22 décembre 2016
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2016
150 pages
14 €
Estimation : 3/5
René Fregni est un véritable magicien : à travers les plus dures saisons de l’année il voit les plus belles couleurs, de même à travers les âmes des plus démunis il décèle les plus hautes aspirations. Ainsi il parvient à donner, par la force seule des mots et peut être aussi grâce à son âme qui fut un jour blessée à tort, une dimension surnaturelle aux évènements les plus ordinaires. Que ce soit ses descriptions de lieux retirés de la Haute -Provence ou de la Franche-Comté, ou ses portraits de prisonniers, d’hommes ruinés et de fugueurs en quête de bonheur, tout contribue à magnifier la vie ordinaire. Tel est le rôle du poète, montrer la beauté de l’existence à travers des mots simples, remplir les feuilles blanches d’un cahier pour combler le vide de l’existence en éclairant ses zones obscures par une lumière intérieure que le temps n’abîme pas. Malheureusement la plume poétique qui séduit le lecteur tout le long du livre prend, quelques pages avant la fin, la tonalité injonctive d’un adolescent rebelle. La chute est plus dure après une trop belle envolée. C’est pourquoi les mots finissent par laisser place à la tendresse de la mère …
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
19 décembre 2016
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Editions : Flammarion
Parution : Septembre 2016
150 pages
16 €
Estimation : 4,5/5
A la liste des nombreux biographes de Marcel Proust doit s’ajouter le nom de Diane de Margerie qui publie son troisième livre sur la famille Proust. Son fil conducteur est plein d’originalité : pourquoi dans sa « Recherche du temps perdu » Marcel Proust passe-t-il sous silence son frère cadet Robert, de deux années plus jeune que lui ? Cette occultation révèle-t-elle une jalousie refoulée, une rivalité insurmontable, un mépris mérité ou une étonnante indifférence de la part d’un homme fragile à la sensibilité exacerbée ? Les Robert furent très nombreux dans la vie de Marcel. Certes son frère n’est jamais cité, mais il est indéniable que les multiples qualités de Robert de Saint-Loup, personnage principal de « la Recherche », sont inspirées par tous les amis de l’auteur, y compris Robert Proust qui pendant la guerre fut un médecin des tranchées des plus courageux. Diane de Margerie parvient avec finesse à démêler l’enchevêtrement des sentiments réciproques des deux frères qui sous des apparences différentes se ressemblent étonnamment, l’un se consacrant aux maux du corps , l’autre aux tourments de l’âme, l’un « à la recherche médicale visible », l’autre « à la recherche littéraire de l’invisible ». Et si Marcel Proust souffre, sans doute est-ce dû au fait qu’il ressent cette « trop grande ressemblance », sentiment qui pèse plus qu’il n’apaise, Et c'est cette fragilité que le médecin voulait soigner, seule source d’inspiration de l'écrivain pour exprimer son incapacité d’aimer …
B.C.D
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2016
18 décembre 2016
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Editions : Fayard
Parution : Août 2016
273 pages
22 €
Qui aurait pu penser qu’un dialogue entre un pape émérite et un journaliste américain puisse faire l’objet d’un livre confidentiel plein de chaleur humaine et de vérité théologale ? Benoît XVI, communément caricaturé comme un progressiste dans sa jeunesse et un intellectuel intégriste dans ses vieux jours, apparaît en fait dans cet entretien comme un visionnaire. Dès le début, le lecteur est marqué par la richesse de sa personnalité. Doté d’une intense vie intérieure et d’un grand désir d’être utile à la pastorale de l’Eglise, Benoît XVI fait preuve d’une détermination et d’une lucidité inébranlables. Ainsi il fut le premier de la lignée des papes à démissionner de ses fonctions au profit de la rédaction d’un testament spirituel, à remplacer sur ses armoiries personnelles la tiare symbole du pouvoir par la mitre insigne liturgique qui correspond davantage à son tempérament d’enseignant. En fait, Benoît XVI se révèle être un homme moderne, défendeur de l’œcuménisme de Jean XXIII et du personnalisme d’Emmanuel Mounier. Moderne, car son obsession est de réunir le Dieu de la foi et le Dieu de la raison, de réconcilier les rites anciens et modernes, la foi chrétienne d’hier et celle d’aujourd’hui. Courageux il dénonce le paganisme qui atteint l’intérieur même de l’Eglise, ne mâche pas ses mots contre l’Eglise catholique allemande et ne s’arrête pas aux attaques injurieuses de ses ennemis personnels. S’il n’est pas politicien il est, comme son propre père, un paysan d’origine plein de finesse politique, désireux de paix et de chrétienté. Dans son « Discours de "Ratisbonne" il condamne la propagation de la foi par l’épée, non par provocation, mais par sa conviction première que « Deus est caritas ». Car toutes ses pensées sont dictées par les Evangiles. Ainsi c’est l’Epître aux Ephésiens qui lui inspire « la dictature du relativisme ». Si ce pape a eu toutes les étiquettes, du franc-maçon jusqu’à l’intégriste étriqué, une chose est certaine c’est qu’il cherche avant tout à faire subsister la polyphonie du monde pour le bonheur de la jeune génération à laquelle il s’est toujours voué.
