15 novembre 2021
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« Ne dis pas la nuit » par AMOS OZ
Publication originale : 1994
Editions Gallimard: 2004
Editions Folio 2021
308 pages
Les personnages sont nombreux et variés dans Tel-Kedar, petite ville israélienne en bordure du désert, plutôt harmonieuse entre son soleil de plomb et ses nuits fraîches. Ils sont semblables à ce lieu , les uns font des promesses , d’autres s’agitent, d’autres se replient dans le silence. Ainsi Amos Oz décrit les multiples attitudes humaines sans le moindre jugement mais avec un tel réalisme que les travers des bonnes intentions finissent par percer. L’activisme permanent de Noa pour le moindre prétexte, tout en écartant l’intervention de Théo, célèbre urbaniste, ne camoufle-t-il pas son exaspération vis-à-vis de ce conjoint au corps vieilli, à l’œil gauche toujours à moitié fermé comme pour dissimuler un cœur qui bat encore trop fort ? Suite au décès d’un de ses élèves dû à une overdose, elle accepte de mener à bien la réalisation d’un centre de désintoxication. Le père du jeune défunt fait des promesses financières, l’agent immobilier du coin, coureur notoire de jupons, propose une offre exceptionnelle, le comité du projet voit dans ce centre d’accueil un creuset d’emplois. Mais quand il s’agit de passer aux actes, d’accueillir des délinquants et d’ouvrir son compte bancaire, tout le monde se rétracte sauf celui auquel on ne pensait pas. Théo, alter-ego d’Amos Oz, fait preuve tout le long de son livre d’une douceur indéniable. Certes à l’altercation, il préfère se faire oublier dans le silence, convaincu qu’ « on meurt plus par amour qu’à cause de la drogue ». Livre à trois voix, celle de Noa , celle de Théo et celle d’un narrateur omniscient, fin psychologue qui parvient à déceler l’accomplissement de l’être humain quand celui-ci aime tout simplement, sans chercher à briller…B Clavel Delsol
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2021
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8 novembre 2021
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« Le dernier tribun » par Gilles Martin-Chauffier
Editions : Grasset![Le dernier tribun (Littérature Française) par [Gilles Martin-Chauffier]](https://m.media-amazon.com/images/I/414h4Cug-XS.jpg)
Parution : Septembre 202
333 pages3
20,90 €
L’ambition politique et personnelle n’est pas d’aujourd’hui. G. Martin-Chauffier nous plonge au premier siècle avant Jésus-Christ à Rome où Pompée, César et Crassus se partagent le pouvoir tout en se battant, tandis que Claudius, veut les évincer. Pour ce faire, ce dernier, élu tribun de la plèbe après avoir falsifié son nom et ses origines aristocratiques, a recours à un philosophe grec , Metaxas pour contrer l’art de Cicéron, célèbre défenseur du triumvirat . Ce professeur Athénien de philosophie n’hésite pas une minute à tout quitter pour se rendre dans cette Rome idyllique que Diana Metella, propre tante de Clodius, va avoir le plaisir de lui faire visiter. C’est alors que Metexas découvre avec horreur les mœurs dissolues de la haute société romaine , le sort de ses esclaves, la barbarie des Jeux du Cirque sans parler du cynisme dont fait preuve poètes et politiciens. Parviendra-t-il à satisfaire Clodius ? La richesse des palais et des réceptions, la multiplication des alliances et des ruptures, la proximité des marbres flamboyants et des lupanars douteux n’anéantissent pas Metaxas devenu un brillant avocat romain . Guère sensible à la magie verbale de Cicéron ni à sa conception d'une république fondée exclusivement sur le pouvoir du sénat, le petit professeur d’Athènes devient le témoin direct d’une succession d’attentats meurtriers où la violence a bien vite balayé l’art oratoire et l’art de gouverner. Ainsi G. Martin-Chauffier semble vouloir rappeler par sa profonde connaissance de l'Antiquité combien les ambitions personnelles n’ont pour conséquence que la chute du pouvoir et le malheur du peuple : belle leçon politique dans un cadre de péplum !
