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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 13:43

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2014

234 pages

17,90 €

 

 

Les talents d’écrivain de Jean-Marie Rouart sont indéniables. Le lecteur découvre  des portraits pleins de vie d’illustres contemporains, recueille  des confidences intimes, aperçoit des endroits idylliques.  Et pourtant J-M. Rouart laisse derrière lui des traces d’amertume. Son protagoniste est un anti-héros,  un éternel adolescent qui se cherche sans beaucoup de convictions. Seules  deux passions  le taraudent depuis toujours : les femmes et l’écriture. Une ambition démesurée se heurte à ses échecs répétés, non dus à un  manque de capacités mais plutôt à la fréquentation d’un milieu qui l’éblouit  jusqu’à l’aveugler. Ecartelé entre un parisianisme mondain et un désir jamais feint de liberté, il est fier d’appartenir à une famille d’artistes pour laquelle seul l’art compte. Néanmoins  il n’a de cesse de fréquenter de hauts  milieux argentés et libertins qui le dévoient de sa vocation de contemplateur. De ce livre émane un malaise de mal aimé,  accompagné d’un  parfum d’insatisfaction permanente qui l’incite à penser que son destin aurait été tout autre s’il avait été enfant de pêcheurs. Ouvrage d’un être désenchanté qui se ressource à Noirmoutier…

B. Clavel Delsol

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 11:53

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2014

188 pages

16 €

 

 

Pas de temps pour la poésie dans ce livre, mais un style spontané au rythme régulier pour tenter de résoudre un problème  difficile: celui de la maladie qui transforme une amie  chère  pleine de dynamisme en une épave  brisée. Briante et conquérante, telle était Molly jusqu’au jour où un coma profond l’annihile totalement. Au réveil ce n’est plus la même, mais  son état inspire la narratrice. Si l’amitié de celle-ci pour Molly reste inaltérable, sa perception de la vie change. Les défauts des autres deviennent compréhensibles, les faiblesses d’un mari pardonnables, le bonheur des enfants plus important qu’une carrière grisante. Une très jolie confidence qui fait aimer le quotidien, qui transforme en grâce chaque minute de l’existence, un beau  retournement de situation où l’être immobilisé demeure inspiration à mieux vivre et où la profusion des sentiments est remplacée par la pudeur des mots.

Brigitte Clavel Delsol

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 20:27

 

Editions : Feux croisés

Parution : Janvier 2014

787 pages

 

 

 

 

Rien dans le style prolixe de Donna Tarrt ni  dans  l’enchaînement des  évènements catastrophiques de la vie du jeune Théodore ne laisse prévoir une envolée finale aussi optimiste  qui mérite que ce livre épais  soit lu jusqu’à sa dernière page.  Si le début du roman semble  inspiré par la thèse rousseauiste à savoir que l’ « homme naît bon, la société le dégrade », ou celle de G. Cesbron qui laisse entrevoir le jeune  Théo comme  « un Mozart qu’on assassine », le problème du bien et du mal soulevé par l’auteur est beaucoup plus nuancé : seules les expériences de la vie, les larmes jamais taries  et les repentances sincères donnent une raison de vivre bien plus consolatrice que l’alcool et la drogue dans lesquels se noient Théodore  et son ami Boris  comme le firent  avant eux leurs pères respectifs. Enfant mal aimé par un paternel violent et lâche, Théodore  a pour seule richesse l’amour de sa mère qu’il perd  lors d’un attentat  au musée de New-York tandis que celle-ci se plaisait à admirer en sa compagnie « le chardonneret » de Carel Fabritius, disciple de Rembrandt. Lui-même miraculeusement épargné,  Théodore s’échappe du musée  en feu avec « le chardonneret » à la main, tableau dont la disparition  lui causera plus d’un déboire, sa  déchéance autant physique que morale, voire la perte de sa propre identité.  A cause de Boris l’ami voyou et sans peur,  mais  combien fidèle, il lui faudra courir le monde,  jusqu’à ce que son désespoir atteigne quelque chose de sublime, cet espace sacré «  entre vérité et non-vérité » qui lui fera mieux comprendre tous ceux qu’il croisa sur son chemin. Ainsi après avoir découvert que « la tentative conventionnelle » est  aussi absurde que la drogue dure, Théodore conjure « de traverser le cloaque tout en gardant  nos yeux et nos cœurs ouverts ». Roman qui sonne comme un appel  à sortir du labyrinthe de la vie tous ceux qui s’y enfoncent désespérément.

