30 octobre 2012
2
30
/10
/octobre
/2012
10:50
Editions : Albin Michel
Parution : Août 2012
253 pages
19 €
4/5
Plus d’un écrivain a été inspiré par la dégradation d’un couple conjugal, mais l'américaine Louise Erdrich le fait de façon originale et violente, où les va-et-vient entre amour et haine, humiliation et folie, lient et délient les relations d’Irène et Gil. Celui-ci est un artiste peintre qui doit son succès au corps de celle qu’il aime. Mais Irène est lasse d’être un simple objet de convoitise et la lecture en cachette de son journal intime par Gil déclenche une guerre sans merci. Dorénavant elle aura deux carnets, l’un où elle inventera des aventures et qu’elle mettra à la vue de Gil, l’autre enfermé à la banque où elle se réfugie pour se retrouver elle-même. Et si « le jeu des ombres », qu’ils partagent en famille dans la nuit et le froid, allait plus loin qu’un simple divertissement où chacun croit attraper l’autre, en réalité insaisissable ? Belle métaphore certes, mais pas nouvelle puisque déjà Platon en faisait le centre de ses réflexions. Ce qui est d’actualité, c’est la souffrance des protagonistes d’avoir été coupés de leurs racines indiennes et élevés dans des familles monoparentales. L’auteur va jusqu’au bout de son raisonnement : les trois enfants apparaissent pour la première fois unis et apaisés dans la lumière et la chaleur à la dernière page, quand le huit-clos infernal finit et que la lucidité prend le pas sur le sarcasme. « Merci, les parents, vous m’avez laissé votre mariage, mon matériau, ce qui constitue ma vie », tel est le cri du cœur de Riel leur fille, gratitude qu’Irène et Gil auraient tant aimé manifester…
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
28 octobre 2012
7
28
/10
/octobre
/2012
19:34
Editions : L’Iconoclaste
Parution : Octobre 2012
180 pages
17 €
4/5
Et si c’était lui, Christian Bobin, « l’homme-joie » qui décèle la beauté et la restitue à son lecteur pour en faire un « homme-joie » à son tour ? Telle semble l’intention de l’auteur, non pas en s’armant de concepts philosophiques, ni en observant la loi du silence ou de la résignation, mais tout simplement en poussant la grille du paradis terrestre et en y regardant le ciel bleu sans portes, car ouvert à tous ceux qui veulent bien le voir. Si, comme il l’écrit, « c’est être poète que regarder la vie et la mort en face », Ch. Bobin en est un. A la fois visionnaire et magicien, il porte en permanence un regard créateur sur l’éphémère qu’il croise. « Il y a une vie qui ne s’arrête jamais…Elle ne cesse pas une seconde de combler de ses bienfaits les assassins que nous sommes ». Et à partir de ce postulat qui signe « la fin définitive du désespoir », Ch. Bobin se lance dans une énumération de toutes les magnificences de l’existence. Il allie le farouche et le pur, le noir et le lumineux, fait émerger l’harmonie de la cacophonie. Il ressent la présence de l’éternelle absente. Il perçoit des signes pleins d’enseignements, voit la grandeur dans la petitesse, une lueur royale dans les yeux des plus ravagés et « l’or dans le néant ».
B. Clavel
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
20 octobre 2012
6
20
/10
/octobre
/2012
11:01
Editions : Grasset
Parution : Août 2012
520 pages
22 €
Mon évaluation de l’ouvrage : 9/10
La lecture de ce livre, aussi réaliste que romantique, ne peut pas se faire sans émotion. « Porteurs de rêves les plus nobles » sous l’emblème du « cercle des Byzantins » quand ils étaient étudiants, six amis, parvenus à l’âge mûr et dispersés aux quatre coins du monde, sont sur le point de se retrouver sur leur terre bien-aimée du Levant. Tous l’avaient quittée à cause de la guerre, sauf Bilal, l’amant de l’irrésistible Sémiramis, qui à peine engagé dans la Grande Armée fut tué par un obus, et Mourad coupable de collaboration avec l’envahisseur et dont la mauvaise conscience semble l’avoir fait mourir. Mais l’exil n’est il pas tout aussi lâche ? Telle est l’angoisse d’Adam, professeur universitaire d’histoire à Paris, qui prend l’initiative de ces retrouvailles. Car tous avaient le même idéal nationaliste, et rêvaient d’universalisme. Tous répondent à l’appel : Albert devenu américain, employé au Pentagone, Naïm le juif journaliste brésilien, Ramez riche industriel jordanien associé avec Ramzi jusqu’à ce que celui-ci se retire dans un couvent chrétien, Nidal, frère de Bilal, radical islamiste, tous au diapason de leur époque et en même temps tellement opposés les uns aux autres. Rien n’arrête l’amitié, mais rien non plus n’arrête le temps ni le destin de chacun. Le lyrisme d’Amin Maalouf rappelle le caractère universel de l’expérience personnelle au cœur de la vie, ce sentiment inévitable de l’échec quand la voix de la sagesse est inaudible et le bonheur perdu à jamais, ce qui rend ce roman le plus bel événement de la rentrée littéraire.
