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11 février 2023 6 11 /02 /février /2023 17:34

« AVERS    Des nouvelles des indésirables »

                                                                 Par J. M. G. LE CLEZIO

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 2023

220 pages

19,50 €

 

Huit nouvelles toutes plus ou moins semblables où  une  voix intérieure  souffle :  « Pars et ne reviens jamais ». Maureez fuit le compagnon vicieux de sa marâtre, Chuche se sauve d’un campement d’enfants esclaves où Pito l’a engrossée,  Chepo est un habitué des canalisations d’égouts de Porto Rico pour faire  passer la frontière à ses copains, qui pullulent comme des rats selon les policiers frontaliers. Mais est-ce mieux ailleurs ? L’usine  où Renault travaillait comme conseiller aux ressources humaines n’avait vraiment rien d’humain.  Personne à Paris  ne regarde  Aminata la belle Africaine à la robe jaune ni ne remarque la femme  fantôme qui erre le long des  quais  de métro, ni ne croit ces trois petits vagabonds qui  disent venir du Baloutchistan et racontent leur vie tragique en riant. Où veut en venir J.M.G. Le Clézio ? Révéler l’homme comme un loup pour l’homme,  un sans cœur, un profiteur qui ne pense qu’à assouvir ses instincts ? Culpabiliser un lecteur qui cherche à rêver au travers de  la littérature, à voyager en rêve jusqu’à l’île  Maurice  où ne résonnent que les complaintes des esclaves et les cris des sirdars ?  Que ce soit au Sahel, en Syrie, à Oman, partout la guerre, les bombardements, les camps, les hommes ivres avachis sur les prostituées.  Même la province du Darien du Panama n’offre rien d’autres à Yoni  que des forêts où l’on devient animal si on ne se revendique  pas Indien. Et là encore les indigènes sont mis en fuite par les narcos. Les démons envahissent la terre, les esquifs des fuyards se retournent, il n’y a plus qu’à descendre sous la terre… Livre bien pessimiste que seule une belle écriture  comme celle de Le Clézio  peut  consoler, mais pas convaincre. La vocation de l’homme n’est pas celle d’un animal traqué mais celle d’un combattant à la poursuite de la dignité et du bonheur. Si   les êtres bienveillants  comme  le vieux Mahmoody ou Adèle  sont trop rares dans "Avers",  sans doute se trouvent ils dans le  revers, car les bonnes volontés existent ici-bas  ... B. C. D.

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8 février 2023 3 08 /02 /février /2023 13:40

« De pourpre et d’or : Irène impératrice de Byzance  »

                             par Pierre Gaspard-Huit

 

Editions du Rocher/Les belles lettres

Parution : 1990

467 pages

  L’impératrice Irène de Byzance(752- 803) a combattu toute sa vie l’iconoclasme car, selon elle,  l’image pieuse était utile pour enseigner la religion au peuple illettré. P. Gaspard-Huit, romancier historien, semble avoir cette même  vocation en faisant  revivre la jeune Irène d’Athènes, avec en arrière fond, richesses et guerres byzantines sous l’étendard  de l’aigle bicéphale.  Réputée pour sa beauté et son intelligence, sa piété et ses connaissances,  la jeune Irène d’Athènes, bien que  chantre des images,   finit par accepter son mariage avec Léon le Klazar, fils de Constantin V célèbre pour ses victoires contre les envahisseurs  et   pour son fanatisme contre le culte des représentations religieuses. Irène n’a pas l’intention de rester silencieuse dans l’ombre d’un époux qui ne pense qu’à sa chasse au faucon ni dans celle d’un beau-père empereur qui ne pense qu’à la chasse aux représentations religieuses. Une fois veuve parviendra-t-elle à assumer la régence, à vaincre les invasions arabes et bulgares, à maîtriser un fils débauché opposé à l’orthodoxie religieuse , à faire face à de traîtres conseillers ? La tâche est d’autant plus lourde que l’ambition personnelle des fidèles ministres encourage l’insolence des frontaliers arabes. Rien n’arrête l’impératrice  qui voit la solution dans la  réconciliation  des deux empires d’Orient et d’Occident, dans un mariage avec le Grand Charlemagne. Mais parviendra-t-elle à  réaliser un tel projet ? Le  style de Pierre Gaspard-Huit va peu à peu laisser tomber un lexique   de puissance, d’ambition et de trahison  au profit d’un vocabulaire de  dénuement, de résignation et d’abandon. Car l’auteur,  comme les higoumènes, cénobites, profès, révérends et l’ermite Athanase, sut voir une grande âme dans cette pieuse  impératrice. 

