« La source vive » par Ayn RAND
Editions : Plon
Parution : 1997
687 pages
26,50 €
S’il y a un roman à lire quand le doute ébranle l'esprit de créativité c’est bien celui-ci. Le jeune Howard Roark est seul face à sa vocation d’architecte dans la société new-yorkaise des années 30 pleine de préjugés, jalousement attachée à la mode élisabéthaine. Homme brillantissime, il tient à rester libre et à inaugurer un art moderne pour sortir de ce carcan architectural. Sa renommée vient tout juste de percer quand il voit son contrat pour « un temple de l’Esprit humain » rompu par son commanditaire qui qualifie cette réalisation de « sacrilège ». Mais n’était-ce pas précisément la raison pour laquelle Toohey, aux prétentions intellectuelles d’avant-garde, avait soutenu la candidature d’un homme comme lui, sans religion aucune, si ce n’est celle du travail? Car Toohey est un humaniste qui prend plaisir à créer des associations culturelles avec pour seul but de rendre l’art à la fois rentable et populaire, où le souci d’égalité va jusqu’à nier le libre arbitre et dame raison en les rendant responsables de l'exploitation des masses par les capitalistes. Et c’est là que le bât blesse. Car quand l’égalitarisme s’étend à la propriété, que le collectivisme se déguise sous forme d'altruisme, l’individu perd son identité et son aspiration au bonheur, la société n’est plus qu’un amas de parasites. Ayant été trahi dans son projet personnel, Roark le créateur préfère alors la destruction de son travail à une gloire imméritée. Les nombreuses péripéties des liens amicaux et amoureux animent ce roman tout en dissimulant la lente progression sous-jacente d’un dévoiement dans la conception de l’individu au profit d’une collectivité qui finit par prendre plaisir à être gérée par un pouvoir latent et manipulateur. Mais Roark comme la femme aimée ne tombent pas dans ce piège et restent un bel exemple d’intégrité. Une seule question demeure pour le lecteur : le sacrifice tant décrié par Howard ne serait-il pas la définition d’un saint qui s’ignore ? Russe exilée aux USA, Ayn Rand a trop souffert du communisme pour permettre à ses héros, qu’elle incarne à merveille, de faire la moindre entorse à la liberté.
B Clavel Delsol
