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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 12:36

 

Editions : Stock

Parution : Septembre 2011

151 pages

17 €

 

 

Comme dans « Un cœur intelligent »paru l’année dernière, Alain Finkielkraut  propose à ses lecteurs quatre  romans où chacun des personnages amoureux universalise à sa façon le thème de l’amour impossible. Ni moraliste ni idéaliste, mais philosophe et sexagénaire de notre siècle où « l’enfant de  bohème est devenu roi », il s’insurge de voir « la princesse de Clèves » considéré aujourd’hui comme un ouvrage arriéré alors qu’il est empli de vérités psychologiques éternelles. Mais les us et coutumes  ont changé avec  la révolution sexuelle et «  le conformisme bourgeois » a laissé place au « conformisme pulsionnel ». Ainsi « Le professeur de désir » de  Roth reconnaît les conséquences catastrophiques des amours dissolus qui finissent par l’empêcher d’aimer Claire, symbole de pureté.  La cause du désamour n’est pas dans l’autre, mais dans le moi. Rien de plus dangereux que l’amoureux de l’amour qui  ne voit plus le destinataire, mais n’aime que lui-même. Bergman aussi dénonce la sincérité des sentiments spontanés et lui préfère « le mensonge miséricordieux».De même pour les plus beaux personnages kunderiens, la condition mortelle, avec toute la fragilité humaine  qu’elle implique, incite plus à l’amour qu’une exaltation  momentanée. Tamina, dans « Livre du rire et de l’oubli »,comme la princesse de Clèves , aurait eu plus de facilité à tromper son mari vivant que mort. C’est la délicatesse de Tereza qui fascine Thomas, héros  de « L’Insoutenable Légèreté de l’être ».  La compassion qu’il ressent pour elle le rend responsable d’elle. La mort serait-elle alors le ciment de l’amour ? Et si l’amour durait au-delà de la mort, son éternité ne serait-elle  pas sa caractéristique première? C’est ainsi que  Alain Finkielkraut réhabilite le mythe antique de l’amour indissociable de la mort et concilie philosophie et littérature.

Brigitte Clavel

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 07:08

                                               

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mars 2011

110 pages

15 €

 

 

 

Quête de la couleur du temps, « Celui qui passe et non celui qu’il fait », amour pour une mère toujours sur le départ et pourtant omniprésente, perçue en rouge éclatant alors qu’elle se trouve dans la blancheur de la mort, porteuse de paix et de tendresse en même temps que d’« une montagne de douleur » et  « une ivresse de bonheur »: un livre plein de contradictions, d’amour et de désappointement. Malgré « un passé qui a souffert de déconstruction, de scissions, de schismes et de cloisonnements », point de rancœur de la part de l’auteur. Il s’agit seulement d’un chant dédié à une  Phèdre abandonnée au « fatum », à une terre inconnue qu’on rêve d’embrasser. Etre de  mystère, lumière en perpétuel mouvement,  Tina Jolas est la muse d’André du Bouchet et de René Char ;  mensonge innocent, « fougère souple », elle est aussi l’inspiratrice  de sa fille, Paule du Bouchet, qui, après beaucoup de souffrance, lui consacre ce très joli ouvrage salvateur.

Brigitte Clavel

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 16:52

 

                           

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2011

311 pages

21,50 €

 

 

 Dans son dernier livre, Christian Signol reste fidèle à sa passion de toujours : sa terre  natale de Corrèze. Le roman se situe en 1999 lors de la grande tempête qui mit par terre les plantations de Bastien Fromenteil, septuagénaire, las de tant d’efforts toujours à recommencer. La structure narrative est rythmée par les allers retours de sa petite-fille Charlotte qui ressuscite en lui des souvenirs qu’il voulait oublier. Deux mondes se font face : celui d’une jeunesse urbaine qui refuse les mystères et ne peut se passer de la technologie, celui des  paysans attachés  à leurs terre et leurs traditions. Charlotte sera-t-elle  vaincue par la maladie comme les arbres de Bastien par la tempête ? Roman sans prétention, où  Christian Signol donne à la technologie comme à l’amour et à la nature  la place qui leur revient.