 B. C. D.

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5 février 2023 7 05 /02 /février /2023 18:09

 « LA FURIEUSE  Rives et Dérives »  par Michèle LESBRE.

 

Editions : Sabine Wespieser

Parution : Février 2023

146 pages

17 €


Michèle LESBRE ne change pas . Ses « échappées intimes » nous entraînent cette fois ci sur les bords  de  la Furieuse, petite rivière du Doubs, affluent de la Loue,  où Léon son grand-père l’emmenait pêcher. Aujourd’hui elle n’y trouve  plus rien, si ce n’est le souvenir et  la prise de conscience  de l’enfance achevée et de la mort. Car à quoi pouvait il penser ce Léon qui chantait au bord de l’eau  si ce n’est aux canons de la guerre qui lui arrachèrent ses amis ? Alors la mémoire de Michèle Lesbre  vagabonde  entre « rives et dérives », entre  les êtres aimés  et les dictatures sans pitié, entre les chambres d’hôtels de ses voyages   et les retours aux  rayonnages de sa bibliothèque. Ce livre  tout en prose poétique élève par son style semblable à la Furieuse , bouillonnante à la fonte des neiges mais apaisante en période de sécheresse. Il déverse d’ innombrables références littéraires  qui toujours  ramènent l’auteure au bord de l’eau de son enfance, que ce soit les écrits de Vaclav Havel, de Jean-Paul Kauffmann ou  d’Edward Abbey et bien d’autres encore. Belle occasion pour le lecteur de remonter comme Michèle Lesbre  à l’origine de son propre  monde ! B.C.D.

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4 février 2023 6 04 /02 /février /2023 16:08

                               « Attention à la marche »

                                                                    « 80 ans , et alors ?

                                                                                    par Jean-Loup CHIFLET

 

Editions : Bouquins

Parution : 0ctobre 2022

143 pages

Le titre de cet essai  ressemble à son  auteur : plein d’humour  sur un thème sérieux, celui de la vieillesse,  plein de prévenance aussi, sans honte pour ses  peurs qu’il énumère avec drôlerie et sincérité. Car Jean-Loup Chiflet  est réaliste et s’il est conscient des désillusions et des troubles de l’âge,  sa vivacité  et sa profonde culture reprennent vite le dessus  pour  positiver la moindre ombre au tableau.  Ses références littéraires de l’Antiquité à nos jours  dévoilent un désir insatiable de connaissance universelle. Elles touchent autant le sage que le jouisseur,  s’adressent autant à l’ignorant qu’à l’érudit. Elles  n’ ignorent ni la faiblesse et  la souffrance qui rendent humble,  ni  la chute inaltérable qui suit les heures de gloire.   En lui point d’ autre  objectif que de chasser ce mépris ambiant qui dénigre le vieil âge et de lui rendre  sa grandeur. Il y parvient avec gaîté, où l’affectif pour lui doit avoir une grande part dans le quotidien que  le progrès de la médecine ne cesse d’améliorer. Son style alerte dépasse  sa crainte  de mourir, car point de mode d’emploi pour mourir, si ce n’est  une  quasi-certitude de l’existence de l’âme qui doit se détacher  au plus vite du corps et qui le ferait opter pour l’incinération ! Son seul souci, l’héritage de notre planète aux générations à venir, car si  J-L Chiflet ne craint pas la mort , il a malheureusement peur des cataclysmes annoncés  par la doxa ambiante, mais celle-ci est elle fiable? En attendant il rédige son propre éloge funèbre  avec plein d'autodérision avant d'impressionner  le lecteur par tant de rire et  de sensibilité  où  le doute devient encouragement de bien vivre pour mieux mourir…

B.C.D.

