27 avril 2013
6
27
/04
/avril
/2013
17:20
Editions : Sabine WESPIESER
Parution : Février 2013
100 pages
14 €
Le suicide d’un vieillard se déroulant sous les yeux de la narratrice maintient celle-ci sous un état de choc. Une panique incontrôlable s’empare de celle-ci. Et si rien n’était un hasard, si tout avait une raison d’être, si des forces contraires s’annihilaient sciemment ? Sa féminité candide de même qu’une publicité criante de jeunesse dans les « boyaux obscurs » du métro n’auraient-elles pas une part de responsabilité dans un tel acte de désespoir ? Mais surtout comment expliquer une course éperdue dans Paris, au lieu de rejoindre un amant qui attend patiemment dans un hôtel en bord de mer ? Une fuite effrénée peut seule, pense-t-elle, effacer le film d’horreur qui repasse sans cesse devant ses yeux. Un besoin de survivre au-delà des atrocités, un sourire partagé avec un inconnu comme un rendez-vous manqué avec un amant sont des épreuves personnelles inévitables…Alors elle sonde Paris comme à la recherche d’une aide impossible, creuse sa mémoire et les souvenirs, heureux ou malheureux, avec ou sans celui qu’elle croyait aimer, surgissent. Comme la marée montante et descendante, un flux la rapproche de celui-ci tandis qu’un reflux l’en éloigne…Une "pluie intérieure" va durer, et le vieil homme du métro rester… Ouvrage magnifique pour celui qui a plaisir à donner du sens à l’irrationnel et aime les errances poétiques…
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
26 avril 2013
5
26
/04
/avril
/2013
12:39
Editions : Albin Michel
Parution : Avril 2013
166 pages
15 €
Ce n’est pas de la considération que Gérald attend des autres, simplement un regard qui lui donne une raison d’être. Enfant mal aimé, guichetier de banque effacé, amoureux ignoré, il souffre, mais aucun pathos dans son aveu. Il reconnaît avec humour qu’il n’a rien d’original, mais rien de répulsif non plus. Il se sent juste inexistant. Alors l’anti-héros va réagir. Avec la timidité du faible complexé, il se lance un défi. Pourquoi ne deviendrait-il pas un héros en traversant la Manche à la nage pour épater à son tour ? Au-delà de ce pari, l’auteur semble vouloir mettre à l’honneur cette race d’hommes dont personne ne se soucie, plus fréquente qu’on ne le croit. Il y parvient parfaitement, ses phrases sont brèves, révèlent la panique de celui qui ne se sent jamais « la bonne personne à la bonne place ». La traversée devient de plus en plus dure pour le guichetier nageur qui n’aime pas spécialement l’eau, mais l’auteur parvient habilement à la transformer en tragi-comédie afin que le lecteur n’abandonne pas Gérald au milieu de la Manche…Un livre plein de sensibilité et de rêves qui laisse comme souvenir un homme libéré…
B C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
24 avril 2013
3
24
/04
/avril
/2013
19:15
Editions : Gallimard
Parution : Janvier 2013
212 pages
16,90 €
Ce second livre de la jeune Katrina Kalda est d’une aussi grande qualité littéraire que le premier. Au romantisme d’ « Un roman estonien » elle ajoute une ironie subtile qui sait mêler empathie et lucidité sur les êtres et le monde. En 2010 son héroïne, Kadri Raud, estonienne comme elle, rédige son journal intime. Elle y décrit une arrière grand-mère en permanence apeurée, sa grand-mère Eda aussi aimante qu’exaspérante ; quand il n’est pas sous l’emprise du tabac ou de l’alcool, son père se voue à son violon, malgré le désaccord d’Eda, apparemment soumise à la rigueur mathématique promue par les Soviets ; sa mère n’ayant soudain plus d’amour pour cet homme, défie le Rideau de fer et emmène sa fille vivre dans les quartiers pauvres de Paris. Tel est l’atmosphère qui pèse sur la jeune Kadri. Depuis l’enfance ses questions ont toujours été éludées et elle est devenue, sans le savoir, le réceptacle de l’angoisse de trois générations. Les anxiolytiques n’ont plus d’effet sur elle. Son ironie devient révolte, sa colère explose jusqu’à demeurer incapable d’aimer et à avorter l’enfant qui est en elle. Car, si la vie se révèle un cauchemar et le bonheur un rêve insolite, pourquoi vouloir à tout prix former des couples en situation d’échec et engendrer des enfants avec pour seule promesse la souffrance ? Tel est le tourment de Kadri qui vit dans la hantise de n’avoir pas assez aimé ceux qui l’ont précédée. Car Eda ne lui a –t-elle pas légué le plus précieux héritage en lui confiant le courrier de Lisbeth rédigé dans les années 1945-46 lors de son incarcération dans un camp du Goulag? Une fois élucidés, les drames, que chacun a camouflés et essayé de surmonter, se transforment en miracle dans le cœur de Kadri : dorénavant embrasser les beautés de la création sera sa raison de vivre, le lien qui la rattachera à ceux qui surent voir dans la nuit et croire à une arithmétique des dieux qui n’a rien à voir avec celle des humains…
