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11 janvier 2024 4 11 /01 /janvier /2024 14:27

« L’hiver de la culture » par Jean CLAIR

 

Editions : Flammarion

Parution : Mars 2011

141 pages

12 €

 

Jean Clair n’est pas une  Cassandre et le titre de son ouvrage  porte bien son nom. Car l’art ne risque-t-il pas de geler à tout jamais  s’il se limite à une pure manipulation financière, aux sculptures kitch de Koons, à l’absurdité des musées modernes qui croient faire  de l’art avec des brimborions  ? Le ton est dur, sans appel. C’est celui d’un homme las  de cette culture  qui persiste plus que jamais depuis  la révolution culturelle de 68 à se vouloir près du « peuple ». Car parler de Grand Art est contraire à la philosophie égalitariste contemporaine. Le musée d’aujourd’hui doit offrir une culture universelle identique en tout lieu. A l’écomusée du terroir succède le musée transdisciplinaire avant que s’impose l’ « Abject Art », dont les matériaux proviennent  du corps humain de « l’Artiste-Messie » ! La divinité laisse place  à la bestialité, la transcendance des chefs-d’œuvre antiques  n’a plus sa place, l’artiste actuel est ce que Marcel Gauchet appelle « l’individu total » , c’est-à-dire celui qui ne doit rien à personne comme l’enfant qui croit posséder toute la puissance du monde. « Tout mérite d’être exposé…y compris le viol et le meurtre » se vente le peintre  Otto Muehl , père de la manipulation psychique. Condamné pour mœurs perverses à sept ans de prison il sera célébré après sa libération comme un héros de la « lutte antifasciste » et « contre la morale bourgeoise ». Stefan Zweig n’avait il pas déjà entrevu dans son récit « Amok » un déchaînement de la folie humaine dans cet esthétique du sang et des déchets humains ? En attendant de donner raison à Jean Clair , il suffit de se rendre à l’exposition de  François Pinault à Venise ou aux biennales de Lyon et, à défaut, de comparer le  festin de Babylone aux noces de Cana : la désolation n’est-elle pas toujours conséquence du sacrilège ? Telle  est la mise en garde que semble vouloir faire  Jean Clair dans cet essai bien d’actualité.

B. Clavel Delsol

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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 21:11
« HHhH »  par Laurent BINET

« HHhH »  par Laurent BINET

 

Parution : 2011

Editions : Livre de Poche

443 pages

7,90 €

L’éponyme HHhH de ce livre n’est autre que l’abréviation de « Himmlers Hirn heisst Heydrich », ce qui signifie «  le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». Le titre aurait aussi bien pu être « Anthropoïde », opération militaire qui doit abattre ce monstre nazi que Laurent Binet décrit avec un réalisme stupéfiant, dicté à la fois par un souci de vérité historique et un sentiment haineux implacable. Sa plume oscille alors entre colère incontrôlée contre les nazis et  profonde empathie  pour les deux sergents tchèque et slovaque  chargés du sabotage, même s’il s’interdit un style  plus beau et plus pur que nature, car il se veut réaliste avant tout.  Et pourtant Laurent Binet est capable de révéler les états d’âme les plus ténus et intimes. Il dépeint Gabcik et Kubis dans l’innocence et la fougue de leur jeunesse, deux provinciaux impatients de  découvrir la belle « Prague aux doigts de pluie »où ils doivent faire tomber HHhH. Il montre le président tchèque Benes et le colonel Moravec bouleversés devant ces deux soldats volontaires à  l’avenir incertain. Il dénonce  le plaisir sadique d’Heydrich devant son rang de  gouverneur de Bohême-Moldavie où il réussit à instaurer la terreur. Et si Anthropoïde se fait attendre, le lecteur ne désarme pas. Mission risquée ou mission suicide ? Mission réussie ou mission ratée ? Laurent Binet  tient  le lecteur en haleine, et c’est au moment  où Heydrich, arrogant du succès du concerto de  son père comme de sa réussite personnelle est  installé confortablement dans sa Mercedes décapotable en plein virage d’Holesovice que  les deux saboteurs agissent.  La répression d'Hitler sera sanglante, et si les responsables échappent un instant à la Gestapo, il y a toujours un ami qui dénonce pour une rançon, car même Jésus eut son traître … Le livre reste néanmoins un bel hommage aux Résistants. Pourquoi revenir aujourd’hui sur cette histoire ? Car elle nous guette à tout instant…

