5 juillet 2016
2
05
/07
/juillet
/2016
08:31
Editions : Quai Voltaire
Parution : Mai 2016
324 pages
22,50 €
Estimation : 4,5/5
Les centres d’intérêt de Tracy Chevalier sont nombreux et variés et elle les dépeint toujours avec minutie. Si à première vue ce sont les arbres qui l’ont inspirée pour son dernier roman, qu’ils soient pommiers ou redwoods et soquoias. ce sont les hommes qui en forment la trame, réels ou fictifs. Le botaniste comme l’historien ou le simple voyageur auront plaisir à suivre les traces de Robert Goodenough à travers une nature sauvage dont la domestication ne s’est pas faite en un jour. L’histoire débute au début du XIXème, dans la boue de l’Ohio où les parents de Robert s’épuisent à cultiver un verger. S’ils en perdent la raison, ils lui transmettent néanmoins l’amour des arbres qui le font avancer toujours plus vers l’ouest. Là ce sont des forêts riches de promesses que certains transforment en parcs nationaux ou exportent avec succès vers l’Angleterre. Tracy Chevalier décrit à merveille l’hostilité de cette terre sans pitié qui renferme pourtant une richesse insoupçonnable. Une alternance de points de vue dans le récit avec, de surcroît, des échanges de courrier à l’écriture hésitante, ajoute réalisme et authenticité au roman. Bel hommage aux Etats-Unis d’Amérique et à ces hommes et femmes courageux qui savent aimer la terre et la mettre au service de l’humanité !
B C D
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
24 juin 2016
5
24
/06
/juin
/2016
18:21
Editions : ALBIN MICHEL Terres d’Amérique
Parution : Mai 2016
621 pages
14 €
Pour les amoureux de l’Amérique profonde, ce livre vaut un voyage. Ces vingt-et-une nouvelles écrites par des auteurs américains de renom sont séduisantes. Le réalisme qui les caractérise offre une palette de personnages inoubliables : des êtres marqués par des évènements tragiques qui émergent des années plus tard de leur subconscient, un grand-père angoissé devant un petit-fils livré à lui-même, un jeune indien contemplant son vieux père parlant de sa race avec autodérision, une ex-épouse effrayée de se trouver face à la femme de son mari, un militaire envoûté par les rites du vaudou … Les portraits abondent en diversité. Partout le style est vivant, dépouillé, sans emphases, même si la tonalité est différente. Les paysages révèlent la rudesse de la vie en même temps qu’une grande beauté sauvage. Que les personnages soient combattants, humoristiques, revêches, ou névrosés, tous ont leurs secrets qui les rendent attachants. Que les récits soient d’hier ou d’aujourd’hui, tous vont à l’essentiel, sans jamais donner de cours de morale, dépeignant les raisons de chacun. Le lecteur passe d’une nouvelle à l’autre avec le même contentement qu’il connaît dans une galerie de peinture. Chaque nouvelle est un tableau vivant empli qui de tendresse, qui de tristesse, qui de pastel ou de couleurs criardes …A lire sans hésitation et à offrir sans risque !