B.C.D
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2016
13 décembre 2016
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Editions : Albin Michel
Parution : Août 2016
491 pages
22 €
Estimation : 4,75/5
Sans doute est-ce le thème de la reconstruction qui inspira à A. Rault ce bien joli roman qui commence à la fin de la grande guerre. L’atmosphère tendue entre les Alliés et l’Allemagne est parfaitement rendue, mais A Rault va au-delà du récit historique. Ce qu’il semble vouloir avant tout c’est une intériorisation de la grande histoire, une recomposition de la pensée d’un témoin, et il y parvient à merveille à travers son personnage principal, un soldat amnésique des plus attachants. Du fait que ce dernier parle aussi bien le français que l’allemand et le russe, il est d’abord recruté par les services secrets français pour infiltrer l’armée allemande, avant d’être enrôlé dans l’armée de Weimar pour seconder les Russes blancs contre les Bolcheviks. Aux prises d’influents politiciens et militaires auxquels il est difficile d’échapper, celui-ci a du mal à répondre à chacun des noms divers et des responsabilités successives qui lui sont attribués. Mais sa plus grande souffrance est d’être sans passé ni liens, c’est pourquoi il acceptera toutes les aventures possibles pour se reconstruire. Y parviendra-t-il et jusqu'à quand? Car cet homme en quête d'identité finit par s’apercevoir que l’obéissance aveugle est loin d’apporter une solution. Livre magnifique où le sort de ce soldat est celui de bien des hommes qui sans racines peuvent se perdre mais aussi se reconstruire...
B.C.D.
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2016
12 décembre 2016
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Éditions : Stock
Parution : Novembre 2016
83 pages
13,50€
Estimation: 5/5
Ce livre est un bijou littéraire où la simplicité de la peinture de Monsieur Friant, peintre vosgien, suscite en Philippe Claudel les plus belles pensées. Le titre à lui seul est explicite. Il annonce non pas un adieu douloureux à l'innocence perdue, mais une invitation à un retour sur le sens du temps écoulé. L'éloge d'une grand mère affectueuse n'est rien d'autre que la reconnaissance en une heureuse providence que le lecteur à la joie de découvrir à la fin de sa lecture. En attendant Philippe Claudel nous guide dans le musée de Nancy. Il retrouve dans "Buveurs" un grand père aviné suite à la grande guerre, dans "Amoureux" la tristesse des désillusions de l'amour à la différence de la " jeune Nancéienne dans un paysage de neige" qui le fit souffrir par sa joyeuse indifférence. Dans "Toussaint" il voit vaciller sa propre déchéance, dans "Trimardeur " il entend la voix d'une grand mère battante, dans " Douleur" il ressent la solitude intérieure laissée derrière les honneurs mondains. Magnifique petit manuel où chacun découvre toutes les formes artistiques que peut prendre chaque instant de l’existence.
B.C.D.