B.Clavel Delsol

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 18:52
Hervé Bazin: Portraits de famille

Hervé Bazin : Portraits de famille

Editions : Omnibus

Parution : Février 2011

1248 pages

28 €

A l’occasion du centenaire de la naissance d’Hervé Bazin, les éditions Omnibus ont publié  un  livre présentant cinq  romans de l’auteur.  Pierre Moustiers est à l’origine de cette initiative comme  de la sélection des romans choisis, du fait qu’il est lui-même l’auteur d’un magnifique essai sur Hervé Bazin. D’un coup de plume il fustige la légende qui attribua à Hervé Bazin  la double étiquette d’un révolutionnaire anti-bourgeois et d’un autobiographe à l’enfance malheureuse. Il le prouve aisément en montrant l’opposition entre Brasse-Bouillon de « Vipère au poing » et  Arthur Gérane de « La Tête contre les murs », certes deux révoltés contre la famille, mais le premier  faisant tout pour s’en sortir, le second au contraire s’enfonçant dans la folie. Ainsi P. Moustiers fait d’Hervé Bazin non seulement un  fin psychologue, mais un « traqueur de vérité et du mot adéquat », un artisan plus qu’un artiste contestataire. Son amour pour la terre hérité des Bazin n’est qu’un atout de plus pour témoigner de  l’austérité des milieux financiers auxquels appartenait sa mère, ce  qui lui faisait dire : « Je suis un homme divisé : entre le raisonnable et l’irrationnel ». L’écriture est là heureusement pour combler ce vide et faire dans  « Qui j’ose aimer » de la propriété familiale, « La Fouve », un  personnage à part entière, voire le principal. Selon P.Moustiers le désir d’Hervé Bazin était  moins de régler des comptes personnels que de secouer  les  résignés de l’existence, se détacher du romantisme  autant que du  matérialisme,  mettre en garde de ce déséquilibre  moral qui menace tout un chacun, et surtout protéger la famille qui est pour l’enfant ce que le terreau est à la plante.  Cette magnifique préface reflète les propres talents de Pierre Moustiers,  de son vrai nom Pierre Rossi, qui a obtenu de nombreux prix littéraires et remet au goût du jour un écrivain dont « l’appétit créateur a détrôné l’éducateur donneur de leçons ».

B.Clavel Delsol

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 15:56
"Les souvenirs" par David Foenkinos

Éditons : Gallimard
Parution : Septembre 2011
266 pages
18,50 €



" Intensifier les moments de bonheur",  tel est le souhait du narrateur qui,
suite au décès de son grand-père,  regrette de ne pas lui avoir  manifesté plus d'affection. Il se promet alors de soulager la solitude de sa grand- mère et finit par ressusciter l'adage " Ensemble, c' est tout". Il découvre dans cette femme d'un âge avancé le bonheur de vivre, dont beaucoup autour de lui ont manqué, et la joie de revisiter ses souvenirs. Et c' est  précisément ce dont  il avait besoin. Les épreuves  successives à surmonter  apparaissent  dorénavant, non comme des situations d'échec, mais comme sources d'inspiration, l'écho de ce que chacun enfouit dans sa mémoire. La  fuite en avant a toujours son point de retour. A partir de cette prise de conscience le narrateur trouve la sérénité nécessaire pour écrire le livre dont il rêvait et apporter à ses lecteurs l' apaisement recherché. 
Brigitte Clavel

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 22:03

 

 

 

Editions BAUDELAIRE

Parution : 4ème trimestre 2011

233 pages

19 €

 

 

