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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 16:57

                                      « Le sens de ma vie »    par   Romain Gary

 

Editions : Gallimard

Parution : 2014

101 pages, se lance dans l’aviation, le droit

12,50 €

 

Les émigrations successives de ce petit Russe Blanc en Pologne puis en France avec une mère passionnément francophile  n’ont pas empêché de faire  de Romain Gary un  français à part entière. Les talents et l’ambition ne manquent pas à ce jeune homme éclectique : à peine  ses nouvelles  littéraires sont publiées  dans Gringoire qu’il s’oriente dans l’aviation, car pour lui pas question pendant la guerre  d’être autre chose qu’un aviateur combattant. Les anecdotes s’en suivent toutes aussi prodigieuses les unes que les autres dans une tonalité pleine d’humour où perce sous la dérision une fierté bien justifiée. Certes il n’aura pas le rôle d’ambassadeur  que souhaitait sa mère, mais sa carrière diplomatique  lui fit découvrir sa véritable vocation. De même qu’il était  Impossible pour lui de représenter la France avec des idées auxquelles il n’adhérait pas ,  de même  impossible pour lui  d’endosser les rôles d’imprésario proposés par Hollywood. Doté d’une sensibilité extrême, l’écrivain entrevoit  avant l’heure le déclin de l’Occident, le règne du sexe et de la violence, la disparition de la féminité, et pour finir la désintégration de l’âme. Le style de cette autobiographie est celui d’un enregistrement  qu’il fit peu avant sa mort. Et si les mots se répètent comme par maladresse, la pensée elle avance lentement vers une désillusion certaine.

B. Clavel Delsol

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 16:27

                                                              « LA ROBE DE Hannah »

                                                                 Berlin 1904-2014

                                                                    par Pascale HUGUES

Editions des Arènes , 2014

 Editions J’ai lu chez Poche , 2016

344 pages

7,50 €

Comment s’enraciner  pendant vingt-cinq ans dans une rue berlinoise sans connaître son passé ? Cette rue est si ordinaire que son nom ne sera jamais mentionné. Mais quand les façades sont trop lisses, ne cherchent elles pas à cacher quelque chose, une tristesse, un mystère ? Sans doute la profonde  déception de n’avoir pas eu le temps après la victoire de 1870  de rivaliser avec Paris ou Vienne, alors qu’elle était peuplée principalement de  Juifs aisés !  Alors Pascale Hugues  lance un avis de recherche   pour rassembler les témoignages des habitants aujourd’hui dispersés. Les résultats sont inespérés, les réponses arrivent de tout côté,  de l’immeuble voisin ou celui d’en face,  de la maison de retraite du quartier, et même  depuis Haïfa et de  New York . Tous sont encore meurtris  des réquisitions et des horreurs subies par les nazis,  mais  tous préfèrent  envelopper le passé  de la douceur des  rares moments heureux et de leur espoir dans un exil possible. La plume très discrète de l’auteure semble écarter toute haine et désir de vengeance, comme si la rareté du bonheur voulait pérenniser la beauté de la vie.  La robe d’Hannah ou les meubles d’Ursula suffisent à témoigner des beaux jours. Les  bons  souvenirs ressurgissent , le goût de la vie revient, les décombres finissent par se transformer en buttes verdoyantes d’herbes folles , et  l’exemple des « femmes des ruines » en  moteur de l’économie allemande !  Puis le style de Pascale Hugues devient rapide et nerveux.  Elle constate que sa rue connaît  un  rythme effréné d’expulsions au profit de riches résidences, la colère des écologistes augmente, le  promoteur immobilier se révèle être  celui-là même qui construisit le bunker du Führer . Ainsi la roue tourne, la paix ne dure pas, seuls les souvenirs demeurent !  Très joli livre qui révèle l’incompatibilité du rêve et de la réalité…B. Clavel Delsol

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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 20:41

« Là où la terre est rouge »  par Thomas DIETRICH

 

 