B C D
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
24 juin 2016
5
24
/06
/juin
/2016
16:51
Editions : Actes Sud
Parution : Mai 2016
303 pages
22,50 €
Le livre est épais, le rythme lent, le contexte difficile car le narrateur, Luis Nilta-Bergo, est hémiplégique et souffre d’être la honte de sa famille. Mais la promesse du titre est tenue : le style est allègre, plein de gravité et d’énergie comme la musique du Libertango. Luis Nilta–Bergo est depuis son tout jeune âge un mélomane inconditionnel. Une rencontre impromptue de deux grands musiciens pleins d’empathie pour ce jeune musicien, Astor Piazzola et Lalo Schifrin, change sa vie : comme eux, il sera chef d’orchestre. Les opposants à un tel projet seront nombreux et le renoncement d’un instant, que Luis nomme « la nostalgie du non-être », le fait souffrir bien davantage que son handicap. Alors la musique devient revanche, raison de vivre, réalisation de soi avant de se transformer en acte d’amour. Car de cet art jaillit un sens de la vie que Luis veut transmettre à « l’humanité souffrante ». Avec la participation de "trois cents soldats de la musique", il fonde l’Orchestre du Monde qui se déplace sur tous les lieux frappés par les guerres, les tsunamis et les tremblements de terre, afin de donner un sens à cette "humanité souffrante". Ainsi Luis, à l’instar de F Deleght, rend à l’art sa nature première, à savoir non pas un furtif délassement, mais un remède apaisant à tous les maux de la terre. Car « la vie, quand elle ne nous offre pas tout, s’en excuse en nous offrant mille fois plus sous une autre forme ». Roman magnifique qui, à défaut d’une réelle biographie, offre un arrière fond musical comme un appel à la paix.
B. C. D.
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
12 juin 2016
7
12
/06
/juin
/2016
20:47
Éditions: Liana Lévi
Parution: Mai 2016
138 pages
14,50 €
Ce livre écrit avec lucidité est le drame de Vi la narratrice autant que celui du Vietnam. Alors que l'empire familial réalisé par un grand père ambitieux permettait d'espérer un avenir radieux, le fils héritier ne sait pas faire face à ses responsabilités. Vi est la fille de celui-ci, prénom qui veut dire précieuse, microscopique, invisible . Mais elle est grande et forte, a hérité de la force morale de sa mère, une maîtresse femme qui aura l'initiative et le courage de s'enfuir du Vietnam avec ses enfants sur un bateau de fortune. Kim Thuya effleure tous les sujets, le poids des traditions et la légèreté des êtres, les rencontres providentielles, l'ironie du sort qui peut être aussi cruel que clément. Point de révolte, jamais de lamentation de la part de Vi, même si elle connaît l'abandon de ceux qu'elle a aimés. Car la vie est un cadeau quand on est un rescapé de la guerre. Ce récit réaliste mais plein de tendresse contraste avec l'environnement sans pitié dans lequel il se passe, c'est pourquoi il mérite d'être lu.
B C D
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
6 juin 2016
1
06
/06
/juin
/2016
07:32
Editions : Actes Sud
Parution : Mai 2016
264 pages
21,80 €
Il faut lire ce livre comme on suit aveuglement un guide, car la vie d’Abraham, c’est « un concentré de notre histoire à tous ». Sous « l’angoisse d’Abraham » se trouve celle de l’auteure qui, comme lui, n’a d’autre vocation que d’acquérir la sérénité. L’exil forcé est sa hantise : « Ca peut arriver, de ne plus avoir d’endroit sur terre ». Sans doute cette obsession est-elle due à sa grand-mère qui ne cessait de répéter : « On nous a chassés d‘Espagne ». Heureusement le voyage et les études sont là pour lui faire découvrir ce qu’elle cherchait : l’universalité des sentiments intimes, l’incessant renouveau des paysages, la continuité de la langue hébraïque, et le bienfait des mots. Certes des visages croisés révèlent la souffrance, des murs tagués dévoilent la haine des accords de paix qui explosent avant même d’être énoncés. Mais un passage éclair à Auschwitz suffit à assumer l’enfer humain. Un ami de kibboutz, à l’instar d’Isaï Fomitch, le juif de Dostoïevski, rappelle, conformément à sa religion, d’alterner lamentations et allégresse. Selon Abraham, être Juif c’est être un passant, un étranger, non pas un paria, mais un résident provisoire qui « enrichit la terre ». Ainsi ce récit d’une vie personnelle résonne d’un accent biblique très précieux car il « cherche à ordonner le monde et le sortir du tohu-bohu originel ». Exister grâce aux mots, traduire l’hébreu en turc et en français, telle est la tâche de Rosie Pinas-Delpuech qui fait tout son bonheur en même temps que le nôtre.
