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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 11:03
« Belle et douce Marie » par Michael Lonsdale

 

 

 

Editions : Philippe Rey

Parution : Octobre 2017

122 pages

29 €

 

Si dans le film « Des hommes et des dieux » Michael Lonsdale représente  un saint homme, dans son dernier livre c’est un mage que l’on découvre,  plein de sagesse et de générosité.  Comme pour apaiser l’angoisse humaine, il offre un recueil de textes consacrés à la Vierge Marie, tous écrits par des grands  écrivains, de Dante à Victor Hugo,  de Rilke à  Jean-Paul Sartre,  chacun d’eux   illustré par un  tableau célèbre, de Bellini à Gustave Moreau. Ce n’est pas   la   reine toute puissante des cieux couronnée d’étoiles qu’il nous présente,  mais celle qui est pureté et douceur maternelle, contemplatrice de la création, consolatrice de tous les maux, souffrante mais  pleine d’espérance comme  celles qui croient en leur destinée. Plus encore  que la beauté des peintures et la diversité  des auteurs, ce qui touche le plus dans ce livre c’est la modestie de Michael Lonsdale avec laquelle il apporte sa petite touche personnelle. Il attribue un titre plein de poésie  à  chacun des extraits, il commente le rapport entre la  peinture  et  le texte choisi avec une immense humilité, soucieux de ne rien imposer mais d’ouvrir les yeux à ceux qui ne voient pas le Salut. Car si Marie accepte la visitation,  pleure au pied de la croix, elle est aussi toute  la joie dont Dieu s’est servi pour descendre jusqu’à nous, nous faire aimer la vie et en défaire les nœuds avec sa patience …

B.C.D.

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 12:42

Editions : Gallimard

Parution : Juillet 2017

593 pages

23,90

 

 

A la mauvaise conscience du  narrateur d’avoir usurpé, dans les années soixante-dix, des écrits de Manfred Arius pour rédiger son mémoire universitaire s’ajoute un mystère : pourquoi  son propre père dénommé  Grant  ne lui a jamais parlé des liens d’amitié qu’il avait entretenus avec cet artiste  célèbre d’origine prussienne  ? Qui est ce Manfred Arius suspecté d’antisémitisme pour avoir  fréquenté l’école baroque de Lambach dans sa jeunesse?   Puis soupçonné d’être un sympathisant du capitalisme occidental  malgré sa fidélité au communisme  et sa participation à la guerre d’Espagne, tout en étant qualifié d’agent de la Stasi ? Pour mieux comprendre ce XXème siècle le narrateur nous plonge dans la R.D.A d’après guerre, dans sa diabolisation de l’Ouest, dans ses écoles de Moscou  ou de Golm qui mettent en place tout un système de dénonciation, d’harcèlement ou de liquidation pour tout opposant au régime. Et si leurs adeptes semblent n’avoir d’autre objectif que de servir le Parti, le narrateur découvre à quel point les agissements de chacun reposent sur leurs  propres faiblesses. Arius le bourgeois de bonne famille ne s'est-il pas converti au marxisme par amour pour une femme et ouvert à l'Ouest grâce à son amitié pour Grant? Le sentimentalisme apparent de Mielke fait preuve de la plus grande cruauté quand il s’agit de surveiller le Rideau de fer. Si Götz se charge d'éliminer les punks, cette "vermine" venue de l’Ouest, sa chasse n’est elle pas uniquement due à son attrait obsessionnel pour Jeanette? Alors  la profonde dépression d’Arius n'est-elle pas justifiée? Heureusement l’image récurrente du cénotaphe de Newton, emblème de la famille d’aérostiers d’Arius, symbolise inlassablement la liberté, la fuite et pourquoi pas le rappel d’un ailleurs bien meilleur? Livre très riche, à la fois plein de romantisme et de réalisme, et si le lecteur a quelque mal à pénétrer dans cette triste atmosphère, il a plus encore de peine à la quitter. B.C.D.

