4 avril 2017
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« Une journée de bonheur » par Pascal Quignard
Editions : Arléa
Parution : Mars 2017
143 pages
11 €
A ce sempiternel conseil « carpe diem » Pascal Quignard s’efforce de donner une réponse aussi poétique qu’historique et philosophique. Le temps est découpé en jours comme la nature sauvage en fleurs. Et si la fleur par définition ne doit pas être arrachée à son enracinement, néanmoins certaines civilisations la coupent sans hésitation en hommage à leur Dieu, à leurs défunts, à tout hôte accueillant. « Sacrifier, c’est offrir de la vie à la vie pour plus de vie. » De même s’il paraît arrogant d’extirper le jour au Temps, il est sage de le distinguer de la journée qui, elle, se doit d’être cueillie avec un plaisir religieux. Car la caractéristique du beau n’est pas la durabilité mais plutôt la fragilité. De même la splendeur de l’aube se trouve dans sa promesse d’esquisses et d’éclosions de vie. Et quand la place est au silence, la lumière s’estompe, arrive le grand crépuscule. Rien pour combler ce vide, si ce n’est la prière du soir, simplement pour avoir encore l’espoir d’un jour, car « pas un jour sans ligne » et « pas une ligne d’horizon sans un jour ». Un mot entraîne un autre, et son étymologie révèle son secret. Ainsi « jadis » se décompose en « jà a dies », ce qui veut dire « déjà il y a eu un jour », ce qui implique qu’il y en aura d’autres. Poète helléniste avant tout, point de tristesse en Pascal Quignard même si le trépas hante son sommeil: « J’ai connu plusieurs milliers d’aubes. Je ne m’en suis jamais lassé », De très jolis mots, mais le sens ne s’y perd-il pas ? Non, car la beauté afflue…
Brigitte Clavel Delsol.
Published by brigitte clavel-delsol
28 mars 2017
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Editions : GALLIMARD
Parution: Septembre 2016
175 pages
17,50 €
Estimation : 4,75 / 5
Cinq voix venues de Mayotte suffisent à transformer ce roman magnifique en un témoignage aussi réaliste que tragique. Cinq points de vue différents mais convergents vers le même désespoir. Malgré tout l'amour maternel de Marie, Moïse, partagé entre deux cultures, devient la victime de Bruce, chef d'une bande de délinquants. Olivier est un gendarme désespéré et Stéphane un humanitaire déçu. En arrière fond une île de rêve, au parfum d'eucalyptus, bordée par le plus beau lagon du monde. Bénéficiant du statut de département français voté depuis un récent référendum, Mayotte est l'eldorado des Comoriens, des Malgaches et d'Africains , ce qui finit par transformer ce paradis en un enfer d'insécurité. Natacha Appanah transcrit avec talent ce qu'elle décrypte dans les cœurs et les coutumes, révèle la bonne volonté de certains et l'engrenage de haine dans lequel d'autres s'enfoncent. Mais point de fatalisme dans la trame de son roman. Après toutes les souffrances endurées, Moïse est lucide. Ce n'est pas "du pain et des jeux" dont il a besoin, mais simplement "un objet qui ne soit rien qu'à soi, même si ce n'est qu'une brosse à dents". Ce souhait réalisé par Hernando de Soto en Amérique du Sud sera-t-il entendu à temps à Mayotte ? En tout cas Moïse restera longtemps dans la mémoire du lecteur l'emblème de la misère actuelle où l'absence de propriété et de patrie fait perdre toute espérance et identité.