Brigitte Clavel Delsol
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2021
30 octobre 2021
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« Là où vivent les hommes » par Christian Signol
Editions : Albin Michel
Parution : Octobre 2021
246 pages
19,90 euros
Toujours égal à lui-même et toujours confiant en Dame Nature, Christian Signol continue de séduire ses lecteurs. Le merveilleux dans ses récits c’est non seulement son style enchanteur, son vocabulaire enraciné dans la terre elle-même mais cette philosophie du bonheur qui est la trame de tous ses romans. Après un deuil inconsolable Etienne quitte Paris, ses amis, sa profession. La Providence , car il ne croit pas au hasard, le met sur les pas d’un berger de cette Lozère tant de fois décrite mais sans cesse renouvelée. Ce sont deux hommes blessés qui trouvent réconfort dans la beauté de la voûte céleste, dans les débats d’un troupeau d’agneaux à la découverte d’herbe fraîche, dans les repas rustiques d’une vieille fermière généreuse. Mais la dureté de la vie ne va pas les épargner. Le froid mordant de l’hiver symbolise les sempiternelles épreuves de la vie. Comme les saisons qui reviennent la douleur surgit au moindre souvenir. Etienne trouvera-t-il l’apaisement recherché? Et si le bien-être n’était autre que la victoire de l’homme sur la souffrance, comme celle du silence sur la parole, ou la maîtrise de l’instant qui arrête le temps jusqu’à se confondre avec la plénitude de l’éternité? Très jolie histoire loin de l’agitation du monde qui transforme la nuit des montagnes en apaisement et lumière.
B. C. D.
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2021
22 octobre 2021
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TEMPS SAUVAGES par MARIO VARGAS LLOSA
Editions : Gallimard
Parution : Août 2021
383 pages
23 euros
Le XXème siècle au Guatemala est aussi sombre que le Christ noir d’Esquipulas mais aussi séduisant par sa beauté que Martita. La vie de celle-ci, fictive ou non, est la parfaite allégorie de son pays. Curieuse de comprendre les évènements houleux qui s’y passent, elle s’en remet aux mains d’un vieil ami de son père, le Dr Ardiles. Malheureusement celui-ci va perdre toute sa crédibilité de vieux sage auprès d’elle. De même le président Arbenz est accusé de faire du Guatemala le cheval de Troie des Soviets et se voit remplacé par le traître colonel Carlos Castillos Armas auprès duquel la belle Martita ira se consoler. C’est alors que le machiavélisme de la politique se déroule et une plume amère de l’auteur raconte la traîtrise des uns , la versatilité des autres, les énigmes de morts accidentelles ou de complots politiques, l’infiltration de la chasse aux sorcières de la CIA comme de la république dominicaine, l’attrait du bordel dans un pays qui se veut catholique à outrance sans oublier le triomphe injuste des libérationnistes sur l’Ecole militaire. Tout est sombre, l’homme n'est qu' "un monstre" avide de sexe et de pouvoir. Seule la belle « miss Guatemala »semble s’en sortir indemne, mais à quel prix ! Livre qui passionnera les amoureux de cette partie du monde devenue marxiste à cause de trop d’intransigeance et d’un manque certain d’amour dans des veines où coule un sang trop chaud, sans modération, ni lucidité ni justice…
Brigitte Clavel Delsol
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2021
25 septembre 2021
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« Le chemin des estives » par Charles Wright
Editions : Flammarion
Parution : Janvier 2021
354 pages
21 €