Qui aurait pensé qu’une petite ville de décolletage, du nom de Cluses, au cœur de la vallée de l’Arve, inspire à un écrivain tant de sentiments nobles et pieux, tant de patience dans le temps et d’espérance en la Providence? L’auteur n’a oublié aucun détail, ni l’église au bénitier du XIIème siècle  et  aux arcades italiennes, ni le  cimetière  qui longe la voie ferrée menant  au pied du Mt Blanc, ni en amont  la station des Carroz qui attire les touristes tandis qu’en aval grimpe une route abrupte jusqu’au Reposoir où s’est retirée une communauté de carmélites. Là est rentrée Florence Bodlais, originaire de la petite ville de Marnaz juxtaposant Cluses et ancienne camarade de faculté du narrateur,Joachim Sorlay.  Décolleteur célibataire et tourmenté de voir une telle beauté opter pour une vie aussi austère, celui-ci  va quémander quelques  prières. Et si c’était Florence elle-même, devenue sœur Marie-Adèle, qui avait besoin d’aide ? C’est avec un point de vue omniscient que l’auteur alterne timidement désir et respect de l’autre, esprit d’obéissance et de liberté, souci de bonheur et d’efficacité ici-bas. Ouvrage qui fait dire que la spiritualité est loin d’avoir abandonné ce coin de la Haute-Savoie, creuset d’amateurs de ski mais aussi d’êtres empreints de confiance en «  la bonté divine »,  qui « récompense celui qui a cru ».

Brigitte Clavel

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 16:32

 

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 1996  et Février 2011

34 pages

8,90 €

 

Impossible de passer sous silence la deuxième réédition de cette œuvre de Giono, petite nouvelle qui se passe dans les monts arides de Haute-Provence. Le seul être rencontré par le promeneur esseulé est un berger peu bavard, mais au cœur généreux.  Pourquoi  celui-ci ramasse-t-il tant de glands et  pourquoi les trie-t-il un par un avec tant de soins ? Il ne s’agit point  d’un simple d’esprit, mais d’un terrien qui non seulement  aime  la  création,  mais qui la prolonge dans le temps. Le lecteur est saisi autant  par la pureté du style de l’auteur que par la noblesse de ce paysan provençal.

B.D

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 11:22


 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2011

190 pages

12 €

 

 

 

 

« L’intrus » n’est autre que Méphisto. Comme  celui de Faust il s’incère  dans la vie d’Henri,  vieux  médecin spécialisé dans la recherche du cerveau, lui offrant une dernière jeunesse en échange de son âme. Il apparaît toujours habillé d’humour noir qui enfonce Henri dans une situation comique mais  humiliante et lui fait perdre pied. Roi du doute, de la rébellion, de la négation du bien et du mal, prince de la séduction, Méphisto  est avant tout  voleur de liberté.  Et si Henri résiste un instant « C’est ma vie. J’ai le droit de finir comme je veux, non ? », l’angoisse finit tôt ou tard par ressurgir, sa main se tend alors vers un Méphisto impitoyable qui ne donne aucune solution à ses questions métaphysiques. Et c’est là que  l’Homme se révèle dans toutes ses dimensions. Certes, il « meurt de trouille » car ce n’est pas la mort qu’il souhaite. Mais il réalise enfin que le bonheur était dans  la douceur de sa bien-aimée, la beauté du rire de sa fille, l’odeur des saisons…Alors en même temps que la mort, seule aux côtés du roi du néant,  surgit l’espérance, la conviction qu’  « il ne peut pas y avoir que cette petite vie humaine …Non, non, c’est impossible, c’est sûrement mieux que cela. Plus subtil, plus intelligent, plus beau…  ». Ainsi par cette pièce de théâtre qui résonne comme un hymne à la vie,  Antoine Rault semble être non seulement  dans  la lignée de Goethe mais aussi celle d’ Anouilh.

