28 novembre 2014
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Editions : Actes Sud
Parution : Août 2014
236 pages
20 €
Etonnant qu’une telle puissance d’écriture n’ait pas remporté un des prix littéraires de la rentrée ! En ouvrant une page d’histoire de la Corse, celle des années 1826- 1830, Marc Biancarelli révèle une île où la violence est portée à son paroxysme. La dureté se lit partout, dans les paysages comme sur les visages, dans l’armée des insoumis comme dans l’armée du Grand-Duc. Vénérande est déterminée : elle vengera son frère auquel quatre crapules, la fratrie des santa Lucia, ont arraché la langue et tailladé le visage quand il était jeune berger, juste par cynisme. Elle fait appel à un homme nommé Infernu, l’Enfer, vieux tueur à gages, qui cache un cœur sous sa cuirasse de mécréant. Tandis qu’il chevauche, Infernu raconte ses aventures à Vénérande. Deux récits s’entrecroisent, celui du passé et celui du présent, celui du hors-la-loi et celui du justicier, celui du narrateur omniscient et celui qui peu à peu retrouve son nom de baptême, Ange Colomba. Après cette épopée au rythme de plus en plus frénétique, Infernu ne pourra être rayé de la mémoire des hommes ni considéré comme « orphelin de Dieu ». De son adage « vaincre ou mourir », Marc Biancarelli a retissé la bannière de la Corse et en a empreint tous ses paysages. Livre d’une grande originalité où la poésie ne fait pas mésalliance avec sa violence.
Brigitte Clavel Delsol
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2014
24 novembre 2014
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« Théobule » n’est pas le titre d’un livre mais le nom d’un blog internet consacré à l’instruction religieuse des très jeunes enfants. A la mascotte éponyme qui multiplie ses questions sur le mystère des sacrements ou la bonté de Dieu, les Dominicains s’efforcent d’apporter une réponse chrétienne à la lumière des Evangiles. Un programme plein de jolies illustrations, de récits et de jeux s’étale sur l’année liturgique. Le seul souci des Dominicains est de rester à la portée des tout petits. Point de propagande de leur part, juste l’intention d’apporter, dès le plus jeune âge, la joie de la foi. Car en grec " theo "signifie dieu, et "bule" volonté. Et c’est précisément ce désir de Dieu, par l’intermédiaire de questions ingénues d’un petit chien en peluche noir et blanc, couleurs de l’habit des franciscains, qui est transmis. Ainsi Internet prend le relais du catéchisme traditionnel pour répondre au souhait du Christ « Laissez venir à moi les petits enfants », tâche très belle que les Dominicains s’appliquent à réaliser, et qui fait revivre St Dominique, « l’homme aux semelles de vent », le fondateur de l'ordre des prêcheurs, toujours accompagné de son petit chien …Site vivement conseillé pour les 4 - 11 ans …
B. Clavel Delsol
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2014
20 novembre 2014
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Editions : Seuil
Parution : Août 2014
279 pages
18,50 €
Il y a des plaies qui ne se referment jamais. La guerre civile espagnole en fait partie. Elle fut un bain de sang qui coule encore dans les veines de l’auteur, sa famille n’ayant été autre que le microcosme de ce pays déchiré. Lydie Salvayre présente l’été 1936 de façon originale. La description des républicains, dénommés « mauvais pauvres » par les nationalistes, passe par le regard de Montse sa mère, âgée, à l’époque, de 17 ans à peine. Malgré sa détresse, l’accent méditerranéen de Montse reste chantant, débordant d’insouciance et de joyeux calembours, car l’espoir était grand dans la révolution que lui promettait José, son frère anarchiste. Si celui-ci a quelque dédain pour ses vieux parents collés à leur misère, et plein de haine pour le fils stalinien de l’aristocrate du village, il a vite fait de découvrir que la cruauté est aussi dans son camp. C’est alors que l’auteur fait référence à l’anéantissement de Bernanos à Palma. Les anaphores se multiplient, les phrases restent inachevées, le récit est entrecoupé de réflexions spontanées, les interrogatives restent sans réponse, le roman cède sa place au pamphlet, la principale cible est atteinte : l’Eglise, cette « infâme institution ». Tel est le prix Goncourt 2014 : il ressuscite tous les défunts, ceux morts pour l’égalité, comme ceux morts pour la liberté ; il dénonce le fanatisme religieux, chante la singularité humaine. Livre attristant, rappel de l’éternelle mésentente, augure de bien d’autres guerres.
