Editions : Albin Michel
Parution : Août 2009
196 pages
15 €
Le jeu de Sylvie Germain entre réalisme et idéalisme est bien connu. Dans son dernier livre celle-ci ajoute à ses talents de poète ceux d’un fin psychologue. Son héros, dénommé Aurélien, est plus précisément le prototype de l’anti-héros. Le livre commence par une image Kafkaïenne : Aurélien se réveille avec le sentiment d’ « un gros insecte, un crabe, une tortue » sur l’abdomen. Dans son appartement tout part en désuétude. Seules lui importent la réparation d’une vieille visionneuse pour soulager d’images un frère paralysé et l’impression du journal intime de ce dernier avant qu’il n’ait été réduit à perpétuité à un esprit inerte. Aurélien fait partie de ces êtres contemplatifs et aimants à tel point qu’il se dénigre lui-même et se fait oublier de tous. C’est alors qu’une métaphore filée transcrit petit à petit son départ progressif de la terre où il souffre trop de la « goujaterie générale » et ne trouve plus sa place. A l’opacité d’un monde certes joyeux d’apparence mais où rôdent ennui et mélancolie s’opposent la lumière des yeux du paralysé, des images d’enfance enneigée, « un chant du monde » prometteur qu’Aurélien aurait voulu perpétuer. Livre conseillé pour ceux qui ignorent comme Aurélien que « l’éternel est un combat ».
Brigitte Clavel