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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 14:06

Éditions : Stock

Parution : Novembre 2016

83 pages

13,50€

Estimation: 5/5

 

 

Ce livre est un  bijou  littéraire où la simplicité  de la peinture  de Monsieur Friant, peintre vosgien, suscite en Philippe Claudel les plus belles pensées. Le titre à lui seul  est explicite. Il annonce non pas  un adieu douloureux à l'innocence perdue, mais une invitation à un retour sur le  sens du temps écoulé. L'éloge d'une grand mère affectueuse n'est rien d'autre que la  reconnaissance en une heureuse providence que le lecteur à la joie de découvrir à la fin de sa lecture.  En attendant Philippe Claudel nous guide dans le musée de Nancy. Il retrouve  dans "Buveurs" un grand père aviné suite à la grande guerre, dans "Amoureux" la tristesse des désillusions de l'amour à la différence de la " jeune Nancéienne dans un paysage de neige" qui le fit souffrir par sa joyeuse indifférence. Dans "Toussaint" il voit vaciller sa propre déchéance, dans "Trimardeur " il entend la voix d'une grand mère battante,   dans "  Douleur"  il ressent la solitude intérieure laissée derrière les honneurs mondains. Magnifique petit manuel où chacun découvre toutes les formes artistiques que peut prendre chaque instant de l’existence.

B.C.D. 

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 10:10

Petit pays par Faye

Editions : Grasset

Parution : Août 2016

216 pages

18 €

 

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie ». C’est avec ce style  plein de l’innocence perdue  de la jeunesse  que l’auteur  raconte comment la haine des Hutu, après avoir laissé  le Rwanda comme « un charnier à ciel ouvert » a  envahi le Burundi.  Gabriel habite dans un quartier résidentiel de Bujumbura au Burundi où son père français , directeur d’une usine d’huile de palme, lui offre une enfance protégée  entre une mère rwandaise, et une bande  de domestiques et d’amis qui font tout sont bonheur. Mais les discussions en aparté  des uns et les réflexions pleines d’amertume des autres n’échappent pas à l’enfant qui voit un paradis  aux couleurs d’hibiscus et au jus de mangue se transformer peu à peu en un enfer de coups d’Etat et d’assassinats. Les massifs de bougainvilliers sont remplacés par des hauts murs de protection qui n’empêcheront pas les Hutu de mettre à feu et à sang son pays. Auteur d’une autobiographie magnifique qui justifie la casquette vissée sur sa tête comme pour se protéger d’un soleil qui ne brillera plus jamais,  ce rappeur  a encore la force de chanter. Lui qui voulait ne pas savoir et se réfugiait dans les livres semble vouloir avertir le lecteur que la guerre n’est pas que pour les autres, mais  que l’ennemi s’infiltre sans qu’on s’en rende compte, que la jalousie  ronronne avant d’exploser en haine  ethnique. « Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance, ce qui est bien plus cruel encore ». Une fois de plus le Goncourt des Lycéens dédie son prix  à un chef d’oeuvre!

 B.C.D.

 

 

 

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 13:27

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2016

229 pages

17 ,90 €

Estimation : 2,5/5

 

Une chronique sociologique à travers une vie ordinaire  dans un style tout aussi modeste, tel est le dernier livre de B. Lapeyre.  Née en 1900, Mone a toujours travaillé aux côtés de sa mère en tant que repasseuse. Sa vie est d’une simplicité biblique,  et malgré de profonds  chagrins, Mone parvient à transmettre une paix intérieure à ceux qui la croisent. Le lecteur peut suivre à la trace ce XXème siècle où la France doit se relever de deux  guerres, où le progrès technique fait peur tout en  facilitant les tâches et améliorant l’élégance, mais où bien souvent  l’avidité matérielle et la liberté des mœurs éloignent du bonheur.  Simone incarne cette génération qui se satisfait du peu qu’elle a : un travail minutieux qui lui permet une existence paisible, où un voyage en car de Senlis à Paris suffit pour découvrir la haute couture et les musées d’art, une radio pour s’ouvrir au monde, une droiture où priment  reconnaissance et fidélité. Un livre écrit avec tant de précision qu’il semble être une histoire vraie,  à offrir aux rebelles insatisfaites  du XXIème, car, dit Bénédicte Lapeyre, « j’écris pour apporter un peu de bon sens ». 