B Clavel Delsol
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2014
14 novembre 2014
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Editions des Béatitudes
Parution : Mars 2014
261 pages
15,90 €
Les Lyonnais auront beaucoup de plaisir à lire ce roman moyenâgeux au cœur de Lyon. Les carillons de toutes les églises y résonnent et l’affairement de la rue Mercière ou de la rue Grolée et du port de la cathédrale contraste avec la vigne de Belle Cour et le silence de l’abbaye d’Ainay. Certes les protagonistes ont quelque chose de suranné. Mathilde de Vermance, traumatisée par des évènements politiques tragiques, a choisi volontairement de finir sa vie emmurée sous l’abbaye de l’île Barbe. Dame Eléonore, son amie, épouse du riche commerçant Amaury, se morfond d’être stérile et délaissée. Mais l’écriture de l’auteur, aussi ciselée que la pierre de l’église Saint Nizier, crédibilise l’histoire de ces deux aristocrates dans un contexte historique tout à fait véridique. Mathilde la sacrifiée emmurée parviendra-t-elle à sauver Eléonore du péché de l’acédie, « fille de la mélancolie »? Tel est le paradoxe de ce roman qui représente à merveille cette ville aux deux fleuves, aux deux collines, aux deux aspirations, celle du travail et celle de la piété…
B. Clavel Delsol
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2014
10 novembre 2014
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Éditions : Gallimard
Parution: Mai 2014
221 pages
18,50€
Il n est pas étonnant que le prix Renaudot ait consacré le dernier roman de D. Foenkinos. Le livre a tout pour plaire. Ses phrases laconiques, sous forme de vers libres,brefs et toujours ponctués d'un point, vont à l'essentiel, comme Charlotte Salomon, l'héroïne. La situation est tragique à Berlin dans les années 30, la mort omniprésente. Point de pathos, mais plein d'empathie de la part de l'auteur pour la dignité juive que représente cette toute jeune fille, aux valeurs bourgeoises, muette d'effroi, mais créatrice à n'importe quel prix. Car Charlotte se doit d'avancer dans l'existence, se réaliser elle-même si elle ne veut pas sombrer dans la folie, ni disparaître de la surface humaine. Son triste quotidien va inspirer ses talents de peintre. Un désir de concrétiser par le dessin l'éphémère de la vie lui permet de survivre aux déchirements des séparations et des menaces nazies grandissantes. Et si elle est émouvante, l'auteur qui la ressuscite l'est tout autant . Car à force de marcher sur les pas de l'artiste, Foenkinos finit par lui ressembler. Comme elle, il filtre le réel, pour mieux le sublimer. Comme elle, il ne voit plus la différence entre le théâtre et la vie. Et le lecteur de rêver à une exposition des oeuvres de Charlotte Salomon!
B. Clavel Delsol
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Éditions: Flammarion
Parution: Août 2014
193 pages
18€
En même temps qu'une biographie du docteur Freud, Eliette Abécassis révèle tous les thèmes chers à la psychanalyse, avec l'Anschluss comme arrière fond. En levant ainsi des tabous avec le style fluide qui lui est propre et une intrigue toujours bien menée, elle captive ses lecteurs. Certes Sigmund Freud mérite d'être connu et reconnu. Son souci de secourir les malades de l'âme, à une époque où la médecine se définit comme une science du corps, révèle une profonde connaissance de la nature humaine et sa "règle de la bienveillante neutralité" une grande intelligence. Ce que le lecteur découvre ce sont les tourments de Freud lui-même, non seulement en tant que professeur juif à Vienne à une heure où il conseille l'exil à ses élèves, mais en homme marqué par une enfance extrêmement malheureuse, suivie de relations troubles et décevantes avec celui qu'il croyait son meilleur ami, le Dr Wilhelm Fliess. Comme tout roman biographique, il est difficile pour le lecteur de délimiter les frontières entre vérité et fiction. Mais le rôle de deux personnages reste intéressant à découvrir: celui de Marie Bonaparte et du commissaire au service du régime nazi Anton Sauerwald qui rendront ce roman des plus passionnants.
Brigitte Clavel
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2014
8 novembre 2014
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Éditions : Albin Michel
Parution : Novembre 2014
45 pages
9,50€
Un fascicule aussi discret en mots que riche en sentiments, tel apparaît la dernière parution de François Cheng, toute en touches de lumière. Assise la blanche, aux bras toujours ouverts, accueille avec chaleur cet écrivain au prénom de son saint qui aima non seulement les oiseaux et les loups, mais les faibles et les malheureux. Car Cheng fait partie de ceux ci. Comme François d'Assise, il est conscient que l'humilité vient de cet humus de la terre, d'où l'homme sort et où il retourne, beau et fragile comme une herbe, mais fructueux comme un arbre. Car la nature est riche d'enseignement, la terre pleine de saveurs. Et même du fin fond de la grotte de Craceri, ermitage du saint, le pèlerin y trouve la présence de l'Absent, qui donne envie de rajouter plus d'une strophe au"Cantique des créatures"...
Brigitte Clavel
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8 novembre 2014
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Éditions: Albin Michel
Parution: Novembre2014
294 pages
19€
Roman initiatique non dénudé d'intérêt historique: le petit Alsacien, Joseph Muller, a sept ans en 1940 et ne comprend pas les évènements tragiques du moment. Si la littérature française a déjà souvent ressuscité cette période, l'originalité de M-L de Cazotte réside dans le fait qu'elle donne la parole aux Alsaciens eux-mêmes. La loi du silence est enfin levée, les aveux inavouables des "Malgré-Nous" écoutés, car les serments obligatoires au Führer sont restés tatoués dans leur chair, et à ceux qui ont manqué à cet appel, le camp allemand de Schirmeck comme le camp soviétique de Tambov ont laissé des traces d'horreur indélébiles dans l'esprit et ont perdu leur âme. Leur terre n'était ni française ni allemande, mais alsacienne et judéo-chrétienne avant tout. Une fois anéantie, l'Alsace ne sera plus jamais la même. Joseph voit les intellectuels des années 50 et son propre père rayer l'Eglise à tout jamais. Seul le chanoine Charles Pabst, interné lui aussi, garde l'espérance et ose proclamer: " Ce qui sépare le juste de celui qui ne l'est pas...c'est l'action utile et la prière".
