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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 07:36

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2011

403 pages

23 €

 

 

Ce roman, bien américain, plonge le lecteur dans une psychose que l’auteur semble attribuer à la génétique certes, mais facilitée par la  technologie. Si  les jeunes protagonistes  ont  du mal à accepter la société telle qu’elle est, ils y nagent comme des poissons dans l’eau.  Trois histoires parallèles se déroulent  aussi vraisemblables qu’époustouflantes.  Ryan,  dans l’Etat du Michigan, retrouve son père biologique qu’il croyait être  son oncle, un  baroudeur malhonnête et drogué, bien plus attrayant que son père adoptif. Lucy, jeune étudiante à Pompey dans l’Ohio, suit, sans bien le connaître mais avec une confiance aveugle, son professeur d’université George Orson. Miles recherche son jumeau Hayden, schizophrène qu’il aime profondément. Thriller au fil conducteur très plausible et plein de fines analyses psychologiques, le livre révèle que la plus grande fragilité humaine peut  camoufler, sous un physique insoupçonnable, un dangereux mythomane. Pour exister, des hommes  sont disposés  à jouer tous les rôles, séducteurs, menteurs, escrocs, assassins. Sans scrupule  ils montent des sociétés fictives sur internet ou suppriment des parents gênants, changent de passeports  en même temps que de pays. Et pendant cette folle course-poursuite à la quête d’une identité, ils ne retrouvent plus leurs repères, les paysages de l' enfance ne sont plus les mêmes et leurs proches, sans rien comprendre, deviennent leurs souffre-douleurs.  Dan Chaon parvient  à donner « le vertige et la nausée » et faire croire qu’ « on peut être qui on veut » et avoir plusieurs vies. Seuls un frère et  une sœur sont toujours là pour témoigner que  le  vrai soutien ici-bas  est la famille.

B.C

 


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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 15:08

                 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2011

252 pages

18,50 €

 

 

 

Ce roman donne raison à Bachelard qui disait que "l'eau est un lait pour l'inconscient". Pascal Quignard transporte le lecteur sur les landes qui s'étendent au-dessus des falaises de St Lunaire à St Briac, en compagnie de personnages malheureusement frappés dès leur tendre enfance et dont les tourments intérieurs s'apaisent au contact de la nature environnante. A force de parcourir les dunes mouillées de pluie ou d’embruns, Claire Methuen devient aussi décharnée et blanche que les coquillages délavés. Sa passion d’enfance impossible pour Simon, aujourd’hui respectable père de famille, se transforme en une contemplation obsessionnelle qui la ronge comme le sel. "Les solidarités mystérieuses "  apparaissent comme un désir instinctif des corps, sans pacte ni même compréhension mutuelle, auquel  Claire et Simon ont du mal à résister, de même que  Paul, le  frère de Claire, et Jean, le jeune  curé. Bien triste tableau d’où le véritable amour est exclu : accidents volontaires, suicides, divorces, violations de serments, héritage injustifié, incendie criminel, chacun pense à soi, "j'en ai assez de servir". Demeure heureusement  un imperturbable et magnifique  tableau de la côte bretonne, où Claire prend plaisir à se perdre ou à se sauver …

Brigitte Clavel

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 16:05

 

Editions : Actes Sud

Parution : Novembre 2011

327 pages

22 €

 

 

