11 mai 2022
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« Le triomphe des lions » par Stefania AUCI
Editions : Albin Michel
Parution : Avril 2022
416 pages
21,90 €
Le deuxième tome de cette saga italienne est aussi passionnant que le premier. L’auteure sait allier la véritable biographie de la Maison Florio avec les courants politiques et économiques qui traversent la Sicile à la fin du XIXème tout en y ajoutant des détails romancés qui permettent au lecteur de dévorer le livre. Ignazio Florio reste fidèle à la devise familiale en ne cessant de développer les diverses entreprises de ses ancêtres acquises au prix de maints sacrifices. Sa fonderie d’Oretea, sur l’île de Favigna qu’il a achetée, assure avec la fabrication de sa flotte d’une centaine de bateaux à vapeur non seulement un avenir prospère à ses ouvriers et ses marins mais aussi au port de Palerme et à toute la Sicile. S’il est un sénateur reconnu, la tête d’un grand empire économique et l'initiateur de la grande Exposition nationale, il ne reste pas moins homme, dont Stefania Auci dépeint les tourments avec beaucoup de sensibilité. Tourments justifiés car à l’insouciance d’un fils trop futile et volage vont s’ajouter la maladie, le phylloxéra sur l’exploitation vinicole de Marsala, le mécontentement fomenté par les Faisceaux des travailleurs et la grande faillite de la Banca Romana et du Credito Mobiliare où Ignazio junior a investi de grosses sommes. Seule consolation : la noblesse des femmes toujours en retrait mais consciente et lucide sur la fragilité des hommes ! Le lecteur ne peut qu’admirer l'adresse avec laquelle Stefania Auci relie la peinture sociale à une esthétique réaliste où l'amour conjugal et le salut économique de la Sicile se disputent la première place… B.C.D.
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2022
1 mai 2022
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«Chaque Aurore
te restera première »
par Colette Nys Mazure
Editions : L’Atelier des Noyers
Parution : Septembre 2020
10 €
Ce petit bijou de Colette Nys-Mazure, à peine de vingt pages sur papier canson au format d’une carte postale ou mieux d'un carnet de voyages, contient ce qui fait tout le bonheur de la vie. Illustré par de superbes aquarelles d’Anne Le Maître qui vont des sommets des montagnes au bord de mer jusqu’au profond «Des silhouettes/Des paysages/(qui) Sans ta mémoire persistante/ S’effaceraient », il aborde en quelques lignes les sujets essentiels de l'existence. Le style est pur, dépouillé de toute emphase, concis jusqu’à opter pour l’ellipse et devenir magie. Véritable chant d’espoir qui fascine, il est à la portée de tout un chacun, répondant au rôle du poète, mage qui fait "Avancer sur la voie humaine". Cadeau à offrir sans le moindre risque...
B.C.D.
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2020
29 avril 2022
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« Le mage du Kremlin » par Giuliano da Empoli
Editions : Gallimard
Parution : Mars 2022
280 pages
20 €
Qui est ce « mage du Kremlin", ce Vadim Baranov tout puissant ? Longtemps il s’est caché sous un pseudonyme pour plagier au théâtre la décadence de la société russe d’Eltsine. De par ses gènes et son éducation aristocratique, il a toujours souffert de l’ignorance populaire qui aveugle, des oligarques omnipotents, de la stupidité des émissions télévisées qui transforment artistes et dirigeants en marionnettes d'Etat. Quand Vladimir Poutine est désigné comme chef du parti unique, Baranov, philosophe idéaliste, pense pouvoir devenir l’éminence grise de ce petit fonctionnaire du KGB. Mais Vladimir Poutine est clairvoyant, n’est pas de ces hommes qui se laissent manipuler, revendique très vite la « force verticale » pour maîtriser toute rébellion, que ce soit « la révolution des roses de Georgie » ou « la révolution orange » de l’Ukraine. Pour essayer de recoudre les fils de l’histoire russe, Vadim Baranov va lui inspirer sa « politique du fil de fer », non pas celle de la conviction mais celle de la division: " Comment fais tu quand tu veux casser un fil de fer? D'abord tu le tords dans un sens , puis dans l'autre". Le Tsar apparaîtra ainsi comme réconciliateur et restaurateur triomphant de l’ordre. Cependant homme de lettres avant tout, Baranov a recours à l’art que ses aïeux disaient rédempteur , aux beaux spectacles d’antan. Et c'est là que la roue tourne. Car sur la scène Poutine est acteur mais aussi espion, joueur mais aussi tricheur, rendant ainsi le chaos attractif pour sa plus grande gloire et responsable d’une guerre technologique prête à tourner en un enfer nucléaire. Baranov fait marche arrière: ce n’est pas par la force qu’on contribue à accroître la beauté du monde. Livre à mettre entre toutes les mains désireuses de mieux comprendre le cycle infernal de l’instinct de puissance qui enfle encore de nos jours. D'autant plus qu'il est le récit romanesque d'une histoire tout à fait vraie. Heureusement la beauté de l'écriture compense la sinuosité du parcours des personnages …B.C.D.
