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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 17:56

                                                Impossibles adieux - 1 

 

 

                                       " IMPOSSIBLES ADIEUX"  

                                           

                                               par HAN KANG 

 

Editions : Grasset 

Parution : 2023

330 pages 

20 €

Un linceul de neige épaisse ne cesse de recouvrir la petite île coréenne de Jeju, comme s’il voulait dissimuler des vérités interdites . Quand  ce ne sont pas des flocons qui virevoltent dans l’air,  ce sont des plumes d’oiseaux,  comme pour mélanger rêve et réalité,  cruauté et douceur, vérités historiques et tabous. A la blancheur du paysage  succède une vision apocalyptique de flaques de sang, de troncs d’arbres noirs, de poussières d’os. C’est ce décor lugubre  que  Gyeongha doit affronter  pour rendre service à son amie hospitalisée à Seoul. Quand elle arrive chez Inseon  il est trop tard , le perroquet dont elle est responsable  est mort , triste présage à une autre découverte, celle d'un recueil des mémoires des  parents d'Inseon massacrés comme tant d'autres familles. La capitulation des Japonais en 1945 suivie de leur départ n'apporta pas la paix espérée mais une interminable guerre civile qui réduisit  l'île en un tas de cendres.  Tout reprend vie sous les yeux des deux amies retrouvées, la vieille femme exaspérante d'amour ressurgit, l’oiseau mort  vole de nouveau,  le  grand-père défunt se remet  à trembler, comme si émanait la souffrance  trop longtemps comprimée des insulaires, spectres malheureux qui errent encore dans le paysage environnant. Ainsi la beauté poétique du  début du livre  se transforme peu à peu en un  puissant réquisitoire contre l’oubli de la folie meurtrière. Le style de Han Kang est magnifique, une poésie en prose envoûtante  qui transpose les drames de cette période  en une véritable peinture multicolore .  

 B. C. D.    

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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 15:26
"Poussière dans le vent" par Leonardo PADURA

                      « Poussière dans le vent »

                                  par Leonardo PADURA

 

Editions : Poche

Parution : 2023

739 pages

 Ils sont huit  amis cubains,  tous différents les uns des autres mais unis  par des liens indéfectibles, heureux de se retrouver, sous n’importe quel prétexte réel ou inventé, à Fontanar, leur refuge qui n’est autre que la maison de Clara. Malheureusement leur gaieté est celle du clown triste :  non seulement l’alimentation se fait rare à Cuba, mais même la vaisselle en plastique et les couvertures doivent être dérobées à la compagnie d’aviation. Ils ont faim mais résistent, ils sont médecin, physicien, informaticien, artiste peintre, vétérinaire…en un mot  ils travaillent même si ça leur coûte plus cher que de ne rien faire, ils volent car ils sont volés par l’Etat, mais ils savent encore rire et aimer. Les uns étouffent et rêvent d’Amérique, de Porto Rico ou d’Espagne, prêts pour un nouveau départ jusqu’à risquer leur vie, laisser derrière eux leur progéniture ou changer d’identité. D’autres se sentent surveillés voire même prisonniers, avec parmi eux  une belle espionne suspecte. Ainsi deux mondes se déchirent : celui dont ils rêvent et celui qu’ils subissent. C’est un demi siècle de l’histoire cubaine qui se déroule et qui va faire exploser les plus beaux souvenirs familiaux. Certains seront poursuivis par un sentiment de responsabilité, d’autres par une sempiternelle culpabilité. Le style alterne entre érotisme et romantisme. "Poussière dans le vent", le Clan se disperse, mais l’esprit de fraternité subsiste , les survivants  reviendront au chevet de Bernardo, conscients plus que jamais que la misère économique est à l’origine de la plus mesquine trahison. Et si la victoire finale tant souhaitée était dans ces allers-retours nostalgiques au pays des palmiers, des cigares et du rhum que l’auteur lui-même ne cesse de chanter  ?

