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15 janvier 2024 1 15 /01 /janvier /2024 10:06

« La maîtresse italienne » par Jean-Marie ROUART

 

Editions : Gallimard

Parution : Novembre 2023

170 pages

19 €

 

Le style coule  à toute allure, l’auteur excelle à noter les sensations les plus diverses, les couleurs, les lumières, les odeurs des herbes sauvages comme celles des complots. Le romancier historien  est à l’aise au milieu de la foule qui accueille sur l’île d’Elbe  celui qu’il ne nommera que par « le grand exilé », « le proscrit ». Non seulement il les reconnaît tous, les généraux Drout,  Bertrand et Cambronne, Peyrusse  le vigilent Ministre des Finances et le colonel Campbell chargé par l’Angleterre  de surveiller Napoléon Bonaparte, mais il lit leurs pensées et partage leurs  sentiments. C’est sous un concert de cloches que débarque en grande pompe le grand prince en semi-liberté, auquel sont remises les clés de la ville et qui ne va pas tarder à exploiter ce paradis de la méditerranée qui fait face à Florence et à la demeure de la maîtresse italienne, celle qui détournera Campbell de ses devoir et permettra les fameux Cent Jours.   Jean-Marie Rouart déploie toutes ses connaissances de cours et d’alcôves . Rien ne lui échappe ni les liaisons, ni les manigances, ni les espionnages. Il prend plaisir à narrer les amours impossibles  de Talleyrand dont «  le génie efface toute les tares, physiques comme morales ». Car, selon lui   « les scandales amoureux donnent à la politique son humanité ». Sans doute est-ce la raison pour laquelle Campbell, hanté par l’atroce sac de Badajoz, manque à ses devoirs. Mais  nul ne saura jamais si ce fut un piège de la belle Florentine ou la conséquence d’une histoire d’amour. Livre qui se dévore, révélant comme une  banale fluctuation de sentiments  peut changer le cours de l’Histoire.

B. Clavel Delsol

 

 

 

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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 11:52
"COMPOSITION FRANCAISE Retour sur une enfance bretonne"

MONA OZOUF

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2009

259 pages

17,50 €

 

Les titre et sous-titre  du livre de Mona Ozouf contiennent à eux seuls le cheminement de la pensée de l’auteur. En quête de l’identité de notre pays  à une époque où régionalisme et mondialisme se confrontent avec trop de simplisme, Mona Ozouf se replonge dans l’enseignement diversifié de son enfance pour y trouver, avec le plus de probité possible, une réponse qui nous mène à notre propre identité, à savoir « la composition » de notre histoire contemporaine. Originaire d’une famille « superlativement » bretonne, son père a besoin de se démarquer, adhère tout à la fois au parti communiste et à celui de la Bretagne indépendante. Sa mère, institutrice, est soucieuse de faire régner la culture républicaine. Mona Ozouf est fière de cette famille où elle puise assurément la liberté de pensée. Mais elle souffre pour sa Bretagne empreinte à la fois  d’un désir  de tradition et de progrès. Elle se souvient que c’est à l’école de Ferry qu’elle doit ce sentiment d’égalité dû aux seuls mérites personnels et non à l’héritage. Elle aime  cette grand-mère maternelle  pleine de fierté féminine et d’amour pour le genre humain. Au-delà de la pratique religieuse trop rigoriste de son autre grand-mère, elle cherche à s’informer. Ainsi par son enracinement et par son ouverture sur le monde, Mona Ozouf se méfie des pensées niveleuses et uniformes. Elle défend ses racines et ses particularités pour mieux atteindre l’universel. Harmonie du local et du national, désir d’appartenance et d’indépendance, l’histoire des provinces est comme celle du cœur humain : besoin de reconnaissance, de créativité, d’identité. Sans l’énoncer, Mona Ozouf se réfère au principe de subsidiarité qui veut que le travail d’unification  se réalise, « non pas despotiquement du haut vers le bas, mais librement du bas vers le haut ». Livre oh combien intemporel et précieux pour le monde d'aujourd'hui !

B.Clavel  

        

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 05:26

 

Editions de Fallois

Parution : Janvier 2009

239 pages

20 €

 

 