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
21 avril 2013
7
21
/04
/avril
/2013
17:45
Editions : Stock
Parution : Août 2012
316 pages
20 €
Pour qui aime flâner au jardin du Luxembourg ce livre est tout à fait conseillé. Ses allées bordées de statues, son kiosque à musique, ses grenadiers sortis des serres, rappellent au narrateur « l’enfant grec » qu’il était à Callithéa. Mais au-delà des souvenirs personnels c’est un autre monde qui s’ouvre, celui de l’imaginaire qui se fond avec la réalité. Rescapé d’un grave anévrysme et d’une suite d’amours malheureux, le narrateur marche avec lenteur à l’aide de béquilles et profite de son handicap pour mieux observer ce beau parc de Paris. Il découvre alors que le Gnafron de Laurent Mourguet a laissé sa place à de vrais personnages tout droit sortis de la Littérature ou de l’Histoire. Au détour des chemins, le lecteur croise alors d’Artagnan, don Quichotte, Anatole France, Jean Valjean, Milady, tous les compagnons d’enfance du narrateur. L’imagination est reine tant qu’elle redonne vie au néant. C’est ce que parviennent à réaliser deux sœurs, Odile, fabricante de marionnettes et Georgette qui a plaisir à en tirer les ficelles au théâtre du Guignol du Luxembourg, de même que le SDF Ricardo épris du parc dans ses moindres recoins, et Marie-Paule, pleine d’empathie dans l’exercice de son humble gagne-pain. Alors que le narrateur avait du mal à avancer avec ses béquilles et qu’il traînait péniblement derrière lui tous ses fantômes de jeunesse, surgit, au milieu de ce joyeux monde loufoque, le souvenir d’une Grèce contemporaine en déroute et de sa politique d’austérité, qui une fois de plus brouille la frontière entre la littérature et la vraie vie, entre le passé et le présent, et donne envie de se perdre dans le jardin du Luxembourg…
B.C.
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
21 avril 2013
7
21
/04
/avril
/2013
17:33
Editions : Stock
Parution : Mars 2013
280 pages
19 €
Sans doute François Taillandier, historien et romancier, a-t-il été marqué par cet adage romain : « Ce qui est tragique, ce n’est pas que les choses disparaissent, c’est qu’elles ne soient pas même pleurées, et que l’oubli précède la mort ». Son dernier livre ressuscite alors des personnages de l’empire romain aussi séduisants qu’attachants.Les Goths ont envahi l’Empire romain et le vieux noble Cossodorius s’est débattu pour sauvegarder une culture gréco-latine dont il est un grand détenteur. Quand, au seuil de sa vie, il se retourne sur son passé, il a du mal à se reconnaître. Car les honneurs reçus en tant que Senator à la cour de Théodoric n’ont en rien effacé le remords des compromissions. Si au lieu de se rebeller il a préféré la carte de l’efficacité, c’est au prix d’une prudence calculée pour pouvoir participer à la res republica . Mais « savoir » et « œuvrer » sont ils suffisants pour collaborer à l’ouvrage de l’humanité ? C’est cette même question que se pose Théolinda, jeune princesse de Bavière qui, en épousant le roi des Lombards, apporte à l’Italie, grâce à une alliance avec le pape Grégoire le Grand, une stabilité politique et religieuse qu’elle voudrait pérenne. Ainsi chacun, à sa façon, contribue à « l’écriture du monde », que ce soit le poète philosophe Boèce, le jeune Isidore premier encyclopédiste et futur évêque d’Hispalis, Benoît de Nursie …même si l’échec est latent, car « on ne fait pas d’humanité par décret. Il y faut de profonds et rudes instituteurs, qui labourent et sèment au-delà du temps d’un homme». Et c’est précisément cet incessant effort pour la gloire du monde que François Taillandier raconte d'une très belle écriture.