A la lecture de ce livre autobiographique il est difficile de réaliser  que l’auteur-narrateur, de nationalité belge, est âgé de 98 ans.« L’enfant rieur » est celui qu’il était vraiment,  que personne ne percevait, mais qui, au bout d’une longue vie, resurgit plus fort que jamais. Grâce à des talents de psychanalyste autant que d’écrivain, Henri Bauchau brosse un environnement  qui a toujours été cause de ses tourments. De son plus jeune âge jusqu’à sa maturité, il souffre de scrupules et du doute de soi. Car les situations où il se trouve opposent sans cesse son cœur à sa raison. Dès 1916 « il est forcé de vivre la haine » car les Allemands envahissent la Belgique, tout en conservant une admiration secrète pour un père chasseur de papillons. Que ce soit la domination d’un grand frère, l’autoritarisme d’un oncle, l’emprise d’un ami, l’audace d’une femme, rien ne lui échappe. A cela s’ajoute l’esprit dictatorial de l’Eglise qui finit par l’amuser. Mais l’ordre  de l’armée belge de capituler  en  avril  40 alors qu’il est officier l’affecte profondément. Tout est donc  cause de soumission, de révolte intérieure et de désarroi. « Rien de ce qui arrive n’est ma propre aventure ». Rien n’est feint, le narrateur est lucide autant sur ses faiblesses que celles de l’humanité, sur l’ironie du sort qui peut rayer une histoire d’amour comme  déclencher une guerre. C’est en l’écrivant noir sur blanc qu’il se renforce, comprend ses renoncements au service du bien commun et redevient « l’enfant rieur ». Sans doute est-ce la raison pour laquelle l’histoire de sa vie  se lit avec tant de plaisir…

Brigitte Clavel

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 09:01

 

 

Editions : Télémaque

Parution : 2011

407 pages

22 €

 

 La peinture de Fragonard a pour but d’inventer le bonheur, telle est l’idée maîtresse de Sophie Chauveau, qui a l’art de faire revivre non seulement cet homme  trop souvent caricaturé par son « genre fripon » mais aussi  ses maîtres et ses amis bienfaiteurs. Méridional à la chevelure couleur feu, Fragonard enflamme tout ce qu’il rencontre. Avide de soleil et de chaleur, de luxe aussi pour une mère qui se tue à la tâche, il transforme en croquis et peintures tout ce  qu’il croise à  Paris. Et Sophie Chauveau de suivre à la trace ce jeune provençal qui, ayant frappé  à la porte des deux plus célèbres ateliers parisiens, celui de Boucher qui le fait rêver et celui de Chardin qui le fait travailler, entre rapidement à l’Académie Royale du Louvre, avant d’être appelé à l’Institut de Rome. Là n’est pas la vocation de Fragonard. A une carrière académique qui se limite à copier les grandes fresques del’histoire, il préfère ses polissonneries où les saynètes amoureuses sont joyeuses et l’imagination règne en maître. Son retour à Paris est tragique : aux épreuves familiales s’ajoutent les horreurs de la Révolution. Fragonard regarde passer les évènements, partagé entre ses amis révolutionnaires comme le peintre Jean-Louis David ou ceux emprisonnés comme Hubert Robert ou Houdon. Sa peinture devient plus rare mais plus grave : les madones succèdent aux mondaines, les enfants joufflus alternent avec les portraits de ceux qu’il aime, la paix intérieure semble le rattraper même si sa renommée, trop Ancien–Régime,  passe de mode. Peu importe : « Ça n’est pas seulement un métier, la peinture…c’est aussi un art ! Et ça se travaille tous les jours, parce que ça aide à vivre. Pas seulement à manger! ».

Brigitte Clavel

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 07:44

                                

Editions : ACTES SUD

Parution : Août 2011

170 pages

17 €

 

 

 

