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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 22:43
       « L’INACHEVE » par Yves BONNEFOY

                              « L’Inachevé »

 

                             Entretiens sur la poésie

                                                      2003-2016

 

                                  Par YVES BONNEFOY

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2021

299 pages

22,90

 

Avant de quitter ce monde, Yves Bonnefoy a voulu éclairer sa conception de la poésie. Selon lui,  la supériorité des images et des figures sur les concepts philosophiques est indéniable. Notre condition humaine trouve plus de bonheur dans des moments  intimes que dans l’abstraction qui n’apporte que du général ou du partiel. Ce sont les temps forts comme les émotions ou les souvenirs qui délivrent de l’enfermement conceptuel,  fécondent l’imagination., et s'ouvrent à l'universel. Mais il ne faut pas confondre  lyrisme et poésie. La poésie est un dialogue de personne à personne, elle doit se délivrer du « moi », s’ouvrir à l’autre,  parvenir au « je » conscient de la finitude, sans pour autant négliger l’importance de l’inconscient et de l’existence diurne pleins du sens de notre finitude. La poésie est aussi mémoire et anticipation. Ainsi  « un désir d’être » envahit Y. Bonnefoy,  un désir d’expérience et de renouveau  du monde, « un sentiment d’immédiateté »  dans  un proche comme dans une volute d’Alberti ou un regard de Poussin, une dialectique du sens et du son, du dessin et de la couleur, une parenté entre musique, peinture et poésie.   Y. Bonnefoy, comme déjà Denis Clavel en 2007 ( Publié chez Edimontagne), trouve dans ces vers de Paul Célan  la meilleure définition de  la poésie   : « Je ne vois aucune différence de principe/entre un poème et une poignée de main ». Grâce à "L'Inachevé" le lecteur ne se sent plus étranger au monde de la poésie,  si nécessaire à notre société occidentale ...

 

B. Clavel Delsol

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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 22:51
« Dictionnaire amoureux de Montaigne » par André Comte–Sponville 

« Dictionnaire amoureux de Montaigne » par André Comte–Sponville 

 

 

Editions : Plon

Parution : Septembre 2020

625 pages

26 €

Quatre siècles séparent Montaigne d’André Comte-Sponville mais  notre philosophe contemporain a bien l’intention de redonner vie à l’auteur des Essais trop méconnu aujourd’hui selon lui.  Et pourtant la modernité de Montaigne est indéniable, notamment par son style qui va au hasard de sa pensée et de ses expériences, sans construction, et court avec la plus grande spontanéité.   Certes les deux philosophes ont plus d’un point commun : leur  bagage intellectuel et leur conscience de la complexité humaine  ne les font  pas hésiter à renverser l’échafaudage livresque quand la pensée devient dogmatique au détriment d’une liberté de conscience. Si le gentilhomme ne dissimule pas   ses  souffrances   physiques et ses tourments métaphysiques,  il ne s’enferme pas égoïstement dans sa Librairie. Il ne cache pas son respect pour les habitants du Nouveau Monde, ni sa colère contre les guerres de religions qui sévissent en France. Il est chrétien comme il est périgourdin. Comme A. Comte–Sponville  et Socrate il est «  du monde ». Rien ne l’indiffère, ni les devises de l’Ecclésiaste ni l’impuissance de la raison à prouver les vérités religieuses. Car «c’est la vie qu’il faut aimer »,  tout en « cultivant son moi » pour mieux vivre et « se soumettre doucement » aux réalités de la vie.  Si  la  philosophie montanienne   rejoint  un prudent relativisme, si elle fait preuve d'une certaine distanciation vis à vis des lois et ouvre la voie à la laïcisation , Montaigne est un humaniste avant tout. Mais de là à en faire un homme de gauche, A. Comte-Sponville  fait l’erreur qu’il ne fallait pas faire : Montaigne  console dans la désillusion et converge vers le principe poétique selon lequel « nature est un doux guide »…