B.C.D

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 10:22

Editions : Seuil

Parution : Octobre 2016

264 pages

18 €

 

Recueil de poésie en prose, leçon de bonheur simple, le journal intime d’un homme de trente-sept ans,révélé par son auteur aujourd'hui sexagénaire, se déroule comme une toile de peinture qu’on déplie au fur et à mesure des saisons. Les couleurs chatoyantes de l’automne apaisent le sentiment du temps qui passe, le blanc du gel ne fait pas peur,  et à toute cette douceur ressentie  il ne manque rien, pas même « le filet  de citron » semblable  à l’humour tendre d’Albert Cohen, ni la fidélité aux  fruits sauvages  comme aux êtres aimés qui bordent les chemins de l’existence. Point de complexe à chercher  le mot précis pour « s’approcher au plus juste d’un sentiment ». Et si le fantôme de  Bartelby rôde toujours, le souci du professeur  est le plus fort : transmettre aux plus jeunes que le sel de la terre est dans la convivialité, dans la réceptivité et pourquoi pas dans un journal intime ?.....Très joli livre, sans prétention mais plein de leçons. Car savoir regarder «  la couleur du temps » c’est cueillir tous les jours de la semaine comme un dimanche…

B.C.D

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 21:24

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2016

142 pages

15 €

Estimation : 4/5

 La passion bien connue pour la nature  de Sylvain Tesson   l’incite à traverser la France à pied  avec un  itinéraire original, celui de  l’ensemble des régions françaises  classées «hyper-rurales». Avec humour il explique que, dans le langage des experts de la République, ce qualificatif signifie sous-développé, arriéré ! Mais dans son  cœur,  c’est « un laissez-passer de rêves ». Son esprit bouillonnant suffit à stimuler ses jambes chancelantes pour se rendre  du Mercantour au Cotentin, via le Massif Central, avec pour seule trajectoire  les chemins noirs des cartes IGN au 25000ème. Là, à travers bois et pâtures, bosquets, taillis et herbes hautes, il trouve, en plus de l’espace, un sentiment de liberté. Le style est magnifique. Sylvain Tesson  est un savant observateur, à la fois géographe, géologue et sociologue, un poète qui donne figure humaine aux éléments de la nature, un philosophe qui prône la solitude, un guide  qui égrène plein de noms de villages inconnus  et qui donne envie d’adhérer à sa « confrérie des chemins noirs » tant que celle-ci ne méprise ni le monde, ni Dieu, ni le progrès …Livre à lire et parcours à suivre, mais "les cheminements mentaux" à étudier de près !

 

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 08:26

Editions : Gallimard

Parution : Octobre 2016

128 pages

14 €

 

 La plume de Jean d’Ormesson court toujours avec fluidité. Sans doute est-ce dû à son goût de vivre qu’il veut nous  transmettre. Car nous sommes bien de "misérables égarés" dans cet immense  univers". Son premier conseil: "Soyons heureux". "Fermons les yeux".  Ce qui frappe d'emblée c’est l'usage de ce « nous » : Jean d’ Ormesson, avant d’être un guide, est un homme de peine, non  pas au sens de douleur car trop épicurien, mais un homme de recherche, de culture, et de partage.  Point d’inconscience en lui, une simple confiance dans le progrès. Car c’est la science qui nous enseigne l’infiniment grand dans l’infiniment petit. Le talent de J. d’Ormesson est celui du magicien: il transforme en métaphysique un phénomène de la physique: il n y a pas de vie sans air. Et le magicien devient poète: l’eau et la lumière, passagers et durables, sont semblables au temps et semblables à la pensée.  Car " tout sort de la matière et tout monte vers l’ esprit". Le cerveau prend le relais de la création. Jusqu’à ce que l’amour prenne sa place. Livre plein d’espérance d’un homme plein d’expérience, qui aime séduire et qui  y parvient…

BC D 

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 07:32

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2016

262 pages

19,50 €

Estimation : 4/5

 

 

Malgré un catastrophisme pesant, tout conjugue à aimer ce livre: le style, le réalisme, la pensée une fois l’énigme résolue. Après avoir beaucoup voyagé le narrateur décide  de s’installer, mais ses moyens ne lui permettent qu’un appartement dans une tour de la périphérie, sur une zone inondable! Là tout est chaos: les bâtiments en cours de construction ou de démolition voisinent avec son immeuble sans âme. Un heureux hasard lui fait  rencontrer un philosophe et une pianiste. Les quelques moments de bonheur passés avec eux ne suffisent pas à élucider le mystère qui les entoure, et leur disparition énigmatique lui rappelle la brièveté de toute existence et le néant qui s’en suit. Le narrateur est déchiré entre l’insouciance de la pianiste et le nihilisme du philosophe. Quelle est " cette  vérité toute nue, toute crue" que le narrateur finit par découvrir?  Sans doute s’agit-il des deux  drames successifs auxquels il assiste, de ces visions d horreur où les quelques rescapés se raccrochent à une providence bienvenue.  Non tout cela il le savait déjà. Juste une leçon de bonheur  à transmettre, une prise de conscience de l’importance des moments heureux autour d’un piano comme d’un verre amical  qui font dire que  "l’éternité c’est d’avoir aimé ". Livre magnifique où règne, comme dans la vie, la loi des séries, celle des bonheurs comme celle des malheurs, des crues et des décrues...