Brigitte Clavel
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2014
22 octobre 2014
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Editions : P.O.L.
Parution : Mai 2014
697 pages
23,90 €
estimation : 4/5
La Transylvanie est connue pour être la province la plus romantique de la Roumanie et c’est précisément l’impression que donne le début de ce roman historique. Un château féodal inséré entre un lac brumeux et des forêts montagneuses abrite une belle histoire d’amour pour une terre ancestrale et une jeune épouse autrichienne. Mais dans ce lieu sauvage et arriéré se dissimule une pauvreté extrême qui engendre jalousie, haine et barbarie. L’histoire se passe au début du XIXème siècle sous l’Empire austro-hongrois, bien avant l’indépendance de la Roumanie, à l’époque où le servage existe encore et où couvent dans les montagnes des conspirations révolutionnaires. Alexander Korvanyi, capitaine hongrois de l’armée impériale, revient sur la terre de ses ancêtres, d’où un demi- siècle plus tôt ceux-ci avaient été chassés. Car le domaine, la Korvanya, est depuis longtemps déchiré entre seigneurs, serfs aux origines et religions diverses, et Tziganes empreints de liberté Depuis l’arrivée du comte qui veut faire régner la justice sur son fief, l’insécurité augmente et la fête de la chasse, sensée réconcilier les habitants, tourne au drame : les forestiers clandestins attaquent le château et c’est la guerre ouverte contre les nobles châtelains. Alexander se révèle intraitable, fera tout pour supprimer les ennemis de la patrie et remercier ceux qui l’ont servie. Mais sera-t-il reconnu comme un sauveur? En tout cas il reste l’allégorie de l’esprit aristocrate. Toujours inébranlable devant son devoir, prêt à défendre ses valeurs à n’importe quel prix, il parvient selon lui à « se réconcilier » avec lui-même, même si l’avenir qui l’attend ne lui donne pas toujours raison…
B. Clavel Delsol
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2014
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2014
146 pages
16,90 €
Pas étonnant que ce roman fasse la gloire littéraire de la France ! Dès le début, il capte l’attention du lecteur comme une enquête policière. Qui est ce couple de maîtres-chanteurs qui poursuit Jean Daragane, vieil écrivain solitaire ? Pourquoi, malgré la suspicion qu’ils suscitent, celui-ci finit-il par leur accorder sa confiance? Un nom de femme aimée, de champ de courses, ou simplement celui d’un square, commun à son passé, lui suffise pour retrouver plaisir à se perdre comme autrefois au bras d’une femme inconnue, dans le dédale des rues parisiennes, qui petit à petit l’emporte dans le labyrinthe de la mémoire. Et c’est là que le lecteur retrouve Patrick Modiano. Le personnage principal n ‘est autre que l’auteur lui-même: un être délicat, esseulé, jamais remis d’avoir été un jour abandonné, mais toujours reconnaissant pour un séjour de rêve dans cette maison de Saint-Leu-la-Forêt envahie de rires féminins et de fleurs champêtres; un promeneur insatiable dans la pâleur de Paris que nul ne sait mieux décrire que lui ; un poète méprisant l’autobiographie , un peintre talentueux qui prend plaisir à effleurer par touches un passé où les évènements comme les hommes sont reliés entre eux par des fils mystérieux. Car à la démarche proustienne de « la recherche du temps perdu » succède une submersion de souvenirs qui se déversent sur Jean Daragane bien malgré lui. Pourquoi Annie Astrand lui avait-elle fait prendre tant de photomatons pour passer une frontière jamais franchie ? Peu importe si les personnages restent énigmatiques ou peu fiables ! L’important est de suivre les méandres du rêve comme ceux de l’existence, d’accepter les à-coups des phrases ou se perdre dans leur douceur. Et si à plusieurs reprises Daragane a le sentiment de « descente en roue libre », le lecteur y voit une reconnaissance dans la Providence, une confiance dans le destin, un abandon dans une élucidation vague mais suffisante, celle de l'acte gratuit, de la bonté spontanée, la protection d'une femme qui l'a profondément aimé enfant. L’ « amnésie volontaire » n’a qu’un temps, le passé rattrape toujours le présent, la main passée tendrement dans les cheveux , l'adresse écrite sur un papier "pour que tu ne te perdes pas dans le quartier", tout revient à vive allure. Et ce n’est que lorsque le vieux Gadane le réalise qu’il est enfin apaisé et comble le lecteur comme le jury du Prix Nobel …
Brigitte Clavel Delsol
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2014