Brigitte Clavel 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 08:15


 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2011

201 pages

16,90€

 

 

Le sujet de l’histoire paraît sombre et insolite dans un siècle laïc où le terme de sacrifice est révolu. Mais le style fluide de Carole Martinez sur lequel se greffe une grande sensibilité poétique envoûte le lecteur dès la première page.  Il nous transpose au XIIème siècle où la jeune Esclarmonde préfère « la robe de pierre » de  l’emmurement à celle du mariage. Bien vite  l’auteur, à l’aide d’un chatoiement de couleurs, transforme « le domaine des murmures » en un domaine de chants élogieux où vont accourir tous les pèlerins de la terre. Car la réclusion délibérée  de la jeune héroïne en fait une sainte, une pythie, une prophétesse, une vraie femme qui parvient à transformer  l’homme brute et violent en un  croisé dévoué ou un doux ménestrel. Il s’agit donc d’un sujet des plus contemporains, un féminisme indéniable  que Carole Martinez enveloppe avec subtilité dans la capacité de la femme à voir l’invisible, jusqu’à envisager une vie monacale.

Brigitte Clavel

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 17:37


 

Editions : SALVATOR

Parution : Juin 2011

818 pages

24,50 €

 

 

  Il y a des romans où l’histoire et la fiction ne font qu’un.  Ce livre de M.D.O’Brien, canadien réputé  autant pour ses peintures que son écriture, dévoile les affres de la guerre en Yougoslavie des années 1944 à nos jours.  Josip Lasta, jeune croate, voit  son village et ses alentours  sauvagement exterminés tour à tour par les nazis et les  Résistants communistes.  La fuite  et le silence sont l’unique moyen de survie. De même, seules les mathématiques permettent son accès à l’université, la culture de tradition chrétienne étant formellement interdite par Tito. Là, il rejoint une association secrète d’intellectuels et d’artistes. Malheureusement celle-ci est rapidement disséminée. Interné dans un camp de la mort où il subit les pires horreurs, Josip parvient à s’enfuir à la nage en Italie avant de rejoindre l’Amérique. La Yougoslavie est  comme lui : une  «  île au cœur du monde ». Voilà ce que veut montrer l’auteur.  Après avoir été victime de  haine et de  violence, Josip souffre du mépris et de l’ignorance de ses contemporains occidentaux. Un roman certes, mais qui apporte au lecteur la même mauvaise conscience que ressent Josip depuis les Etats-Unis quand, en 1990, le monde est impuissant devant l’agression de  la Serbie. Le bonheur ne viendra qu’avec le pardon. Mais  sa vocation, elle, ne change pas : soulager les miséreux, leur apporter cette faculté d’envol si bien symbolisée par l’hirondelle croate, combattre les idéologues,  manipulateurs et faux prophètes qui anéantissent l’homme, car les camps d’extermination sont partout : « Là-bas on tue les corps, ici on tue les âmes». L’enjeu de M.D O’Brien est ambitieux : il veut restaurer une  civilisation chrétienne,  où le respect de l’homme, quel qu’il soit,  est le véritable  fondement de la paix. Josip fait partie de ces héros inoubliables dont  la rédemption personnelle est une véritable  leçon d’amour.  Livre épais mais poignant qui fait de Josip Lasta un homme inoubliable. « C’est le bruit de la vie. Le son de l’avenir ».

