« Des jours d’une stupéfiante clarté » par Aharon Appelfeld
Editions de l’Olivier 2018
Editions Points : Janvier 2019
280 pages
7,40 €
Théo est un jeune autrichien juif rescapé des camps nazis de Roumanie. Du jour au lendemain il se retrouve libre, errant sur la route du retour à Sternberg, partagé entre une envie de solitude pour oublier l’enfer et le désir de secourir ses compagnons d’infortune qui l’ont sauvé du typhus. Si la guerre est finie, la violence persiste, les collabos martyrisés offrent à leur tour un tableau de misère. L’errance de Théo est hantée par des visions incessantes où les superpositions temporelles induisent un flou chronologique des plus poétiques. Soit il se croit encore poursuivi par des gardiens de prison, soit il est assailli d’images de son enfance choyée. Heureusement des rencontres impromptues lui permettent de découvrir des personnes de grande simplicité pleines de générosité et de piété qui le protègent, l’incitent à poursuivre son retour et être fidèle à ses aïeux. Le temps est ressenti à la fois comme une promesse et une angoisse, le souvenir du beau visage de sa mère n'efface pas l'image du wagon à bestiaux qui l'emporta avec son père. Comme l’indique le titre, pas la moindre lamentation. Mais une interrogation sans réponse : Théo retrouvera-t-il ses parents vivants ? Yetti tour à tour exaltée et dépressive pressentait-elle le drame juif ? La souffrance physique de Madeleine était-elle le reflet de sa tristesse morale ? La « stupéfiante clarté des jours » est-elle une antiphrase ou une révélation divine ? En tout cas elle fait penser à la misère de Job qui n’est pas propre aux seuls Juifs mais à la condition humaine que seul l’amour peut sauver. Livre d’autant plus triste quand on sait qu'il est autobiographique et écrit peu avant que l'auteur s'éteigne . B.C.D.
