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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 11:17

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2015

293 pages

 22 €

 Estimation : 2,5/5

Le  premier roman de Bunny Suraiya a pour thème le multiculturalisme qu’elle évoque avec  grâce et réalisme. Il se passe à Calcutta en 1959, une dizaine d’années  après  la proclamation de l’indépendance de l’Inde. La vie idyllique  de la capitale magnifiquement décrite est loin de combler Robert Ryan, anglo-indien d’origine. Car le vent a tourné. S’il fut une époque où les Anglo-indiens se sentaient proches des Anglais, ce temps est révolu. La mode est au nationalisme, les Indiens de pure souche reviennent aux commandes, et Robert Ryan se sent écarté de son directeur  par Ronen Mukherji, brillant indien  tout droit sorti de King’s College of London. Alors Robert Ryan rêve d’un retour en Angleterre car même ses plus loyaux serviteurs indiens  ont d’autres projets que de rester à son service. Mais l’Angleterre décrite par sa sœur ne semble pas accueillante et de plus ses filles sont si heureuses à Calcutta. Seul l’amour peut mettre fin à la discrimination. Le temps n’est plus aux mariages organisés, mais à la liberté d’aimer. Très belles échappées dans un joyeux Calcutta où la fraîcheur de l’âge incite la jeunesse à pousser les portes des diverses communautés et le lecteur à penser aux bienfaits du sang mêlé...  

Brigitte Clavel Delsol

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 11:14
« Le fleuve guillotine »  par Antoine de Meaux

 

 

Editions : Phébus

Parution : Août 2015

438 pages

23 €

 

 Antoine de Meaux ne cache pas  son objectif : offrir un véritable cours d’histoire à travers son roman, car qui connaît vraiment les martyrs du Forez et de Lyon  sous la Révolution? Sa tâche d’historien est d’autant plus aisée que sa famille est aux premières loges ce 10 Août 1793 lors de la chute des Tuileries. Ses  ancêtres Louis de Torbeil et ses quatre beaux-frères de Pierrebelle ne sont pas du même côté que l’ex-oratorien Rambert Conche leur cousin, célèbre conseiller du révolutionnaire  Joseph Chalier  . Le lecteur assiste à leur fuite vers Lyon et le Forez, nouvelle petite Vendée dont ils sont originaires, car qu’attendre de Paris  qui coiffe son roi d’un tricorne à plumes tricolores et d’une république qui a pour saints Chalier et Marat ? Rien d’autre malheureusement, selon le général Perrin de Précy, que le siège de Lyon. Et c’est alors que les évènements se précipitent,  St Etienne, Montbrison et Feurs tombent au nom de la foi et de la liberté, tandis que la volonté des Lyonnais de résister au siège décuple. Mais les bourgeois et curés réfractaires ont vite fait d’être mitraillés, les échafauds de s’élever, les hôtels particuliers de brûler. Si les dernières images sont celles d’un  Rambert Conche déambulant  fièrement du côté des vainqueurs,  le lecteur garde un souvenir indélébile de son frère Irénée, généreux  négociant de soie, éliminé car trop riche, et de leurs quatre  cousins Jean,  Charles, Barthélémy et Camille de Pierrebelle tous fidèles à leur patrie et leur devoir, ainsi que les dévoués et attachants serviteurs. Récit magnifique, qui retient jusqu’aux détails de l’histoire et emporte le cœur et la raison.

Brigitte Clavel Delsol

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 07:41

 

 

 

Editions : Folio

Parution : Août 2015

193 pages

Estimation : 2,5/5

 

 « Ce livre enchantera votre journée », telle est la bande annonce de cette nouvelle qui n’empêchera pas le lecteur de trouver dans la vie de Guylain Vignolles des raisons de désenchanter. Car celui-ci a une vie bien morose, pour seule compagnon  un poisson rouge,  pour seul travail le pilonnage de papier avec un chef acariâtre, pour seul réconfort la lecture à haute voix des pages épargnées à ses risques et périls, et pour seul rêve une inconnue qui a perdu son piètre journal intime  sur sa clé USB. Grâce à une alternance  d’humour et de tristesse, le lecteur s’attache à Guylain,  aussi naïf que le Candide de Voltaire, malheureusement dans un cadre aussi noir que celui de Zola. Car  le recyclage ne symbolise pas pour l'auteur la  grâce d’une deuxième vie  accordée au vieux  papier, mais l’entrave à la lecture, l’encouragement à une  consommation jamais  consommée, la force destructrice de la machine qui broie tout sur son passage, y compris l’homme lui-même. Heureusement une poignée de personnes suffira à redonner confiance à Guylain et aux lecteurs, car il y a des êtres plus forts que la fatalité, des mémoires et des cœurs plus imaginatifs et performants que la technologie elle-même…Sans aucun doute l’auteur fait partie de cette catégorie, même s’il oublie les bienfaits du progrès !

Brigitte Clavel Delsol

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 11:36

Éditions : Albin Michel 
Parution : Septembre 2015
183 pages 16 € 
Estimation 3/5

 


Qui n'a jamais souhaité marcher sur les traces de Charles de Foucauld à travers un Sahara qui attire autant qu' il effraye ? Eric-Emmanuel Schmitt, responsable d'un scénario sur la vie du grand saint a réalisé ce vœu et c'est cet exploit qu'il raconte dans son dernier livre. Il a à peine 28 ans quand il traverse  à pied le désert qui sépare le fortin de Tamanrasset construit par Charles de Foucault et l'ermitage d'Assekrem où celui-ci aimait se retirer. Philosophe de formation E-E Schmitt  fait preuve d'un rationalisme invincible, contrebalancé cependant  par une hypersensibilité d'adolescent . Sans doute celle-ci est-elle ravivée par sa récente documentation sur le célèbre mystique  et surtout par la traversée d'un paysage tout à la fois cauchemardesque et riche en révélations. C'est cette avancée dans le désert saharien qui va métamorphoser ce jeune scénariste agnostique. En effet amateur de sensations  fortes, cet esthète y subit une expérience qui lui révèle la présence divine. Il garde  jalousement ce secret pendant plus de trente ans, car, se demande-t-il,  l'émotion à elle seule peut-elle résoudre un tel mystère métaphysique? C'est sur cette incertitude que reste le lecteur tout en ayant passé, comme toujours avec E-E Schmiit,  un bon moment de lecture.

B Clavel Delsol 

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 11:26

 

Editions : Rivages

Parution : Mars 2015

217 pages

21 €

Estimation : 4,5 / 5

Quand on découvre « la théorie révolutionnaire de l’existence du merveilleux dans la vie » de G.K. Chesterton, on comprend pourquoi F. Rivière  consacre un livre à cette célébrité britannique trop souvent mal connue. Cette biographie rédigée avec la même originalité que celle de  son sujet est  passionnante, révélant heurs et malheurs d’un écrivain qui touche au dessin, au journalisme, à la poésie, aux nouvelles, romans et essais, sans parler de ses innombrables conférences internationales. Tout est paradoxal chez ce bon vivant qui s’attaque à l’establishment britannique, et chez cet anglican qui ne jure que par la religion catholique. Mais, dira Kafka, « il est tellement joyeux qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’il a trouvé Dieu » et c’est peut–être et sans doute grâce à cette trouvaille que Chesterton  tient une place importante dans la littérature. Car  si les personnages de ses romans  policiers sont  excentriques, « ils soulèvent le couvercle de l’anxiété qui l’étreint sournoisement ». Chacun d’eux n’est que prétexte à une symbolique profonde : G.K. Chesterton mêle le comique au tragique avec une aisance toute shakespearienne, son tempérament ambivalent ne fait qu’ajouter de la fantaisie à une rigueur morale intransigeante. Ses talents d’orateur enchantent le public séduit par sa facilité d’aborder tous les sujets : G.K. Chesterton réfute l’évolutionnisme  de Darwin , développe le distributisme, théorie politique qui lui est chère,  tout en poursuivant la saga policière de Mr Brown  ou la biographie de St François d’Assise ! Mais avant d’être un homme séduisant, Chesterton est un homme de conviction  qui tient à défendre que le catholicisme n’est point « une petite secte » mais une philosophie vivante  et que, sans elle, les "monstres" guettent sans cesse et mènent à un monde de fous dangereux. Alors son souci du  genre humain et  son humour redoublent, tandis que sa fierté n’est autre que celle d’être appelé « Uncle Chesnut », et sa joie de voir que «  la prohibition n’est après tout pas une mauvaise chose puisqu’elle incite les gens à fabriquer eux-mêmes leur alcool! ».  Aux lecteurs de F. Rivière il ne reste plus que  d’aller se détendre avec  Mr Brown   dont le but unique est de  convertir et faire rire  tout à la fois …

Brigitte Clavel Delsol

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 08:36


Éditions : Julliard
Parution : Août 2015
Prix : 18 €
. Estimation 4,75/5
Dans son dernier roman Yasmina khadra se surpasse . Si le sujet semble rébarbatif  au premier abord, le lecteur à vite fait d être séduit  par l'envolée de l'écriture qui fait d'un petit berger bâtard un tyran sanguinaire.  La parole est au colonel Kadafi , mais c'est le portrait  de tout dictateur déchu que Khadra parvient à dépeindre. La lucidité du  Raïs sur lui - même comme sur son peuple est aussi grande que sa cruauté .  Se croyant infaillible dans ses jugements, il se plaît à désarçonner ses plus fidèles serviteurs pour les éliminer un à un et rester seul sur la scène politique .La servilité des uns comme la révolte des autres excitent sa cruauté  en même temps que sa verve. Se prenant pour un élu des dieux avant de se considérer comme un dieu lui même le Rais finira par  comprendre  qu'il n'est pas aisé de "mettre à genoux la fatalité". Celui qui disait  ne pas craindre la mort mourra comme un rat tétanisé . Yasmina Kadra n' a d'autres intentions que de rappeler  les dangers d un pouvoir dictatorial . Il réussit à merveille  grâce à une biographie approfondie et des faits historiques précis.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 12:38

 

 

Editions : Albin Michel

Parutions : 2014-2015

20 €

Estimation : 4, 75/5

 

Cet écrivain irlandais mérite d’être plus connu en France. Ses deux derniers romans sont des splendeurs. « Un ciel rouge le matin » est bouleversant.  Avec art il dépeint la pauvreté de l’Irlande au début du XIXème, le miracle qu’était alors  une traversée de l’Atlantique et le débarquement sur l’eldorado américain qui se révèle être un cimetière. En 1832, au nord-ouest de l’Irlande, Coll Coyle, sans raison expulsé de sa ferme, tue de colère le fils arrogant de son riche  propriétaire et s’enfuit avec pour seule arme et seule ancre le ruban de sa fille. Si l’atmosphère est du début à la fin celle du combat incessant pour survivre à travers les tourbières irlandaises, les tempêtes en bateau et un choléra impitoyable outre-mer,  le style sait rester à la hauteur de toutes les espérances,  réaliste, mais pas dénudé de poésie, violent plus qu’on ne saurait l’imaginer, mais plein de sensibilité sous-jacente. Roman qui incite à lire « La neige noire »,  paru cet été, tout aussi magnifique.  Le thème  de l’immigration y  est d’autant plus dramatique que c’est dans son Irlande natale que rentre cette fois  le personnage principal, Barnabas Kane, où il subit, comme Coll Coyle, les impitoyables cruautés de la terre et des hommes.  Paul Lynch met en exergue ces beaux vers de T.S. Eliot : « Quand viendront les temps du malheur,/ Qui se souviendra de ma maison, où vivront /  Les enfants de mes enfants ? »… Deux histoires intemporelles…

Brigitte Clavel Delsol

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 14:42

 

 

 

Editions : Gaïa

Parution : Mai 2015

282 pages

20 €

Estimation : 2,5/5

 

 

Ce nouveau roman a tout du scénario où le contraste entre deux portraits de femmes, toutes deux restauratrices de livres anciens, n’est que prétexte à faire découvrir le monde de la reliure et les rêves qu’il suscite. Si le seul intérêt d’Astride Malinger est  de s’enrichir par la restauration d’un Premier Folio de Shakespeare, celui de Mathilde Berger est tout autre. Il s’agit pour celle-ci d’une approche amoureuse de Shakespeare, grâce à un illustre inconnu, John, dont elle a découvert les manuscrits en des circonstances rocambolesques. Le style comme les confidences de ce domestique élevé au rang de gardien des écrits de l’illustre « braconnier des âmes » vont  la séduire  et lui faire découvrir l’homme qui se cachait  derrière le maître d’œuvres.  Dommage qu'Anne Delaflotte Mehdevi s’étende plus sur les querelles de deux femmes au tempérament incompatible que sur cette belle amitié du domestique qui protégea l’homme du théâtre! Toutefois son envie de se plonger dans les biographies de Shakespeare est fort communicative et bénéfique…

B Clavel Delsol

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 13:42

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2015

360 pages

20 €

Estimation : 4/5

 

Le dernier roman de Carole Martinez n’a pas attendu la rentrée littéraire pour remporter son habituel engouement. Son titre, très parlant, illustre les pentes de la vie  et les penchants des coeurs, semblables aux  rives pentues de la Loue où l’histoire de Blanche se déroule. Bien que l’atmosphère chère à l’auteur soit toute moyenâgeuse, pleine d’obscurantisme, régulée par une méchante  badine symbolique de la toute puissance paternelle  ou  les apparitions mystérieuses de Dame verte, allégorie de la rivière franche-comtoise, vengeresse de la peste dévorante, l’auteur ne cache pas son intention : « Il faut cesser avec ces histoires à dormir debout, et regarder le monde tel qu’il est ! ». Alors la plume de C. Martinez est semblable à la Loue, coule à flot jusqu’à ce que l’âge de l’innocence atteigne celui de la compréhension du monde et des hommes. Car si l’autoritarisme écarte le diable un instant, Blanche sait que la connaissance est plus efficace pour évincer celui-ci définitivement et que trois loups brodés sur une tunique protègent moins qu’une petite croix. Ainsi, tandis que la vielle âme se penche sur Blanche, c’est  l’enfant qui se penche vers l’éternel. Livre d’une très grande poésie où l’auteur se plaît comme toujours à coudre et découdre les fils de l’existence, véritable Pénélope qui, à force d’assembler mots et couleurs, transforme le noir de la vie en une tapisserie lumineuse.

Brigitte Clavel Delsol

 

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 17:42

 

 

Editions : Les Escales

Parution : Mars 2015

440 pages

20,90 €

Estimation : 3/5

A défaut d’être le livre de l’été, « La mémoire des embruns » a néanmoins tous les attraits d’un livre au thème universel, celui du passé qui rattrape toujours le présent. A l’approche de sa mort  Mary Mason  est  replongée malgré elle dans ses jeunes années : un ami d’enfance frappe à sa porte et bouleverse son existence. Mary est déterminée, elle ne  finira pas  ses jours à l’hospice comme le veut sa fille,  mais retournera sur l’île Bruny,  là où elle fut si heureuse jusqu’au jour où elle fut trahie, pour trouver une solution à son dilemme présent. Et si le phare symbolise le point culminant de la solitude menacée, il représente aussi la verticale qu’il faut grimper pour obtenir le pardon d’un amour jamais révélé. Le lecteur assiste  à un chant à deux voix, celle de  Tom, le  benjamin esseulé, mécanicien qui rêve de l’Antarctique, et celle de Mary l’épouse mal aimée, mais toutes deux faisant l’éloge de la nature sauvage  qui se nourrit de vent salé,  d’embruns et d’amours impossibles. Livre envoûtant où les descriptions  sont de véritables tableaux de bords de mer, belle réminiscence des plages australiennes, pays de l'auteur et de ses personnages. 

Brigitte Clavel Delsol 

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