Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 09:07

« La revanche des orages »        par    Sébastien Spitzer

 

Editions : Albin Michel

Parution : Juin 2022

396 pages

21,90 €

 

La rentrée littéraire semble hantée par la guerre autant que le cerveau du pilote Claude Eatherly est poursuivi par une voix, celle d’une rescapée d’Hiroshima. Car c’est lui qui a donné le feu vert de larguer la bombe nucléaire le 6 Août 45, ce qui inspire  Sébastien Spitzer à dépeindre  la  vraie vie , non pas celle d’un long fleuve tranquille, mais celle à double face où s’entremêlent le bien et le mal, la vie et la mort, l’amour et la vengeance, l’orgueil et le remord. Ses phrases sont sans fioriture, brèves, où le franc parler dévoile tout jusqu’au fin fond de l’âme. Anna ne reconnaît plus le beau pilote qui lui promettait les honneurs et  la fortune. Selon elle, n’est-ce pas grâce à lui que  les Américains ont pu mettre fin à la guerre ? Mais Claude Eatherly ne voit que ses échecs. Au lieu d’obéir à la consigne du général Paul  Tibbets, il aurait dû viser  le palais de l’empereur et tout se serait passé autrement. Alors il cherche à se faire condamner par n'importe quel moyen. Sa descente aux enfers  conduit  Spitzer à remonter le temps pour  mieux comprendre la complexité de l’âme humaine où les pieuses racines familiales ont toujours incité à la  pensée et à l'action , forgé la liberté et le devoir en omettant le doute. Le drame intérieur ne sera jamais résolu. La seule récompense sera l’internement psychiatrique avec électrochocs thérapeutiques dont la violence fait écho à celle de la repentance, pour ne pas dire à celle du bombardement…. 

Brigitte Clavel Delsol

 

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 16:16

                          « Ponce Pilate mon frère »  par   Dominique DECHERF

 

 

Editions : France-Empire

Parution : 2018

86 pages

9 €

Nombreuses sont les raisons  qui   inspirent Dominique Decherf à  faire revivre   Ponce Pilate dans sa toge rouge en train de débattre sur le sort de Jésus  avec  le grand prêtre Caïphe tout de noir vêtu .  Certes ce préfet  romain en Judée,  connu pour sa droiture, a un rôle déterminant dans la passion du Christ. Sans lui, rien de ce qui était annoncé dans les Ecritures ne serait arrivé. Face au Crucifié qui  apportait au monde ce dont il avait  besoin, une autre dimension que  la laïcité, le temporel et "la vérité extérieure", à savoir le religieux, le spirituel, la vérité intérieure, le fonctionnaire était dépassé par sa mission. Et c’est en cela  qu’il nous ressemble et qu’il reste peut-être la personne des Ecritures la plus proche de nous. Car ce préfet de Judée voué à la raison d’Etat voulait éviter le  désordre à l’Empire autant qu'aux autorités juives. Comment alors prendre parti ? Le cœur du problème n’est pas l’attribution de la responsabilité mais la connivence implicite du Romain et du Juif  qui optent pour  la mort d’un seul homme au profit de la paix. L’auteur dénonce cette complicité comme un adage fondamentalement faux et criminel, éternellement présent dans les grandes tragédies humaines. Ainsi Pilate demeure toujours d’actualité, témoin faible et  impuissant entre politique et religion. D’où ce nouveau livre qui lui est consacré, lui qui  sans doute ne fut « pas dénudé d’affect »  quand il se lava les mains  …B.C.D.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 11:07

« Le colonel ne dort pas » par Emilienne Malfatto

 

Editions du sous-sol

Parution : Août 2022

111 pages

16 €

 

Dans ce petit  roman d’Emilienne Malfatto longtemps  journaliste-reporteur,  non seulement la guerre n’est plus synonyme de gloire mais elle est à bannir. Les nuits du  colonel ont fonction symbolique. Ce   tortionnaire  est rattrapé par ses victimes, hanté par ces physionomies  de poissons,  déformées  par la torture avant d’être noyées,  devenant à leur tour ses propres  bourreaux .  A cause d’eux  il perd non seulement le sommeil mais toute conviction militaire et tout désir de continuer à martyriser,  à dénoncer,  à remplir sa mission d’informateur. L’ environnement comme le style  lui-même est contaminé par une grisaille permanente qui efface reliefs et personnalités.  Une eau sale  tombe du ciel jusqu’à noyer toute lucidité et velléité.   La seule lueur subsistante vient des regards des  torturés dont la haine avant la mort a fini par tomber.  Ainsi l’écart se creuse entre la perception des horreurs et leur cause.  Le style  devient indéniablement  fureur poétique,  révolte antimilitariste, avec, pour seul envie,   une vie en pantoufles  et  quelques galons en salaire !  Ce livre est un petit  bijou littéraire dont on a le droit de douter de l’opportunité à l’heure où grand nombre de pays  envahis luttent et meurent  pour leur  liberté.  

B.C.D.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 14:11
"Que reviennent ceux qui sont loin" par Pierre ADRIAN

"QUE REVIENNENT CEUX QUI SONT LOIN" par Pierre ADRIAN

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2022

181 pages

20 €

 

Toute maison devrait posséder sur ses étagères ce livre d’or. C’est celui d’un petit-fils qui vient revivre les vacances bretonnes de  sa jeunesse. Certes il fut un temps, las de trop de monotonie familiale et de ciel gris, où il préféra  les voyages lointains et le bleu méditerranéen. Quand il débarque il trouve des rides sur les visages , des corps vieillis sur la plage, une église agonisante, seule la maison n’a pas changé. Néanmoins la famille reste  la même,  dévouée aux plus jeunes  grisés de liberté, accueillant, mais sans excès, le  nouvel arrivé dont elle respecte l’indépendance . Le narrateur  a aussi pris de l’âge mais est heureux de retrouver l’ enfant qu’il était  dans son tout jeune neveu,  déjà  solitaire  et inquiet de la marche du monde.  Contemplatif de tempérament,  il fait sans doute partie de ces  « âmes simples » chères à l’auteur, lui-même hanté par  le temps qui passe et souffle sur  la famille aussi fragile qu’une tour kapla…Très joli roman de la rentrée littéraire,  tout en sensibilité où l'inconscience de l'été  fait place à la maturité automnale .
B.C.D

Partager cet article
Repost0
21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 13:32

 

 

« Le cavalier de la nuit »  par Robert PENN WARREN

 

Editions : SEGUIER

1ère Parution aux USA en 1939, en France en  1951

Réédition : Février 2022

607 pages

22 €

 

 

Nul ne peut mieux définir « Le cavalier de la nuit »  que son auteur lui-même : « Ce roman aspire à être poésie, et non pas histoire ».  En effet à travers ces évènements  politiques qui touchèrent les planteurs de tabac au début du XXème siècle dans le sud des Etats-Unis , c’est l’homme dans sa vulnérabilité que dépeint R.  Penn Warren. Son héros principal Percy Munn a bien  l’air de lui ressembler tant sa sincérité est spontanée. Jeune avocat assoiffé  de justice,  celui-ci  se laisse embarquer  dans une action politique  dont le récit laisse rapidement entrevoir tout un vocabulaire de mauvais présages. Car Munn n'est pas un meneur. Les évènements l’assaillent,  l’embrigadent et ont vite fait de le dépasser.   S’il hésite à se joindre  à l’organisation des « cavaliers de la nuit », il finit par y adhérer après son  discours éloquent, voire  convainquant, dicté seulement par sa compassion pour la pauvreté des planteurs. Mais la violence prend vite le pas sur le discernement, l’association de la fraternité des planteurs  prend une tournure militaire qui instaure peu à peu la terreur. Munn s’endurcit, s’enfonce dans la cruauté, avec l’idée d’une fatalité inévitable. En fait la poésie du début cède sa place à la violence et au racisme. C’est cette fragilité  de la nature humaine que R. Penn Warren a voulu dénoncer et que  Michel Mohrt a traduite à merveille. Sans doute est-ce l’une  des  raisons pour laquelle  les éditions Séguier ont réédité cette année ce vieux  roman américain  où l’ambiguïté du bien et du mal  brouille  le reflet de l’homme jusqu’à le rendre  méconnaissable quand le monopole devient bouée de survie et que  la fin justifie tous  les moyens…Fresque magnifique où de multiples personnages qui à force de  « suer pour rien » se battent jusqu'à se  perdre dans la nuit.  

B.C.D.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 08:00

                   « Un miracle » par Victoria  Mas

 

Editions : Albin Michel

Parution :Août 2022

219 pages

19,90 €

 

« Valoriser les voix que personne n’écoute », tel était le thème  du premier roman de Victoria Mas qu’ on retrouve dans « Un miracle ». Ce qui importe pour l’auteure ce n’est pas  la véracité de l’apparition mariale,  mais la diversité des comportements humains devant un même phénomène. Pour ce faire, elle choisit l’île de Batz qui devient, sous sa plume romantique,  une véritable peinture  bretonne . Tout contribue  à augmenter la solitude  des insulaires, un océan plein de ressacs, avec pour  échos les cris des goélands,  un ciel plein de pluie qui sait se déchirer et  faire percer quelques lueurs pour laisser place aux étoiles ,  des champs habillés  de friche et de goémon. Terre austère et tourmentée , elle accentue  le chagrin du veuf Adan, la dureté du  chrétien Bourdieu, la  folie de sœur Anne . Car les forces du mal existent,  rien n’épargne cette île , ni les crimes, ni les séismes.  Mais  le jeune  Hugo  et le fragile Isaac savent voir  ce que personne ne verra jamais. Et si c’était cela le miracle, la victoire du bien sur le mal, que Dieu ne peut accomplir qu’avec des voyants? Roman austère de la part d’une si jeune écrivain mais  la splendeur de son style parvient à rendre à merveille les contrastes des hommes semblables à ceux de la nature.

B.C.D

.

 

 

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 15:07
"monologue du silence"   par Denis Clavel

« Monologue du silence » par Denis Clavel

 

Editions : Esope Chamonix

Parution : 1er trimestre 2022

15 

 

 

 

Pour bien des raisons,  épiloguer sur ce recueil n’est pas chose facile.

Le titre à lui seul n’invite pas au commentaire, mais plutôt au silence. 

Quand on connaît l’auteur peu réceptif au bavardage , il ne reste qu’à se taire.

Mais sa plume aussi vive que son œil

 a vite fait de désigner la beauté du monde,

point de convergence  entre la vie et la mort,

le communicable et l'indicible,

en un mot entre l’homme et Dieu.

On pourrait qualifier sa poétique de synesthésique,

non seulement pour ses correspondances du réel avec le  surnaturel 

  mais pour son inséparable  association

  de peintures abstraites  et  d'images concrètes,

pour ses  allers retours symboliques ,

  qui lui font dire:

 "En elle-même la vie

ne veut rien dire",

elle est comme la poésie 

au service exclusif du  Beau:

"le don n’est pas de recevoir 

mais de le rendre".

 Denis Clavel  joue avec les mots

Mais derrière ce jeu 

chaque page apporte  une clé ,

qu’elle soit appel  à la contemplation , 

 "désir de vertige" ou  " toucher de l’épaule"

  Toutes reflètent l’unité de l’univers ,

la nécessité  d'être plus que paraître,

 le mystère infini du sens de la vie

qui oscille entre  "signification" ou  "direction" 

et font  du poète  un chantre d’espérance.

Mais sera-t-il entendu?

 

B. C. Delsol

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 12:14

« Le parti d’Edgar Winger »  par Patrice JEAN

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2022

242 pages

20 €

 

Que cherche à révéler Patrice JEAN  à travers  ce roman dédié  à un dénommé Edgar Winger, théoricien révolutionnaire disparu depuis vingt ans mais recherché ardemment par ses fidèles disciples ? Celui-ci ayant été entrevu un jour  au grand café de Lecce de Nice, Romain Bisset, nouvel adhérent à ce parti auquel il a apporté sa part d’héritage, est chargé de le retrouver. Fils d’un riche industriel, aussi naïf que généreux, en rupture avec sa famille, Romain adhère à ce rêve d’une société sans classes. Mais ses aventures niçoises plutôt décevantes lui font vite réaliser à quel point le fanatisme de ses amis idéologues est peu charitable. Et c’est là qu’apparaissent les grandes questions sociétales. La  violence des dominés est-elle ou non justifiée ? La mystification de la femme  empêche-t-elle l’avancée de l’égalitarisme ? L’autoritarisme du parti doit-il prévaloir sur  toute histoire sentimentale? Romain a le  sentiment de s’éloigner peu à peu du doctrinaire recherché. Mais quand la providence le met  sur son chemin, c’est un inconnu qu’il découvre. Dorénavant replié au fin fond de l’Allier, Edgar Winger a renoncé à tout jamais à ses combats égalitaristes, prêche l’individualisme qu’il a tant combattu, prône la beauté de la nature et de la poésie. Mais pourquoi un tel changement ? Ses explications suffiront-elles à  convaincre Romain qu’il n’est pas un renégat?  Et Romain sera-t-il capable de faire triompher l’individualisme  sur le collectivisme dont il était le héraut ? Le rythme du livre,  tout en lenteur  et répétitions d’expériences à la fois malheureuses et burlesques, révèle à quel point est utopique  la société idéale comme l’amour parfait ou un monde sans frontières. Car le mal ne vient pas de la société, il est en nous, et vouloir l’éradiquer par une violence collectiviste c’est nier la vérité de l’ essence humaine, c’est réduire arbitrairement  à néant  la partie sacrée de l’homme. Beau message de Patrice JEAN qui veut que  « la vérité des êtres » n’échappe pas à ses lecteurs, au prix peut-être de passer pour un réactionnaire…

B. Clavel Delsol

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 07:39

« Trouver refuge » par Christophe Ono- Dit-Biot

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2022

411 pages

20 €

 

Que dissimule  Sacha  dans sa fuite au mont Athos si ce n’est les doutes de Christophe Ono-Dit-Biot, ses regrets, ses désillusions, ses aspirations ? Chroniqueur d’émissions  télévisées, Sacha a malheureusement osé ironiser sur le président de la république.  A  la croisée de deux mondes, entre un conformisme consensuel  et le dénuement total, il est malheureux comme  "un poulpe  hors de l’eau", ne sachant pas s’il avance vers la mort ou une renaissance . Que cache Mina son épouse  qui trouve un prétexte de dernière minute pour ne pas l’accompagner? Son attirance physique pour sa jeune élève serait-il plus fort que son amour conjugal ? Sa passion pour la civilisation byzantine lui permettra-t-elle de mieux comprendre les  malheureuses frasques égyptiennes de son mari encore célibataire, lié d’amitié avec Alex qui, à l’époque, était loin d' être un  président nationaliste, hostile à l’immigration et à la liberté d'expression ?  Pendant ce temps Sacha va de monastère en monastère sur l’île sacrée, car il est surveillé  sans cesse par  un drone ou un pèlerin bizarre. Qui parviendra à venir à son secours ?  Toute l’ambiguïté du livre  se trouve dans un dénouement inattendu où l’église la plus étroite se révèle être la plus ouverte, où la  femme intellectuelle  fait preuve d'audace, où celui qui se croit incapable d’aimer transmet à son enfant l’importance du sacré et sauve malgré lui l’honneur de son vieil ami. L’ombre omniprésente des moines tout de noir vêtus détonne avec le flamboiement  des lieux et  accentue le déchirement intime de celui qui est en quête perpétuelle de  vérité. Livre très original, qui aborde, dans un paradis terrestre aux parfums d’eucalyptus et de myrrhe sauvage, tous les sujets de ce siècle en recherche . B. Clavel Delsol

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 09:11
"L'expansion chinoise" par Jean Etèvenaux

 .

« L’expansion chinoise » par Jean ETEVENAUX

 

Editions : Les Acteurs du Savoir

Parution : Mai 2022

191 pages

17 €

 

Qui aujourd’hui réalise la force tranquille de la Chine ?   Jean Etèvenaux , docteur en Histoire et diplômé de l’Institut d’études politiques de Lyon,  la définit comme  «un  rouleau compresseur qui prend son temps ».  Le but de Xi Jinping : dépasser les Etats-Unis et rester l’allié de Poutine, ce qui a tout lieu  d’inquiéter l’Occident. L’ historien  n’hésite pas à remonter jusqu’au Moyen-Age  pour mieux comprendre cette  civilisation  chinoise dont la conception cyclique  du temps explique son désir d’ hégémonie sur tout ce qui l’entoure . Le  contrôle du détroit de Taïwan et de la mer de Chine ne s’arrête pas là. Xi Jinping  veut étendre son  pouvoir économique  de par le monde . Par  ses " nouvelles routes de la soie" il impose ses propres lois partout où il s’installe. Ce héraut de l'ère technologique n'a d'autre but  que de dispenser « la foi » dans une  dictature marxiste où les pires ennemis à abattre sont le capitalisme,  les religions indépendantes et le séparatisme. Certains diront  que l’humiliation coloniale du XIX ème siècle  peut  susciter un esprit de vengeance . Mais d’autres plus avisés ne voient dans la pauvreté  chinoise actuelle et la suppression des insoumis  qu’une exploitation de l’homme par un  « prince rouge » qui pense sauver l’humanité par un impérialisme marxiste. B.C.D.

 

Partager cet article
Repost0