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2 février 2023 4 02 /02 /février /2023 12:23

« LES HERITIERS DE KERVALON »   par Inès de Kertanguy

 

Editions : Albin Michel

Parution : 2013

585 pages

 

 

Cette saga familiale  des Kervalon endeuillée par les deux guerres mondiales du début du XXème  est incontournable, même si le sujet fut abordée maintes fois et entre autres plus récemment et magnifiquement  par Alice Ferney.  Les générations se succèdent, mais les problèmes sont toujours les mêmes.  En 1900 un sens obsessionnel de l’honneur et du devoir règne et, quand il s’ajoute au tempérament froid du vieux  comte Anastase de Kervalon, cette autorité pèse longtemps sur ses descendants, surtout quand ceux-ci héritent aussi de la  profonde sensibilité artistique et spirituelle de la baronne son épouse. Zola ne disait il pas que « l’ hérédité a ses lois comme la pesanteur » ?  Mais la guerre à deux reprises coupe court à tout malentendu. Elle ôte à  Apolline ceux qu’elle aime, la laisse avec deux fils aux réactions très antinomiques face à la montée d’Hitler, comme déjà  ses oncles  s’opposaient violemment sur l’affaire Dreyfus. Le message d’Inès de Kertanguy se trouve dans cette singularité des personnages.  A  une époque où les préjugés aveuglent, où les idéologies politiques affluent, un désir unanime  de liberté se fait ressentir à tous les niveaux. Le roman prend une tournure biblique quand le père s’oppose au fils , que ce soit  chez les Kervalon  ou dans la famille allemande von Reinecker,  quand les frères eux-mêmes s’entredéchirent pour un héritage ou des opinions adverses. Heureusement la bonté du baron de Saint-Eliph, patron d’une entreprise familiale, et du docteur Jean Garancière, comme le courage non sans risque des villageois de la France occupée, laissent percevoir une classe sociale émergeante pleine de souci humanitaire. Tout l'art d'I. de Kertanguy est dans ses descriptions certes à valeur sociologique mais aussi métaphysique. La vie s'acharne sur ses nombreux personnages  jusqu’à atteindre une surréalité implacable et tragique  qui est bien l’image de cette première moitié du XXème siècle. Les histoires intimes mêlées aux évènements extérieurs  sont le pur reflet  de l’existence,  apparaissant  parfois même plus vraies que la réalité. « Je ne trempe pas ma plume dans un encrier , mais dans la vie » disait Blaise Cendras qu’Inès de Kertanguy met en exergue au début de son livre.  Et si un arbre généalogiques est nécessaire pour suivre la lignée des  Kervalon,  il rappelle que toute famille est un roman, que la guerre n’est jamais loin, et que seul l’enracinement permet à la verticale d’atteindre le ciel…  

 B . Clavel  Delsol

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28 janvier 2023 6 28 /01 /janvier /2023 19:59

« FRED ASTAIRE, LA HAUTE SOCIETE DU SPECTACLE »

                                  par Timothée GERARDIN

 

Editions : Playlist Society

Parution : Janvier 2023

109 pages

14 €   

 

