15 novembre 2016
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Editions : Grasset
Parution : Octobre 2016
215 pages
19 €
Estimation : 3/5
C’est dans un monde moyenâgeux aux apparences toutes légendaires que nous fait pénétrer Pascal Quignard. Les personnages ne sont pas anodins, les plus importants appartenant à la descendance de Charlemagne que l’auteur sort de l’ombre avec un style semblable à une baguette magique. Car princes et saints, fées et chamans s’entrecroisent pour constituer une suite de fables et de contes, mais aussi le véritable cours de l’Histoire qui coule comme des larmes. Si les bêtes et les hommes ne font qu’un, les envahisseurs et les autochtones s’entretuent, les époux se lassent de leur femme, et même les frères ne se ressemblent pas. Ainsi Nithard et Hartnid, petits-fils jumeaux de Charlemagne par leur mère, sont différents comme le jour et la nuit. Nithard se consacre à la défense et à la langue de son pays, Hartnid s’embarque avec insouciance à la recherche du plaisir. Le premier devient un célèbre historien (grâce auquel les serments de Strasbourg de Février 842 ne seront pas rédigés en latin mais en franc) et un courageux défenseur contre l’invasion normande, le second vit dans la plus grande indifférence au monde. Les intentions de l’auteur ne sont pas banales : la richesse du langage et la vertu de l’écriture sont source de grandeur et de liberté : Nithard les possédait, Hartnid ne les avait qu’en apparence…Livre qui fera le plaisir des Européens régionalistes comme de ceux qui aiment l’histoire entourée d’un flou légendaire dans un style des plus poétiques !
B. C. D.
Published by brigitte clavel-delsol
15 novembre 2016
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Editions : Actes Sud
Parution : Août 2016
267 pages
19,80 €
C’est un bien joli livre que présente Valentine Goby où le capitaine du paquebot n’est autre qu’une jeune adolescente qui adore son père et toute sa famille. La jolie couverture du livre est significative : Mathilde fera l’impossible pour sauver l’unité des siens. Car la diversité des caractères s’accroît avec les épreuves rencontrées et, s’il ne s’agit pas de « La Peste » de Camus, le lecteur y retrouve les même différentes réactions individuelles devant une maladie contagieuse. L’histoire se passe dans les années 50 où la tuberculose fait rage. Paul Blanc tient un café « le Balto » qui est le cœur de la Roche-Guyon dans la campagne parisienne, où il joue de l’harmonica tandis que les gens viennent y boire, chanter et danser. Mais quand la maladie apparaît, tout le monde s’enfuit. Paul préfère l’insouciance, Odile sa femme lui reste toute dévouée, Annie la jolie fille aînée, pour ne pas dire la préférée, s’éloigne peu à peu avec son fiancé, tandis que le petit frère s’enfonce dans la mélancolie. Seule Mathilde réagit avec lucidité, multiplie ses visites au sanatorium, sans crainte pour ces bacilles qui tuent ni pour les assistantes publiques qui la placent avec son frère dans des familles impossibles. Si l’esprit rebelle de Mathilde va parfois un peu loin, le lecteur ne peut qu’être attendri devant cette adolescente pleine de détermination et d’amour. Dommage que l’auteur termine sur un sombre tableau, celui de la guerre d’Algérie, de l’assassinat de Walid et de bien d’autres crimes, qui efface à jamais la joie ambiante du début du livre !