B. Clavel Delsol

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25 juin 2025 3 25 /06 /juin /2025 13:49
               « La Déesse et le Marchand » par Amitav GHOSH

                « La Déesse et le Marchand »

                              par Amitav GHOSH

 

Editions : BABEL

Parution : Sept 2023

410 pages

9,99 €

 

 

Ce livre est essentiellement une plaidoirie écologique anticapitaliste et l’auteur ne s’en cache pas. Son talent réside dans la  description de l’Inde profonde, de ses légendes et de ses mythes, sans épargner  l’angoisse contagieuse du narrateur. Deen, antiquaire spécialisé dans les livres anciens, est sollicité par ses amis à se rendre dans les Sundarbans au temple de Manasa Devi, la déesse des serpents. Selon les superstitions hindous celle-ci hanta longtemps un vendeur d’armes du XVIème siècle jusqu’à ce qu’il lui construise ce sanctuaire grâce auquel son hameau fut épargné  lors  du cyclone de Bohla en Novembre 1970. Deen se rend alors dans ce mangrove du Bengale, envahi par la boue, avant que le temple ne disparaisse selon les cassandres du climat. Malheureusement le cobra royal, lui, n’a pas disparu et, à partir de cette découverte, la vie de Deen change. Sa sensibilité d’intellectuel se transforme en angoisse permanente. Le passé va désormais hanter le présent. Cobras, serpents de mer et araignées venimeuses obsèdent Deen de l’Inde jusqu’à Venise, prennent une nouvelle forme, celle d’une raffinerie qui fait échouer des bancs de cétacés, celle de capitalistes italiens qui exploitent des immigrés bangladais, celle des tarets qui rongent les fondations en bois de Venise ... Ainsi Deen sert les convictions politiques de A. Ghosh, avec pour prétexte d’élucider le mystère du marchand d’armes qui n’était autre qu’un marchand qui avait été jusqu’à Venise, en un mot, un autre lui-même fuyant les horreurs terrestres…  

 

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28 mars 2024 4 28 /03 /mars /2024 19:24
"Cézanne"  par Marie-Hélène LAFON

                    Cézanne

 

             par Marie-Hélène LAFON

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Septembre 2023

162 pages

21 €

 

« Il me le fallait vivant» , alors Marie-Hélène Lafon se lance comme dans un jeu de familles pour mieux connaître Cézanne. Mais d’abord elle s’arrête sur ses peintures. Bien que récursives, elles ont toutes  une raison d’être, celles de l’enfance  que ce soit les sous-bois, les pommes , les baigneuses, les Sainte-Victoire. Puis elle s’immisce dans   les portraits, ceux  du père et  de la mère, du jardinier Vallier  comme du docteur Gachet. Et pourquoi si peu d’Hortense, femme indolente qui ne comprend pas ce  fou du travail dont un enfant illégitime vient gâcher la renommée. Et quand il la peindra , il ne la regardera même pas, «  il faut poser comme une pomme ». C’est la forme qui importe, la couleur,  faire toujours  plus vrai, tout en gardant le flou du mystère. Sa peinture a quelque chose d’inachevé  et c’est ce qu’il veut. Son allure aussi n’est « pas finie », comme ses pastels. Marie-Hélène Lafon se délecte, reprend des lettres de Cézanne , retourne aux "toits rouges sur la mer bleue", se rend dans l’atelier des Lauves encore tout vibrant du créateur. Elle « cézanne » dit-elle, jusqu’à ce qu’elle découvre le diabète douloureux de cet homme  qui s’est « juré de mourir en peignant ». Livre qui incite à  retrouver ses peintures  dans sa Provence natale  et plus précisément au musée d’Aix.

