9 janvier 2013
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Editions : Flammarion
Parution : Août 2012
454 pages
21 €
Plus idéaliste que jamais, tel apparaît Olivier Adams à travers son alter-ego Paul Steiner, le protagoniste de son dernier roman qui frisa le prix Goncourt 2012. La tristesse lancinante de l’auteur, ressentie dans ses précédents ouvrages, devient ici révolte ouverte contre une société selon lui injuste, où les ouvriers sont relégués en zone périphérique et où la nouvelle génération passe son temps à reproduire ce qu’elle abhorrait. Depuis toujours Paul Steiner fuit ce pavillon de banlieue acheté par ses parents et payé à la sueur de leur front leur vie durant. Aux clôtures de jardinets il a toujours préféré le paysage infini offert par l’Océan. Obligé de revenir sur les lieux de son enfance dont il a fait table rase, Paul constate que la souffrance de chacun est due moins aux lisières géographiques qu’aux limites inhérentes à la nature humaine clôturée par les impératifs et les vicissitudes de l’existence, la maladie, les infidélités, le chômage. Son seul désir : regagner l’amour des siens et se réfugier au milieu de plus malheureux que lui, « à la périphérie du monde », là où la reconstruction et la contemplation sont conciliables. Ainsi Olivier Adam oscille entre révolte adolescente et hommage rendu à ceux qui luttent jusqu’à épuisement. Son livre reflète la société telle qu’il la perçoit, à la fois utopique et déçue, et c’est là que réside tout le charme de son écriture qui seule lui donne sa raison d’être.
B.C
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2012
31 décembre 2012
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Editions : Continents noirs N R F Gallimard
Parution : novembre 2012
223 pages
17,90 €
Ce livre de S. Mukasonga, à la fois roman et autobiographie, montre comment un différend ethnique peut vite tourner en folie obsessionnelle pour les uns, en guerre intestine pour les autres. Au sein d’une école catholique du Rwanda, dénommée Notre-Dame du Nil, les lois de la nouvelle République à majorité Hutu imposent un quota de fréquentation aux jeunes Tutsi. Les Hutu sont désireux de raser la pauvreté de la vieille Afrique, exhortent la richesse et la liberté des mœurs, organisent une chasse aux Tutsi, à leurs rites religieux archaïques et leur idéologie marxiste. Cette dichotomie va rattraper les jeunes pensionnaires de Notre-Dame du Nil, établissement sensé éduquer les filles de la haute bourgeoisie. Devant l’intrusion d’une perversité effrénée, la mère supérieure panique tandis que l’aumônier de l’établissement à la personnalité ambiguë s’adapte comme un caméléon à ce nouveau régime qui n’a rien de chrétien. Lors de ce voyage au cœur du Rwanda le lecteur est horrifié par les protagonistes qui ont tout de la caricature. Hélas s’il en juge le témoignage de l’auteure tutsi, ceux-ci semblent être le pur reflet de la triste réalité qui frappa récemment ce beau pays.
Brigitte Clavel
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2012
21 décembre 2012
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Les Editions de Minuit
124 pages
12,50 €
Parution : Octobre 2012
La beauté de ce livre empreint tout à la fois de candeur et de réalisme ne fait qu’accroître l’horreur de la guerre. C’est avec la fleur au fusil que part un groupe de jeunes Vendéens en direction des Ardennes un après-midi de l’été 1914. Un vocabulaire chatoyant comme la nature qui les entoure promet un retour rapide. Blanche qui les attendra est ravissante, Charles est plein d’une hautaine assurance tandis qu’ Anthime, son cadet, plus docile mais plus inquiet, tente d’apaiser ses camarades. Bien vite les grondements du front se rapprochent, les bombardements se multiplient, les tranchées s’enfoncent, les corps sont ciblés par les rats ou les poux quand ils ne sont pas déchiquetés. C’est une lente descente aux enfers où les plus épargnés sont les plus décevants. Et où les mutilés apprécient la vie à son juste prix. En un mot : l’horreur de la guerre .