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 15:43

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2017

105 pages

14,50€

 

 

Que celui qui n’aime pas  la psychanalyse  s’abstienne ! Car Patrick Modiano,  septuagénaire jamais remis d’une enfance esseulée, n’invente rien de bien nouveau dans son dernier livre. Ses  souvenirs  dormants ne cessent de se  réveiller, les êtres  qu’il veut oublier ne cessent de croiser son chemin.  Le lecteur retrouve peu de personnages nouveaux, et  ce sont  les mêmes souvenirs froids de pension à Thônes qui ressurgissent, ses éternels désirs de fugue pour échapper à la réalité, ses rituelles déambulations dans les rues de Paris pour éviter les retours chez soi avec la  peur du vide ou l’angoisse de vieillir. Le manque de la  mère est compensé une fois encore  par une série de femmes énigmatiques et sans âge. Le rejet  du père transparaît au travers d' hommes qu’il vaut mieux éviter.  Un seul  fait nouveau : l’écriture comme l’artiste solitaire se repaissent non seulement des réminiscences du passé, mais de vies imaginées dans des rencontres  qui auraient  engendré  un autre choix d’existence.  Seul le style berce la lecture, comme la fugue musicale renvoie une voix à l’autre,  car les allusions aux sciences occultes , le thème de l’éternel retour ou le crime d’un vieil amant ne peuvent faire  rêver qu’un éternel adolescent, comme  Patrick Modiano lui-même…   

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25 décembre 2017 1 25 /12 /décembre /2017 17:10

« L’ordre du jour » par Eric Vuillard

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mai 2017

150 pages

16 €

 

Ce pamphlet d’Eric Vuillard, d’un style concis et glacial, est semblable à la lame de fer qui  remue la plaie.  La précision des évènements en Allemagne depuis 1933 et  le réalisme des entrevues des hommes d'état  sont ceux d’un enquêteur professionnel. Le cynisme d’Hitler fait déjà perdre pied à tout interlocuteur, qu’il soit un de ses acolytes ou de ses ennemis, et les plus grands industriels allemands se plient sans renâcler aux exigences financières de Goering. La « politique d’apaisement » des Français et des Anglais contraste avec l’avancée « par amour » des  nazis vers l’Autriche ! Quelle que soit leur nationalité, les politiciens apparaissent  faux et mesquins, les uns à cause de leur assurance  tyrannique, les autres à cause de leur naïveté ou lâcheté. Tous se leurrent, sciemment ou inconsciemment, sur leurs intentions et les évènements à venir. La domination  n’est rien d’autre que  du bluff ou du mensonge. Cette dénonciation a le mérite de rappeler que l’œil de Caïn  regarde jusque dans la tombe. Mais à force de focaliser sur des monstres froids, Eric Vuillad parvient à sortir d’un  silence funèbre les innombrables  martyrs,  à rendre vie à certains d’entre eux, à mettre un nom sur leur visage, à légitimer leur désespérance et surtout à les immortaliser. Dommage qu'il ait omis de rendre hommage à l'industriel Schindler qui dilapida sa fortune personnelle pour embaucher plus d'un millier de Juifs et leur épargner la mort. Heureusement le cinéaste Steven Spielberg le fit pour lui....

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 09:04

 

 

North Star & Médusa Editions

Parution : 2016

426 pages

15 €

 

 

La série télévisée « The Reign » consacrée à   Marie Stuart incite le néophyte à élucider le mystère qui ne cessa d’entourer cette reine catholique. Quoi de mieux que la biographie publiée en 1935 par Stefan Zweig, toujours soucieux d’approcher au plus près la vérité  sans jamais négliger le beau style littéraire qui lui est propre? Stefan Zweig discerne deux périodes bien distinctes dans la vie  de Marie Stuart. D’abord   la petite fille bénie du ciel née bientôt avec deux couronnes sur la tête, celle d’Ecosse et  celle de France. Puis il y a la jeune veuve inconsolable de François II qui perd son titre royal  au profit de Catherine de Médicis et rentre en Ecosse où le mauvais sort s’acharne contre elle.  Jamais elle ne cèdera devant ses ennemis qui ne sont autres que les membres les plus illustres de sa famille, tous partisans de la Réforme, dont H. Darnley le prince consort son époux, sa cousine Elisabeth reine d’Angleterre et son demi-frère lord Murray. Stefan Zweig, l’historien, laisse alors  place au psychologue. Forte en apparence mais d’une grande fragilité, Marie Stuart s’accroche aveuglément à  son ministre des armées lord Bothwell appâté par le pouvoir comme le seront  Norfolk et bien d’autres. L’échec de la conspiration menée par sir Anthony Babington contre la reine Elisabeth sonne le glas : Marie Stuart n’a plus qu’à prier Dieu avant de mourir décapitée. Stefan Zweig achève sa biographie sans oublier de dépeindre  la peur  de l’exécutante bien plus grande que celle de l’exécutée. Sainte et martyre pour les catholiques, folle intrigante et criminelle pour les protestants, Marie Stuart, vaincue mais invincible,  ne peut être comprise que par le  poète qu' elle inspira  dans sa tragédie de Macbeth ...