B. Clavel Delsol

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 15:53
« La maison de Bretagne » par Marie SIZUN

« La maison de Bretagne » par Marie SIZUN
                                              
Editions :  Arlea

Parution : Janvier  2021
257 pages

20 €

La question du poète: «Objet inanimé avez-vous donc une âme... » ne se pose plus après la lecture de « La maison de Bretagne ». Cette maison ne lui rappelant que de sombres souvenirs familiaux,  Claire décide de partir la mettre en vente. Mais une fois arrivée, tous les évènements se conjuguent pour élucider ce qu’elle n’avait jamais pu comprendre plus jeune. Tout l’assaille  dans ce village de bord de mer, le côté océan qui incitait un époux  à prendre le large, le côté grève solitaire où se complaisait sa mère au cœur apparemment asséché par trop de tristesse, l'image  douloureuse d'une soeur noiraude mal aimée. Le talent de Marie Sizun réside dans la simplicité sans détour des sentiments. Il parvient à métamorphoser la grisaille ambiante,  joindre les  couleurs de la mer à la pudeur des sentiments, entremêler les boucles blondes de l’insouciance à la noirceur du désespoir. La maison abandonnée  devient atelier de peinture en même temps  qu’un joli  roman qui invite à s’ ouvrir au passé pour mieux construire l’avenir.  Livre qui laisse dans son sillage tourmenté une lumière indéniable, celle de deux femmes âgées capables de rouvrir le cœur de Claire en même temps que les portes de sa maison ...  Lecture sans prétention mais combien apaisante malgré une macabre découverte au tout début  qui permet à l’imagination de vagabonder joyeusement en toute bonne foi !

B. Clavel Delsol

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 21:49
« Brèves de solitude » par Sylvie GERMAIN

« Brèves de solitude » par Sylvie GERMAIN

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2021

210 pages

18,90 €

 

 Sylvie Germain offre deux arrière-fonds à l'inéluctable solitude. Le premier est un square  où   une kyrielle  de personnes atypiques se croisent et se recroisent, s’observent à la sauvette, se suspectent ou se haranguent. Chacune d’elles  est venue  chercher un havre de paix à travers des présences rassurantes, un  simple sourire ou une  inspiration pour écrire un livre ou résoudre des mots croisés. Mais les cris d’enfants résonnent, les ballons bousculent, le SDF fait peur, les souvenirs d’un élève suicidé hante le vieux professeur et la vieille femme au cabas  paraît bien étrange. Chacun retourne chez soi avec la même déception qu’à l’arrivée jusqu’au jour où le confinement à cause de la covid  est imposé. L’arrière-fond  n’est plus le square mais la chambre étroite de l’étudiante avide de liberté, la porte fermée de l’ehpad au fils fidèle, les blagues de mauvais goût  d’un demi-frère ou les ovations incompréhensibles de l’enfant à sa mère aide-soignante toujours absente. Confinement ou non, la solitude rôde, règne, persiste, engouffre, enferme jusqu’à ce qu’elle devienne apprivoisée, où les erreurs commises et les désillusions, les souffrances de la maladie ou de l’amour trouvent leur apaisement dans la pâleur du clair de lune semblable au visage vieillissant du miroir. Sylvie Germain est fidèle à elle-même. Bien que réaliste et humoristique, son style poétique  est depuis toujours sa délivrance, son imagination une échappatoire aux vicissitudes et sa mission un souffle de bonheur apporté à ses lecteurs.