B. Clavel Delsol

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18 mars 2024 1 18 /03 /mars /2024 12:07
"La montée des périls"  par Marin de Viry

                      « La montée des périls » par Marin de Viry

Editions du ROCHER

Parution : Mars 2023

214 pages

19 €

Le ton est plein d’humour et de légèreté. En filigrane  Paris apparaît  comme le  creuset  de la  brillance arriviste  ou comme la « capitale des maladies d’amour-propre ».  Deux exceptions de qualité : Paul et Erika, qui joueront le jeu de la franchise. Mais jusqu’à quand? Car Erika est l’ attachée de presse, sans grande envergure, de l’ambitieuse Charlène, « ravissante idiote »qui croit pouvoir remporter les  prochaines présidentielles. Paul , critique littéraire à l’hebdomadaire national "la Gauloise", n’est pas le genre à faire des concessions contraires à ses convictions d’honnête homme mais fait preuve de cette liberté de penser qui isole. Sa reconnaissance à la rédactrice en chef de la revue a des limites. Un rendez-vous professionnel à l’Elysée  ne le motive pas. A contrario l’innocence d’Erika le séduit.  Ce qui ne l’empêche pas de coopérer  pour  éliminer Charlène de la sphère politique, non seulement par amitié pour son ami député du Jura mais aussi pour le bien public. Les phrases sont brèves au rythme des actions rocambolesques qui se multiplient pour faire tomber la malheureuse candidate. Le style, à la fois sarcastique et réaliste, est  plaisant. Le lecteur rit de voir une telle franchise spontanée non seulement dans le domaine professionnel mais sur la scène politique et dans les salons parisiens, seule façon de laisser place à la joie de vivre et d’aimer. Fin polémiste dont le charme personnel n’est pas exclu , Marin de Viry offre ce qu’il est convenu d’appeler « l’esprit français »  face au vide de la pensée contemporaine qui lui a déjà inspiré plusieurs ouvrages. En un mot, il tient la promesse de ses protagonistes: il ne fera jamais ses « adieux à l’intelligence ». B. C. D.   

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3 mars 2024 7 03 /03 /mars /2024 10:48

« Convoi pour Samarcande » par Gouzel Iakhina

 

 

Editions : Noir sur Blanc

Parution : Août 2023

464 pages

25 €

S’il y a un livre à lire, c’est bien celui-ci. La romancière russe Gouzel Iakhina ne pouvait pas rester insensible à cette année 1920 où Kazan,  sa ville natale, voyait mourir  dans son palais  plus de cinq cents enfants au ventre  gonflé par la famine, mutilés, voire grabataires. « On peut tous les sauver » affirme dès le début Deïev , le soldat rouge qui restera, sans jamais faillir, chef du convoi organisé par le jeune état soviétique, en direction de Samarcande, là où la terre est riche et fertile.  Mais pour y parvenir , il y a l’enfer à traverser, des steppes de sable à n’en plus finir, la famine, la soif, le choléra, et la mort pour certains.  Alors Deïev se débat , quémande, supplie, prend des initiatives qui risquent de lui coûter la prison. Les miracles existent pour les hommes de bonne volonté : dès le départ  des soldats compatissent et prêtent leurs bottes aux petits va-nu-pieds pour se rendre à la gare ,   puis le long du voyage  tchékistes et koulaks, Cosaques orthodoxes ou Basmatchi mahométans,  tous finissent pas venir en aide à cette « guirlande » déambulante. L’auteure ne perd ni son lyrisme ni son humour, ni son réalisme ni sa foi en l’avenir . A travers les vitres sales de sable séché, les jeunes voyageurs   entrevoient des  êtres errants sans plus rien d’humain et chantent alors leur joie d’être à l’abri.  Transformés en « coureurs » à travers champs,   ils font fuir,  avec leurs beuglements d’animaux et leur choléra contagieux, les  contrôleurs à baïonnettes en  chasse aux   petits clandestins . Ainsi, tout le long du livre,  s'alternent images bouleversantes et anecdotes burlesques. Et si c’était les enfants qui finissaient par sauver Deïev d'un passé de criminel de guerre? Et si c’était les enfants qui étaient le salut du monde en suscitant la solidarité humaine ? Telle est l’impression  laissée par cette belle épopée à l’heure où l’on désespère et  légitime l’avortement…

B. Clavel Delsol

 

 

 

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25 février 2024 7 25 /02 /février /2024 12:29

« Louise Labé : la rime féminine »