B. C
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2012
12 décembre 2012
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X O EDITIONS
Parution : Octobre 2012
389 pages
21,90 €
Suite à cette maxime « L’oubli est la ruse du diable », Max Gallo veut exprimer sa gratitude à ceux qui lui ont permis, consciemment ou inconsciemment, d’avoir la renommée qu’il connaît aujourd’hui. Plus qu’une autobiographie, il s’agit de confidences, de confessions, de remords aussi, mais surtout de reconnaissance pour tout ce qu’il reçut. Sans doute Max Gallo veut-il laisser derrière lui, parmi ses nombreux ouvrages, une œuvre initiatique pour rappeler comme la grande Histoire et la petite histoire personnelle sont semblables. D’origine italienne, Max Gallo, dès sa jeune enfance, est écartelé entre une famille maternelle catholique de libraires et une famille paternelle communiste de tailleurs de pierres. La foi ajoutée à une éducation volontariste fait de cet écolier voué au travail manuel non seulement un agrégé d’histoire et un grand académicien, mais un homme qui se « refuse de faire de la vie un épisode absurde ». C’est pourquoi, élu député puis nommé secrétaire d’Etat, il donne sa démission à la cour de Mitterrand, comprenant le malheur de l’homme public à vivre en dissidence avec lui-même. Car, selon lui, seule la cohésion avec soi apporte la conviction de ne pas être ici-bas un atome qui passe, mais un solide maillon de la chaîne humaine.
B.C
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2012
4 décembre 2012
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2012
178 pages
16,90 €
Jusqu’où ira l’amour du narrateur pour cette femme étrange qu’il suit aveuglément ? Certes, si celui-ci se fait un devoir de « prendre les gens en silence, comme ils sont », de « les aimer sans les juger », cela ne l’empêche pas de ressentir une appréhension, voire suspicion, comme le prouvent les notes succinctes de son petit carnet noir qu’il rédige jour après jour et qu’il relit avec plaisir vingt ans plus tard. Qui est cette femme liée à une bande de « toquards » qu’elle retrouve régulièrement dans des cafés du Quartier latin et dont elle essaie de se détacher peu à peu pour ne pas « s’embarquer dans une salle histoire » ? Et pourtant tout prouve sa culpabilité : ses identités multiples, ses postes restantes différentes, ses déménagements incessants, ses retours comme un criminel sur les lieux du forfait. Mais le narrateur se contente de l’aimer, de ne pas l’oublier, fait des allers-venues entre questions et réponses détournées, présent et passé, poésie et enquête, entre ce qu’il ne voulait pas voir et ce qui est flagrant. Ainsi, avec le temps, tout s’éclaire et la nuit devient lumière pour les criminels politiques comme pour les amoureux en herbe. Livre qui plaira aux amateurs de promenades dans Paris autant qu' à ceux d’enquêtes policières.