Haïtien  fier de son pays, Lyonel Trouillot a une écriture qui lui ressemble, violente  quand il parle des hommes d’affaires,  poétique quand il s’agit de sa terre ouverte sur la mer. Le narrateur, un autre lui-même, prénommé Thomas, a pour mission d’amener Anaïs, jeune occidentale, à L’Anse-à-Fôleur. Dans ce coin d'utopie, la seule chose importante est le bonheur des habitants. Jadis le grand-père d’Anaïs, homme d’argent caricaturé à l’excès pour avoir rompu avec la tradition communautariste du village, est mort de façon énigmatique, laissant derrière lui une réputation plus que sulfureuse et un fils destiné au voyage, « la belle amour humaine ». Le trajet est long pour parvenir à Anse-à-Fôleur et Thomas a tout le temps nécessaire pour initier Anaïs aux habitudes des autochtones. Pas question  pour ceux-ci de révéler leur mystère, ni de faire la moindre  concession à des touristes prétentieux et encore moins à des résidents profiteurs, voire criminels. Et si Anaïs arrivait comme un sauveur, un réconciliateur entre passé et présent, un porteur de dons gratuits plutôt qu’un demandeur de comptes ? Et si Thomas parvenait à faire une fête d’un soir de funérailles? Alors il atteindrait son but, leitmotiv du livre : faire bon usage de sa présence au monde  en donnant à chacun sa place dans le beau tableau de l’existence…

Brigitte Clavel

 

 

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:46

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2011

220 pages

16,90 €

 

 

Le livre n’en finit pas de montrer l’incapacité de Fadila Amrani, marocaine sexagénaire, à apprendre à lire et à écrire dans un pays qui n’est pas le sien. Mais comment vivre sans reconnaître les numéros de téléphone et les noms de rues, sans parler des papiers administratifs à remplir ? Edith, sa patronne, veut l’aider à s’en sortir, essaie toutes les méthodes d’alphabétisation possibles, mais rien n’y fait : Fadila ne fait aucun progrès. Le lecteur petit à petit va comprendre que ce blocage intellectuel n’est pas dû à un esprit inintelligent, ni à un manque de courage, mais  à une vie trop lourde d’épreuves. Le  bon sens de Fadila, sa lucidité sur les us et coutumes des pays en voie de développement et les inepties des pays civilisés, tuent peu à peu cette femme impuissante devant les souffrances de l’existence. Le livre s’achève sur un pays de rêve, là où poussent des amandiers, même si les amandes y sont amères…

Brigitte Clavel
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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 12:11


 

 

 

Editions : Salvator

Parution : Avril 2011

275 pages

18 €

 

 

C’est avec un style prosaïque que l’auteur aborde un sujet des plus spirituels dans un contexte tout à fait  ordinaire. Yanis Bastien est las de ses deux adolescents  provocateurs, qui logent chez lui comme deux locataires, indifférents à sa tristesse de père. Ses  nuits deviennent de plus en plus tourmentées,  il sent  peser sur lui une présence inéluctable, voire même « un faible  souffle d’air ». Et si c’était « la brise légère » que ressentait déjà Abraham? Et  si l’excentricité de son fils était tout simplement  celle  de Néonikos, fils de Damalys? Le miracle existe,  dans la Bible comme dans la vie de tous les jours.  L’histoire du clochard qu’il rencontre, Luigi, jadis perceur de coffres-forts, le prouve. Aujourd’hui ce sont les cœurs que celui-ci  perce et réconforte. Comme Jésus, Luigi meurt pour ceux qu’il aime. Comme St Pierre renie  le Christ, Yanis renie Luigi et pleure. Où trouver le soutien de Dieu ? Et c’est là le paroxysme… Yanis court le chercher entre les murs d’une église où il s’entend dire que « le seul lieu sacré est l’être humain ». Alors si Dieu habite son fils, la place de Yanis est à ses côtés…Dommage que l’auteur ne reconnaisse pas  que si les lieux saints étaient plus fréquentés, il y aurait moins d’adolescents désespérés et de parents angoissés …

Brigitte Clavel

 

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 20:56

                                               

 

Editions : Julliard

Parution : Mars 2011

232 pages

19 €

 