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
8 novembre 2016
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Editions : Seuil
Parution : Octobre 2016
264 pages
18 €
Recueil de poésie en prose, leçon de bonheur simple, le journal intime d’un homme de trente-sept ans,révélé par son auteur aujourd'hui sexagénaire, se déroule comme une toile de peinture qu’on déplie au fur et à mesure des saisons. Les couleurs chatoyantes de l’automne apaisent le sentiment du temps qui passe, le blanc du gel ne fait pas peur, et à toute cette douceur ressentie il ne manque rien, pas même « le filet de citron » semblable à l’humour tendre d’Albert Cohen, ni la fidélité aux fruits sauvages comme aux êtres aimés qui bordent les chemins de l’existence. Point de complexe à chercher le mot précis pour « s’approcher au plus juste d’un sentiment ». Et si le fantôme de Bartelby rôde toujours, le souci du professeur est le plus fort : transmettre aux plus jeunes que le sel de la terre est dans la convivialité, dans la réceptivité et pourquoi pas dans un journal intime ?.....Très joli livre, sans prétention mais plein de leçons. Car savoir regarder « la couleur du temps » c’est cueillir tous les jours de la semaine comme un dimanche…
B.C.D
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2016
5 novembre 2016
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Editions : Albin Michel
Parution : Septembre 2016
312 pages
35 €
Ce voyage à travers l’Amérique et sa littérature est fabuleux. J-L. Bertini, célèbre photographe, et A. Thiltges, docteur ès lettres, essayiste, biographe et traducteur, en sont les deux auteurs. Le grand format du livre n’est pas seul à refléter l’ambition du projet: les photos aux couleurs pastel où s’entrecroisent paysages urbains et terres reculées sont aussi diversifiées et atypiques que les hommes de lettres présentés. Pris sur le vif dans son cadre naturel, chaque portrait est une rencontre inespérée. A. Thiltges ne se contente pas de révéler l’écrivain de par son environnement quotidien. Il étudie de l’intérieur la structure du moi créateur comme celle du roman, offre une étude stylistique très explicative, insiste sur l’unicité des romanciers. Ainsi, bien que tous deux indo-américains, Louise Erdrich veut « montrer comment les gens vivent » tandis que David Treuer veut « être un fabuliste » avant tout. Michael Collins transforme le roman policier en roman existentiel tandis que ce qui importe pour Laura Kasischke c’est bien plus la poésie que le suspens et le scénario. A sa différence, Larry Fondation déteste les niaiseries bucoliques, préférant parler des laissés-pour-compte avec le langage qui leur est propre et donner ainsi l’impression d’entrer dans le cerveau des personnages eux-mêmes. Par contre Thomas McGuane apprécie la précision extrême de l’écriture et fait plein de brouillons avant d’arriver à la version finale. Les exemples dans la diversité pullulent comme les paysages de ce pays, ce qui fait dire à Tobias Wolff : « … la vérité, c’est que je ne me considère ni de l’Ouest, ni de l’Est : je suis un Américain, voilà tout ». Sans doute est-ce cette même raison qui rend ce livre irrésistible, car américain avant tout, il est à lui seul une échappée magnifique dans les grands espaces littéraires, même si, comme dit Jim Harrison, « la beauté des oiseaux et la qualité d’un repas passent avant la littérature » ! Un bien beau cadeau…
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
25 octobre 2016
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2016
142 pages
15 €
Estimation : 4/5
La passion bien connue pour la nature de Sylvain Tesson l’incite à traverser la France à pied avec un itinéraire original, celui de l’ensemble des régions françaises classées «hyper-rurales». Avec humour il explique que, dans le langage des experts de la République, ce qualificatif signifie sous-développé, arriéré ! Mais dans son cœur, c’est « un laissez-passer de rêves ». Son esprit bouillonnant suffit à stimuler ses jambes chancelantes pour se rendre du Mercantour au Cotentin, via le Massif Central, avec pour seule trajectoire les chemins noirs des cartes IGN au 25000ème. Là, à travers bois et pâtures, bosquets, taillis et herbes hautes, il trouve, en plus de l’espace, un sentiment de liberté. Le style est magnifique. Sylvain Tesson est un savant observateur, à la fois géographe, géologue et sociologue, un poète qui donne figure humaine aux éléments de la nature, un philosophe qui prône la solitude, un guide qui égrène plein de noms de villages inconnus et qui donne envie d’adhérer à sa « confrérie des chemins noirs » tant que celle-ci ne méprise ni le monde, ni Dieu, ni le progrès …Livre à lire et parcours à suivre, mais "les cheminements mentaux" à étudier de près !