B Clavel Delsol

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 09:36

 

 

Editions : Gallimard

Parution : mai 2014

101 pages

12,50€

 

Pas étonnant que les mémoires posthumes de Romain Gary soient le best-seller de l’été : le lecteur y retrouve l’atmosphère  de « La promesse de l’aube » où,  à la douceur de l’espoir juvénile, vient s’ajouter l’énergie invincible de l’homme mûr, avec l’humour sur lui-même et l’humilité nécessaire face aux flash-back d’un passé à peine révolu. En un mot il s’agit d’une œuvre qui est le parfait miroir de son auteur, plein de sensibilité autant que de courage, du sens du devoir autant que d’indépendance d’esprit, de reconnaissance envers la France et de lucidité sur les évènements contemporains. Prophète il entrevoit le déclin de l’Occident,  humaniste il a le souci des plus faibles,  agnostique il reconnaît l’amour du Christ, homme malheureux en amour il ne connaît pas de plus grande  valeur d’existence que celle du couple. « On ne comprendra absolument jamais rien à mon œuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour ». Sa seule souffrance aura été celle d’ « un manque », entrevu comme un « trou » abyssal…

Brigitte Clavel Delsol

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 12:55

 

Editions  XO

Parution : Mars 2014

241 pages

17,90 €

 

 C’est avec un style sans fioriture, au rythme rapide des invasions barbares que Max Gallo tente d’expliquer la chute de l’Empire romain. Goths, Wisigoths, Ostrogoths, Alains, Suèves, Vandales et Huns envahissent successivement le plus grand empire du monde.  Depuis longtemps « la Virtus romaine » n’existe plus, au sommet de l’Etat règnent rivalités et trahisons, crimes et corruption. Vaincus, les généraux romains s’allient chaque fois aux vainqueurs, devenant barbares à leur tour. Il ne s’agit plus d’invasions mais d’une installation progressive d’étrangers pour lesquels seule compte la conquête de la pourpre impériale. Et les empereurs s’alternent à une cadence effrénée. Un personnage clé : Galla Placidia, fille, sœur et mère d’empereur. Elle proclame sans hésitation qu’elle est « d’abord fille du Christ avant d’être fille d’empereur » et recommande de ne pas oublier ce que sont avant tout les Romains, un peuple dont les lois doivent garantir  la vie et élever à la condition d’homme libre, et non des barbares qui se contentent de tueries. Aetius, « le dernier des romains » prend acte, convainc  l’armée wisigothique et vainc Attila. Si l’empire romain meurt, un nouvel ordre du monde naît, grâce à la reconnaissance des peuples fédérés et de la reconnaissance par eux de la vraie religion chrétienne. Belle leçon de politique !

B Clavel Delsol

 

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 21:55

 

 

             par DAVID TREUER

 

Editions : Albin Michel  - Terres d’Amérique

Parution : Mai 2014

410 pages

24 € 

 

 