                        par Elise Rajchenbach

 

Editions : Calype

Parution : Décembre 2023

104 pages

11,90 €

 

Dans ce petit ouvrage dédié à Louise Labé, Elise Rajchenbach  fait preuve d’une grande probité. Elle laisse à l’enfance lyonnaise de Louise Labé quelque  mystère  et à ses poèmes quelque chose de miraculeux. A une époque où la femme n’a guère accès à la culture,  et où la pudeur prime sur l’amour, Louise Labé détonne avec son siècle. Sans doute sa spontanéité et sa sincérité sont à l’origine de ses  beaux  vers. Mais d’où vient ce don de  l‘écriture  essentiellement réservé à une élite ? Son père comme son époux étaient des cordiers dans la ville de la soie, s’enrichirent par leur commerce, mais leur culture restait celle de deux artisans.  Si le père de Louise dota généreusement ses filles  sans doute dût il lui offrir  un précepteur à domicile ou une scolarité dans un couvent sur les pentes  de la Croix-Rousse. A moins qu’ une curiosité personnelle suffit à cette femme dotée de plein de dons pour être inspirée par les ouvrages des imprimeurs de  la rue Mercière qui étaient au vu et  su de tout le monde …  Connue spécialement pour ses sonnets où l’amour est le thème principal, « la belle Cordière » ne se limite pas dans ses écrits à de simples émois personnels. Ses sources sont celles de la littérature antique. Pas étonnant que la lecture de  Louise Labé revienne en force: la beauté de ses écrits, la fraîcheur de ses sentiments, son souci pour les femmes dont elle veut élever  les esprits au-dessus de leur quenouille font de cette femme , ni ange ni putain comme elle fut caractérisée à tort par de jalouses  rumeurs, mais le symbole d’un féminisme où le cœur et l’esprit vont de pair. Tout le talent d’Elise Rajchenbach réside dans le désir qu’elle procure à ses lecteurs de se plonger dans le bien beau « Débat de Folie et d’Amour » ….

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1 février 2024 4 01 /02 /février /2024 12:48

                            « ROUPIE » par Bernard Deforge

 

Editions : Les Belles Lettres

Parution : Novembre 2023

61 pages

17 €

 

Et si , par son  souci de l’universel, Bernard Deforge donnait un nouveau souffle à  la poésie ? Le titre allégorique de son dernier  recueil est à lui seul une promesse, celle de l’éternel humain qui roule  comme la roupie à travers « les parcelles du cosmos », tout en sachant que le bonheur est « un carré de cristal ».  Sans doute l’helléniste puise son inspiration  dans  le tragique de la Grèce antique, soucieux de faire aimer l’existence sans en ignorer les angoisses métaphysiques.  Ses poèmes éclectiques ne  laissent aucun indifférent. Dans ses apostrophes aux  petites filles  Mona et Liselotte, comment ne pas songer à la Joconde ou aux aquarelles  de Liselotte Vogel-Steinbach ?  Le poète ne reste pas à l’écart de la politique. Courageux  il ironise sur cette  « macronade », où le « en même temps » fait de Macron  et Macronne  un « couple de pierre » et de pitrerie européenne . « Les peuples sont en larmes », seul l’aveugle voit le coupable, « C’est votre jeune chef ».  Heureusement Eros estompe les déceptions de la vie : « Au commencement était Amour » et puis la tendresse d’Hélène est toujours là , cette « parenthèse amoureuse » qu’il bénit même si au désir il « préfère l’esprit et l’infini ». Car celui qu’on appelle le Ressuscité, « s’Il n’est plus là, c’est qu’Il est là »…

Brigitte Clavel Delsol

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30 janvier 2024 2 30 /01 /janvier /2024 16:43

                                   « PANORAMA » par Lilia Hassaine

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2023

236 pages

20€

 

 