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2016
4 décembre 2016
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Editions : Grasset
Parution : Août 2016
216 pages
18 €
« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie ». C’est avec ce style plein de l’innocence perdue de la jeunesse que l’auteur raconte comment la haine des Hutu, après avoir laissé le Rwanda comme « un charnier à ciel ouvert » a envahi le Burundi. Gabriel habite dans un quartier résidentiel de Bujumbura au Burundi où son père français , directeur d’une usine d’huile de palme, lui offre une enfance protégée entre une mère rwandaise, et une bande de domestiques et d’amis qui font tout sont bonheur. Mais les discussions en aparté des uns et les réflexions pleines d’amertume des autres n’échappent pas à l’enfant qui voit un paradis aux couleurs d’hibiscus et au jus de mangue se transformer peu à peu en un enfer de coups d’Etat et d’assassinats. Les massifs de bougainvilliers sont remplacés par des hauts murs de protection qui n’empêcheront pas les Hutu de mettre à feu et à sang son pays. Auteur d’une autobiographie magnifique qui justifie la casquette vissée sur sa tête comme pour se protéger d’un soleil qui ne brillera plus jamais, ce rappeur a encore la force de chanter. Lui qui voulait ne pas savoir et se réfugiait dans les livres semble vouloir avertir le lecteur que la guerre n’est pas que pour les autres, mais que l’ennemi s’infiltre sans qu’on s’en rende compte, que la jalousie ronronne avant d’exploser en haine ethnique. « Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance, ce qui est bien plus cruel encore ». Une fois de plus le Goncourt des Lycéens dédie son prix à un chef d’oeuvre!
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2016
30 novembre 2016
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Editions : Grasset
Parution : Aout 2016
294 pages
19 €
Estimation : 4,5/5
Bien que la petite île grecque de Kalamaki ait tout du paradis, personne n’est épargné. Le père Kosmas a du mal à garder sa réputation, Maraki à nourrir son fils, tandis qu’Andreas, son mari dévoré d’ambition, défend le projet d’un complexe hôtelier démesuré. Yannis, leur petit garçon autiste, ressent la mésentente de ses parents, souffre du désordre du monde, porte le souci des villageois sans travail. Angoissé par cette disharmonie quotidienne, il se réfugie dans l’ordre des chiffres car seule l’apaise la régularité des produits de la pêche ou du nombre des clients au café du village. Eliot, un architecte gréco-américain, se lie d’amitié avec cet enfant qui lui rappelle et remplace un peu sa fille Dickie, passionnée par la construction des théâtres antiques selon les règles du Nombre d’Or. Celle-ci était décédée accidentellement à Kalamaki une dizaine d’années auparavant, tandis qu’elle cherchait à restituer la grandeur de son théâtre abandonné et rêvait d’en faire un grand centre culturel où viendraient se ressourcer les étudiants du monde entier. Le lecteur devine aisément le défi d’Eliot : sauvegarder la beauté de Kalamaki tout en l’enrichissant. Mais y parviendra-t-il, lui qui n’a pour force que l’âme de sa fille et la main d’un petit autiste face aux magouilles et rivalités des politiciens et promoteurs? En tout cas impossible de partir sur les îles grecques sans emporter avec soi ce bien joli roman, car il va sans dire que son style est imprégné de beauté pour « extraire des enfers » non seulement le fils de Maraki mais toutes les victimes d’une crise autant morale qu’économique …
Published by brigitte clavel-delsol
26 novembre 2016
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Editions : Flammarion
Parution : Août 2016
219 pages
20 €
« La voix et le rythme comptent plus que les mots et le sens » dit Yasmina Reza. Sans doute est ce la raison pour laquelle le prix Renaudot 2016 lui fut attribué. Car son style est fluide, le rythme rapide, et le lecteur tourne les pages pour savoir jusqu’où peut aller l’hilarité ambiante d’une soirée de sexagénaires. Mais la pauvreté stylistique et thématique des dialogues rapportés dévoile le désespoir de chacun. Car tous semblent survivre grâce à l’alcool, la drogue, l’amour surtout quand il est masochiste, et le comique de situation devient vite ridicule avant de tourner à la tragédie. Sans doute Yasmina Reza veut-elle, par le rire, atténuer un sarcasme blessant, une révolte sous-jacente, une amertume inconsolable face à « l’abîme » et au « non-sens ». Car, ironie du sort, ce sont les plus fragiles qui sont victimes. Lydie Manoscrivi, l’inconditionnelle du bio et de la protection des animaux, ne supporte ni le chat ni la facétie de son mari. Elisabeth la narratrice s’enfonce par amitié dans le mensonge. Le sympathique Jean-Lino Manoscrivi perd la tête sous l’emprise de la boisson et se retrouve derrière les barreaux, tandis que les égoïstes survivent grâce à leur bonne conscience. La course au bonheur pour échapper au « temps vide » paraît bien vaine ! Ce prix littéraire symbolise la crise de l’esprit de toute une génération qui « déteste le recueillement » et pour laquelle l’harmonie du monde n’est qu’un mythe: « Ils ont du bol ceux qui pensent que la vie fait partie d’un ensemble ordonné! » Et si c’était justement la clé de l’énigme ?