B. C. D.
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2016
22 mars 2017
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Editions : Le Castor Astral
Parution : Janvier 2017
150 pages
14 €
Il a fallu attendre 2015 pour que cet ouvrage sur Paul Verlaine écrit en 1902 par S. Zweig soit traduit en français. Olivier Philipponat, biographe bien connu, rattrape ce retard avec une préface prometteuse et bien justifiée. Car l’exploration poétique de Stefan Zweig se veut connaissance de l’homme et du monde qui l’entoure, au moyen d’un style imagé qui entend percer le secret des cœurs et des choses. La vie de Verlaine est « un merveilleux jardin de fleurs d’une beauté séductrice, d’une perversité bariolée, dans lequel lui-même ne s’est jamais senti à son aise ». C’est en fin psychologue que S. Zweig nous dépeint ce poète comme un « enfant effrayé » ou un « mendiant accablé », sans pour autant dissimuler sa faiblesse en la qualifiant de « masse molle dénuée de force et de résistance ». Car on le sait, à peine relevé de ses déboires, Verlaine rechutait, ce que S. Zweig explique parfaitement par l’écartèlement intérieur de deux forces, le sensuel et le spirituel, qui doivent s’unir plutôt que se combattre, et que malheureusement des caprices, purs ou dépravés, finirent par gagner. Nul doute que c’est à Verlaine qu’on doit l’inspiration de « Bruges », beau poème de S. Zweig avec lequel il termine son livre, "Tel un enfant aveugle qui abandonne soudain la main du guide. »
B.C.D
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2015
20 mars 2017
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Editions : Albin Michel
Parution : Janvier 2017
358 pages
22 €
Ce parcours de Gilles Lapouge dans la littérature révèle un contemporain dont le lyrisme et la hantise du néant n’échaperont à personne. Le choix des romanciers présentés est basé sur l’art littéraire, une « extension de la vie » selon Henry James. Les écrivains souffrent de ne trouver que du vide et s’efforcent alors de créer et d’inventer. Car « la vie est un piètre écrivain" dit Somerset Maugham. Ainsi les épreuves ont passé sur Colette, sur Marguerite Duras et Edgar Poe, mais ont nourri leur style. Ce n’est pas le cynisme de Maupassant qui est à l’origine de son succès littéraire, mais sa pitié pour les hommes et la finesse de son étude des sentiments. Les nouvelles de Zweig sont des trompe-l’œil. Elles dépeignent des décors de luxe alors que lui-même est conscient du tragique des évènements en Europe. Quant à la Provence de Giono, G. Lapouge la considère comme une pure invention, résumée en un mot par le titre de son dernier ouvrage,« l’Absente », l’imaginée, l’irréelle. Ainsi c’est la sensibilité de G. Lapouge qui domine dans cet ouvrage, doublée d’un pessimisme indéniable. Il entrecoupe son livre de chapitres personnels où transperce son angoisse devant le réchauffement climatique et une robotisation poussée à l’extrême. La poésie serait donc sa priorité, mais sans tenir compte des conseils de Simenon qui voulait une littérature non orientée. Car G. Lapouge ne cache pas sa fascination pour les Anthropophages, artistes brésiliens du siècle dernier, dont le but était d’expulser la culture française de leur pays. Ecrire est impossible « quand les enfants se meurent à cause de la méchanceté des hommes ou peut-être à cause du bon Dieu ». Ainsi l’essence universelle et spirituelle de l’art est niée. La guerre aux civilisés est déclarée et toute espérance condamnée. Triste avenir culturel !
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
18 mars 2017
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Les Editions de Minuit
Parution : janvier 2017
174 pages
14,50 €
Estimation : 4,5/5