B.C
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2012
27 novembre 2012
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Editions de Fallois /L’Age d’Homme
Parution : Août 2012
664 pages
22 €
évaluation : 8/10
Il est facile de comprendre pourquoi ce long thriller a remporté le Grand Prix du Roman de l’Académie française. Ses rebondissements sont multiples sans jamais ennuyer. De plus il ne se limite pas à une simple passion amoureuse suivie d’un, voire plusieurs crimes. Il est avant tout le reflet d’une société où certains sont en mal de reconnaissance et d’amour, d’autres à la quête d’intérêts financiers ou de plaisirs à court terme. En effet si le lecteur est impatient de savoir qui a tué la jeune Nola et si celle–ci est un ange ou une catin, il prend plaisir à découvrir un à un les habitants d’Aurora, petite ville de province du New Hampshire, où la chaise électrique punit le crime et la prison tout détournement de mineur. Harry Québert, professeur d’université new-yorkais rendu célèbre par son livre « Les origines du mal », s’y était installé trente ans auparavant quand son disciple Marcus Goldman vient le rejoindre. Alors que ce dernier était venu chercher chez son maître le calme et les conseils nécessaires à la rédaction d’un livre, un drame éclate. Le cadavre de Nola, avec laquelle Quebert eut jadis une liaison, est retrouvé dans le jardin de celui-ci. La police locale comme toute l’Amérique accuse Quebert, aujourd’hui triste sexagénaire solitaire. Mais l’amitié et la considération que Marcus porte à celui-ci le transforme en détective professionnel. Selon lui il est impossible qu’un maître à penser, plein de sagesse, soit inculpé d’un crime pervers. Plus qu’un crapuleux mystère à élucider, c’est toute la société qui est à analyser, les raisons hâtives d’une affaire trop vite enterrée, l’instinct du pouvoir qui se manifeste sous toutes ses formes : l’intellectuel rêve d’être reconnu par ses écrits, l’éditeur de publier du consensuel,les médias de faire du lobbying,le voyou de se racheter , les parents de sauver l’honneur de leurs enfants, le gourou d’exorciser, l’amant éconduit de supprimer son rival, la police locale de ne pas être court-circuitée par la police d’Etat…Les sujets abordés abondent et le lecteur comprend enfin les origines du mal…
B.C
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2012
20 novembre 2012
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Editions : Gallimard
Parution : Juin 2012
237 pages
18,50 €
Le prix Interallié 2012 est tombé bien bas. Il a été discerné au dernier roman de Philippe Djian, tout juste bon à servir de scénario pour un film télévisé de mauvais aloi. Car ni le style ni l’évènementiel sont de qualité. Rien de très intéressant dans ce milieu cinématographique où évolue Michèle, la protagoniste. Le passé glauque de ses parents semble la poursuivre, sa vie amoureuse va d’échec en échec, les couples amis s’unissent et se désunissent sous les coupes de champagne et les impulsions du moment, les maris n’ont guère de fiabilité et les femmes fantasment. Michèle cependant garde le souci de son fils. Celui-ci n’a aucune ambition, si ce n’est de se battre pour garder un enfant qui n’est pas le sien. Il finit par décrocher un travail grâce à l’amie de sa mère et surtout à tuer en toute innocence un violeur qui n’est autre que l’amant secret de Michèle. Si le « Oh .. » final de Michèle relate un dernier sursaut d’espoir en son amie, seule compagne éventuelle pour combler le vide de sa maison après la mort de son chat, celui du lecteur est plutôt dû à son soulagement d’avoir enfin fini cette histoire sans intérêt aucun.
B.C
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2012
18 novembre 2012
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Editions : Phébus
Parution : Août 2012
139 pages
15 €
Les conquistadores n’étaient pas les seuls à rêver d’Eldorado. Ce petit livre est un choeur à plusieurs voix, celles de jeunes Japonaises embarquées pour l’Amérique vers les années 1930. Là les attendent des maris japonais partis bien avant elles, dont elles rêvent, mais qu’elles n’ont pas choisis. La traversée est longue, et les tourments connus à bord ne sont rien en comparaison de la découverte de la réalité une fois les exilées arrivées. Les phrases s’allongent, la colère s’accroît, car l’innocence de ces jeunes femmes se transforme en esclavage, l’admiration en jalousie, la gratitude en amertume. Si l’amour surgit et les enfants avec, ce n’est que pour laisser ceux-ci faire des rêves impossibles et avoir honte de parents mal intégrés. La deuxième guerre mondiale éclate. En un premier temps les Japonais sont arrêtés pour le moindre prétexte. Puis tombe l’ordre d’expulser des villes tous ceux qui ont la nationalité des pays ennemis. Le lecteur reste alors avec cette impression de malaise devant le sort des étrangers suspectés d’espionnage aussitôt que la terre d’accueil rentre en guerre. Une série d’interrogations sur leur devenir précède le vide qu’ils laissent derrière eux: plus de lanternes en papier flottant, plus d’enfants en kimono, plus de fêtes de chrysanthèmes. L’auteur sort ainsi de l'oubli les « discrets Japonais » d’Amérique.