B. Clavel Delsol   

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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 20:18
« Ils voyagèrent vers des pays perdus » par Jean-Marie ROUART

« Ils voyagèrent vers des pays perdus » par Jean-Marie ROUART

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2021

312 pages

21,90 €

 

 

 

 

Le ton est vite donné : avec un style percutant, plein d’imagination et d’humour J-M Rouart, semblable à ses personnages tiraillés entre France libre et pétainisme, refait  l’Histoire. Le livre s’ouvre avec l’arrivée de Mlle de Méribel, fidèle secrétaire  du général de Gaulle, qui  lui remet une dépêche de Pétain lui annonçant son départ de Vichy pour rejoindre l’armée américaine à Alger.  Pris de court, de Gaulle se montre désespéré, le maréchal lui dérobant  ses plans et  sa victoire. Par contre,  vu l’âge du vieux maréchal, Darlan  voit se dessiner pour lui un avenir prometteur.  Ainsi une  connaissance  profonde des hommes avides de pouvoir révèle combien le cours des évènements  peut changer au gré du vent. Car, si libérer la France  est le motif premier, les ambitions  politiques  et les péripéties amoureuses  se lient et se délient avec la même rapidité. Les aventures  se multiplient  avec un rythme tel que le lecteur sans s’en rendre compte passe des princesses  londoniennes infidèles aux joutes intellectuelles d’Aron et Labarthe qui exaspèrent de Gaulle. Il assiste au  dépit de Churchill devant le départ de l’aviso « Destiny »  sur lequel  le général s’embarque en toute discrétion et grand mystère. Si la plume de Rouart n’est pas acerbe, elle est bien ironique sur la direction géographique  et politique prise par le général ,  ses escapade dans une  sainte Russie qui n’existe plus, son embarras devant le beau cadeau de Staline qui lui inspire des essais romantiques,  et mieux encore son désir d’accéder au  pays des Brumes, le refuge des dieux ! Et si Pétain l’y rejoignait, et si les Français avaient discerné leur complémentarité, et si, et si…  La Libération aurait été tout autre, mais le lecteur n’aurait pas pu découvrir cette jolie fresque picaresque pleine de vérités humaines à défaut de vérités historiques.

B Clavel Delsol

 

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 15:01
« L’ami arménien » par Andreï MAKINE

« L’ami arménien » par Andreï MAKINE

 

Editions : Grasset

Parution : Janvier 2021

214 pages

18 €

 

Une petite communauté de lumières dans  un immense enfer de ténèbres, tel est le dernier beau récit d’Andreï Makine qui laisse derrière lui, malgré toute sa poésie, un sentiment de tristesse infinie.  Il faudra du temps au jeune narrateur pour comprendre la raison d’être de Vardan, son petit protégé caucasien, bouc émissaire d’une bande de voyous soviétiques mais ange tombé du ciel d’Arménie : il relève la prostituée enivrée, remarque ce que nul autre ne prend le temps de voir, la beauté d’un envol d’oies sauvages ou la main d’un prisonnier touchant le ciel à travers des barreaux. Pourquoi   Vardan si fragile ou  Sarven le vieux sage,  Gulizar l’amoureuse  ou Chamiram la généreuse, tous d’origine arménienne, se retrouvent-ils en Sibérie centrale, au milieu de nulle part, dans un  quartier dénommé "le Bout du diable" ?   C’est ce que va apprendre peu à peu  le jeune  Makine et ses découvertes sont loin d’être finies. Il lui faudra toute une vie pour réaliser l’héroïsme de cette communauté venue s’installer près de ses proches, prisonniers politiques dont elle attend les jugements dans le plus grand dénuement.  Par la sobriété du  style qui  creuse l’abîme entre  la bêtise et la bonté humaines, par le point de vue d’un enfant qui ouvre la voie à « une autre dimension d’existence », ce  livre est une leçon d’Histoire  autant que d’espoir : Vardan, persuadé que le ciel est autant "sous nos semelles" qu'au-dessus de nos têtes,  symbolise par son courage silencieux les nombreux sacrifiés qu'Andreï  Makine ne peut et ne veut oublier. Inconditionnels de Makine et de la liberté,  adeptes de l'intelligence du coeur, ce livre vous enchantera !

B. Clavel Delsol

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