Ebranlé dans sa jeunesse  par la lecture de Céline, le sociologue Paul Yonnet, une fois l’âge mûr atteint, cherche à mieux comprendre  ce personnage mythique de la littérature  qui tripote les phrases comme le corps de ses patients. Homme à double vocation, médecin et écrivain, Céline est un pessimiste, « pas résigné, mais résolu à souffrir ». Au lieu de se focaliser sur son nihilisme, c’est d’abord sur les évènements  politiques de l’époque que P.Yonnet s’arrête, et leurs répercussions désastreuses autant sur le plan littéraire que social. Céline est né l’année de l’incarcération du capitaine Dreyfus et a vingt ans en 1914. Telle est sans doute  l’explication  de sa révolte, de son style  anarchiste, et de sa vision désespérée de la vie, « ma nuit à moi, mon cercueil… », qui font que ses romans n’entrevoient jamais la lumière et rebutent autant qu’il attirent. Si le sociologue reconnaît l’importance des  circonstances sur le destin, il n’en néglige pas pour autant la part de liberté de chacun. Céline scandalise, rompt le pacte du silence, révèle une humanité ignominieuse et la vie d’un absurdisme révoltant : « …le boulevard de la Révolte… C’était ma rue ». Et pourtant  Céline a comme livre de chevet « René » de  Chateaubriand qui aspire à « la monotonie des sentiments ». Mais la pauvreté le torture : « Ils rajeunissent  c’est vrai plutôt du dedans à mesure qu’ils avancent, les pauvres… Leur tâche à eux c’est de se vider de leur obéissance… ». Alors une telle empathie doublée d’un pacifisme sans borne expliquerait, selon P. Yonnet, un racisme obsessionnel qui condamne le nationalisme juif intrinsèquement colonialiste et responsable de tous les conflits internationaux.Thèse discutable, mais bel hommage à Céline trop souvent  incompris qui sut rendre à P. Yonnet  avant de mourir la sérénité que jeune il lui avait ôtée !

B Clavel Delsol

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 08:09

 

 

Ecrit  en 1931

Editions : Livre de Poche

Parution : Décembre 2009

221 pages

6 €

 


 L’auteur francophile appelle cette vieille aristocrate londonienne «Lady Slane» ou la «veuve» ou «Miladi», ou «Mère», à la dernière page «Sa Seigneurie», mais jamais par son prénom Deborah, sauf quand celle-ci se revoit dans l’innocence de sa jeunesse. Le dévouement silencieux de cette vice-reine des Indes pour sa famille fut  sa qualité majeure. Aujourd’hui, au chevet de son mari défunt, elle surprend son entourage, veut avoir son indépendance, vivre sans la moindre obligation les jours qui lui restent… Hymne à la liberté, à l’amour de la vie, à la sérénité de l’âge avancé « où l’on ne fait confiance qu’à la délicatesse et à la tendresse » et où tout esprit de compétition et de réussite sociale est banni. Alors qu’elle croyait sa vie finie, plein d’imprévu survient. Que va-t-elle alors conseiller à son arrière-petite-fille qui est tout son portrait? Certainement pas le mariage…Et si c’était l’opinion d’une trop vielle dame qui préfère simplement, à une valise de trésors trop lourde à porter, "toute passion abolie » ???

 

Brigitte Clavel

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 23:32

 

 

 

Editions : SEUIL

Parution : Octobre 2009

341 pages 

21,50 €

 

Beaucoup de lenteur dans une atmosphère toute scandinave, mais pas d’ennui dans cette lecture : juste le sentiment qu’une vie isolée, loin des misères du monde, est vide de sens. Après avoir commis une erreur chirurgicale irréparable, le docteur Fredrik Welin a pris refuge sur une minuscule  île de la Baltique appartenant à son grand-père. Une suite de symboles pleins de  signification s’accumulent, comme  un plongeon quotidien dans l’eau glacée pour se sentir exister, une fourmilière libre d’envahir une salle à manger par lassitude du propriétaire , une paire de chaussures réalisée comme une œuvre d’art dans un contexte de grande pauvreté….Le moral de Frederik Welin est bien bas quand il retrouve   la vieille Hariett se  traînant sur la glace avec son déambulateur et ses bouteilles d’alcool pour alléger un cancer incurable,  Agnès la manchote et ses protégées déséquilibrées, Louise, l’hystérique passionnée, ou le facteur hypocondriaque..Et ce sont justement ces personnages malheureux  qui vont redonner le goût de vivre à Frederik Welin et lui permettre de se faire pardonner ses erreurs de jeunesse. B.Clavel

 

 

 

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 22:26

Editions : FLAMMARION

Parution : Juin 2009

438 pages

19,90 €

 

 

La haine engendre la haine, l’amour enfante l’amour : tel est le sentiment que suscite en nous ce livre réaliste avec, en arrière-fond, le terrorisme et ses horreurs, la pensée unique et ses dangers, l’esprit de vengeance ou la pusillanimité. Daniel devient fou à la mort de son fils déchiqueté lors d’un attentat. Il laisse alors tout derrière lui, une vie familiale heureuse, une carrière pleine de promesses, pour punir l’auteur de ces crimes d’innocents. Qui pourra aider cet homme révolté à atteindre son but ? Ni les politiciens, ni la justice, car la diplomatie d’état craint le pire. Seuls  ceux qui l’aiment et le connaissent, seuls ceux qui ont le sens de la vérité et de la dignité humaine  y parviendront, mais non sans mal et imagination …

Brigitte Clavel      

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 14:04

 

 

 

 

 Editions : CERF

 Parution : Octobre 2009

189 pages

20 €

 

 