B.C
B.C
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2012
14 novembre 2012
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Editions : Christian Bourgeois
Parution : Août 2012
153 pages
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Toni Morrisson a toujours été révoltée face à l’humiliation que l’homme est capable de faire subir à l’homme. Dans ce dernier roman son objectif est de restituer toute sa grandeur à celui qui, bien qu’anéanti par l’injustice, parvient à rester debout. Frank Money, jeune Noir Américain, enrôlé dans la guerre de Corée pour échapper à la misère de Lotus, son petit village natal de Georgie, n’a pas envie de rentrer au pays. Son moral est pitoyable malgré sa médaille de guerre: les combats l’ont meurtri à jamais, un crime indu le hante, il alterne alcool et médecine pour surmonter l’inoubliable. En ces années 1950 le maccarthysme fait rage aux Etats-Unis et Frank n’a échappé à la guerre puis à l’hôpital que pour retrouver un autre enfer sur le sol américain. Incapable de prouver son amour à celle qu’il aime, il parvient néanmoins à porter secours à Cee, sa jeune sœur qu’il a toujours protégée. Et le lecteur suit alors, au fil des confidences intimes de Frank qui s’alternent avec un récit condensé, le retour périlleux à Lotus de cette fratrie, victime des horreurs de la guerre comme du ségrégationnisme. C’est avec des yeux d’adulte que Frank découvre, après tant d'épreuves, son village natal comme un éden sur terre avec des jardins fleuris et des femmes capables d'amour. Et si la cruauté persiste en arrière plan, l’homme qu’il est devenu se chargera de la remplacer par la justice. Tel est le sens de l’enterrement final qui fait écho aux premières pages du livre, mais cette fois le mort est enveloppé dans un linceul brodé de toutes les couleurs et se tient à la verticale, en homme libre et respecté, au pied d'un laurier, symbole de gloire et d'immortalité …Dans cet ouvrage magnifiquement écrit, la sensibilité toujours à fleur de peau de Tony Morrison est celle d'une femme pleine de maturité. Certes elle ravive des blessures indélébiles, mais elle laisse derrière elle un beau message d'humanisme.
B.C
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2012
5 novembre 2012
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2012
226 pages
18,90 €
Evaluation de l’ouvrage : 4,5/5
Ce roman, intitulé du nom de la déesse grecque qui détient dans sa main la roue de la fortune, présente le prototype même de l’anti-héros, malheureux de son sort et pourtant si attachant. L’histoire se situe à Newark, petite ville de Pennsylvanie pendant l’été 44. Jusqu’ici, la chance semble n’avoir pas beaucoup souri au protagoniste Bucky Cantor. Doté d'un physique ingrat et d'une forte myopie, celui-ci a eu une grande déception:l’armée américaine ne l’a pas enrôlé comme tous ses camarades. Il se promet alors de se vouer à l’éducation sportive de la jeunesse juive et obtient le poste de directeur d’un terrain de sport réservé aux enfants dans l’impossibilité de partir en vacances. Or cet été là, la ville connaît une épidémie de poliomyélite et Bucky Cantor va tout faire pour protéger ses élèves, sans jamais se ménager. Révolté contre l’injustice des guerres et des épidémies qui frappent au hasard, Bucky Cantor ressent la peur, la tentation de fuir, le désespoir. Hanté par une culpabilité non justifiée, il va en oublier les beautés de l’existence jusqu’à se discréditer lui-même. Mais Philip Roth ne laisse pas le lecteur dans un sombre désespoir. Du début à la fin il met en scène des personnages secondaires tels que les grands-parents maternels de Bucky Cantor, le docteur Steinberg et sa fille Marcia, tous pleins d’amour, et l’ancien élève Arnie très lucide sur l’attitude orgueilleuse de l’homme au javelot, qui veut tout comprendre et maîtriser, jusqu’à vaincre l’invincible Némésis : très jolie plaidoirie qui disculpe Dieu de tous les maux de la terre…
B.C
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2012