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26 avril 2022
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MONA OZOUF
Editions : Gallimard
Parution : Mars 2009
259 pages
17,50 €
Les titre et sous-titre du livre de Mona Ozouf contiennent à eux seuls le cheminement de la pensée de l’auteur. En quête de l’identité de notre pays à une époque où régionalisme et mondialisme se confrontent avec trop de simplisme, Mona Ozouf se replonge dans l’enseignement diversifié de son enfance pour y trouver, avec le plus de probité possible, une réponse qui nous mène à notre propre identité, à savoir « la composition » de notre histoire contemporaine. Originaire d’une famille « superlativement » bretonne, son père a besoin de se démarquer, adhère tout à la fois au parti communiste et à celui de la Bretagne indépendante. Sa mère, institutrice, est soucieuse de faire régner la culture républicaine. Mona Ozouf est fière de cette famille où elle puise assurément la liberté de pensée. Mais elle souffre pour sa Bretagne empreinte à la fois d’un désir de tradition et de progrès. Elle se souvient que c’est à l’école de Ferry qu’elle doit ce sentiment d’égalité dû aux seuls mérites personnels et non à l’héritage. Elle aime cette grand-mère maternelle pleine de fierté féminine et d’amour pour le genre humain. Au-delà de la pratique religieuse trop rigoriste de son autre grand-mère, elle cherche à s’informer. Ainsi par son enracinement et par son ouverture sur le monde, Mona Ozouf se méfie des pensées niveleuses et uniformes. Elle défend ses racines et ses particularités pour mieux atteindre l’universel. Harmonie du local et du national, désir d’appartenance et d’indépendance, l’histoire des provinces est comme celle du cœur humain : besoin de reconnaissance, de créativité, d’identité. Sans l’énoncer, Mona Ozouf se réfère au principe de subsidiarité qui veut que le travail d’unification se réalise, « non pas despotiquement du haut vers le bas, mais librement du bas vers le haut ». Livre oh combien intemporel et précieux pour le monde d'aujourd'hui !