S ‘il y a un livre qui emmène loin des chemins battus c’est bien celui-ci. Le narrateur, las d’une société bruyante et superficielle, vient frapper à la porte de la Compagnie de Jésus. Pour entrer chez les Jésuites « le mois mendiant » est impératif depuis Ignace de Loyola, la confiance en la Providence devant être aussi concrète qu’intellectuelle. C’est ainsi que le narrateur, dépourvu de tout sauf du livre de « L’imitation de Jésus » et affublé de la compagnie d’un prêtre, Benoît Parsac, novice comme lui dans cet ordre régulier, décide de faire la traversée du Massif Central dans le plus grand dénuement pour « puiser inépuisablement à l’Inépuisable ». Si dans un premier temps les deux vagabonds se réjouissent de fuir la frénésie du monde, bien vite ils se heurtent aux difficultés les plus vitales. Mais rien n’arrête les deux randonneurs qui vont de surprise en surprise, tant la terre sauvage comme le cœur de ses habitants recèlent de générosité : tout révèle que Dieu n’est pas loin. Et c’est précisément là que veut nous amener l’auteur. Il n’y a pas une seule vérité dans le choix de notre existence. Rien ne sert de se débattre au milieu de nos divers penchants. L’important c’est de consentir dans la joie à toute la création, d’explorer les terres vierges sans vouloir à tout prix rentrer dans le rang de la normalité. Charles Wright y parvient : tout en restant lucide et humoristique sur notre société, il nous invite à une contemplation joyeuse et féconde. Livre magnifique qui correspond bien à l’air du temps ! B. Clavel Delsol
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2021
12 septembre 2021
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« Le roi qui voulait voir la mer » par Gérard de CORTANZE
« Le roi qui voulait voir la mer » par Gérard de CORTANZE
Editions : Albin Michel
Parution : 1er Octobre 2021
243 pages
19,90 €
Mieux qu’une réhabilitation de Louis XVI, c’est celle d’une royauté démocratique, que dessine à merveille G. de Cortanze en entremêlant historique et intime. Ce roi, mal à l'aise au milieu de ses courtisans et qui n’a jamais voyagé, décide d’aller voir la mer et ses travaux de la rade de Cherbourg avec le moins possible de faste royal. Le timide érudit devient un voyageur téméraire, heureux de découvrir cette province de Normandie à la réputation hostile, surpris d’y trouver tant de chaleur humaine malgré un ciel de métal et une brume enveloppant une grande pauvreté. Comment redonner confiance à ce peuple si ce n’est par le projet d’une marine marchande autant que militaire, par une approche plus humaine de ses sujets ? Alors Louis XVI va séduire par ses connaissances éclectiques, révéler son pied marin en montant sur le célèbre Compatriote, vaisseau prometteur d’un pouvoir fort, aider sans retenue les plus miséreux et pour la première fois de son règne se sentir reconnu et aimé. Malheureusement les fluctuations infinies de la mer autant que celles de ses sujets et celles de son propre visage annoncent un retour dangereux à Versailles. Mais elles laissent à la postérité le voyage éclair et lumineux de Louis XVI, conscient qu’un roi doit être un modèle de vertu. Ce très beau roman, à mettre entre toutes les mains, est celui d’un historien-poète où la parabole de la mer toujours recommencée est la quintessence même d’un message politique, voire d’un instrument de civilisation.
B. Clavel Delsol
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2021
19 août 2021
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« Premier sang » par Amélie NOTHOMB
Editions : Albin Michel
Parution : 19 Août 2021
172 pages
17,90 €
Amélie Nothomb est toujours caustique quand elle dépeint l’aristocratie. A priori elle ne fait pas d’exception pour le portait du baron Nothomb, son arrière-grand-père. Elle l’affuble d’une humeur fantasque et égoïste et d’un autoritarisme impitoyable. Elle laisse alors la parole à un de ses petit-fils, jeune orphelin heureux de trouver une ascendance paternelle. Si indigence et autoritarisme sont prétextes à endurcir sa descendance, le baron a réussi. Car la critique de l’aristocrate va se transformer en un bel hommage à celui qui sut lui résister. En effet l’enfant, qui n’est autre que le propre père de l’auteure devenu consul au Congo belge, va savoir résister aux révolutionnaires marxistes et négocier avec eux le plus longtemps et intelligemment possible pour la survie des otages belges. Ainsi Amélie Nothomb semble faire amende honorable à cet ancêtre qui par son abus d’autorité fit de son petit-fils un véritable résistant reconnu comme véritable héros belge. Joli livre écrit avec la verve bien caractéristique d’Amélie Nothomb.