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
22 novembre 2016
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Editions : Albin Michel
Parution : Novembre 2016
156 pages
14 €
L’âme a toujours été le cœur des romans de F. Cheng. Dans son dernier ouvrage, celle-ci n’est plus une simple allégorie qui élève le lecteur, mais le thème d’une réflexion à part entière. Sans la reconnaissance de l’âme, l’homme est confronté au caractère inachevé et imparfait de l’existence. Cheng ne discrédite ni « le rôle de base du corps » ni « le rôle central de l’esprit » qui contribuent à l’édification de la société. Mais il met en garde de ne pas leur accorder une importance excessive. Car le souci d’efficacité finit par primer sur l’acte gratuit, le souci du temporel par rayer l’éternité. L’esprit comme le corps s’usent et meurent et c’est alors le déni de l’essence même de l’homme, de sa nature divine, qui en découle. Au contraire l’âme, en perpétuel osmose avec le Souffle de Vie, est la seule partie de l’être qui ne connaît ni la détérioration, ni la disparition, mais qui est le réceptacle de tous les sentiments accumulés, heureux et malheureux, source de créativité et de métamorphose. Tout le monde ne peut être artiste, mais tout le monde possède cette âme éternelle qui transmet de génération en génération un désir d’exister, de réaliser, indépendamment de toute réussite extérieure, cette unicité de l'être, don miraculeux qui donne un sens à la création comme à soi-même. De par sa réceptivité, l’âme ne cesse d’élargir son espace, de s’ouvrir au monde, de rejoindre l’universel, d’atteindre l’éternel. Ainsi, bien plus que le corps et l’esprit, une âme vivante permet de vivre à la fois de façon infinie et on ne peut plus terrestre …
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
16 novembre 2016
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Editions : Albin Michel
Parution : Octobre 2016
229 pages
17 ,90 €
Estimation : 2,5/5
Une chronique sociologique à travers une vie ordinaire dans un style tout aussi modeste, tel est le dernier livre de B. Lapeyre. Née en 1900, Mone a toujours travaillé aux côtés de sa mère en tant que repasseuse. Sa vie est d’une simplicité biblique, et malgré de profonds chagrins, Mone parvient à transmettre une paix intérieure à ceux qui la croisent. Le lecteur peut suivre à la trace ce XXème siècle où la France doit se relever de deux guerres, où le progrès technique fait peur tout en facilitant les tâches et améliorant l’élégance, mais où bien souvent l’avidité matérielle et la liberté des mœurs éloignent du bonheur. Simone incarne cette génération qui se satisfait du peu qu’elle a : un travail minutieux qui lui permet une existence paisible, où un voyage en car de Senlis à Paris suffit pour découvrir la haute couture et les musées d’art, une radio pour s’ouvrir au monde, une droiture où priment reconnaissance et fidélité. Un livre écrit avec tant de précision qu’il semble être une histoire vraie, à offrir aux rebelles insatisfaites du XXIème, car, dit Bénédicte Lapeyre, « j’écris pour apporter un peu de bon sens ».
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
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dans
2016