Un seul lieu : le bureau d’une maison d’arrêt. Une seule voix, celle de Martial Kermeur qui justifie son crime. Car Kermeur l’avoue dès le début : il a abandonné en mer le promoteur Antoine Lazenec tombé de son bateau et c’est, selon lui, « une œuvre de salut public ». Alors le lecteur comme le juge d’instruction écoutent en silence cet homme inculpé de non-assistance en danger. Certes en arrière fond il y a la rade de Brest, grise de brume et d’eau sombre, qui empêche d’y voir clair. Mais Lazenec à l’allure de cow-boy a convaincu les ouvriers licenciés de l’arsenal de Brest que leurs indemnités de chômage pouvaient transformer ce triste village en un St Tropez de luxe. Et c’est là que réside le talent de l’auteur : la simplicité d’expression de Kermeur et l’authenticité de ses sentiments contrastant avec la malhonnêteté désinvolte mais séduisante de Lazenac. A la fin du roman le personnage qui semble le plus important bien qu’absent n’est autre qu’ un enfant, celui de Kermeur, auquel le lecteur ne porte pas plus d’attention que Kermeur lui-même , non pas qu’il ne l’aime pas, bien au contraire, mais parce qu’il ignore la souffrance filiale devant l’impuissance de la vieillesse paternelle. Très beau livre qui aborde plus d’un sujet jusqu’à ajouter un nouvel article au code pénal …
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
13 mars 2017
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Editions du ROCHER
Parution : Avril 2016
510 pages
19,90 €
Estimation : 4,5/5
Sous l’hilarité de ce roman perce une peinture sociale bien réaliste! Malgré une grève générale, le comique de situation commence dès la première page par la nécessité d’un abonnement au club de jujitsu, seule solution à Fred Beaumont laissé en "gare divorce" par une carriériste ! Quand il accepte un job de pigiste dans « Libertas » pour défendre ses convictions libérales sous le pseudonyme de Félix Paquette, il ne donne pas sa démission au « Journal » de gauche, car quand on a un CDI, on s’y accroche ! Alors la sincérité des sentiments de Fred va devoir en permanence lutter pour dissimuler son double jeu. Si, pour une révolutionnaire convaincue comme Audrey, « c’est horrible de coucher avec un mec de droite », pour un journaliste plein de probité intellectuelle c’est encore plus dur de couvrir en même temps plusieurs évènements pour deux journaux antagonistes! Mais Fred fait face et le lecteur, en tremblant avec cet anti-héros du début à la fin, rit tout autant. Excellent roman satirique où l’auteur tourne en dérision l’aveuglement d’une société, qui sous prétexte de justice sociale, fustige l’esprit d’initiative au profit de bureaucrates neurasthéniques ! Menottés par un Etat qui leur procure tout, y compris le risque zéro, les citoyens ne manquent de rien, sauf de l’essentiel : « l’estime de soi et le respect des autres ». Jusqu’au jour où la dette nationale explose…A travers ce miroir de l’actualité, c’est une tentative de résistance qui s’opère, ou mieux d'espérance, car c'est à toute l'humanité que s'adresse le toast final "A la liberté"! Alors, même ruiné, on est soulagé et on peut sourire...
B. C. D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2016
2 mars 2017
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« Chanson douce » par Leïla SLIMANI
Editions : Gallimard
Parution : Novembre 2016
227 pages
18 €
Sans aucun doute le dernier prix Goncourt a-t-il été attribué à L. Slimani pour son indéniable suspense malgré le dénouement tragique annoncé dès la première page. Le style laconique et le rythme rapide reflètent la vie trépidante de Myriam, avocate brillante mais débordée, et de Louise, nounou expérimentée mais sans âge avec son corps menu et ses jeux enfantins. Toutes deux sont hyperactives et ne comptent pas leur temps de travail. Bien que très maternelle, Myriam en se rendant à son cabinet d’avocat retrouve une certaine liberté. Louise, en s’occupant des enfants des autres, s’invente un nouveau foyer. Rien de très original jusqu’ici, si ce n’est l’accroissement imperceptible mais régulier des obsessions de Louise et de ses attitudes étranges qui alternent douceur et colère, soumission et mensonge, jusqu’à ce que l’alcool prenne la relève. En même temps c’est la méfiance de Myriam qui augmente, puis viennent les scrupules. L’écart croissant entre l’enrichissement de Myriam et la pauvreté de Louise est-il seul responsable de l’acte fatidique ? Car Louise n’avait-elle pas déjà battu sa propre fille jusqu’à provoquer la disparition de celle-ci ? N’avait-elle pas séjourné dans un hôpital psychiatrique avant de trouver son emploi ? L’égalité des chances et la société idéale apparaissent bien comme des fantasmes utopiques … Ce qui est certain c’est que l’enfant est toujours victime et la chanson pas toujours douce!