 

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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 17:20

 

Editions : Actes Sud

Parution : Août 2017

404 pages

22 €

 

 Si l’enjeu est la forme littéraire, on peut dire que Claudie Gallay a atteint son objectif. Au début du livre le style narratif  est monotone comme la vie de Jeanne, quadragénaire qui passe son  temps à  sublimer sa vie de postière en  contemplant la nature, en suivant des yeux des inconnus,  en observant les manies de ceux qui l’entourent. Jusqu’au  jour où elle se passionne pour  Marina Abramovic, artiste slave dépravée connue pour son esprit révolté et provocateur, ou celui où Martin, son  amour de jeunesse, balaie, avec ses talents d’artiste et  ses "envies d’ailleurs", les délicatesses d’un mari attentionné. Alors  le style de Claudie Gallay s’anime, tout se bouscule dans la tête de Jeanne, des évènements inattendus surgissent, différents choix de vie se présentent, d’autres horizons s’ouvrent au-delà de la ferme familiale. Jeanne qui voulait  simplement « mettre un peu de vent dans le quotidien » va devoir faire face à la réalité. Dans ce roman plaisant à lire, Claudie Gallay  révèle une autre   Jeanne, celle soudain  tentée par les  plus hautes performances de l’homme comme de la technologie.  Jeanne saura –t-elle réaliser à temps  que l’amour des siens, aussi maladroit soit-il,   est bien  plus apte à faire battre   les cœurs  que le fameux  musée de C. Boltanski au Japon ? Le lecteur semble découvrir la mission de l’art selon Claudie Gallay  qui n’est autre que de faire  ouvrir les yeux sur la beauté des jours… 

B.C.D.

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27 novembre 2017 1 27 /11 /novembre /2017 11:31

 

 

Editions : P.O.L

Parution : Octobre 2017

188 pages

15 €

 

Frédéric Boyer ouvre grand les portes sur un monde inespéré, celui de l’espérance. Certes la  poésie de Ch. Péguy n’y a pas sa place  à cause de l’urgence et du sérieux  du sujet. Son argumentation est d’une autre nature, un remède à la désespérance, à la peur de la finitude humaine. L’espérant aujourd’hui est considéré  comme un naïf  ou comme  un  renégat. Certes la souffrance physique et morale est indéniable, mais n’y aurait-il pas une possibilité d’éviter la politique de l’autruche ou la misère  de Job pour découvrir « la petite sœur Espérance »? L’auteur offre une série de pistes  prometteuses. Le moteur du monde est la poursuite de la création, il  comble  le vide du cœur humain, repousse sans cesse les limites de l’horizon et finit par faire surgir une espérance exactement contraire à celle qui était attendue. Livre passionnant  qui incite non pas à imaginer des lendemains qui chantent ni à vouloir retrouver ce qui a été perdu, mais à accueillir l’inattendu inespéré, un destin qui nous dépasse et panse à jamais  « la blessure immémoriale ».  L’objectif de l’auteur est atteint.  « Espérer c’est déjà rendre grâces » car c’est habiter le présent en sachant voir l’invisible. Un bien beau et précieux livre dont la dimension spirituelle n’oublie pas de laisser une place à une stratégie ironique, celle de  l’autodérision, du paradoxe, d’un monde à l’envers!

B.C.D.

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 15:49

Editions du Rocher

Parution : Août 2017

252 pages

18,50 €

 