B. Clavel Delsol
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2021
18 août 2021
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«Un été avec Rimbaud » par Sylvain TESSON
Editions : Equateurs parallèles
Parution : Avril 2021
216 pages
14,50 €
Plus qu’un été avec Rimbaud, c’est un été avec Sylvain Tesson qu’on a le plaisir de passer. Car il est indéniable que si celui-ci est soucieux d’éclairer la poésie du « voleur de feu » et justifier l’allure de ses « semelles de vent », c’est que Rimbaud est un autre lui-même. Ces deux aventuriers du globe embrassent la beauté, saison passagère que transcrit le poète. Et si la poésie est dans le mouvement et nous dépasse il faut savoir avancer, être des « voyants » en symbiose avec le monde plutôt qu’en recherche de sens. Pourquoi vouloir tout comprendre, tout décrypter, à tel point que la beauté échappe au profit de récupérateurs sans scrupules ? Rien n’arrête les deux aventuriers, ni le danger, ni les vers incompréhensibles. Et si tout semble inerte, à nous de réveiller le monde, de soulever ses voiles un à un. Peu importe le moyen, qu’il soit la drogue ou la paupière fermée, le commerce ou l’ennui. L’important est de chasser les horreurs du monde par la beauté des mots, et si le verbe n’arrive pas à exterminer le voyou et l’insatiable, « la réalité rugueuse » y pourvoit: c’est quand le cul-de-jatte rêve de montagne et de désert, c’est quand le romancier se met au service du néophyte comme de son ami :
"L’enfer, Arthur, c’est de laisser passer sa saison. Les illuminations, c’est quand on l’a compris..."
Brigitte Clavel Delsol
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2021
15 août 2021
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« Le cerf-volant » par Laetitia Colombani
Editions : Grasset
Parution : Juin 2021
205 pages
18,50 €
L'humanisme de Laetitia Colombani justifie le succès de ses livres. Son dernier roman se situe en Inde où elle évoque la condition des femmes actuelles encore soumises à la violence, à l’illettrisme et à la pauvreté. C’est précisément dans ce pays que Léna s’évade, suite à un évènement tragique dans sa vie personnelle. Là elle découvre cette caste d’ Intouchables dont la misère physique et morale est à son comble. Certes dans le village où elle s’installe il y a bien une brigade de filles révoltées qui tentent par la force de protéger les plus faibles. Mais Léna a une vocation d’enseignante et comprend vite que la culture apporte plus de liberté que la violence. Malheureusement cette liberté a un prix et Léna sera accusée quand l’une de ses protégées s’enfuira après un mariage forcé pour ne jamais revenir. Dans ce véritable reportage sur l’Inde et les méfaits de ses castes et de sa phallocratie, Laetitia Colombani honore le désir d’élever une société aveuglée et exploitée. Facile à lire, son ouvrage est à mettre entre les mains de tous les contempteurs de l’enseignement. Car il y en a, même en France: le mari de Léna en fut la victime.
B.C.D.
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2021
10 août 2021
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« L’île du couchant » par Gilbert Sinoué
Editions Gallimard
Parution : Mai 2021
291 pages
20 €
« Il y va des honneurs comme du feu. Certains peuvent vous consumer ». Telle est l’histoire du Maroc, dès son origine. Les tribus Berbères s’ y entredéchirent et pourtant seule la paix entre eux pourrait les faire survivre. Au XVIIème siècle, le sultan Moulay Ismaïl l’a compris et se battra jusqu’à ses derniers jours contre ses rivaux ou ses envahisseurs, désirant être le Louis XIV du Maghreb et comme lui étendre son territoire. Mais l’entente ne semble guère possible entre le sultan et ce roi. L’auteur nous montre les diplomates français pleins de fourberie et d’ignorance, sans pitié pour les prisonniers de guerre, tandis que le sultan impose sans vergogne sa religion au roi des chrétiens. Seul un médecin français, Casimir Giordano, parvient à relier ces deux pays antagonistes par son amitié pour Abraham Maïmoran, conseiller du sultan, plein de finesse et de diplomatie, et son amour pour Fatima pleine de confiance dans le Destin … Car les femmes de ce pays ont plus de pouvoir qu’on ne l’imagine, si on s’en réfère aux chroniques locales intercalées entre chacun des chapitres. L’intérêt du livre réside dans une très belle écriture où le sang semble parler au nom de l’histoire trop méconnue des Berbères et celle d’un « Honnête Homme » pris en otage mais capable de comprendre une terre étrangère mieux que n’importe lequel de ses politiciens et d’ y mourir sans regret…
B.C.D.
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2021