 Editions : Albin Michel

Parution :2014

269 pages

19 €

Tout dans ce livre montre  à quel point la voie de la facilité mène indubitablement à la corruption. Thomas Dietrich est lucide sur la nature humaine quand l’instinct du pouvoir n'est pas assouvi. Icare est un jeune parisien, fils ingrat et étudiant velléitaire pour ne pas dire fabulateur. Il ne fréquente ni la fac de Lettres comme il le dit à ses parents, ni Sciences Po comme il le fait croire à ses nouveaux amis. Lors de ses débauches estudiantines, il s’emmourache de la belle  Circé qui l’introduit dans la diaspora africaine de Paris où il se lie d’amitié avec Anténor, général de l’Armée de la république de Tshipopo. Rien de très attrayant chez ce futur ministre de la Sécurité, si ce n’est son attachement et sa promesse à ce « frêle teint clair » d’en faire son conseiller politique. Quelle aubaine pour Icare de s’envoler en  Centrafrique, de découvrir la beauté de  Pendéré la capitale , de se complaire dans le luxe au détriment du peuple ! Que faudra-t-il pour que ce « gamin inconsistant » prenne conscience de son allégeance à un régime sanguinaire ? Ce livre, magnifiquement écrit, n’est autre qu’un chant du cygne. L’illusion d’Icare de pouvoir se joindre à un gouvernement fantoche court d'évidence à l'échec . Roman  initiatique où la satire politique devient leçon d’humanité. Il faut savoir que  Thomas Dietrich, ancien élève de Sciences Po à la différence d'Icare,  est le porte-parole du mouvement d'opposition tchadien qui entend poursuivre l'action pacifique de l'opposition démocratique. Il s'y emploie avec tous ses talents. 

B.C.D.

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 16:21
                                                « De larmes et de lumière » par Olivier GUY

                                                « De larmes et de lumière » par Olivier GUY

Editions des Béatitudes

Parution : Janvier 2014

319 pages

17, 80 €

L’action initiale de ce bien beau roman remonte aux  années 42-44  pour ne se terminer qu’un demi siècle plus tard.  Le ton de l’auteur est grave mais le  titre  du livre est prometteur d’espérance. Même une fois éteint,  le nazisme traumatise longtemps la petite ville de Courville au cœur de la Marne. Derrière la sombre image du train Drancy-Auschwitz d’où  Rachel lance son nourrisson se profile l’héroïsme des deux parents adoptifs de Pierre-Moïse en même temps que la honte d’un curé lâche et dérogé. De même, devant l’accès de folie de deux SS déchus, auteurs de cinq crimes gratuits,  la peine des Courvillois humiliés est aussi profonde que l’esprit de vengeance du juif orphelin. Mais l’auteur ne se contente pas de révéler le voisinage des bourreaux et des martyres, du Malin et des Saints, du nazisme et de la Rose blanche. Il  plonge dans le cœur de l’homme où là aussi coexistent le bien et le mal. C’est ce qu’entrevoit Pierre-Moïse dans les excès du Tsahal comme dans la chasse aux nazis. Car si la spirale de la violence et de la vengeance n’est pas stoppée, elle aboutit à l’absurde de l’existence. C’est pourquoi le jugement du SS criminel survivant à cinquante ans de rachat devra  porter sur sa double personnalité. Oui le pire des SS peut être touché par la grâce, le pleutre curé  peut avoir eu son temps  salvateur et  la Providence peut offrir l’absolution ! Livre plein d’envolées poétiques où l’amour gratuit semble être l’unique solution de paix. Si Olivier Guy révèle  combien les damnés souffrent de solitude et de remords, il montre,  plus encore, combien Dieu résonne dans leur cœur ...

 

B.C.D  

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 19:51
« D »  par Robert HARRIS

« D »  par Robert HARRIS

 

 

Editions : Plon

Parution : 2014

483 pages

22 €

 

 

Les cinéphiles qui n’ont pas vu le film « J’accuse »   seront heureux de se plonger dans cet ouvrage  que Roman Polanski lui-même a encouragé l’auteur à écrire. En effet  Robert Harris ayant déjà beaucoup écrit sur Dreyfus, c’est à Georges Picquart qu’il rend hommage, jeune colonel qui fit  éclater la malheureuse erreur judiciaire subie par Alfred Dreyfus et qui réussit à le réintégrer dans l’Armée. Tout en se mettant dans la peau de Georges Picquart , Robert Harris reprend dans ses moindres détails  la longue  et patiente enquête de celui-ci  dont  la probité scrupuleuse révéla , à ses risques et périls,   la collaboration avec un espion allemand sur le sol de France, les vices et les arrogances mensongères de certains membres de l'Armée, uniquement intéressés par leur avancement dans la hiérarchie militaire. Dreyfus n’apparaissant qu’à travers de brefs interrogatoires et des échanges épistoliers désespérés,  ce que le lecteur retiendra  est cette somme documentaire de preuves qui fait de  Picquart un héros de la vérité et de ce livre un travail d’historien. Il révèle une France coupée en deux, l’une antisémite et l’autre empreinte de justice, l’une voulant sauver la raison d’Etat par n’importe quel moyen et l’autre  l'honneur de l’Armée française  par la loyauté seule.