Brigitte Clavel

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 08:59

 

 

Editions : Grasset

Parution : Février 2011

173 pages

14 €

 

 

« Quand il ne reste rien d’autre, il faut hurler. Le silence est un véritable crime contre l’humanité ». Telle est la raison de cet ouvrage : faire connaître au monde les horreurs de la grande terreur de 1937 dans l’Union des Républiques soviétiques. Rien n’ y est inventé : Jean-Pierre Milovanoff se base sur les notes mêmes d’un protagoniste  ukrainien retrouvées dans les archives de sa famille.  Fourgons entiers de cadavres jetés clandestinement dans des fosses communes, bureaux de police d’état transformés en   salles de torture, gardiens de prison embauchés pour leur surdité tant les cris des détenus sont  insupportables. La cruelle réalité ne se limite pas au décor de cette petite bourgade. Le commandant Gromov est très fier de son service au Parti, jusqu’à ce qu’il soit remis en cause par Moscou : Staline, de plus en plus impatient de voir  les quotas d’exécution atteints, lui reproche un nombre insuffisant d’arrestations.  Il est aisé pour Gromov d’accuser de trahison un gradé qu’il n’a jamais supporté, un fin intellectuel, le capitaine Anton Vassiliev, fils d’une famille amie des parents de l’auteur. Mensonges, trahisons, supercheries, délations, campagne d’éradification, torture lente du « cercueil », l’horreur est à son comble, l’indicible est deviné. Mais plus le lecteur avance dans le livre, plus le style est empreint de poésie, de lucidité, de désir de justice et de liberté ainsi que de nombreuses preuves de compassion et d’amitié : « il n’y a pas de fatalité et Staline n’est pas un dieu », encouragera l’ami secourable Mikhaïl Koutzine.  Ainsi Milovanoff, tout en rendant hommage à ces  millions d’innocents, morts sans savoir pourquoi, rappelle la beauté de l’insoumission et la préciosité de  la mémoire :   « Retiens le et raconte le à tes enfants pour qu’ils sachent ce que nous avons enduré et qu’ils désignent le fautif. Mais qu’ils ne se vengent pas ! La vengeance est le portillon de l’enfer. »

Brigitte Clavel 

 

 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 09:08


 Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2011

261 pages

18 €

 

 

L’altruisme semble être la qualité première de tout philosophe soucieux du bonheur de l’homme. L. Jerphagnon n’échappe pas à cette généralité : son seul désir est que ses lecteurs trouvent  dans ce livre de quoi affirmer ce qu’il nomme leur «  ipséité », c’est à dire leur « moi ». Pour cela il aborde les sujets les plus sérieux, qu’il nomme plaisamment « bagatelles », avec une tonalité légère et spontanée, à laquelle il associe humour et authenticité, érudition et intuition. L. Jerphagnon juge l’avenir de notre civilisation indissociable du passé. Créer une philosophie nouvelle n’est pas  le but de cet historien-philosophe : « Il y a bien assez d’intellectuels pour ça ». Celui-ci veut simplement rappeler l’évolution  de la pensée  pour mieux connaître  ses conséquences dans le quotidien. L’étonnement est la pierre angulaire de sa réflexion qui, en chassant l’absurde de la routine, apporte l’émerveillement et avec lui  l’espérance. Jerphagnon différencie le savoir et la foi, mais ne les juge pas incompatibles. Il rejette  le « politiquement correct » et  l’idéologie  qui  empêchent  de penser, il  prône l’esprit libre  qu’il faut savoir partager. Il reconnaît la banalité mais invite à l' "assumer... sans jamais s’y résigner ». Ainsi le mythe sous l’Antiquité avait déjà pour but de tuer la solitude  et le non-sens de l’existence. Et c’est  à partir de cet hellénisme païen qu’est née "l’idée d’une divinité non plus matérielle ou corporelle, mais bien spirituelle et transcendante ». Le malheur est que l’homme ne transcende plus ni le monde, ni l’amour, et que le mal ne peut être éludé…Un seul remède: ne pas tomber dans «un coma intellectuel » et apporter à la société « le supplément d’âme »  dont  elle a tant besoin, disait déjà Bergson. Livre conseillé à tous ceux ébranlés par les contingences  de l’existence.