B.C.D

 

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 17:15

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2016

524 pages

22 €

Dans son vaste projet de peindre le monde actuel, Karine Tuil rend compte de la fragilité de notre époque.  Point de leçon dans ce roman, juste  une étude des mœurs  où « l’insouciance » en politique comme en amour  rime avec l’ignorance et l’incohérence. Dès les premières pages un  style lancinant  rappelle les horreurs de la guerre en Afghanistan, les mensonges  des rescapés devant les questions incongrues,  le désespoir des mutilés.  Mais le silence forcé  n’est pas réservé au lieutenant Romain Roller. La susceptibilité d’Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens, a du mal à se plier aux conventions sociales imposées à son poste de conseiller  à l’Elysée où il fait  sciemment des allers retours. De même  le brillantissime François  Vély  fait pitié  dans son  rôle de puissant homme d’affaires qui essaie de camoufler ses déboires familiaux et son antécédence juive. Car  les origines sont de première  importance dans la constellation du pouvoir, comme dans le monde de l’économie et dans le domaine de l’amour, pouvant  autant servir que nuire, attirer que porter préjudice.  Alors pourquoi ne pas recommencer à zéro en Irak où tout est à reconstruire ?  Tel est le pari de nos trois protagonistes  qui ont envie de réussir à tout prix, jusqu’à sacrifier leur vie privée. Victimes de leur civilisation, grisés par les honneurs, séduits par les rapports de force, trompés par le feu des passions, ils ont négligé l’impact du terrorisme qui va  exterminer leur insouciance qui n’était qu’innocence selon Karine Tuil. Livre  passionnant  grâce à la diversité de ses personnages et à un mélange entre actualité et fiction où le lecteur est heureux de se raccrocher aux « vertus consolatoires » du style de Karine Tuil pour ne pas tomber à son tour dans un profond pessimisme.

B.C.D

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:41

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2016

348 pages

21 €

 

Et si le  parcours initiatique du protagoniste   Shmuel plein de maladresse et d’inquiétude n’était autre que  celui d'Amos Oz, et même celui d’Israël, voire aussi celui de Judas dénommé le traître ? C’est dans une Jérusalem splendide des années 50 que Shmuel débarque de la province avec ses désillusions politiques,  amoureuses et universitaires. Sa petite amie a épousé un fonctionnaire,  le Club des jeunes socialistes périclite, et sa thèse « Jésus dans la religion juive » arrive à une impasse. En contrepartie de quelques services il parvient à se loger dans une maison « sombre comme un caveau » mais d’où émane une flagrance de violette accompagnée des plus grandes incertitudes. Car si  le corps de   Wald, son hôte, est déformé par la vieillesse, sa tête est pleine de lucidité autant que de questions. Digne héritier d’une race millénaire pieuse et érudite, il a envoyé son fils unique  à la guerre de 1948  et Micha n’en est jamais revenu. Wald est alors hanté par son vieil  ami défunt Abravnel , le père de sa belle-fille Atélia, considéré comme traître car opposé à l’euphorie militariste de son époque. Roman plein d’actualité certes, mais plus encore plein d’énigmes éternelles : les limites du nationalisme comme celles du communautarisme, les dangers inévitables de l'égalitarisme, la fausse réputation de la religion juive, la similitude du baiser de Judas avec les innombrables putschs historiques qui ne rendent que plus vrai le fameux adage : « Heureux soient les rêveurs  et maudit celui qui lui ouvrira les yeux »…Telle est la vocation d'Amos Oz qui,  par le biais de ce beau roman,  tente de révéler des vérités, quitte à passer pour un traître ...

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 17:56

 

 

 

Editions : La Table Ronde

Parution : Août 2016

211 pages

20 €

La peinture inspire Michel Bernard autant que la musique. « Deux remords de Claude Monet » émeut le lecteur autant que son précédent roman  « Les forêts de Ravel ». Dans cette biographie consacrée au maître des Impressionnistes, le lecteur a vite fait de comprendre l’importance dans la vie de Monet de deux êtres exceptionnels : le jeune  peintre  Frédéric Bazille mort sur le champ de bataille,  et Camille Doncieux, la femme fidèle de tous les instants. Ce sont eux  les « remords de Claude Monet », tous deux capables des plus grands sacrifices mais partis trop tôt.  L’art de Michel Bernard est de scruter les tableaux de Monet, d’y lire des sentiments inavoués, d’y décrypter une noblesse de cœur  à travers une beauté physique pleine de jeunesse et d’innocence qui semble échapper au temps. Rien n’assombrit les peintures de Monet, ni la guerre, ni l’hiver, ni la menace de l’industrie dans les campagnes. Aux  thèmes sombres  de l’existence,  il préfère la lumière des jardins ensoleillés,  la couleur des étoffes, la blancheur de la neige, la sveltesse des corps. Refuge évident certes, mais grâce auquel il peut survivre et témoigner du patriotisme et de la joie de vivre  d’une génération prise entre deux guerres.

B. C. D

 

 

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