 Ce livre de Timothée Gérardin sur Fred Astaire  est époustouflant .  Le critique de cinéma relate les comédies musicales de l'artiste hollywoodien  avec une profonde connaissance et une interprétation toute lyrique. Certes l'acteur, chanteur, danseur, chorégraphe est un fantaisiste mais il est bien plus que cela. Son amour de la vie fait vibrer tout ce que capte son œil, les objets parlent par eux-mêmes autant que les êtres vivants. L’important c’est que le spectacle    soit séduisant et il ne le sera qu’à  la condition que les acteurs restent  eux-mêmes. Si la spontanéité est requise elle ne dispense pas d’un travail préalable. Certes son pas de danse est révélateur , mais il n’est pas débutant ni hésitant. Il est le reflet de son état d’âme quand la quiétude succède au trac, quand   la futilité de la séduction fait place à l'authenticité des sentiments  et le talent devient naturel. Nul besoin d’une technique trop sophistiquée qui brouille le  message, voire  le supprime. Le décor est relayé au deuxième plan. Ce qui importe c’est la pensée qui s’exprime par le chant et la danse, c’est la joie qui émane de la scène, c’est l’art de la bascule qui donne le mal de mer ou l’ivresse du tournoiement. Si Aster chante sa solitude ou sa crainte d'obsolescence,  l’autodérision est toujours présente et nous fait encore rire. Merci à T. Gérardin qui fait revivre la comédie musicale  dont on a tant besoin. Il ressuscite  un artiste qui ne s’est jamais  pris au sérieux et nous divertit encore au-delà du temps. Car Aster est un magicien qui crée à partir de ce qu'il a à  portée de main : tel est son secret dont le cinéphile éclairé sait  percevoir la morale autant que la beauté…

B. Clavel Delsol

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28 janvier 2023 6 28 /01 /janvier /2023 18:03

« Le Rajah Bourbon »  par Michel de Grèce

Editions :  JC Lattès

Parution : 2007

260 pages

18,50 €

L’ex-roi Constantin de Grèce  s’en est allé avec le mystère de Jean de Bourbon, fils du Connétable,  dont  Michel de Grèce, son cousin romancier,  raconte les aventures dans son roman “ Le Rajah Bourbon”. Qui est cet enfant auquel le Connétable remit avant de mourir une blague à poudre aux armes des Bourbons? Sans doute est il son fils légitime qu’il voulut protéger des rivalités politiques dont il était lui-même victime et qui le forcèrent à changer de camp à plusieurs reprises quitte à  passer pour un traître. Jean de Bourbon  a tout du Connétable quand on suit ses aventures :  même fidélité aux êtres qui lui font confiance, même bravoure pour prendre son destin en main sans jamais renier ses convictions.  Car sa vie est en danger permanent.  La famille royale de France  est prête à le supprimer pour s’approprier  sa part d’héritage et c’est alors que le lecteur assiste à une course  poursuite où la vocation combative  de ce prince en herbe est servie par une succession d’évènements historico-politiques tout à fait caractéristiques de l’esprit de la Renaissance. Arrivé en esclave à Alexandrie  il est promu, grâce à ses qualités d’artilleur,  prince de guerre du vice-roi Daoud Pacha d’Egypte, honneur auquel il renonce rapidement. Comme son prétendu père il refuse de se battre contre des Éthiopiens chrétiens qui combattent au nom de leur liberté. Il abandonne Daoud Pacha, opte pour l'armée éthiopienne  dont il devient le général le plus populaire, jusqu’à ce que, accusé à tort de trahison par son ami jésuite envers l’empereur Galadewos, il saute dans un navire négrier en partance pour l’Inde portugaise.  Jean,  de par ses talents guerriers, devient non seulement maître d’artillerie mais ami du Grand Moghol Abkar. Leur estime réciproque qui penche d’un commun accord pour la tolérance religieuse va leur procurer des inimitiés qui iront jusqu’à des rébellions que seul Jean parviendra à maîtriser. Se termine alors  la vie périlleuse de ce prince  aventurier.  Il reçoit  en récompense du Grand Moghol   deux royaumes, Shergar et Marwar, où se trouvent aujourd’hui encore ses descendants qui comme lui préfèrent oublier leur origine royale. Livre très instructif qui n’est pas une légende mais l’histoire didactique  d’un prince fugitif  devenu célèbre par sa seule  grandeur d’âme. B.  Clavel Delsol

 

 

 

 

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24 janvier 2023 2 24 /01 /janvier /2023 07:27

« SOUMISE » par Christine ORBAN

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2023

272 pages

20,90 €

 