Le voyageur en partance pour l’Amérique appréciera cet ouvrage qui a le mérite de ne pas réduire les Indiens à de simples clichés. Entremêlant récits historiques et personnels, David Treuer, lui-même "sang-mêlé", donne envie de s’arrêter chez ces hommes, partagés entre traditions et modernité, pauvreté et richesse. A plusieurs reprises l’auteur rappelle que les réserves indiennes, trop souvent considérées à tort  comme des privilèges,   résultent uniquement de droits achetés contre d’autres avantages, durement négociés et garantis par traités.  Conscients de leurs richesses naturelles, et ayant pour culte  la nature, les Indiens d’Amérique  ont toujours préféré la pêche des dorés jaunes et la chasse  des bisons à l’exploitation de leurs ressources forestières et minières. Mais ce penchant rural justifie-t-il à lui seul la pauvreté de certains ghettos où la misère laisse place à la violence, où la jeunesse préfère la drogue à l’américanisation de sa race, où l’éduction se limite à brandir « la patte d’ours », et où le policier, s’il n’est pas indien, est appelé le « diable blanc »? Telles sont les questions auxquelles  l’auteur semble vouloir répondre par diverses anecdotes  pleines de vie et d’humanité, à l’instar de celles de sa mère, juge de profession, qui  sanctionne toujours ses clients  par « Fais quelque chose de ta vie », de son grand-père qui avait fait vœu de fidélité à sa Réserve s’il survivait au Débarquement de 44. Car c’est toujours au nom de la liberté que  les Indiens se battent. Et si aujourd’hui ils peuvent  manger  « des côtes de bœufs de première qualité », développer une culture exclusivement indienne et sauvegarder leur dialecte, c’est grâce à leurs somptueux casinos et non au gouvernement fédéral dont ils veulent rester entièrement indépendants ! Une belle leçon de liberté … mais peut-être pas d’unité !

B Clavel Delsol

 

 

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 06:49

 

Editions : Phébus 

Parution : Mai 2014

294 pages

21 €

 


Nul autre titre que « Les âmes égarées » n’aurait mieux  convenu à ces  jolies nouvelles. Patriote jusqu’au plus profond de ses tripes, Joseph 0’Connor aborde tous les sujets chers à l’Irlande, du XIXème siècle à nos jours. Ses huit récits aussi émouvants que spontanés symbolisent les souffrances éternelles d’un  peuple  partagé entre liberté et tradition, revanche et pardon.  Rien n’a jamais épargné ses personnages, qu’ils soient enfants ou adultes, célibataires ou mariés, mais rien n’a ôté leur  courage ni même leur force  de rire et d’aimer. C’est pourquoi les exemples concrets de vies aussi riches en émotions que humbles en sentiments se multiplient. Des détails apparemment  insignifiants se révèlent  capables  de changer le cours d’une vie, et quand l’épreuve est trop lourde, il ne reste plus que l’ironie pour les uns et la fuite pour les autres. Mais même l’immigration vers Londres ou New-York est un rêve bien décevant. Heureusement dans l’errance surgissent d’heureux imprévus, des marques timides d’affection, des non-dits très éloquents et des désirs de paix  qui ne cessent de parachever chacun des personnages de J. O’Connor, tous attachants et  si universels.

Brigitte Clavel Delsol

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 19:20

 

 

 

 Editions : Albin Michel

Parution : Avril 2014

554 pages

22,90 €

 


Ce roman a plein d’atouts : un contexte historique très représentatif  du  XIXème siècle aux quatre coins du monde, un protagoniste qui n’a rien d’un héros  mais  qui transforme ses désillusions militaires en esprit de justice, un livre d’action dotée d’une fine étude  psychologique . D’emblée le lecteur découvre la cruauté du sergent Bowman, militaire dans l’armée navale de la Compagnie des Indes chargé d’une attaque contre  les Birmans. Mais sa mission échoue et les Birmans vont lui faire subir, ainsi qu’à ses camarades rescapés, des tortures innommables dont aucun  ne se remettra. Un retour inespéré  dans un  Londres noir de choléra et de puanteur symbolise la fin de l’Ancien Monde. Là un crime sauvage dans les égouts londoniens a toutes les caractéristiques des tortures birmanes.  Rien ni personne n’empêchera le sergent Bowman de rechercher l’auteur du meurtre, quitte à partir dans un « Trois mille chevaux-vapeur » là où résonne la guerre de Sécession, et mettre sa vie en péril… Et c’est ainsi que le lecteur s’attache à cet ancien mercenaire qui  semble avoir un cœur et marche doucement vers sa rédemption. Tout à la fois  plein de promesses comme l’avancée vers l’Ouest  et la liberté, mais combien révélateur de la nature humaine, ce livre est  d’autant plus fascinant qu’il rappelle au  lecteur les sempiternelles répétions de l’Histoire …

Brigitte Clavel Delsol

 

 

 

 

 

 

 

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 13:39

Editions : Stock

Parution : Avril 2014

253 pages

19 €

 

