Editions : Albin Michel
Parution : Mars 2009
311 pages
22€
Impossible de passer sous silence ce livre sur Virginia Woolf qui a remporté le 1er prix des biographies de l’année 2009. Les convictions féministes bien connues de Viviane Forrester se plaisent à dénoncer le monde machiste qui environnait Virginia Stephen comme Virginia Woolf. Selon le biographe, le beau-père, les demi-frères et le mari de Virginia Woolf sont tous responsables du déséquilibre psychique de celle-ci. Les incestes des uns et les unions bisexuelles des autres perturbent cette âme sensible. De plus son époux neurasthénique, à la fois complexé de son origine sociale et avide de célébrité, la convainc de sa frigidité comme de sa folie et la prive de maternité afin qu’elle se consacre tout entière à son talent d’écrivain. « Torche embrasée d’émotions », Virginia va multiplier les sentiments contradictoires. Elle éprouve haine et scrupules vis-à-vis d’un beau-père tyrannique, elle tisse des liens intimes avec sa sœur Vanessa tout en lui volant son époux, elle se révèle antisémite mais proclame en public « notre judaïté » et nomme son mari « mon Juif », elle cohabite avec lui mais rien ne les rapproche. Leonard Woolf ne comble pas son cœur, ignore son mal-être, ne songe pas à l’écouter et n’hésitera pas à vendre sa correspondance. Virginia, elle, continue à souffrir et s’efforce d’avancer car elle sait, comme Septimus dans « Mrs Dalloway », qu’ « une fois que vous êtes tombé, la nature humaine est sur vous ».Et c’est debout dans une mare qu’elle s’enfoncera, avec des pierres plein les poches et un cœur lourd de solitude.
Brigitte Clavel