Brigitte Clavel

 

 

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 21:02

 

Editions : Presses de la Cité

Parution : Juillet 2011

417 pages

21 €

 

 

Bien que son thème  soit celui de la deuxième guerre mondiale, ce  roman à la plume très féminine, se lit volontiers.  Le lecteur y découvre une fratrie partagée  entre l’épuration nazie au nom de la grandeur de l’Allemagne et un humanisme judéo-chrétien conscient des horreurs que le Reich engendre.  Elise Fischer et Geneviève Senger  analysent avec psychologie  l’engagement d’une aristocrate allemande au service du Führer  et celui  de sa sœur adoptive, d’origine juive et française, lucide sur le sort de ses compatriotes. Tandis que l’une met  aveuglément  toute sa  confiance au service d’Hitler,   l’autre  se donne pour but d’ « être  utile et efficace, libre et le rester ». Ce joli roman   faire revivre cette époque dominée par l’instinct de puissance  engendrant  haine et extermination, mais où quelques personnages savent encore faire preuve de  grande lucidité et de sacrifice. Personnalités politiques,  batailles et attentats   sont  représentés, peut-être parfois  avec  amateurisme, mais  le néophyte y trouve une belle leçon d’amour où « la goutte d’eau dans l’océan du Mal » peut parvenir à changer le cours de l’histoire.

Brigitte Clavel

 

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 14:14

                                

 

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2011

158 pages

17 €

 

 

 Les  nouvelles  de Laurent Gaudé qui composent son dernier livre présentent quatre situations d’époques différentes, toutes également riches en leçon. Les noms, « le vieux Négus »,  « le bâtard de l’Aventin »,  «  le golem », «  la bête », scandent chacune des  histoires, Gaudé voulant faire de ses personnages fictifs des réalités vivantes. Et il y parvient. A partir de faits et gestes individuels, c’est l’universel qu’il décrit, la folie de l’homme  engendrée par les  horreurs de la guerre, son aveuglement  face à l’anéantissement imminent de la civilisation ou sa lucidité impuissante face aux  forces du mal. Il n’oublie rien : la tristesse incurable, la nature consolatrice ou vengeresse, la peur inextinguible, la honte de la capitulation.  Le style est magnifique, la description des lieux et des sentiments unique, le message important et à décrypter d’urgence.

Brigitte Clavel

 

 

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 14:09

                                                             

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2011

216 pag

18 €

 

Sans doute Siri Hustvedt bénéficie-t-elle de deux atouts majeurs pour que son livre se trouve sur les étalages de  toutes les librairies : d’abord le fait d’être l’épouse de Paul Auster et ensuite l’à-propos de son titre pendant cette période estivale. Mais le lecteur a le droit d’être déçu par un style et une traduction aussi pauvres l’un que l’autre et  même être choqué par les expressions crues d’une féministe invétérée ou mieux d’une refoulée en mal d’amour et de reconnaissance. Et pourtant, malgré la meurtrissure de celle-ci, il décèlera une femme capable de se tourner vers les autres au lieu de s’abandonner à des remèdes psychiatriques. Mia, que son mari a quittée, ouvre son cœur à plus malheureuses qu’elle. Mais, en chacune de celles-ci, femmes âgées ou adolescentes, elle découvre un vide infernal, une libido inassouvie. Son remède ?  Faire éclater au grand jour le noir obscur de l’âme, la souffrance trop souvent prise pour de la folie. L’urgent est de faire appel à « la danse de l’imagination », peu importe la  qualité des ouvrages réalisés.  Une aide à la détresse, une invitation à mieux vivre, voilà ce que Mia veut apporter à son triste entourage ; et elle y parvient , même si elle a perdu l’innocence et la pureté de sa fille Daisy qui n’a d'autre souci que la réconciliation de ceux qu’elle aime.

Brigitte Clavel

 

 

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