 

Le souci d’écrire l’Histoire ne quitte pas F.Tallandier. Alors celui-ci reprend sa plume là où il s’était arrêté dans son précédent ouvrage, au  VIIème siècle de l’ère chrétienne. Heraclius de retour à Constantinople agonise dans le plus profond désespoir, car, avec l’abandon de Jérusalem d’où il revient  mortellement blessé, il a perdu sa notoriété et pressent la chute de son empire. Pendant ce temps le roi Dagobert a beaucoup de mal  à quitter ce monde où il eut tant de chance. Et c’est là que se révèle le talent de F. Taillandier. Il montre combien la gloire peut être vaine, la prospérité éphémère et la reconnaissance injuste. Il poursuit ses portraits en prenant toujours compte de l’héritage familial et territorial, de la psychologie de chacun et des circonstances qui font qu’un homme comme le grand calife Omar, une fois sous l’emprise de Muhammad, ne tient plus ses promesses  de tolérance et ne pense qu’à l’extension de l’islam.  L’esprit de conquête, l’ambition, la jouissance ne cesseront-ils jamais ? Ainsi à l’instar du  moine Frégédaire, F. Taillandier  cherche la vérité dans le cœur des hommes, veut rester juste  dans ses portraits, libre dans ses jugements et fort dans l’adversité. « Et toi, vas-tu rester à les  regarder passer ? » semble-t-il dire à ses lecteurs, comme Boniface à Charles Martel. Car le chemin de l'homme est inextricable, sa tâche est toujours à recommencer sans jamais connaître son aboutissement immédiat. Point de pessimisme en F. Taillandier. Seulement une invitation pour  prendre  rang  dans l'histoire universelle, car tout acte, selon lui,  s'inscrit dans l'Eternité

Brigitte Clavel Delsol

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 08:51
Edition : Gallimard
Parution : Mars 2014
231 pages
19,50 €


C' est un J.M.G Le Clézio égal à lui-même que le lecteur retrouve dans ses deux dernières nouvelles avec son  style bien spécifique où toujours l'innocence  rejoint l'essence même de la poésie.
 Dans "Tempête", seule la mer  qui entoure l'île coréenne d'Uto  peut effacer la mort, la solitude, la culpabilité , le remords. Elle est refuge pour Mary,  consolation pour June,  nourricière pour les femmes indigènes et pour Mr Kyo une force qui efface tout sur son passage, " une porte qui s'ouvre  sur un autre monde" et qui  ne donne " plus envie de revenir sur terre". Mais June,comme un ange de lumière, va intervenir sur le chemin de celui-ci et lui redonner peu à peu  goût à la vie, à la terre, et même à un nouveau départ... Car, si les yeux vert d'eau  de Mr Kyo attirent l'adolescente malheureuse en recherche d' affection, celui-ci se révèle vite impuissant, en tout cas peu en osmose avec la nature dans son attirail de pêche, à la différence des vieilles pêcheuses sous-marines  qui sauvent l'enfant de la mort.
Car il y a deux catégories de gens que  le lecteur découvre dans la deuxième nouvelle "Une femme sans identité":
ceux  qui vivent au jour le jour au gré de leurs caprices, de leurs passions amoureuses ou pleines de haine, qui jouent "au jeu des déplacements" avec une totale insouciance ou une cruauté impitoyable,déménagent en cas de guerre, divorcent en cas de mésentente, abandonnent à son triste sort l'enfant orphelin.
Et ceux qui, victimes de  la violence comme Rachel, cherchent à exister à tout prix , à etre reconnus  par tous les moyens, à prendre  " n'importe quelle place" au sein de l'univers, quitte à oublier le beau  rivage au sable blanc et n' y revenir que par miracle.
Ainsi J.M.G Le Clézio entrouvre la porte de la misère trop souvent ignorée, montre du doigt le mur qui sépare deux mondes, celui des fantômes et vagabonds errant sans identité aucune, et  ceux qui abusent égoïstement  de leurs titres et de leurs droits. 
L'auteur, lui, incite à faire de la vie "une histoire plus  belle qu'un rêve".
Brigitte Clavel Delsol
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