B.C.D.

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 14:33
« Noyau d’olive » par Erri De Luca

« Noyau d’olive » par Erri De Luca

 

Parution : Juillet 2014

Editions : Folio

112 pages

 

 

Comme un noyau qu’on garde dans sa bouche longtemps après avoir mangé le fruit, Erri De Luca savoure les récits bibliques jusqu’à en extraire la substantifique moelle. S’il refuse d’avoir une foi définitive, c’est au profit d’une quête permanente qu’il dispense généreusement en éclairant bien des mystères. En effet, combien aujourd’hui connaissent  le sens du sacrifice d’Abraham, de la soumission d’Isaac, du viol de Leuven? Combien  suivent le conseil divin de « voir » la Parole? Combien connaissent le précepte de Juda pour qui les lois sont faites pour les êtres humains et non l’inverse ? Combien partagent le rire de David et entendent comme lui le rire de Dieu ? Selon Erri De Luca l’hermétique à la joie, l’ignorant,  le renfrogné ne peuvent aimer l'aventure à laquelle l'homme est voué. D’ailleurs les appelés à une prophétie, comme Moïse, Jonas ou Jérémie, n’ont-ils pas fait tous  preuve de courage en prenant la parole? En détournant l'homme de Babel, Dieu invite l'espèce humaine à poursuivre la création dans les quatre coins du monde avec des langues et coutumes variées. Quand on sait qu’en hébreux le mot « shahar » a deux significations, « chercher » et « aurore », cette homonymie n’est plus une coïncidence mais une réalité, celle qui trouve la lumière en cherchant. Ainsi l’auteur appelle à être des « grapilleurs » de la Bible qui, comme le vignoble, n’a jamais fini d’être sondée.  Un bon livre pour l'Avent..

B.C.D.

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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 16:37
"Toutes les choses de la vie" par Kevin CANTY

« Toutes les choses de la vie »  par Kevin CANTY

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : 2014

324 pages

22,90 €

 

 

Oui ce sont bien « toutes les choses de la vie » que cet écrivain a rassemblées. Dans le  cadre superbe  du Montana, Kevin Canty n’ignore  aucun sentiment de l’Amérique profonde. Si  June et Robert L. ressassent leur passé, le décès d’un mari, le départ d’une épouse, la vie de leurs proches les rappelle à la réalité. La seule satisfaction de RL hormis le whisky et la cigarette: sa fille Layla. Son  seul souhait : soulager Betsy, son premier amour aujourd’hui malade en phase terminale, par un voyage exotique. C’est la finesse des descriptions qui incitent à poursuivre le livre, les sentiments sont complexes, parfois bien maladroits  mais très purs, l’existence est aussi compliquée que les cœurs sont simples. Certes Layla et June  sont dépourvues  face aux évènements qui les frappent et les erreurs qu’elles  commettent. Mais l’entraide  spontanée, née d’une profonde solitude morale, parvient à un secours salvateur, autant pour celui qui donne que pour celui qui reçoit. C’est cette « grâce » divine  que  Canty révèle,  celle qui met Betsy à genoux  dans un coin perdu et June en prière dans une église.  C’est cette « grâce » qui leur ouvre le  chemin du devoir, ou plus précisément  leur montre l’emplacement où chacun doit se trouver. Canty n’a rien oublié, ni la poésie  de la vie, ni celle des coeurs…

B.C.D.