Brigitte Clavel

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 14:53

 

 

Editions : Sabine Wespieser

Parution : Août 2011

117 pages

15 €

 

 

Un tragique accident familial a éloigné Nestor de son épouse Mélina. Depuis  ce jour Nestor n’a d’autre consolation que la nourriture qu’il ingurgite en vain. Ce vide d’amour n’est comblé  que par une obésité qui paradoxalement le console et le complexe. Mélina est mourante sur un lit d’hôpital où Nestor se rend chaque jour, jusqu’à ce qu’un médecin, le Dr Alice, détecte en lui tous les indices d’une maladie qu’elle se promet de guérir. C’est avec délicatesse que Clara Dupont-Monod se plaît à analyser cet homme. Sous la métaphore de l’obésité, c’est la maladie de la solitude qu’elle relate où  les heureux souvenirs rejaillissent et s’entremêlent à des cauchemars qu’il faut dissimuler à tout prix sous une  graisse rassurante et dans  un repliement sur soi. Point  d’autre remède que le plaisir procuré par l’ouverture d’une porte de frigo, si ce n’est la bienveillance d’un médecin perspicace… Le dénouement peut varier, l’auteur nous le démontre subtilement. Son écriture, tout en symboles, fait du « gros père » Nestor  un albatros englué dans le pétrole, avec la honte en plus, ou un immigré inconsolable d’avoir laissé le beau  phare rouge et blanc de son  pays d’origine…C’est le bonheur seul  qui donne cette belle  allure élancée du  Dr Alice qu’elle-même perd dans la tristesse. Ainsi le regard scrutant de l’auteur donne de l’allant à ce livre  dont le thème principal reste celui de la pesanteur. B. Clavel

 

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 19:40


Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2011

236 pages

17,90 €

 

  Bien que septuagénaire, Philippe Sollers ne serait-il pas  un boulimique de l’existence ? Dès les premières pages, il  adopte, pour nous leurrer, un ton ironique, mais le champ lexical récurrent du vide a vite fait de révéler une angoisse existentielle. Ce livre est plus un essai qu’un roman, et son titre résume en un mot sa pensée : un besoin de lumière, une « éclaircie » indispensable qu’il trouve dans le souvenir de sa sœur aînée, dans le prénom de son amante, dans les yeux noirs de Berthe Morisot, dans les nues de  Manet et de Picasso « porteuses de toutes les sensations à la fois ». Car le temps comme la femme méritent  d’être regardés en instantané et non en pose figée. « Un seul tableau, un seul livre vous sauvent de l’avalanche du rien ». Telle est la leçon qui se cache derrière le parisianisme de Philippe Sollers. « Tant que le vide est comblé, tant que l’anti-mort est réalisé, tout est art ». L’important est de vivre, créer, réagir aux  idées toutes faites, se battre, résister aux critiques, se réaliser, survivre aux horreurs de l’existence. Bref une invitation à faire comme Manet et Picasso, si différents dans leur peinture, mais si semblables dans leur vie, c’est à dire à plonger dans l’art pour s’évader à ce qu’on aime, quitte à « se la jouer mégalo sur plus de deux siècles ».

B.Clavel

 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 19:13
« La KAHINA, reine des Aurès » par Isaure de Saint Pierre

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2011

243 pages

18 €

 

 

 

 

Isaure de Saint Pierre a le goût de son grand-père pour l’Histoire, les capacités de son père pour le roman, un brin de sensualité et autant  de talent d’écriture que de passion pour les paysages du Maghreb.  Après avoir écrit « La Magnifique », roman inspiré par l’unique femme de Soliman,  elle offre à ses lecteurs le portrait de Dahya,  généralement plus connue sous le nom de «  La Kahina », la Sorcière. Digne descendante et amante passionnée de deux célèbres guerriers berbères qui se battaient contre l’envahisseur arabe pour préserver l’indépendance de leur peuple, elle-même guerrière intrépide, elle réussit à faire de Kairouan la capitale des Berbères dont elle fut la reine. Possédant  un précieux  talent de visionnaire, elle poursuivit sans relâche et jusqu’à son dernier souffle une politique de guerre préventive. Elle fit brûler avec intransigeance la terre de ses fidèles plutôt que de l’abandonner aux ennemis et néanmoins elle confia ses enfants à l'assassin de son mari qu'elle s'était jurée de venger, sachant qu'elle courait à sa propre perte. . .  L’opposition berbère était finie.  On est en 704 après J-C. Une race disparaissait. Et on pense à « Septentrion » de Jean  Raspail, à ces « hommes du refus », aux résistants des hordes d’envahisseurs, aux passionnés de liberté, aux amoureux de l’indépendance  

B.Clavel

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