L’atmosphère est obscure et mélancolique à Courlaoux, petit village jurassien dont les habitants ont la rudesse du climat. Le jeune curé parisien Jean, sanctionné par son évêque, et Jan un musicien néerlandais, exilé pour déception amoureuse, sauront-ils y trouver une lumière? La solitude est dure à porter pour ce curé urbain dont se méfient les villageois. Le lecteur  ressent la même réticence, personne n'est attiré par Courlaoux si ce n’est un groupe d'archéologues chargé de fouilles bien macabres avant le tracé d'une autoroute. Seule Charlotte, la simplette du village, indifférente aux ragots sur son sort,  s'ouvre au curé : un sentiment de devoir, vis à vis des vivants comme des morts, habite celle-ci depuis toujours, cette voix de la conscience qu'on fait taire aujourd'hui et qui  selon le curé n'est autre que la voix divine. Jan le musicien-compositeur retient aussi l'attention de ce protecteur des âmes. C'est un artiste érudit, mais qui se sent impuissant devant les évènements  comme devant ses feuilles blanches de musique. Le sentiment d’inutilité serait-il la trame de ce livre qui aurait pour solution "la Partition intérieure ", celle dictée par la conscience personnelle, elle même inspirée par le Ciel? Livre clair-obscur où l'acceptation de son sort est non seulement l’antidote de l’autodestruction, mais la seule porte du salut ...

B.C.D.

 

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 08:39

 

 

Editions : Stock

Parution : Septembre 2017

176 pages

17 €

 

 

Deux belles surprises dans ce dernier livre d’Erik Orsenna. Tout d’abord le style de l’académicien. Certes celui-ci n’écrit pas en vers, mais  ses phrases ont la même alternance rythmique que celles de La Fontaine,  son humour est aussi percutant, son naturel aussi spontané et savant,  à tel point que la Fontaine semble vivant et lui souffler tout ce que l’abbé Pouget lui a fait renier ! D’autre part si le fabuliste est bien connu, c’est l’homme,  l’ami, le polisson,  le conteur, le poète que dévoile Erik Orsenna dans cette biographie originale où rien n’est épargné de ce qui touche de près ou  de loin  à l’écrivain et à ses écrits. Ainsi  « le rat des villes et le rat des champs » fait penser à l’union des Pidoux urbains et des La Fontaine ruraux qui donneront naissance à cet homme hors du commun qui aima autant Paris que Château-Thierry, la Sorbonne que « Dame Nature », la courtisanerie que la liberté. Deux hommes en un, ou mieux : un équilibre parfait qui lui fait admirer Vaux-le-Vicomte, cette merveille érigée «pour le plaisir du roi », mais qui fait la perte de son ami Fouquet, et, en défendant celui-ci, la perte de ses pensions royales. Son œil s’aiguise alors à l’étude des humains sans même qu’il éprouve  le besoin de voyager, car « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages ». Ainsi E. Orsenna ravive une lecture que quatre siècles  n’ont pas démodée.

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 11:05

Editions de la Martinière

Parution : Avril 2015

394 pages

20 €

 

« Etre la Parole qui poursuit sa course dans le monde », telle est l’invitation du cardinal Barbarin dont la confiance en la Providence ne peut passer inaperçue ! La simplicité du  style de son livre est semblable à sa foi, si désireuse de réconforter qu’elle devient contagieuse. « Dieu est Mystère » affirme le cardinal, non une connaissance ou un savoir que certains auraient la chance d’avoir et d’autres pas. De même certains, sans l’avoir vu, croient en  Jésus  venu non pour abolir la loi mais l’accomplir, non pour supprimer la souffrance mais la partager.  La crainte divine n’a pas lieu d’être, « le parfait amour bannit la crainte » : dans le texte hébreux, il n’y a pas « dix commandements », mais  des  « paroles » de vie, des « conseils sûrs » que le cardinal qualifie de « promesses » à notre bonheur. Comme Dieu, l’Eglise respecte la liberté de chacun, c’est pourquoi elle  revêt  le baptisé d’un habit blanc semblable à celui de l’esclave affranchi. Le christianisme ne doit pas engendrer un formalisme névrotique, mais  bien plutôt une chaleur humaine qui doit percer dans le quotidien jusque dans la pratique religieuse. Invitation à la vérité qui rend libre, à la « Loi d’amour », à la joie, à l’esprit de service, tel est l’objectif de l’auteur  qui n’élude aucune question  d’actualité. Si les  gouvernants ont tous les pouvoir d’édicter des lois, ils n’ont pas le droit de légiférer contre la nature humaine.  Le thème de la famille n’est pas oublié car l’Eglise elle aussi est une famille qui souffre pour chacun de ses membres. La conclusion est qu’il faut franchir « la porte de la Foi »,  et pour ce faire, se rappeler que l’Eglise, à travers nous,  est "semper reformanda" c'est à dire "toujours à réformer"…

B.C.D.

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