Published by brigitte clavel-delsol
1 mars 2017
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Editions : Albin Michel
Parution : Février 2017
388 pages
22 €
C’est en historienne, avec des lettres authentiques d’Henri IV à l’appui, qu’Isaure de Saint Pierre parvient à décrire jour après jour l’emploi du temps de ce roi, en y ajoutant tout l’art d’une romancière. Lecture passionnante qui montre à quel prix un royaume se conquiert et une histoire d’amour se construit ! L’auteur n’omet aucun des multiples départs précipités du roi, aussi guerrier qu’épicurien, pour procurer paix civile et religieuse à plus d’une province et obtenir du pape qu'il ratifie son « démariage » avec la reine Margot pour sa propre paix intérieure. Beaucoup de vérité dans le portait de cet huguenot converti, plein de désir de réconciliation nationale, généreux avec les fonds du Trésor, mais prêt à les reprendre pour payer ses troupes de soldats. Quant à Gabrielle d’Estrées, son amour l’incite à tout faire « pour le plaisir du roi ». Certes elle appréhende un mariage avec Marie de Médicis ou l’Infante d’Espagne « pour le bien de l’Etat » et découvre avec horreur les placards qui la dénoncent comme « la putain du roi ». Elle n’en admire que plus son amant, célèbre pour son panache blanc, mais dont le bonheur est de se promener seul dans le plus grand anonymat ou avec elle dans la plus grande pompe. Alors d’où vient son pressentiment « Il n’y a plus que Dieu et la mort du roi pour m’empêcher d’être reine » ? Car Gabrielle ne sera jamais reine, mais grâce à Isaure de saint Pierre, sera la seule à porter le nom de « la presque reine ». Bel ouvrage pour raviver notre histoire de France !
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
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2017
26 février 2017
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Editions : Salvator
Parution : Mars 2016
183 pages
18,50 €
C’est une succession d’évènements qui ont forgé la vie de Roger Bichelberger et une série d’épreuves qui l’ont sauvé. Cette autobiographie, touchante de simplicité, paraît être celle d’un homme d’une autre époque. Et pourtant l’auteur est un contemporain. Ecolier au château d’Art-sur-Meurthe en Moselle puis pensionnaire au collège Saint-Hippolyte fondé par les frères marianistes au pied du château du Haut-Koenigsbourg en Alsace, il est touché par le dévouement, le talent pédagogique et le niveau des connaissances de ses professeurs. Il les évoque sans en oublier aucun, le père Leclerc, Monsieur Sonntag, le père Jules Hasler et bien d’autres qui susciteront en lui un désir de transmettre ce qu’ils lui ont dispensé. Si une grave pleurésie entrave ses projets comme plus tard la tuberculose atteint son épouse, tous deux ne s’en sortiront que plus forts et utiles à leur entourage. Car comme le dit R. Bichelberger lui même, « ce sont de ces pauvretés que naissent les grâces qui nous comblent ». En effet ce fervent lecteur de René Bazin, François Mauriac, Olivier Clément… se liera d’amitié avec Jacques Bourbon Busset qui le convaincra à tout jamais que dans la vie comme dans le mariage « chacun devient l’œuvre de l’autre ». Emouvante confidence qui incite à s’extirper du « somnambulisme ordinaire » et se tenir en état d’éveil tout en faisant confiance à la Providence …
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
20 février 2017
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Editions : Stock
Parution : Janvier 2017
385 pages
20,50 €
Estimation : 4/5
C’est un long voyage à travers l’Empire du Japon du XIIème siècle que le lecteur entreprend dans les pas de Miyuki, depuis les terres reculées les plus pauvres jusqu’au palais impérial. Jeune veuve d’un pêcheur qui enrichissait son village en fournissant à la cour les plus belles carpes du pays, Miyuki veut poursuivre la tâche de son époux. Quiconque s’est frotté à la mort doit être mis en quarantaine. Mais Miyuki fait fi de toute coutume et superstition. Elle partira à la place de son mari pour secourir tous ceux dans le besoin, jusqu’à porter sur elle non seulement l’odeur de son époux mais celle du dur labeur, de la souillure et de la mort. Quelle surprise quand Miyuki est invitée par le directeur du Bureau des Jardins et des Etangs à participer au concours impérial des parfums ! Par ce conte où s’entremêlent les pires odeurs et les plus belles fragrances, les heures les plus douces comme les plus cruelles, Didier Decoin semble vouloir rappeler l’importance de l’existence par rapport à l’apparence. De Miyuki émane non pas un parfum de décor, mais la senteur même de la vie avec tout ce qu’elle comporte de beauté et de misère. Le style de l’auteur est relevé comme l’odeur de Miyuki que le lecteur suit à la trace sans une minute d’ennui, tout à la joie de découvrir le Japon médiéval et l’éternelle condition humaine …
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol