15 août 2016
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Editions : Actes Sud
Parution : Août 2015
192 pages
18,80 €
Ce titre est très significatif, car si le roman est la narration de la libération d’Etienne, photographe de guerre pris en otage, il va en fait bien au-delà des souffrances morales du prisonnier relâché. En même temps que le lecteur assiste à la lente réadaptation d’Etienne, il découvre Irène avec ses éternelles angoisses de mère, Enzo l’ami fidèle à sa terre, Jofrenka l’avocate obsédée du sort des femmes humiliées comme de celui de ses deux amours d’enfance, Emma lasse d'attendre un mari toujours absent. Jusque là chacun poursuivait son chemin dans une solitude longuement apprivoisée, chacun finissait par se lover dans une paix devenue confortable avec le temps jusqu’à ce que le retour d’Etienne vienne tout chambouler. Ils réalisent que leur vie s’est faite malgré eux, que tous sont otages de leurs émotions. Ils réagissent chacun à leur façon, mais tous avec un « sentiment de liberté grande ». Jeanne Benameur ouvre des horizons, mais combien incertains! Irène s’effraie de « voir rentrer dans la maison ce contre quoi elle a toujours lutté » et laisse entrevoir une tristesse inévitable, celle d’une mère qui sait le parfait bonheur impossible. Livre magnifique, très poétique, très romantique, où les mots en disent long sur la difficulté de l’existence quand une vision utopique de la vie se prolonge trop longtemps.
B. C. D.
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2015
3 août 2016
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Editions : Albin Michel
Parution : 2014
231 pages
18 €
Si le lecteur avance dans ce livre comme dans un labyrinthe, il a une certitude : « l’enfant des marges » n’est pas unique, il est à la fois Valentin le petit-fils fugueur et Ioan le grand-père. Un jour Ioan, reclus dans les Cévennes, décide de laisser derrière lui cette campagne apaisante pour partir à la recherche de Valentin. Il prend la direction de Barcelone et va arpenter tous les faubourgs où se réfugient les jeunes drogués, les squatters, les révoltés, les anarchistes. Le périple est embrouillé, les lieux obscurs, les rencontres étranges, les échanges à demi-mots. Mais Ioan persiste dans sa recherche et en suivant les traces de son petit-fils, c’est celles de son propre père qu’il retrouve, tué pendant la guerre civile qui résonne encore dans la capitale catalane comme dans le cœur de la jeunesse d’aujourd’hui. Franck Pavloff se plaît à peindre l’exil intérieur de « l’homme de pierre froide » habitué à cacher ses sentiments, enragé par la colère des ancêtres qui coule encore dans les veines. Les Cévennes ne sont plus un refuge mais une prison dont il faut se sauver pour voir la réalité en face et ne plus fuir le passé. Ou alors n’y retourner, comme l’auteur, que lorsque la fissure est colmatée.
B. C. D.
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2014
30 juillet 2016
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Editions : J C Lattès
Parution : Mai 2016
320 pages
19 €
C’est bien un choc de cultures que l’on ressent à la lecture de ce beau roman. L’âme d’artiste peintre du parisien Paul Arezzo trouve sur l’île tunisienne de Kerkennah le havre de paix toujours recherché. La douceur des paysages apaise ses tourments et lui apporte l’inspiration artistique qu’il croyait avoir perdue. Sa renommée mondiale le rattrape et s’il est une personnalité internationale sur l’île, cela ne l’empêche pas de se lier d’amitié avec un jeune pêcheur, Farhat, et sa femme Nora, professeur. Et c’est là que le drame commence. Car Paul pense pouvoir sauver à Paris l’épouse de Fahrat de sa leucémie foudroyante, de même qu’il est persuadé de faire le bonheur de leurs deux enfants, Issam et Alham, en développant leurs talents artistiques. Y parviendra-t-il ? Car les Frères musulmans veillent, voient en cet artiste étranger un séducteur qui fait de l’art un appât, un piège, détournant ainsi les enfants d’Allah de leurs racines et de leurs traditions pour mieux les corrompre. Un jihad médiatique va alors filer sa toile, dénonçant lentement mais sûrement la corruption du régime de Ben Ali comme celle de ses opposants laïques ou des artistes créateurs qui veulent rivaliser avec Allah. Si Issam est pris dans les mailles de ce filet politico-religieux, la belle Alham y échappera-t-elle? Car rien ne semble la décourager, ni la vie dissolue de Paul, ni la violence des fanatiques qu’elle n’hésite pas à révéler au monde entier. L’objectif de l’auteur n’est autre qu’un cri de liberté au nom de l’amour et de l’art. Le lecteur, lui, se délecte en lisant de beaux passages sur la nécessité de l’art qui n’est que louange divine. Mais une question reste énigmatique : la liberté des mœurs occidentales ne serait-elle pas une des causes du fanatisme religieux oriental ?
B. C D.
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2016
6 juillet 2016
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Editions : Albin Michel
Parution : Avril 2016
246 pages
18 €
Baptiste symbolise à lui seul le monde paysan et ses valeurs traditionnelles. Célibataire endurci, il souffre de n’être plus en phase avec son siècle. Il rêve d’une épouse mais sa vie dans la ferme familiale avec sa vielle mère au cœur de la Creuse ne favorise pas le mariage. S’il se contente de ses terres, de ses ruches et de son troupeau, les femmes rencontrées ne veulent pas de ce genre de vie. Elles préfèrent de beaucoup le confort urbain, tiennent à leur indépendance et n’hésitent pas à être provocantes pour arriver à leurs fins. Baptiste se sent diminuer aux yeux de cette modernité avant même qu’un tragique accident avec son tracteur ait pour conséquence l’amputation de son bras gauche. Pas la moindre mièvrerie dans la démarche de Baptiste. Un détachement progressif de ce qui lui était si cher va l’inciter à devenir ce dont il a toujours rêvé : un jardinier de fleurs exotiques. Très joli livre qui montre les dangers d’un modernisme complètement déshumanisé et déraciné.
B. C. D.
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2016
5 juillet 2016
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Editions : Quai Voltaire
Parution : Mai 2016
324 pages
22,50 €
Estimation : 4,5/5
Les centres d’intérêt de Tracy Chevalier sont nombreux et variés et elle les dépeint toujours avec minutie. Si à première vue ce sont les arbres qui l’ont inspirée pour son dernier roman, qu’ils soient pommiers ou redwoods et soquoias. ce sont les hommes qui en forment la trame, réels ou fictifs. Le botaniste comme l’historien ou le simple voyageur auront plaisir à suivre les traces de Robert Goodenough à travers une nature sauvage dont la domestication ne s’est pas faite en un jour. L’histoire débute au début du XIXème, dans la boue de l’Ohio où les parents de Robert s’épuisent à cultiver un verger. S’ils en perdent la raison, ils lui transmettent néanmoins l’amour des arbres qui le font avancer toujours plus vers l’ouest. Là ce sont des forêts riches de promesses que certains transforment en parcs nationaux ou exportent avec succès vers l’Angleterre. Tracy Chevalier décrit à merveille l’hostilité de cette terre sans pitié qui renferme pourtant une richesse insoupçonnable. Une alternance de points de vue dans le récit avec, de surcroît, des échanges de courrier à l’écriture hésitante, ajoute réalisme et authenticité au roman. Bel hommage aux Etats-Unis d’Amérique et à ces hommes et femmes courageux qui savent aimer la terre et la mettre au service de l’humanité !
B C D
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2016
24 juin 2016
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Editions : ALBIN MICHEL Terres d’Amérique
Parution : Mai 2016
621 pages
14 €
Pour les amoureux de l’Amérique profonde, ce livre vaut un voyage. Ces vingt-et-une nouvelles écrites par des auteurs américains de renom sont séduisantes. Le réalisme qui les caractérise offre une palette de personnages inoubliables : des êtres marqués par des évènements tragiques qui émergent des années plus tard de leur subconscient, un grand-père angoissé devant un petit-fils livré à lui-même, un jeune indien contemplant son vieux père parlant de sa race avec autodérision, une ex-épouse effrayée de se trouver face à la femme de son mari, un militaire envoûté par les rites du vaudou … Les portraits abondent en diversité. Partout le style est vivant, dépouillé, sans emphases, même si la tonalité est différente. Les paysages révèlent la rudesse de la vie en même temps qu’une grande beauté sauvage. Que les personnages soient combattants, humoristiques, revêches, ou névrosés, tous ont leurs secrets qui les rendent attachants. Que les récits soient d’hier ou d’aujourd’hui, tous vont à l’essentiel, sans jamais donner de cours de morale, dépeignant les raisons de chacun. Le lecteur passe d’une nouvelle à l’autre avec le même contentement qu’il connaît dans une galerie de peinture. Chaque nouvelle est un tableau vivant empli qui de tendresse, qui de tristesse, qui de pastel ou de couleurs criardes …A lire sans hésitation et à offrir sans risque !
B C D
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2016
24 juin 2016
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Editions : Actes Sud
Parution : Mai 2016
303 pages
22,50 €
Le livre est épais, le rythme lent, le contexte difficile car le narrateur, Luis Nilta-Bergo, est hémiplégique et souffre d’être la honte de sa famille. Mais la promesse du titre est tenue : le style est allègre, plein de gravité et d’énergie comme la musique du Libertango. Luis Nilta–Bergo est depuis son tout jeune âge un mélomane inconditionnel. Une rencontre impromptue de deux grands musiciens pleins d’empathie pour ce jeune musicien, Astor Piazzola et Lalo Schifrin, change sa vie : comme eux, il sera chef d’orchestre. Les opposants à un tel projet seront nombreux et le renoncement d’un instant, que Luis nomme « la nostalgie du non-être », le fait souffrir bien davantage que son handicap. Alors la musique devient revanche, raison de vivre, réalisation de soi avant de se transformer en acte d’amour. Car de cet art jaillit un sens de la vie que Luis veut transmettre à « l’humanité souffrante ». Avec la participation de "trois cents soldats de la musique", il fonde l’Orchestre du Monde qui se déplace sur tous les lieux frappés par les guerres, les tsunamis et les tremblements de terre, afin de donner un sens à cette "humanité souffrante". Ainsi Luis, à l’instar de F Deleght, rend à l’art sa nature première, à savoir non pas un furtif délassement, mais un remède apaisant à tous les maux de la terre. Car « la vie, quand elle ne nous offre pas tout, s’en excuse en nous offrant mille fois plus sous une autre forme ». Roman magnifique qui, à défaut d’une réelle biographie, offre un arrière fond musical comme un appel à la paix.
B. C. D.
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2016
12 juin 2016
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Éditions: Liana Lévi
Parution: Mai 2016
138 pages
14,50 €
Ce livre écrit avec lucidité est le drame de Vi la narratrice autant que celui du Vietnam. Alors que l'empire familial réalisé par un grand père ambitieux permettait d'espérer un avenir radieux, le fils héritier ne sait pas faire face à ses responsabilités. Vi est la fille de celui-ci, prénom qui veut dire précieuse, microscopique, invisible . Mais elle est grande et forte, a hérité de la force morale de sa mère, une maîtresse femme qui aura l'initiative et le courage de s'enfuir du Vietnam avec ses enfants sur un bateau de fortune. Kim Thuya effleure tous les sujets, le poids des traditions et la légèreté des êtres, les rencontres providentielles, l'ironie du sort qui peut être aussi cruel que clément. Point de révolte, jamais de lamentation de la part de Vi, même si elle connaît l'abandon de ceux qu'elle a aimés. Car la vie est un cadeau quand on est un rescapé de la guerre. Ce récit réaliste mais plein de tendresse contraste avec l'environnement sans pitié dans lequel il se passe, c'est pourquoi il mérite d'être lu.
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2016
6 juin 2016
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Editions : Actes Sud
Parution : Mai 2016
264 pages
21,80 €
Il faut lire ce livre comme on suit aveuglement un guide, car la vie d’Abraham, c’est « un concentré de notre histoire à tous ». Sous « l’angoisse d’Abraham » se trouve celle de l’auteure qui, comme lui, n’a d’autre vocation que d’acquérir la sérénité. L’exil forcé est sa hantise : « Ca peut arriver, de ne plus avoir d’endroit sur terre ». Sans doute cette obsession est-elle due à sa grand-mère qui ne cessait de répéter : « On nous a chassés d‘Espagne ». Heureusement le voyage et les études sont là pour lui faire découvrir ce qu’elle cherchait : l’universalité des sentiments intimes, l’incessant renouveau des paysages, la continuité de la langue hébraïque, et le bienfait des mots. Certes des visages croisés révèlent la souffrance, des murs tagués dévoilent la haine des accords de paix qui explosent avant même d’être énoncés. Mais un passage éclair à Auschwitz suffit à assumer l’enfer humain. Un ami de kibboutz, à l’instar d’Isaï Fomitch, le juif de Dostoïevski, rappelle, conformément à sa religion, d’alterner lamentations et allégresse. Selon Abraham, être Juif c’est être un passant, un étranger, non pas un paria, mais un résident provisoire qui « enrichit la terre ». Ainsi ce récit d’une vie personnelle résonne d’un accent biblique très précieux car il « cherche à ordonner le monde et le sortir du tohu-bohu originel ». Exister grâce aux mots, traduire l’hébreu en turc et en français, telle est la tâche de Rosie Pinas-Delpuech qui fait tout son bonheur en même temps que le nôtre.
B C D
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2016
2 juin 2016
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Le Verger Editeur
Parution : Avril 2016
38 pages
5€
La dernière nouvelle de Franck Pavloff est bien plus sombre que « Matin brun ». L’autoritarisme et le sectarisme ne sont plus réservés à l’Etat seul, mais à une troupe d’émeutiers qui refusent l’existence de parias. Un inconnu erre dans la ville et sous sa désinvolture se cache un homme peu commun. Tina, adicte à la drogue, croit retrouver son père, Catherine reconnaît son premier amour et le vieil Hans le fils de son meilleur ami tragiquement disparu. Mais tous trois savent qu’ Odjé, Rudi et Storich sont le même homme. Malheureusement la société ne semble pas avoir autant de discernement. Le vagabond, l’épouse infidèle, la jeune fille aux hallucinations et l’homme qui en sait trop dérangent. Un bloc de béton d’usine désaffectée, délaissé par les promoteurs comme par le service de sécurité, va devenir leur abri, un palais de rêves, mais jusqu’à quand ? Car nos protagonistes ne sont pas le genre à se soumettre par solution de facilité. Seront-ils alors condamnés à se sacrifier ? En attendant ce sont les seuls qui savent transformer une bâtisse insalubre en un observatoire du ciel. Ainsi Franck Pavloff parvient à montrer les dérives d’une société post–industrielle qui à force de vouloir l’uniformité perd de sa créativité et creuse une « nuit de friches »…
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2016