B C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
8 avril 2013
1
08
/04
/avril
/2013
08:17
Editions : Actes Sud
Parution : Janvier 2013
274 pages
20 €
Il y a longtemps qu’Octave Lassalle sombre dans la solitude. Son métier de chirurgien cardiologue l’a accaparé corps et âme jusqu’à ce qu’un drame survienne, vide sa belle demeure et il se retrouve seul à la retraite, sans utilité, avec pour unique écho de son enfance : « alors t’existes pas ! ». Une décision s’impose, il ouvre sa maison à quatre personnes qui lui seront de grande utilité. Marc sera le jardinier, Yolande la maîtresse de maison, Béatrice la gardienne de nuit et Hélène l’artiste peintre. Comme lui, chacun d’eux a un lourd passé, car la vie n’épargne personne, mais chacun se respecte, garde le silence en même temps qu’une certaine distance. Ce qui n’empêche pas les liens de se tisser entre eux et un avenir commun de se dessiner. Car avec ces quatre jeunes c’est la vie qui rentre dans la maison. Mais c’est surtout l’esprit d’écoute et d’observation propre au vieux médecin qui rend confiance à tous. Les particularités de chacun mises en valeur par le vieillard redonnent à la vie toute sa raison d’être, jusqu’à faire revivre les morts. La main est toujours là, tendue ou resserrée, selon les moments, symbolisant le don sous toutes ses formes. Le travail, la tendresse, l’art, tout est forme de prière. Livre extrêmement poétique où s’entrecroisent, comme dans la vie, légèreté et gravité. Profane et sacré sont alors confondus.
Brigitte Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
5 avril 2013
5
05
/04
/avril
/2013
08:56
Editions : Gallimard
Parution : Février 2013
157 pages
17,50 €
Le succès du livre d' Amos Oz est justifié. La nature humaine y est décrite et comprise avec une touchante subtilité. Le contexte historique est intéressant, il présente la vie à l 'intérieur du kibboutz Yikhat en Israël. A partir de huit petites nouvelles où les personnages se recoupent et finissent par former un roman, l'auteur, sans omettre le moindre détail du quotidien comme de la complexité des tempéraments, montre à quel point l' intolérance et le dogmatisme peuvent faire souffrir, même entre amis. Le héros n' est pas le vieux professeur marxiste aux idées figées et inconstant en amour, ni la mère de famille insensible à l' horreur du dortoir collectif de son petit garçon . C 'est le silence malheureux du père de famille impuissant, du jeune homme interdit de rejoindre sa famille sous prétexte de retarder son intégration au kibboutz, le vieux célibataire angoissé par la mort...La jalousie, le fanatisme, le souci de rentabilité collective au détriment de la liberté individuelle n'épargnent pas les kibboutzniks.Tel est le message d'Amos Oz transcrit avec beaucoup d'art: imposer une utopie annihile les hommes. Ne subsiste alors que " la souffrance des âmes seules" .
Brigitte Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
3 avril 2013
3
03
/04
/avril
/2013
12:15
Editions :Albin Michel
Parution : Avril 2013
419 pages
21,50 €
Béata de Robien est historienne et écrivain d' origine polonaise, diplômée de l'université de Cracovie et de la Sorbonne , ce qui crédibilise le contexte de son dernier roman : la Pologne des années 50.
