. MODIANO

« CHEVREUSE »  par Patrick MODIANO

 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2021

159 pages

18 €

 

Les  habituelles errances  de Modiano  se poursuivent , toujours aussi floues et oniriques. Jean Bosmans, alter ego de l’auteur, vague entre la vallée de la Chevreuse et Auteuil, entre Paris et St Raphaël, entre un appartement repaire de mafieux la nuit et refuge de deux êtres innocents le jour, entre deux femmes aimées , Rose-Marie appartenant à un passé lointain et Camille à une histoire plus récente. Peu importe où il nous entraîne. Si on a envie de flâner c’est le moment ou jamais. Car plus que dans des paysages variés , c’est dans sa mémoire que Bosmans divague, c’est son propre  passé qui s’impose et se transforme en chrysalide. Une coïncidence ou un coup monté font immerger des souvenirs qu’il croyait à jamais perdus. Des fantômes lui claquent à la figure. Des souvenirs rejaillissent  de l’enfant que personne n’interrogeait alors qu’il enregistrait tout, sans rien comprendre. D’où ce besoin d’écrire, d’utiliser le vécu, de faire revivre des personnages morts ou vivants  pour que rien ne soit oublié ni perdu.  Seule l’écriture parvient à démêler le vrai du faux, à marier fiction et réalité,   et ainsi  déleste l’homme  du poids trop  lourd de l’existence. En fait Modiano a la magie du mot, du rythme, et sa recherche du temps perdu n’a rien à voir avec la course pour la vérité mais ressemble plutôt à une flânerie de solitaire mélancolique qu'on a plaisir à partager...

B. C. D.

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 11:22
"La carte postale"  par Anne BEREST

« La carte postale » par Anne BEREST

 

 

Editions : Grasset

Parution : Août 2021

502 pages

24 €

 

Pas étonnant que ce livre ait remporté le prix Renaudot des Lycéens 2021 ! Anne Belest dépeint avec sensibilité et pudeur  les fuites successives en exil de sa famille, les  Rabinovitch,  tandis que la politique antisémite s’étend en Europe .  Mais par ce roman elle  semble vouloir aller bien au-delà du  drame familial.  Une carte anonyme reçue dans les années 90 au moment même où sa mère Lélia réclamait  des indemnités dues aux spoliations des biens juifs , réveilla en elle   des soupçons : pourquoi  sa grand-mère Myriam dont on  ignore tout  fut la seule à être épargnée d’Auschwitz ? Alors mère et fille se lancent  dans un enquête qui n’est autre pour l’auteur qu’un  prétexte à étudier la diversité  des comportements humains pendant la Résistance et à la Libération. Qui peut ainsi avoir le toupet de l’anonymat dans un contexte aussi tragique ? L’antisémitisme ne serait-il  pas mort ?  D’ailleurs sa petite Clara n’a-t-elle pas entendu  des propos agressifs dans la cour de l’école? Les tourments d’Anne ne s’arrêtent pas là. Quand elle découvre les mœurs anarchistes du célèbre peintre Picabia avec lequel vécut Myriam, quand elle-même partage la vie d’un Juif pratiquant, elle a bien du mal à comprendre le judaïsme et ses rites . Comment en effet avoir une identité religieuse, croire encore en un  Dieu aveugle et faire confiance à un pays d’adoption  qui, après avoir trahi,   préfère, sans doute par honte,  le silence aux excuses ? C’est alors qu’Anne et sa mère vont se démener pour retrouver l’auteur de cette carte et, ce faisant, finissent pas découvrir la voie empruntée par une  Myriam partie en toute dignité mais  avec de bien maigres espérances...

B. Clavel Delsol

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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 10:32
"La folle aventure de la langue française"

« La folle aventure de la langue française »      par Lorànt DEUTSCH

 

 

Editions : Michel Lafon Poche

Parution : Septembre  2021

390 pages

8,23 €

  Il est impossible de séparer l’évolution d’une langue  de l’histoire de son pays. Alors, même s’il le dénie, Lorànt Deutsch se fait historien. Et mieux encore pédagogue. Car cet  homme de culture a pour souci de partager   ses passions.  Son étude    des premières  invasions des Celtes , des Helvètes et autres  jusqu’à la colonisation romaine est  lucide quant à  la  contribution respective de chacun. Il insiste sur  l’importance du latin, d’abord simple  moyen  de communiquer avec l’occupant, puis langue d’échange  commercial et administratif, avant de devenir celle du christianisme et de la poésie. Mais bien vite bardes, troubadours et trouvères  chantent l’amour courtois, la foi, la guerre et les croisades dans le dialecte local. Les campagnes militaires reviennent avec un dictionnaire international qui bâtardise le latin jusqu’à en faire  une langue  morte et opter pour des langues populaires vivantes. Ainsi Lorànt Deutsch se complet dans la gé-guerre français-latin, mais  il l’agrémente d’ un style simple à la portée de tous et de maintes anecdotes historiques qui rendent son livre aussi attrayant qu’enrichissant. Une belle aventure avec un grand esprit d'ouverture ...

B.C.D.