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26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 15:03
« Le vestibule des causes perdues »  par Manon Moreau

 

 

1ère Parution : 2014

Editions : Pocket 2017

475 pages

7,80 €

 


 

 

 

Si Jean-Christophe Rufin donne l’impression dans son «  immortelle randonnée » d’être  un « bagnard » subissant un chemin rocailleux sans autre bénéfice que de se retrouver  sale comme une bête, il en est tout autre pour  Manon Moreau sur le chemin de Compostelle. Certes son style n’est pas celui de l’académicien transformé en  humoriste, mais celui d’un écrivain prosaïque, plein d’empathie pour les « éclopés de la vie ». Dans « le vestibule des causes perdues » le lecteur découvre toute une série de pèlerins  dont la douleur se trouve autant dans les pieds que dans l’âme. Bien vite les fardeaux  portés par chacun se transforment en attrape-rêves, la rigueur des chemins se transforme en merveilles,  le solitaire finit par aimer la compagnie et l’anorexique virevolte entre cuisine et réfectoire,  le retraité comme la mère délaissée se sentent enfin utiles.  Les « jacquets » viennent des quatre coins du monde mais toujours le même mal-être et le même désir d’avancer. Chacun a son secret, son mystère,  marche sur le même chemin « semé d ‘épines et d’étoiles » et   au bout le même cadeau : un autre soi-même, rénové, renouvelé aux yeux de tous. Un livre qui donne vraiment envie d’aller à St Jacques …

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 15:54

 

Editions : Albin Michel

Parution : 2014

231 pages

18 €

 

 

Si le lecteur avance dans ce livre comme dans un labyrinthe, il a une certitude : « l’enfant des marges » n’est pas unique, il est  à la fois Valentin le petit-fils fugueur et Ioan le grand-père.  Un jour Ioan, reclus dans les Cévennes, décide de laisser derrière lui cette campagne apaisante pour partir à la recherche de Valentin. Il prend la direction de Barcelone et va arpenter tous les faubourgs où se réfugient  les jeunes drogués, les squatters, les révoltés, les anarchistes. Le périple est  embrouillé,  les lieux obscurs, les rencontres étranges, les échanges à demi-mots. Mais Ioan persiste dans sa recherche et en suivant les traces de son petit-fils, c’est celles de son propre père qu’il retrouve, tué  pendant la guerre civile qui résonne encore dans la capitale catalane comme dans le cœur de la jeunesse d’aujourd’hui.  Franck Pavloff se plaît à peindre l’exil intérieur de « l’homme de pierre froide » habitué à cacher ses sentiments, enragé par la colère  des ancêtres qui coule encore dans les veines.  Les Cévennes ne sont plus un refuge mais une prison dont il faut se sauver pour voir la réalité en face et ne plus fuir le passé. Ou alors n’y retourner, comme l’auteur, que lorsque  la fissure est colmatée.

B.  C.  D. 

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 21:05

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2014

320 pages

19 €

 

 

 

Bertrand Vergely mérite d’être connu. Avec talent, érudition et conviction, il réactualise la culture grecque et la religion chrétienne tout en les reliant. Son but: aider les hommes à vivre en combattant le nihilisme qui règne aujourd’hui et l’angoisse de la mort qui en découle. Sa méthode : éclairer mythes antiques et christianisme  afin de faire naître  en l’homme  cette  conscience cosmique indispensable à la vraie vie.

Avec force il démontre la complémentarité des contraires. Si le temps est «assassin » il est  aussi  « médecin ». Car c’est la temporalité, par l’expérience de l’unique irréversible, qui fait  prendre conscience de l’intemporalité. C’est le temps lui -même qui nous met hors du temps et nous fait non seulement « être » mais « re-naître ». Les exemples abondent. La fuite de la vérité et la dépravation qui s’en suit font qu’Oedipe va se crever les yeux avant de se vouer  à une vie toute spirituelle.  Le linceul détricoté de Pénelope est autant le chemin de la vie que le but de sa vie : la dignité dans la fidélité. De même que  Dieu par l’incarnation  fait l’expérience de la chair et de la condition humaine, par sa résurrection il transforme le corps-matière en corps glorieux, vainqueur du néant. C’est  l’union de cette  transcendance avec le sensible qui  permet  l’harmonie du moi  avec le monde. C’est cette union de l’alpha et l’oméga  qui rend la résurrection indépendante de la mort, qui insuffle la vraie vie, c’est à dire l’éternité.

C’est ainsi que Bertrand Vergely travaille depuis plusieurs années au service de ses contemporains : son écriture lui ressemble,  simple et directe. Généreux   il met sa culture  à la portée de tous, avec ce désir de les rendre pleinement heureux à partir des réalités terrestres et célestes qu’il a découvertes et aimées.

B C D

 

 

            

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