B.Clavel
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2009
23 avril 2022
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« Médée et ses enfants » par Ludmila Oulitskaïa
1ère Parution :Gallimard , 1996
Dernière édition :Folio, 2021
393 pages
F8 = 6,20€
Il faut situer ce beau roman au début du XXème siècle à Féodessia en Crimée avec un arrière-fond politique flou, mais bien significatif. Médée, veuve et sans enfants, n’a rien de commun avec son homonyme de la mythologie grecque. Restée en Crimée grâce au nom espagnol de son mari, son grand bonheur est de recevoir ses neveux et nièces dans sa demeure. Qu’ils soient devenus Russes, Lituaniens, Georgiens ou Coréens, tous ont un peu de son sang grec. Elle les observe en les respectant, les protège en leur faisant part des tragédies du passé. Femme de mémoire et humaniste avant tout, elle pleure la beauté disparue des offices religieux, confie les horreurs de leur expulsion à un partisan du retour des Tatares en Crimée, révèle les magouilles du Parti qui ont anéanti Valery Boutonov . Car le hasard n’existe pas, tout a une raison d’être, la mort d’Alexandre à la guerre, les peurs de Samuel, les angoisses obsesssionnelles de Micha, comme l’adoption de petits-neveux pour sauver l’honneur de la famille. La beauté du roman réside dans la solidité de Médée comme «un roc au milieu de la mer » malgré son impuissance devant les crimes de guerre, les passions brûlantes, les mariages fragiles, les secrets trop lourds, la folie jamais éloignée si le sens de la piété est absent. Heureusement un arbre généalogique vient aider le lecteur à se retrouver dans cette famille nombreuse où les prénoms se confondent autant que les cœurs. Mais ce qui reste avant tout de ce livre c’est la douceur du romantisme slave qui, de la première à la dernière page, résume l’éternel humain… B.C D.
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1996
19 avril 2022
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« Les abeilles grises » par Andreï KOURKOV
Editions : Liana Levi
Parution : Février 2022
399 pages
23€
Mala Starogradivka est un village totalement déserté dans ce couloir neutre dénommé « zone grise » qui sépare le Donbass en deux et où les snipers séparatistes forment des cratères au milieu des rues et des champs . Mais à partir de l’enfer de la guerre Andreï Kourkov parvient grâce à la douceur des mots à tracer un chemin où « il ne faut pas arriver les mains vides ». A Mala Starogradivka il ne reste plus rien , ni eau, ni électricité , ni commerce, ni église : Sergueïtch l’apiculteur vit au rythme de ses abeilles et Pachka à celui de livraisons nocturnes de vodka. Ces deux « amis-ennemis » depuis l’enfance ne cessent de s’épier et s’envier, comme le font depuis toujours les Ukrops et les Ukrs. Certes ce livre est d’actualité mais son succès est dû essentiellement à la splendeur du récit. Le style de l’auteur n’est pas celui d’un homme qui se lance dans d’irréversibles jugements manichéens. Il est celui d’un poète qui puise sa force et sa bonté dans sa solitude et son amour pour la nature. Même Pachka finit par aimer Sergueïtch qui lui donne le sens du partage et il regrette son départ. Car, après avoir accompli ses devoirs à ses risques et périls, celui-ci s’en va vers la Crimée pour trouver un printemps plus clément à sa production de miel. Mais le pays qu’il découvre n’est pas à la hauteur de ses espérances : la pauvreté y est grande, pas le moindre commerce ni université, les hommes se noient dans l’alcool jusqu’à devenir fous, les femmes vivent à la lueur des cierges pour compenser les coupures d’électricité, les journalistes n'ont pas le droit de parler de Russes mais de séparatistes, on troque les pots de miel ou on les déguise de vertus thérapeutiques, les suspects sont enlevés par les agents du F.S.B. sans la moindre justification… Sergueïtch ne se mettra jamais à genoux devant quelqu’un si ce n’est devant le Dieu d’ une église ou son icône de St Nicolas le Thaumaturge …Il a compris que le despotisme impérial est funeste et ne veut pas voir ses abeilles contaminées : sans doute est-ce le message que veut faire passer Andreï Kourkov au risque de sa vie ! B.C.D.