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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 19:54
"Pas dormir" par Marie Darrieussecq

 

 

 

 

 

              « Pas dormir »      par Marie Darrieussecq

 

Editions : P. O. L

Parution : Septembre 2021

297 pages

19,90 euros

 

 

 

Insomniaques, ce livre est pour vous ! Non pas que Marie Darrieussecq endorme par son style ! Bien au contraire elle vous emporte dans ses nuits  mouvementées, vous révèle ses multiples  tentatives thérapeutiques non seulement   toutes aussi inefficaces les unes que les autres mais dangereuses car addictives. Alors elle vous emmène  vers le monde littéraire, fait référence à d’innombrables écrivains, d’Ovide à Proust, de Kafka  à Kundera  qui n’ont pas cherché à dissimuler leurs angoisses nocturnes et vous rendent semblable à eux, trop intelligent pour dormir comme un béat satisfait.   Fantomatique  ou spectral,  le noir finit par rendre  folle l’ imagination avant de devenir un creuset de réflexion.  Il se fond dans la nature environnante, dans l’histoire des sans-abris ou sans-papiers, des prisonniers de guerre, des génocides. Car la solitude se réconforte dans l’universel. Mais jusqu’où devra aller Marie Darrieussecq pour trouver l’apaisement ? Son  insomnie d’Holiday Inn est autant  ravivée par les feux de forêts que par l’extinction de races d’animaux, le réchauffement climatique et la radioactivité. L’insomnie ne serait elle pas plus un trouble de l’éveil que du sommeil ? Avoir des enfants, un seul homme, tout est restrictif sauf se rendre aux quatre coins du monde pour témoigner de la cruauté de l’humanité ! Et si l’insomnie n’était autre chez elle  qu’une forme de révolte vis-à-vis des contingences inévitables de l’existence, ou une simple faiblesse physiologique  due à son véganisme qui lui ôte toute  force d’espérer ? B.C.D .

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 15:14
"Pour l'éternité" par cardinal Robert SARAH

« Pour l’éternité »  par Cardinal Robert SARAH

 

Editions : Fayard

Parution : Octobre 2021

317 pages

21,90 euros

 

Bien que dédié «  Â tous les séminaristes du monde entier », ce livre a une portée bien plus large. Le Cardinal Sarah  réconforte les déçus du christianisme en expliquant le rôle des prêtres dans l’Eglise qui manque non pas de réformateurs mais tout simplement de saints. Il constate avec une profonde tristesse la souillure de l’Eglise d’aujourd’hui. Il y remédie  par de nombreuses références à un grand nombre de docteurs de l’Eglise qui  furent  non pas  de grands  rénovateurs mais  des missionnaires d’espérance. Il insiste sur la nécessité de conjuguer amour avec vérité,  foi avec  prière, pauvreté avec  sacrifice, jeûne et pureté, voie royale qui mène à l’Esprit Saint et qui métamorphose l’action sociale en ministère sacerdotal. Le Cardinal est catégorique :  l’Eglise ne doit pas être un lieu de pouvoir gouverné par des experts, mais un lieu  de service ayant le souci de partager la Tradition  vivante qui n’est autre que la transmission ininterrompue de l’enseignement du Christ, prêtre lui-même car Rédempteur du monde. Grâce au Christ, le rapport du Créateur avec ses créatures redevient celui d’un père pour ses enfants, passant ainsi de l’ordre naturel de la création à l’ordre surnaturel. Le sacerdoce n’est pas une profession qui n’aurait que le temporel pour souci , mais un pouvoir sacré qui permet au prêtre de donner ce qu’il ne peut faire sans la grâce divine, à savoir les sacrements. Alors le Cardinal Sarah conjure les pasteurs  de ne pas se décourager, de faire de leur apostolat une prière incessante et de  leurs homélies un chemin éclairé pour permettre à leurs brebis  un face à face avec Dieu. Belle bouée de sauvetage pour un navire en perdition...  B. C. D.

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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 12:48
         « SAGES FEMMES »  par Marie RICHEUX

                                                                      « SAGES FEMMES »  par Marie RICHEUX

Editions : Wespieser

Parution : Août 2021

193 pages

19 euros

 

Dès la première page l’auteur nous transporte en Lozère, à la croisée de chemins déserts  où seule s’érige  la statue d’une  Vierge. Que signifie cette inscription sur son socle :  « Et à l’heure de notre ultime naissance » ? Et c’est là que tout commence : la femme empreinte de liberté,  qui la nuit se rêve  en cheval fou et au petit matin  se réveille  en féministe révoltée avec une enfant dans les bras,   fait une halte dans ses réflexions. Elle  remonte au  temps de  ses aïeules, toutes  filles-mères  méprisées sans pitié par une société puritaine ou mondaine.  Quand elle découvre les chefs d’œuvre réalisés par ces couturières qui ont pu survivre grâce à leur travail d’aiguille, elle réalise l’importance de leur labeur.    Ce sont des fils détissés  un à un faute de matière première puis  retissés un à un  qui finissent  en  luxueuses courtepointes brodées et précieusement conservées au musée de l'Hôtel -Dieu de Reims  … Alors l’auteur  se jette dans l’écriture, dans l’entrecroisement des mots et des pensées qu’elle enfile à toute allure comme des perles rares. Car  là est l’ultime naissance, la créativité qui prend le pas sur un malheureux destin.  Là est l’indétournable  carrefour, celui du choix entre la vie et la mort intérieure, entre l’éloge et le bannissement, entre le bonheur de l’amour et l’horreur de l'ostracisme. Là aussi est la similitude entre toutes les tâches quelles qu’elles soient, dans la course folle de l’aiguille ou de la plume en quête de cette  vérité qui rend sages les femmes   …

Brigitte Clavel Delsol

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