Il a paru bon à Béatrice Marchal de rendre justice  à Cécile Sauvage (1883-1927), mère du célèbre compositeur de musique sacrée Olivier Messiaen.  Méconnue pour avoir trop longtemps dissimulé une poésie dédiée à un amour illégitime, Cécile Sauvage n’en demeure pas moins une des plus grandes poètes amoureuses de notre siècle. Comme son fils, elle ne dissocie pas passion et mysticisme. L’acte charnel est entièrement spirituel : « Enlacement aérien…/ Où ton âme à mon âme arrive ». L’amour perfectionne et rend  la fusion amoureuse  rencontre divine. Et quand l’amour ne répond plus « tout est calice d’amertume ». Béatrice Marchal réussit ainsi à mettre à jour les talents d’une femme qui méritait d’avoir sa place dans notre littérature du XXème siècle.

Brigitte Clavel

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 08:06

 

Editions : Le Laurier

Parution : Décembre 2009

55 pages

5 €

 

 

 

 

 

Ces confidences de l’auteur dont le fils se consacre à Dieu sont touchantes. Dans la déchirure momentanée que celle-ci éprouve, elle a une pensée pour toute mère qui souffre de la séparation, pas toujours évidente ni compréhensible, due à la vocation religieuse de son enfant. Heureusement l’angoisse ressentie est  éphémère et bien vite remplacée par la joie profonde d’un appel au service de Dieu et des hommes.  Petit recueil qui permet de «  plonger dans le firmament » de son enfant, de le porter comme à ses premiers jours. Mais ce livret ne se limite pas à des conseils : le miracle s’effectue quand l’enfant devient  guide lui-même  en direction de Dieu et source de  liberté intérieure pour chacun. La solidarité est totale, le jeune consacré a autant besoin des prières de ses proches que les parents eux-mêmes de celles de leur enfant.

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 19:58

 

 

 

Editions : Télémaque

Parution :

1er tome : Octobre 2009 : Les années de bohème   21€ - 256 pages

2ème tome : Janvier 2010 : Les Encyclopédistes   21€ -  315 pages

 

 

 

 

 Après le succès de ses  biographies de peintres du quattrocento, Sophie Chauveau se lance un nouveau défi : rendre à  Denis Diderot la place qui lui revient. Sa  passion du détail et la vivacité de son récit donnent à ses deux tomes  une allure de roman. Au-delà du rationalisme du philosophe éclairé, elle tient compte du labeur persistant du chef de file de l’Encyclopédie, de sa soif non seulement de savoir mais de liberté de pensée et d’action,  et de son souci de servir l’humanité…à sa façon !  Rien ne fait peur à cet homme brillant, ni l’autorité d’un père intransigeant, ni la censure, ni les obligations familiales et amicales. Observateur impénitent, il est fidèle à lui-même avant tout, nul ne l’arrête, tout l’inspire. Un voyageur de passage  sera « Jacques le Fataliste », son ingrat protégé  « Le Neveu de Rameau », son alter ego. Moderniste avant l’heure, il défend la musique italienne et le théâtre moderne, présente les planches scientifiques de son ami Watelet comme nécessaires à l’éducation sexuelle des jeunes filles. Il secoue l’autorité cléricale avec « La Religieuse »,  trouve plaisir à choquer avec son roman érotique «Bijoux indiscrets », multiplie les aventures amoureuses jusqu’à se partager les trois sœurs Volland tout en écrivant avec bonne conscience  « Père de famille ». Personne, ni même Catherine II, ne peut influencer cet homme qui «  a de l’esprit comme un diable », disait Voltaire. Denis Diderot  posera pour la postérité sans perruque et débraillé, éternel bohème, corrupteur intellectuel et moral : « Mes pensées sont mes catins ». Malheureusement il  n’a pas voulu entendre tambouriner la révolution française et a continué à danser «  la vile pantomine »…

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 19:51

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2009

148 pages

15 €

 

 Eric Fottorino est journaliste et romancier. Dans ses romans il a toujours été hanté par la figure du père. Enfant illégitime lui-même, il aura le bonheur d’avoir, à l’âge de sept ans, un père adoptif qui lui léguera non seulement son nom mais le goût de la vie et auquel il dédie ce livre. Le style correspond à ce qu’ils  ont vécu  ensemble : une vie simple mais  pleine d’heureux moments intenses. De souche tunisienne Michel Fottorino apparait à cet enfant élevé entre une mère et une grand-mère catholiques comme le Zorro de son enfance : la messe du dimanche et le Carême sont remplacés par des courses folles à vélo  et des baignades périlleuses. Peu importe si Eric ne ressemble pas à Michel, s’il n’est pas un champion cycliste. L’essentiel est de « transmettre le feu sacré ». Michel le sportif ne brisera pas les rêves du jeune intellectuel, au contraire il les nourrira. C’est pourquoi Eric Fottorino  rend un hommage public à ce père « aux mains de sauveur », qui « aimait tout bas », dans l’ombre, et qui ne fut pas secouru à temps…

Brigitte Clavel

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