B C D
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
2 juin 2016
4
02
/06
/juin
/2016
08:16
Le Verger Editeur
Parution : Avril 2016
38 pages
5€
La dernière nouvelle de Franck Pavloff est bien plus sombre que « Matin brun ». L’autoritarisme et le sectarisme ne sont plus réservés à l’Etat seul, mais à une troupe d’émeutiers qui refusent l’existence de parias. Un inconnu erre dans la ville et sous sa désinvolture se cache un homme peu commun. Tina, adicte à la drogue, croit retrouver son père, Catherine reconnaît son premier amour et le vieil Hans le fils de son meilleur ami tragiquement disparu. Mais tous trois savent qu’ Odjé, Rudi et Storich sont le même homme. Malheureusement la société ne semble pas avoir autant de discernement. Le vagabond, l’épouse infidèle, la jeune fille aux hallucinations et l’homme qui en sait trop dérangent. Un bloc de béton d’usine désaffectée, délaissé par les promoteurs comme par le service de sécurité, va devenir leur abri, un palais de rêves, mais jusqu’à quand ? Car nos protagonistes ne sont pas le genre à se soumettre par solution de facilité. Seront-ils alors condamnés à se sacrifier ? En attendant ce sont les seuls qui savent transformer une bâtisse insalubre en un observatoire du ciel. Ainsi Franck Pavloff parvient à montrer les dérives d’une société post–industrielle qui à force de vouloir l’uniformité perd de sa créativité et creuse une « nuit de friches »…
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
29 mai 2016
7
29
/05
/mai
/2016
15:31
Editions : Albin Michel
Parution : Mai 2016
263 pages
17,50 €
Qui est cette romancière qui se cache sous le pseudonyme de Sophie Tal Men? Une Bretonne qui décrit à merveille Brest , son port et ses petits restaurants, la Baie des Trépassés et la pointe du Raz, ou une Haute-Savoyarde qui étend ses descriptions des Carroz d’Araches jusqu’à la Croix des Sept Frères ? Il ne s’agit pas d’une autobiographie, assure-t-elle. Mais le roman dévoile le cœur d’une toute jeune interne en neurologie et toutes les émotions que suscite cette profession. Heureusement l’effroi des diagnostics, la souffrance des malades, l’impuissance de la médecine devant les maladies incurables sont compensés par les amitiés estudiantines dont les fêtes étourdissantes sont le seul moyen de survivre. Le lecteur a du plaisir à se retrouver dans ces sentiments bien légitimes et s’il ne s’agit pas de grande littérature il y a une simplicité spontanée dans les sentiments qui rejoint la beauté des « yeux couleur de pluie » et de l’éternelle adolescence qui adoucit les cruelles réalités de la vie.
B C D
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
28 mai 2016
6
28
/05
/mai
/2016
05:36
Editions : Gallimard
Parution : Juin 2015
460 pages
21 €
Prix du Roman de l’Académie française 2015
Historique et intemporel, romanesque et réaliste, ce roman a tous les atouts. En 1920 la ville de Nahlès en Afrique du nord est perturbée, les autochtones sont complètement dépassés, car "marcher avec son temps" n’est pas facile: l’esprit fermé et suffisant du club des colons français dénommé « les prépondérants » est devancé par la liberté des mœurs d’une troupe d’acteurs américains débarquée au Grand Hôtel pour le tournage d’un film. Le style coule à flots comme l’alcool de figue bu en catimini ou le whisky qui arrose les nuits. Le matérialisme des Américains contraste avec le traditionalisme des Arabes et la prétendue suprématie des Français. Néanmoins qu’ils soient yankees, indigènes ou européens, la nature humaine est toujours la même : les femmes provocantes sont l’engeance du diable et n’en demeurent pas moins attirantes, l’obscurantisme intransigeant rend grotesque la religion quelle qu’elle soit, l’impérialisme engendre spontanément un nationalisme justifié. L’atmosphère exotique est magnifiquement décrite, à tel point que le lecteur oublie la misère sous-jacente. Tandis que la belle Rania aussi cultivée que nationaliste s’enveloppe dans sa solitude, Raouf, son jeune cousin, saura-t-il résister à l’attrait d’un communisme international ? L’auteur dépeint les cœurs et les pensées avec finesse et une justesse sans faille. Malgré leur bonne volonté, la plupart des protagonistes rencontrés se trompent dans leur choix amoureux et politique, dans leurs préjugés et dénonciations. Aucun ne pressent le tragique dénouement qui tombe sur la ville comme un déluge ou une pluie de sauterelles. Tous apparaissent comme des « attardés de l’histoire ». Belle leçon d’humanité!
