Editions : Philippe REY
Parution : Août 2009
603 pages
20 €
Dommage que cette longue saga soit publiée à la fin de l’été, car plus d’un vacancier aurait apprécié l’histoire mouvementée de cette famille d’aristocrates bien caractéristique de notre époque. Celle-ci souffre des méfaits de l’après-guerre, des défaites coloniales et surtout de la décadence intellectuelle et morale qui s’infiltre au château familial comme dans la vie parisienne. Si les caractères sont aussi diversifiés que nombreux, le lecteur retrouve en chacun d’eux un désir de modernisme mêlé à un attachement inaltérable aux traditions, un sens de la famille empreint d’un vent de liberté, un besoin de se réaliser soi-même dans un contexte social incompatible avec celui du berceau familial. L’hérédité est là avec tout son poids mais aussi toutes ses hautes aspirations. Le marquis satisfera-t-il son village en menant une politique d’investissements modernes ? Comment son fils Tancrède trouve l’audace de dévoiler les œuvres d’art d’une tante déshonorante ? Comment la propriété peut-elle être rénovée, si ce n’est par un gendre parvenu ? Bref une histoire de famille qui n’est pas la première et qui peut faire l’objet d’un bon film télévisé. L’auteure offre un beau miroir de la société d’aujourd’hui, n’omet aucun cas de figure à tel point que cette sympathique tribu, écartelée entre tabous et défoulements, devient totalement « insomniaque ». Car comment dormir en paix, quand sonne le glas des valeurs traditionnelles, que le patriotisme est porté aux gémonies, que l’humanitaire est plus prisé que les soins prodigués aux proches ? Camille de Villeneuve rappelle Michel de Saint-Pierre : même lucidité, même désarroi, même quête de vérité et de bonheur…
Brigitte Clavel Delsol