A travers les yeux de la jeune Bashia qui découvre la vie qu elle ne comprend pas toujours , B.de Robien révèle de façon très vivante ce que les Polonais subissaient lors de l 'occupation soviétique. La "bolchévisation"est en route: le devoir de" penser collectivement "est impératif et la suppression de la propriété privée naturelle. L'URSS renie le massacre de Katyn et le lyssenkoïsme justifie la volonté de forger les hommes malgré eux.Lucide sur un monde où règnent mensonges et délations, Bashia ne rêve que de la France, de liberté et d'amour. Car, suite aux événements, son oncle a perdu la raison, son père se noie dans l' alcool et sa tante épouse un responsable du Parti. Seuls ses grands parents ne font aucune concession et savent garder grandeur d'âme et dignité. Mais qui renseigne la police du Parti pour les moindres faits et gestes de la famille? C'est ce que Bashia mettra toute une vie à découvrir. B. de Robien, par le biais du roman, révèle ce que les livres d 'Histoire ne peuvent raconter: un très beau témoignage pour que la jeunesse de France y voit plus clair que le jeune syndicaliste Christian Le Goff dont Bashia s 'est amourachée et a ouvert les yeux. Un très bel exemple aussi d'amour familial et d'attachement patriotique.
Brigitte Clavel
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013
25 mars 2013
1
25
/03
/mars
/2013
21:38

Editions : Buchet – Chastel
Parution : Avril 2012
203 pages
15 €
Ce très joli récit réconcilie Paris et la province profonde, l’individualisme de la grande ville et la petite cellule familiale où Claire a pris racine. Les unités de valeurs récoltées à la Sorbonne lui procurent autant de bonheur que les ultraviolets du soleil du Cantal natal, le chant des coqs élevés pour des fins culinaires dans les cours de restaurateurs sont l’écho des fermes de son enfance, et les stages d’été remplacent aisément les gros travaux des champs. Mais point de vaine nostalgie en elle. « Il fallait élargir sa vie et la gagner par le seul et muet truchement des livres ». Deux pays, deux temps, deux corps. Claire laisse consciemment s’opérer en elle la jonction entre ces deux mondes si différents. Le livresque et le ressenti, comme le naturel et le raffiné, ne sont point incompatibles. Le confiné et le grand espace ont chacun leurs avantages. Le rythme frénétique et le calme paisible sont aussi aussi attrayants l’un que l’autre. La sécurité de l’emploi et l’incertitude des récoltes laissent songeur le vieux père à la fois dubitatif et admiratif… Une très belle présentation de la France d’hier et d’aujourd’hui qui peut susciter bien des débats, sauf pour le petit-fils dont le pas a vite fait de dépasser celui de Claire.
B.C.
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
25 mars 2013
1
25
/03
/mars
/2013
13:33
Editions : Acte Sud
Parution : Janvier 2013
215 pages
20 €
La littérature en danger, tel est le sujet que Pia Petersen a plaisir d' aborder dans son très joli roman qui ne manque pas de psychologie ni d’actualité. Ruth est arriviste, mondaine, volontaire, quand il s’agit de pérenniser la célébrité de son mari, Gary Montaigu, qui vient de recevoir l’International Book Prize. Alors elle multiplie les cocktails, promet sans scrupules des tas de publications à venir, organise en son nom une émission de téléréalité dénommée « Un écrivain, un vrai ». Ainsi il sera touchant de voir Gary, dans son contexte familier, écrire en direct ce qui plaît aux lecteurs , seul moyen d’être assuré d’ un audimat toujours croissant. Ce que Ruth ignore c’est que l’écriture sur commande coupe l’inspiration, Gary n’a plus d’idées valables, il a l’impression de se vendre et perdre toute liberté de pensée. Selon lui la littérature ne doit pas être un commerce médiatique, un écrivain n’est pas une star, la téléréalité n’est qu’une suite de moments sélectionnés, loin de la réalité!. C’est par la réflexion que la société se construit, c’est par la liberté de penser que l’écrivain sauve le monde : belle plaidoirie pour une littérature authentique et non démagogique. Gary y parviendra-t-il ? En tout cas, le livre de Pia Peterson est une vraie réussite…
B . C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2013