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2022
1833
10 avril 2022
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« Suite algérienne » par Didier POROT
1ère Edition : Société des écrivains 2014
Editions : Albin Michel
Parution : 2022
555 pages
22,90
Il y a des pays si beaux qu’ils sont aimés de génération en génération, même s' ils offrent autant de malheur que de bonheur. Ici il s’agit de l’Algérie de 1830 reprise aux Ottomans jusqu’à l’Algérie entredéchirée du siècle dernier. Le style réaliste et passionné pour cette Afrique du Nord ne peut être que celui d’un descendant de ces immigrés courageux qui ne craignaient ni la malaria, ni le sirocco, ni même la guerre. Tels sont ainsi , d’origine d’Aquitaine, le royaliste Aimé de Viannac, Anne son épouse républicaine, les frères jumeaux Beaudire et Bernard Maureuil, fils d’un paysan bonapartiste qui les pousse à chercher du travail outre-mer. Alger semble recéler un inestimable trésor, non seulement dans sa beauté et ses richesses naturelles, mais dans son creuset humain. On y croise le vieux Abdallah andalou chassé par les catholiques espagnols, désappointé de voir son fils Ibrahim revendiquer la nationalité française, Aimé de Viannac attristé par les propos racistes de son fils. On suit la descendance des Maureil dont chaque famille pourrait faire à elle seule l’objet d’un roman. Chacun de ses membres reste inoubliable, tous ont une personnalité très attachante , aussi différente les unes des autres, mais avec un point commun : celui de l’amour de la liberté pour laquelle ils se battront sans hésitation en 14 comme en 40 et en 58. Une autre caractéristique propre à chacun d’eux : la fidélité à leur religion tout en respectant celle des autres et celle de leur conjoint. C’est pourquoi le décret Crémieux fit tant de mal avant même que le nazisme puis le nationalisme traversent la Méditerranée . Pas de parti pris politique dans ce roman où l’horreur est en filigrane. L’auteur parvient à mettre l’espérance en premier plan, convaincu que l’histoire de l’Algérie est semblable à ces amours impossibles qui meurent d’une trop forte étreinte. D’ailleurs, en route pour le continent, le dernier souhait de Louise devenue centenaire révèle l’incessant combat familial : « Ce qui compte c’est de nous montrer des pionniers dans ce vieux pays qu’est la France…Nous lui apporterons de la vigueur , comme nos ancêtres en ont donné à cette Algérie d’où nous emporte le bateau ». Livre qui mérite d’être lu et relu, comme la « Suite algérienne » de Camille Saint-Saëns qui mérite d’être écouté inlassablement pour sa douceur orientale qui recouvre le bruit des bottes … B.C.D.
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7 avril 2022
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« CIVILISATION ET LIBRE ARBITRE » par Jean-Philippe DELSOL
Editions : Desclée de Brouwer
Parution : Avril 2022
374 pages
18,90 ,
Si le déterminisme a été longtemps la boussole du paganisme et le prétexte des tyrannies, la reconnaissance du libre arbitre façonne l’identité de chaque être humain et contribue ainsi à la grandeur de notre civilisation. Car l’histoire depuis l’origine des temps n’est -elle pas que le fruit de la liberté des hommes qu’ils trouvent dans la conscience de leur arbitre ? Quelle satisfaction de secouer les jougs des superstitions et des bienséances trop étroites qui encorsettent les corps et les âmes! L’Etat comme la loi doivent être au service du citoyen et non l’inverse. Les arguments d’autorité philosophiques, juridiques, historiques ou religieux abondent, et si l’ambition de J-Ph Delsol est justifiée , le livre laisse humble devant la lente découverte de ce libre arbitre que les Juifs surent en premier discerner pour répondre à l’appel du divin dans l’Histoire qu’eux seuls alors savaient linéaire…Car la liberté comme la vérité sont loin d’être données d’emblée. A l'encontre de ceux qui après Descartes voudraient faire du monde une mécanique déterminée et de l'homme un simple homoncule, la mécanique quantique oppose hasard qui détermine et probabilité qui laisse place à la liberté de l'homme. Comme son père le professeur Michel Delsol, biologiste notoire, l'auteur a foi en cette « continuité créatrice » qui depuis le Big Bang ne cesse d’évoluer. Ce livre lance des pistes pour approcher de plus près le mystère de la création à laquelle indéniablement l'homme participe grâce à son libre arbitre. B.C.D