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2016
25 octobre 2016
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Editions : Gallimard
Parution : Octobre 2016
128 pages
14 €
La plume de Jean d’Ormesson court toujours avec fluidité. Sans doute est-ce dû à son goût de vivre qu’il veut nous transmettre. Car nous sommes bien de "misérables égarés" dans cet immense univers". Son premier conseil: "Soyons heureux". "Fermons les yeux". Ce qui frappe d'emblée c’est l'usage de ce « nous » : Jean d’ Ormesson, avant d’être un guide, est un homme de peine, non pas au sens de douleur car trop épicurien, mais un homme de recherche, de culture, et de partage. Point d’inconscience en lui, une simple confiance dans le progrès. Car c’est la science qui nous enseigne l’infiniment grand dans l’infiniment petit. Le talent de J. d’Ormesson est celui du magicien: il transforme en métaphysique un phénomène de la physique: il n y a pas de vie sans air. Et le magicien devient poète: l’eau et la lumière, passagers et durables, sont semblables au temps et semblables à la pensée. Car " tout sort de la matière et tout monte vers l’ esprit". Le cerveau prend le relais de la création. Jusqu’à ce que l’amour prenne sa place. Livre plein d’espérance d’un homme plein d’expérience, qui aime séduire et qui y parvient…
BC D
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2016
25 octobre 2016
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Editions : Gallimard
Parution : Juin 2016
262 pages
19,50 €
Estimation : 4/5
Malgré un catastrophisme pesant, tout conjugue à aimer ce livre: le style, le réalisme, la pensée une fois l’énigme résolue. Après avoir beaucoup voyagé le narrateur décide de s’installer, mais ses moyens ne lui permettent qu’un appartement dans une tour de la périphérie, sur une zone inondable! Là tout est chaos: les bâtiments en cours de construction ou de démolition voisinent avec son immeuble sans âme. Un heureux hasard lui fait rencontrer un philosophe et une pianiste. Les quelques moments de bonheur passés avec eux ne suffisent pas à élucider le mystère qui les entoure, et leur disparition énigmatique lui rappelle la brièveté de toute existence et le néant qui s’en suit. Le narrateur est déchiré entre l’insouciance de la pianiste et le nihilisme du philosophe. Quelle est " cette vérité toute nue, toute crue" que le narrateur finit par découvrir? Sans doute s’agit-il des deux drames successifs auxquels il assiste, de ces visions d horreur où les quelques rescapés se raccrochent à une providence bienvenue. Non tout cela il le savait déjà. Juste une leçon de bonheur à transmettre, une prise de conscience de l’importance des moments heureux autour d’un piano comme d’un verre amical qui font dire que "l’éternité c’est d’avoir aimé ". Livre magnifique où règne, comme dans la vie, la loi des séries, celle des bonheurs comme celle des malheurs, des crues et des décrues...
B.C.D
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2016
11 octobre 2016
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Editions : Gallimard
Parution : Juin 2016
524 pages
22 €
Dans son vaste projet de peindre le monde actuel, Karine Tuil rend compte de la fragilité de notre époque. Point de leçon dans ce roman, juste une étude des mœurs où « l’insouciance » en politique comme en amour rime avec l’ignorance et l’incohérence. Dès les premières pages un style lancinant rappelle les horreurs de la guerre en Afghanistan, les mensonges des rescapés devant les questions incongrues, le désespoir des mutilés. Mais le silence forcé n’est pas réservé au lieutenant Romain Roller. La susceptibilité d’Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens, a du mal à se plier aux conventions sociales imposées à son poste de conseiller à l’Elysée où il fait sciemment des allers retours. De même le brillantissime François Vély fait pitié dans son rôle de puissant homme d’affaires qui essaie de camoufler ses déboires familiaux et son antécédence juive. Car les origines sont de première importance dans la constellation du pouvoir, comme dans le monde de l’économie et dans le domaine de l’amour, pouvant autant servir que nuire, attirer que porter préjudice. Alors pourquoi ne pas recommencer à zéro en Irak où tout est à reconstruire ? Tel est le pari de nos trois protagonistes qui ont envie de réussir à tout prix, jusqu’à sacrifier leur vie privée. Victimes de leur civilisation, grisés par les honneurs, séduits par les rapports de force, trompés par le feu des passions, ils ont négligé l’impact du terrorisme qui va exterminer leur insouciance qui n’était qu’innocence selon Karine Tuil. Livre passionnant grâce à la diversité de ses personnages et à un mélange entre actualité et fiction où le lecteur est heureux de se raccrocher aux « vertus consolatoires » du style de Karine Tuil pour ne pas tomber à son tour dans un profond pessimisme.