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
9 octobre 2012
2
09
/10
/octobre
/2012
21:49
Editions : L’ARPENTEUR
Parution : Juin 2012
386 pages
21,50 €
Mon évaluation de l’ouvrage : 8/10
Les horreurs de la guerre résonnent comme un leitmotiv obsessionnel, autant de la part du protagoniste que de l’auteur lui-même. En même temps qu’une histoire d’amour impossible, Lancelot Hamelin relate, à l’appui de divers discours politiques et d’évènements réels, les conséquences désastreuses de la guerre d’Algérie. Et cela à partir d’un journal intime adressé à l’être aimé, celui d’ Octavio, jeune Français d'Oran d'origine espagnole, étudiant à Paris à partir de 1955. Celui-ci a du mal à se situer entre ses camarades communistes, ses amis du FLN et son frère gardien de la paix à Paris qui fait partie de l’OAS. Octavio a toujours aimé Judith, la femme de ce frère, jamais nommé mais omniprésent. C’est pourquoi il attend d’avoir besoin de leur aide avant d’aller frapper chez eux. Et l’aide est urgente. Octavio a refusé de partir sous les drapeaux tuer ses frères, vit clandestinement dans l’immonde bidonville de Nanterre réservé aux Algériens où il assiste à des scènes insoutenables, tandis qu’il prend de plus en plus de risques pour le FLN. Mais peu à peu le doute s'instaure en lui car tout l’assaille : la maladie, la trahison, le corps de Judith, le souvenir de son vieux père, la violence du FLN lors de la « nuit rouge » …Quelle sera alors sa décision pour qu'une fois au moins dans sa vie il soit maître de sa vie? Ainsi Lancelot Hamelin parvient à merveille à rendre cet esprit de l’époque où l’anticolonialisme et la révolution se rejoignent, de même que la violence et le martyre, la justice et la vengeance, jusqu’au jour où la faiblesse trahit, l’amour devient maladie et la haine folie.
B Clavel
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
7 octobre 2012
7
07
/10
/octobre
/2012
10:04
Editions : Actes Sud
Parution : Août 2012
202 pages
19 €
Mon évaluation de l'ouvrage : 4/5
« Le sermon sur la chute de Rome » révèle combien est utopique la cité parfaite. Même le plus simple projet est menacé par la faiblesse de l’homme. La nature amorale de celui-ci peut détruire en un instant ce qu’il a mis tant de temps à construire. Dès le début le lecteur est emporté par une écriture magnifique qui va se métamorphoser avec le temps. A de longues phrases poétiques pouvant remplir plus d’une page, succèdent des dialogues qui tombent au cœur de la débauche, avant de rejoindre un discours inspiré par St Augustin, plein de lucidité sur la condition humaine. L’histoire est simple, c’est celle de Libéro et Matthieu, deux étudiants en philosophie à Paris qui retournent dans leur village natal corse où ils décident de rester. Selon eux ils seront bien plus utiles à la société en prenant la gérance d’un bar et en développant le tourisme plutôt qu’en manipulant des concepts. Tout semble réussir jusqu’à ce que l’alcool et les femmes dégradent l’atmosphère et que la violence chasse le bonheur. Mais pourquoi pleurer ? La cité céleste est seule éternelle, Dieu n’a jamais promis le bonheur ici-bas, et le vieux Marcel l’a compris : depuis sa tendre enfance il garde cette photo de famille sur laquelle s’ouvre le roman, unique rempart terrestre contre l’oubli et le temps. Livre où l’auteur parvient à faire de son style le reflet de sa pensée.
B.C.
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
2 octobre 2012
2
02
/10
/octobre
/2012
10:54
Éditions : Stock
Parution : Septembre 2012
216 pages
18,50 €
Ce livre est une bouffée de bonheur dans un monde qui rêve d 'être aseptisé. Les souvenirs émanent pleins de couleurs et de senteurs, les détails imperceptibles de l' enfance jaillissent avec une lumière où la poésie est reine. A plusieurs reprises l ' auteur rappelle combien la vie paraît longue et féerique à celui qui la commence, comme s'il ressentait la brièveté de celle-ci et voulait en avertir le lecteur . Mais Ph. Claudel n'est jamais désenchanté, toujours contemplatif. Il poursuit sa course aux parfums, allégories vivantes de toutes les sensations enfantines, comme si, dans chacune de ces images intemporelles, il ressuscitait l'existence où l 'humanité aime à se figer, dans une beauté simple, pour retrouver un instant son identité propre, celle de la fragilité et de la profondeur de ses racines.
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
30 septembre 2012
7
30
/09
/septembre
/2012
13:48
Editions : Julliard
Parution : Août 2012
359 pages
20 €
En 2010 Marc , un écrivain français, fils d 'un pétainiste et militant de l 'O A S, décide de partir à Belgrade pour rencontrer la génération d'après-guerre, celle des fils de criminels de guerre. Plus précisément il veut enquêter sur la mort mystérieuse de la fille du général Mladic afin de savoir s' il s 'agit d 'un suicide ou d 'un assassinat. Il s 'enfonce dans ce pays de ruines, de froid et de misère, rencontre maints officiers, écoute maints témoignages où l 'horreur est à son paroxysme. Non seulement la Yougoslavie a éclaté en plusieurs Etats , mais une même communauté s 'est vidée de son sang pour préserver son identité. Alors peut on parler de victoire quand , pour se reconstruire une nation, il faut pratiquer de tels crimes?La division n' apporte aucun bonheur et le divorce de Marc est semblable à cette désunion. L'homme se détruit sans savoir pourquoi. Fils de Cain, il porte le mal en lui, et ne peut trouver la paix sans une vie harmonieuse où l' acceptation de l 'autre dans toute sa différence est seule source de vie .
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
24 septembre 2012
1
24
/09
/septembre
/2012
10:14
Editions du Seuil
Parution : Août 2012
220 pages
18 €
Aucune fioriture dans le récit des nombreuses réussites d’Alexandre Yersin, mais un style sec et concis, car le temps est compté et précieux pour ce brillant chercheur de l’Institut Pasteur de Paris qui, dans les années 1880, découvre les bacilles diphtérique et tuberculeux. Mais Yersin déteste deux choses : la vie sédentaire et la politique. Sans la moindre hésitation il s’embarque pour l’Asie, passe plusieurs années à explorer l’Indochine, crée le passage d’Annam au Cambodge, vaccine les enfants, étudie autant la nature du sol que les microbes qui sont dans l’air, découvre le Ko-Ca et cultive riz et orchidée. Quand la peste éclate à Hong-Kong, Yersin est le premier à isoler le bacille et à penser au vaccin. Son succès ne le ramène ni à Paris ni à Genève. L’Europe est en pleine guerre et Yersin préfère poursuivre son labeur dans toutes sortes de recherches bactériologiques et de cultures tropicales, jamais à son profit, simplement au nom du progrès et de la beauté de la nature. Et quand la guerre rejoint le Tonkin et que l’heure est venue de léguer ses multiples responsabilités, le roi du quinquina et du caoutchouc se tourne vers le ciel pour étudier l’astronomie, l’électricité, l’aviation et la photographie, vers l’Antiquité pour traduire la littérature grecque et latine, vers la mer pour étudier les marées. « Il me semblerait que je commets un vol si je passais une journée sans travailler » dira-t-il. Quelle belle épigraphe que seul l’auteur de ce livre sait restituer à ce chercheur sans repos et sans gloire, mais qui très tôt avait eu la joie de comprendre que, dans la création, l’ontogenèse récapitule la phylogenèse…
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
21 septembre 2012
5
21
/09
/septembre
/2012
12:19
Editions : Albin Michel
Parution : Septembre 2012
280 pages
20 €
Et si la France des années 40 avait un autre visage que celui qu’on lui prête trop communément ?… C’est ce que Christian Signol nous démontre par ce joli roman plein de sensibilité. Virgile et Victoria habitent près d’une rivière au cœur de la Dordogne, ligne de démarcation entre la zone libre et la zone occupée. Ce roman n'est alors qu’une suite des risques encourus par ce couple de paysans pour qui la peur n’existe pas quand il s’agit de sauver des vies humaines. Faire franchir la ligne aux réfugiés, cacher des enfants juifs chez eux, assurer la liaison entre les réfractaires de la STO et les Résistants, tel est l’héroïsme de bien des anonymes qui ont laissé pour héritage la défense de la dignité humaine et de la liberté. Par ce joli ouvrage, l’auteur n’aurait-il pas pour but de rappeler les horreurs de la folie humaine et la détermination de certains à démolir la paix que les générations précédentes ont mis tant de temps à instaurer ?Même si l'histoire de ces "Justes" a été mille fois contée, C.Signol n'a pas tort de la remémorer.
B C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012
19 septembre 2012
3
19
/09
/septembre
/2012
10:39
Editions : Zulma
Parution : Août 2012
350 pages
22 €
Si l’histoire est saugrenue, (le même jour la narratrice apprend d’une part que son mari et son amant la quittent et d’autre part qu’elle a gagné à deux tombolas), le récit est peu banal. Dorénavant, péripéties et impromptus, mélancolie et gaîté, sentiment de solitude et liberté s’alternent. Une envie de vivre et voyager dans des contrées inconnues envahit celle-ci. Juste avant de partir, sa meilleure amie lui confie son petit garçon malentendant et malvoyant. Peu importe, l’improviste fait partie de sa vie! Les voilà partis tous les deux, et le lecteur les suit avec enchantement. L’Islande sombre dans l’hiver, rivières et éboulis inondent le pays, le noir de la nuit enveloppe la lande brune et les champs de lave, mais le cœur déterminé de la voyageuse illumine tout ce qu’elle découvre. Le lecteur est comme l’enfant, il se laisse guider là où le réalisme des Islandais transforme leur pays sombre et humide en un puits de lumière.
B.C
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2012