Charles IX a la réputation d’un roi fou. Jean Teulé  lui consacre  une biographie où il révèle avec art et  subtilité  la grande bonté de celui-ci et les raisons  de sa démence en partie provoquée par de plus fous que lui. Le livre commence à la veille de la St Barthélémy où Charles IX est le seul qui fasse preuve de lucidité: il ne comprend pas la nécessité d’un tel massacre, considère l’amiral de Coligny, chef des Huguenots, comme un « père » et non comme un traître. Mais, trop faible pour résister longtemps à l’autoritarisme de la reine mère et aux moqueries de son jeune frère dévoyé, il cède et des milliers d’exécutions ont lieu.  Dorénavant la Seine devant les fenêtres du Louvre est rouge de sang, la France a perdu ses meilleurs serviteurs, les « croa ! » des charognards dans le ciel de Paris  se confondent avec les « crois ! » des fanatiques. Charles IX, hypersensible de nature, s’enfonce dans une tristesse de plus en plus  morbide, fuit toutes les décisions, se réfugie dans la chasse où le sang coule à flot et qu’il a plaisir à boire, mais pas à faire couler … Hémophile de surcroît, il est hanté  par ce sang qui saigne de son propre corps. Personne ne saura soulager ses maux, ni lui expliquer pourquoi  le cerf de la tapisserie murale a son  œil qui change régulièrement de couleur…La solitude des rois n’est pas un mythe.

Brigitte Clavel

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 10:00

                                 

               

 

Editions : Flammarion

Parution : Novembre 2011

309 pages

19 €

 

 

Personne ne peut  résister à l’opportunité de sauter dans le Transsibérien ni échapper à l’envoûtement du style de Paolo Coelho et à ses références pluriculturelles. D’où le succès de son dernier livre où le surréalisme est malheureusement trop vite rattrapé par les obsessions de l’auteur. La jeune violoniste  Hilal est éperdument amoureuse de l’auteur-narrateur, lui impose  sa présence alors que celui-ci s’embarque à la recherche tout à la fois d’une paix intérieure  et d’une notoriété auprès de  ses lecteurs. Cet espace clos que représente le train va réveiller en lui ses démons intérieurs qu’il pense être « Energie divine ». Persuadé qu’il est réincarné pour la troisième fois après avoir été un lâche dominicain de l’Inquisition et un écrivain du XIXème siècle, il finit par reconnaître en cette irrésistible  Hilal une de ces femmes de ses vies antérieures par  laquelle il est indéniablement attiré physiquement. Mais l’âge aidant, Paulo Coelho va parvenir à prouver que l’union sexuelle peut être dépassée par l’ « Aleph »,  transe mutuelle en forme d’anneau de lumière où convergent Temps et Espace, grâce auquel des nuits chastes  épargnent une infidélité à sa femme  dévouée !!! Livre somme toute amusant, d’autant plus que l’auteur se considère comme  un métaphysicien émérite…

Brigitte Clavel

 
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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:16

                                      

 

 

             Editions : Héloïse d’Ormesson

             Parution : Octobre 2011

             121 pages

             15 €

 

 

              Les talents d’écriture de Jean d’Ormesson sont aussi surprenants que les victoires remportées par Bonaparte. Le voilà aborder un genre  littéraire nouveau, celui du théâtre,  avec un style plus jeune que jamais et un thème des plus contemporains: celui de l’ambition politique. Ainsi se déroule la conversation entre Bonaparte, premier consul, et Cambacérès, deuxième consul, dont les propos abordent tous les sujets : conquêtes militaires, manœuvres politiques, réformes sociales, histoires d’alcôves et  désir inassouvi de  richesses chez les futurs princes d’empire. Mais le plus important est la vision de Bonaparte à visage découvert. Ses aveux lui ressemblent. Rien ne fait peur à cet "homme comme les autres", pour qui la gloire est le but suprême. Dès le début de l'entretien il fait acte de sa carrière pour réclamer un titre plus grand que celui de roi.Il veut être César. Il aime la grandeur. Pour y accéder, nul besoin du droit divin : il suffit d’un peu de ruse et trouver réconfort  dans un miroir aux alouettes …

       Brigitte Clavel 

             

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