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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 19:15

 

 

Editions : Gallimard 

Parution : Janvier 2013

212 pages 

16,90 €

 

 Ce second livre  de  la jeune Katrina Kalda est d’une aussi grande qualité littéraire que le premier. Au romantisme d’ « Un  roman estonien » elle  ajoute  une ironie subtile  qui sait mêler empathie et lucidité sur les êtres et le monde.  En 2010 son héroïne, Kadri Raud, estonienne comme elle,  rédige  son journal intime. Elle y décrit une  arrière grand-mère  en permanence apeurée,  sa  grand-mère Eda  aussi aimante qu’exaspérante ; quand il n’est pas sous l’emprise du tabac ou de l’alcool, son  père se voue à son violon, malgré le désaccord d’Eda, apparemment soumise à la rigueur mathématique promue par les Soviets ; sa  mère n’ayant soudain plus  d’amour pour cet homme, défie  le Rideau de fer et emmène sa fille  vivre dans  les quartiers  pauvres de Paris. Tel est l’atmosphère qui pèse sur la jeune Kadri. Depuis l’enfance ses questions ont  toujours été éludées et  elle est devenue, sans le savoir, le réceptacle de l’angoisse de trois générations. Les anxiolytiques n’ont plus d’effet sur elle.  Son ironie devient révolte, sa colère explose jusqu’à demeurer incapable d’aimer et à avorter l’enfant qui est en elle. Car,  si la vie se révèle un cauchemar et  le bonheur  un rêve insolite,  pourquoi vouloir à tout prix  former des couples en situation d’échec et  engendrer des enfants avec pour seule promesse  la souffrance ?  Tel est le tourment  de Kadri  qui vit dans la hantise  de n’avoir pas assez aimé ceux qui l’ont précédée. Car Eda ne lui a –t-elle pas légué le plus précieux héritage  en lui confiant le courrier de Lisbeth rédigé  dans les années 1945-46 lors de son incarcération dans un camp du Goulag?  Une fois élucidés, les drames, que chacun a camouflés et  essayé de surmonter, se transforment en miracle dans le cœur de  Kadri : dorénavant embrasser  les beautés de la création  sera sa raison de vivre, le lien  qui la rattachera  à ceux qui surent voir dans la nuit et croire à une arithmétique des dieux qui n’a rien à voir avec celle des humains…

B.C

 

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