. A la fois roman policier et satire sociale, « Panorama » est un véritable réquisitoire contre la sacrosainte Transparence .  Tout a contribué à mettre en scène ce panoptique où chacun surveille chacun :  la lenteur, la partialité et l’impunité de la justice, puis la vengeance personnelle.   Dorénavant   tout le monde observe tout le monde , murs et cloisons sont de verre , l’intimité  n’existe plus, la sécurité semble assurée à tel  point que les policiers deviennent simples gardiens, les femmes ne sont plus abusées, les riches habitent le quartier de Paxton, la classe moyenne celui de Bentham  et les pauvres celui des Grillons. Les homos vivent entre eux, les écolos de même, les féministes pareillement.  On est en plein dans  le wokisme qui s’oppose aux  constructions sociales autres que les leurs . Les protagonistes ainsi enfermés dans des communautés identitaires vont rapidement  devoir dissimuler leurs penchants personnels  et  la  transparence finit  par faire défaut.   Toute une famille a disparu sans que personne ne  s’en soit aperçu.  La narratrice reprend son travail de policier et découvre que, si l’architecture de la ville  a changé,  la nature humaine elle ne change pas. Le  petit Milo et ses parents seront ils retrouvés et surtout compris ? Car la psychothérapie, les défouloirs pour écoliers ou les promenades virtuelles  engendrent des enfants incapables et cruels. Il vient un jour où leurs parents, à  force de ne pas être autorisés à les réprimander, se sentent obligés  de les disculper devant les services sociaux.  Mais c’est chose facile quand on vit  dans l’utopie de la transparence qui a pour seule porte de sortie le mensonge et la corruption. Heureusement Lilia Hassaine laisse entrevoir des personnages hors normes tels que  le grand-père  et le père de  Milo qui à force de sincérité  surent   trouver les clés du bonheur, celles qui ouvrent à la nature, à la poésie, à la transmission de l’amour … C’est ce don de l’autrice à croquer avec verve les travers de notre temps qui lui a valu le prix Renaudot des Lycéens 2023.

B. Clavel Delsol

 

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18 janvier 2024 4 18 /01 /janvier /2024 06:33

                   « Avec les fées »  par Sylvain TESSON

Editions : Equateurs littérature

Parution : Décembre 2023

214 pages

21 €

 

Si c’est avec quelque réticence qu’on se lance dans le dernier livre de Sylvain  Tesson , craignant de ne pas être à la hauteur de sa capacité d’émerveillement, on est séduit dès les premières pages. Non seulement  il ressuscite des paysages et des mythes  oubliés, mais comme Baudelaire témoigne des « noces de la mer, du ciel et de la terre » , relie  passé et avenir, mondes sensible et supérieur. Les fées ne sont rien d’autre que ce merveilleux qui s’impose quand on sait être déférent face à la nature. Cette fois ce sont les côtes déchirées de l’Europe atlantique qui l’attirent. Le style est bref , imagé,  la Bretagne personnalisée « corps doux sur des pieds déchiquetés », l’océan  animalisé « en bouffant la terre , la mer salive ». Point de prétention de surhomme. Sylvain  Tesson alterne navigation et course sur le balcon de l’Océan, action et rêve, avec le souci de partager cette belle leçon de vie :  « nous  inventions le bonheur constant ». Son esprit contemplatif est en osmose avec ce pays de pêcheurs où   paganisme celte , dogmes chrétiens et esprit chevaleresque  s’unissent pour adoucir l’ existence sur les  terres déchirées  par la mer et le vent.  Son romantisme n’exclut pas une réflexion réaliste sur le monde. Son humour alterne avec une spiritualité toute  vouée à la grâce et au merveilleux. Et si le paysage toujours  mouillé  est trop triste et sévère, si  la mer  dissout toutes certitudes, il  remonte le cours du temps où la  terre arable fut nourrie par le labeur des hommes. Le Graal était atteint. L’auteur comprit qu’il était dans une  course semblable à celle de  Saint  Brandan ou Saint  Colomba ou les pèlerins  du Mayflower , unis avec le même désir de sauver une  civilisation où l’on ne tue pas son roi mais où on se bat pour la survie des hommes.

B Clavel Delsol 

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