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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 06:04
« La source vive » par Ayn RAND

« La source vive » par Ayn RAND

 

 

Editions : Plon

Parution : 1997

687 pages

26,50 €

 

S’il y a un roman à lire quand le doute ébranle l'esprit de créativité c’est bien celui-ci. Le jeune  Howard Roark est seul face à sa vocation d’architecte dans la  société new-yorkaise des années 30 pleine de préjugés, jalousement attachée à la mode élisabéthaine. Homme brillantissime, il tient à rester libre et à inaugurer un art moderne pour sortir de ce  carcan architectural. Sa renommée  vient tout juste de percer quand il voit son contrat pour « un temple de l’Esprit humain » rompu par son commanditaire qui  qualifie cette réalisation de « sacrilège ». Mais n’était-ce  pas précisément la raison pour laquelle Toohey, aux prétentions intellectuelles d’avant-garde, avait soutenu la candidature d’un homme comme lui,  sans religion aucune, si ce n’est celle du travail? Car Toohey est un humaniste qui prend plaisir à créer  des associations culturelles avec pour seul but de rendre l’art à la fois rentable et populaire, où le souci d’égalité va jusqu’à nier le libre arbitre et dame raison en  les rendant responsables de l'exploitation des masses par les capitalistes.  Et c’est là que le bât blesse. Car  quand l’égalitarisme s’étend à la propriété, que le collectivisme se déguise sous forme d'altruisme, l’individu perd son identité et  son aspiration au bonheur,  la société n’est plus qu’un amas de parasites. Ayant été trahi dans son projet personnel,  Roark  le créateur préfère alors  la destruction de son travail à une gloire imméritée. Les nombreuses péripéties des liens amicaux et amoureux animent  ce roman tout en dissimulant  la lente progression sous-jacente d’un dévoiement dans la conception de l’individu  au profit d’une collectivité qui finit par prendre plaisir à être gérée par un pouvoir latent et manipulateur. Mais Roark comme la femme aimée ne tombent pas dans ce piège  et restent un bel exemple d’intégrité. Une seule question demeure pour le lecteur : le sacrifice  tant décrié par Howard ne serait-il pas la définition  d’un saint qui s’ignore ? Russe exilée aux USA, Ayn Rand a trop souffert du communisme pour permettre à ses héros, qu’elle incarne à merveille,  de   faire la moindre entorse à la liberté.   

B Clavel Delsol

 

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