B.C.D
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2016
6 octobre 2016
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2016
348 pages
21 €
Et si le parcours initiatique du protagoniste Shmuel plein de maladresse et d’inquiétude n’était autre que celui d'Amos Oz, et même celui d’Israël, voire aussi celui de Judas dénommé le traître ? C’est dans une Jérusalem splendide des années 50 que Shmuel débarque de la province avec ses désillusions politiques, amoureuses et universitaires. Sa petite amie a épousé un fonctionnaire, le Club des jeunes socialistes périclite, et sa thèse « Jésus dans la religion juive » arrive à une impasse. En contrepartie de quelques services il parvient à se loger dans une maison « sombre comme un caveau » mais d’où émane une flagrance de violette accompagnée des plus grandes incertitudes. Car si le corps de Wald, son hôte, est déformé par la vieillesse, sa tête est pleine de lucidité autant que de questions. Digne héritier d’une race millénaire pieuse et érudite, il a envoyé son fils unique à la guerre de 1948 et Micha n’en est jamais revenu. Wald est alors hanté par son vieil ami défunt Abravnel , le père de sa belle-fille Atélia, considéré comme traître car opposé à l’euphorie militariste de son époque. Roman plein d’actualité certes, mais plus encore plein d’énigmes éternelles : les limites du nationalisme comme celles du communautarisme, les dangers inévitables de l'égalitarisme, la fausse réputation de la religion juive, la similitude du baiser de Judas avec les innombrables putschs historiques qui ne rendent que plus vrai le fameux adage : « Heureux soient les rêveurs et maudit celui qui lui ouvrira les yeux »…Telle est la vocation d'Amos Oz qui, par le biais de ce beau roman, tente de révéler des vérités, quitte à passer pour un traître ...
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dans
2016
28 septembre 2016
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Editions : La Table Ronde
Parution : Août 2016
211 pages
20 €
La peinture inspire Michel Bernard autant que la musique. « Deux remords de Claude Monet » émeut le lecteur autant que son précédent roman « Les forêts de Ravel ». Dans cette biographie consacrée au maître des Impressionnistes, le lecteur a vite fait de comprendre l’importance dans la vie de Monet de deux êtres exceptionnels : le jeune peintre Frédéric Bazille mort sur le champ de bataille, et Camille Doncieux, la femme fidèle de tous les instants. Ce sont eux les « remords de Claude Monet », tous deux capables des plus grands sacrifices mais partis trop tôt. L’art de Michel Bernard est de scruter les tableaux de Monet, d’y lire des sentiments inavoués, d’y décrypter une noblesse de cœur à travers une beauté physique pleine de jeunesse et d’innocence qui semble échapper au temps. Rien n’assombrit les peintures de Monet, ni la guerre, ni l’hiver, ni la menace de l’industrie dans les campagnes. Aux thèmes sombres de l’existence, il préfère la lumière des jardins ensoleillés, la couleur des étoffes, la blancheur de la neige, la sveltesse des corps. Refuge évident certes, mais grâce auquel il peut survivre et témoigner du patriotisme et de la joie de vivre d’une génération prise entre deux guerres.
B. C. D
Published by brigitte clavel-delsol
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dans
2016