B. C. D.
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2015
18 mai 2016
3
18
/05
/mai
/2016
08:09
Editions : Actes Sud
Parution : Mai 2016
189 pages
16,50 €
Estimation 4/5
Le Suédois Jonas Karlsson renvoie le lecteur à l’époque de l’anti-roman et de l’anti-théâtre. Le comique, chargé de douleur, n’a d’autre aboutissement que l’absurde du néant. Récemment muté dans une grande Administration de Stockholm pour des petites tâches, Björn est persuadé de sa supériorité sur les autres et n’a pas l’intention de croupir dans l’anonymat. Son zèle apparent au travail et sa décontraction feinte sont autant d’attitudes contradictoires qui révèlent un désir d’exister aux yeux des autres. Malheureusement ce nouvel arrivé est seul à percevoir une porte qui ouvre sur une « pièce » invisible à moitié vide où un miroir lui renvoie avantageusement sa silhouette. C’est là qu’il se réfugie et reprend confiance en lui. Mais tandis qu' il persiste à voir « une porte », il n’y a qu’ « un mur ». Son attitude bizarre effraie ses collègues et soulève un tollé général. Le refuge de Björn ne sera plus plus " la pièce", mais le mur où il s’enfonce. Sans doute l’auteur veut pointer du doigt le désenchantement du faible qui part peu à peu à la dérive, inadapté à une société consensuelle trop intolérante. Rappel nécessaire mais combien attristant : en perdant ses repères l’homme moderne se perd lui-même, en refusant la différence la société finit par avoir peur de l'inconnu…
B C D
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016
15 mai 2016
7
15
/05
/mai
/2016
16:39
Éditeur : Serge Safran
Parution : Janvier 2016
218 pages
16,90 €
Max Genève est étonnant par son analyse peu banale d'Honoré de Balzac et par sa plume aussi alerte que celle de son inspirateur. Dans ce roman il cerne à merveille l'aristocrate endetté qui part momentanément à Turin pour fuir ses échecs de romancier et de politicien ambitieux et gagner quelque argent grâce à Sarah Visconti. Les difficultés de l'ascension du Mt Cenis, les découvertes successives de cette vieille ville de Turin, les réceptions mondaines qui y affluent, rien ne lui échappe. Au départ de ce périple c'est la présence à ses côtés d'un prétendu jeune secrétaire qui fait toute la joie de Balzac, combien justifiée: sous la redingote masculine se cache Caroline Marbouty, jeune et jolie bourgeoise de Limoges plus connue à son époque sous le pseudonyme de Claire Brunne qui rêve d'acquérir avec ses écrits la célébrité de George Sand. L'homme aux mille facettes,qui fréquente avec le même plaisir grands salons ou infâmes bordels, saura-t-il résister à cette jeunesse pleine d'esprit qui contraste avec son âge mûr? Chez cet épicurien il y a un cœur plein d'amitié pour Mme de Berny, de reconnaissance pour Sarah Visconti, mais aussi d'amour pour Éva Hanska, la comtesse polonaise. Alors ce voyage à Turin s ´achève par un retour précipité à Paris. Balzac rentre convaincu que la femme est un être inexplicable, ce qui fera de lui le portraitiste le plus subtile qui soit.
B Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
-
dans
2016