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2022
28 mars 2022
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« Le guépard » par Giuseppe Tomasi Di Lampedusa
1ère édition: 1958
Editions Points : 2020
358 pages
7,90 €
Ce livre indémodable « plein d’une poésie mélancolique particulière » va bien au-delà du déclin de l’aristocratie sicilienne. Certes le prince de Salina, comte de Lampedusa, plus connu sous le nom de son blason « le Guépard », que Visconti rendit mondialement célèbre par son film, souffre de ce « vent putride » qui le fait avancer les yeux fermés vers la mairie où a lieu le Plébiscite de 1860 pour l’unification italienne. Il a laissé son palais de Palerme au profit de ses terres lorgnées depuis toujours par de magnifiques civilisations étrangères. Là il retrouve « Donnafugata » sa propriété de campagne où il est reçu comme un roi, bien que tout s’y délite, les murs de la demeure comme les penchants politiques des villageois et les inclinaisons amoureuses de son neveu Tancrède. A son angoisse légitime sur l’avenir de cette Sicile indomptable entre ses paysages contrastés et son climat violent, ses tremblements de terre et ses invasions incongrues, incapable de modération entre modernité et tradition, entre jouissance et labeur, entre garibaldiens et royalistes, s’ajoute une grande solitude morale devant l'avancée de la vieillesse, le tout déguisé avec une froideur feinte ou une ironie mordante. Mais tout le monde n’a pas sa force de guépard. Ainsi Concetta, éconduite par Tancrède, finit par ressembler à cette Sicile où rejaillissent comme l’Etna la vérité mutilée, l’amour blessé, l’amertume irréfutable et par croire que tout ne fut qu’un rêve « splendide! un vrai rêve ! à l’ancienne ! ». Le Guépard se serait-il tromper tout le long de son existence pour n’offrir à ses filles qu’une vie de sacrifices sans autre passion qu’une collection de reliques, tandis que la désinvolture de Tancrède ralliait tout le monde sur son passage ? Si l’avenir détient à lui seul la réponse, il est indéniable que l’écriture de l'auteur, arrière petit-fils du protagoniste, est séduisante : en disant le moins possible mais en reliant l’âme de chacun à son environnement naturel, celui-ci réussit à atteindre un pathétique bouleversant qui donne un sentiment de victoire pour les uns mais un appel incontournable à la protection mariale pour d’autres, comme le justifie la première ligne de ce bien beau roman … B. C .D.
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1958
15 mars 2022
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« Là où la terre est rouge » par Thomas DIETRICH
Editions : Albin Michel
Parution :2014
269 pages
19 €
Tout dans ce livre montre à quel point la voie de la facilité mène indubitablement à la corruption. Thomas Dietrich est lucide sur la nature humaine quand l’instinct du pouvoir n'est pas assouvi. Icare est un jeune parisien, fils ingrat et étudiant velléitaire pour ne pas dire fabulateur. Il ne fréquente ni la fac de Lettres comme il le dit à ses parents, ni Sciences Po comme il le fait croire à ses nouveaux amis. Lors de ses débauches estudiantines, il s’emmourache de la belle Circé qui l’introduit dans la diaspora africaine de Paris où il se lie d’amitié avec Anténor, général de l’Armée de la république de Tshipopo. Rien de très attrayant chez ce futur ministre de la Sécurité, si ce n’est son attachement et sa promesse à ce « frêle teint clair » d’en faire son conseiller politique. Quelle aubaine pour Icare de s’envoler en Centrafrique, de découvrir la beauté de Pendéré la capitale , de se complaire dans le luxe au détriment du peuple ! Que faudra-t-il pour que ce « gamin inconsistant » prenne conscience de son allégeance à un régime sanguinaire ? Ce livre, magnifiquement écrit, n’est autre qu’un chant du cygne. L’illusion d’Icare de pouvoir se joindre à un gouvernement fantoche court d'évidence à l'échec . Roman initiatique où la satire politique devient leçon d’humanité. Il faut savoir que Thomas Dietrich, ancien élève de Sciences Po à la différence d'Icare, est le porte-parole du mouvement d'opposition tchadien qui entend poursuivre l'action pacifique de l'opposition démocratique. Il s'y emploie avec tous ses talents.
B.C.D.
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2014