Les romans historiques ont toujours un danger, celui de  broder qui éloigne de la vérité. Qu’en est il de ce roman de Christine Orban qui veut « soulever le voile des non-dits »  où  l’amour fraternel  frise l’inceste , où une petite fille, âgée  de huit ans à peine, séduit par ses talents poétiques la reine de France,  Richelieu et même le grand Corneille ? La bibliographie de l’auteure atteste le génie de ces deux enfants de la famille Pascal,  leur différence de tempérament qui déchire leur cœur.  Blaise  est aussi brillant que Jacqueline  effacée, celui-là est tout en raisonnement, celle-ci tout en sentiment.  Marie Nimier a déjà écrit dans « Petite sœur » l’attrait qu’un frère peut avoir pour une cadette. S’il est bon ton de défigurer des sentiments familiaux en  tentations , il est encore plus courant de révéler le fanatisme où peuvent mener des convictions religieuses. Le jansénisme est l’exemple parfait.  Après que celui-ci ait dépouillé Jacqueline , c’est au  tour  de Blaise de renoncer au monde .  Sa découverte de l’existence du vide  qui rend le vieux  Descartes méchamment jaloux et celle de la machine à calculer qui  séduit jusqu’à la cour de Suède  ne suffisent plus à son bonheur  personnel. Jacqueline va par tous les moyens lui inculquer  ce désir de  « mourir au monde » et elle y parviendra.  Christine Orban  convainc le lecteur de  la réalité de ces mortifications  en faisant part de sa découverte, aux archives de la Bibliothèque Richelieu de Paris, non seulement du Mémorial du savant converti mais de la cilice  avec laquelle il se mortifiait.  Le roi Louis XIV et le pape Alexandre VII mettent fin aux erreurs théologales et au fanatisme  dangereux   tandis que Christine Orban  reste  hantée par cette quête du  bonheur qu’elle soulevait déjà dans son roman « N’oublie pas d’être heureuse ».  Ce dernier livre « Soumise »,  parfaitement écrit et documenté,  ressuscite  à merveille  ces écrivains qui tentaient  comme Chateaubriand d’apporter  quelque boussole ou bouée de secours  aux athées et aux libertins de l’époque.   A d’autres temps …d’autres mœurs...

B. C. D.

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19 janvier 2023 4 19 /01 /janvier /2023 14:22

« La sainte Russie contre l’Occident »  par Kathy Rousselet

 

Editions : Salvator

Parution : Octobre 2022

170 pages

18,50 €

 

Ce livre de Kathy Rousselet,  spécialiste des questions religieuses en Russie post-soviétique, ne peut passer inaperçu. Dans cet ouvrage elle montre l’interdépendance entre l’Eglise orthodoxe et le pouvoir poutinien,  et confirme le nombre croissant des siloviki chargés à l'application de la loi au sein des religieux.  Elle insiste surtout sur le ciment de cette alliance qui n’est autre qu’une propagande contre l’Occident   accusé de perversité morale.   La mémoire  de la rigidité du régime soviétique mit dans un premier temps un frein à l’intervention de l’Etat au sein de la famille ou lors de certains évènements artistiques choquants. Mais quand les orientations sexuelles non traditionnelles firent leur apparition , elles furent  perçues comme un véritable danger religieux pour Kirill, le patriarche orthodoxe, et démographique pour Poutine. Si Kathy Rousselet émet quelques doutes sur les convictions  morales de Poutine, une chose est certaine c’est que Kirill et Vladimir Poutine ont la même vision  impérialiste de la Russie. Le souci d’expansion du patriarcat de Moscou et la concurrence grandissante avec le patriarcat de Constantinople expliquent son alliance avec l’Etat lors des guerres en Georgie et en Syrie.  Tout en prônant les qualités pacificatrices de la religion, Kirill justifie la guerre en Ukraine en la présentant d’abord comme « préventive » contre les forces du mal puis « cosmique », avec un désir de « rééducation » générale. Ainsi  le patriarcat de Moscou s’oppose autant au patriarcat de Constantinople qu’à l’Occident, nourrissant à la fois la propagande de Poutine et celle de son Eglise. Mais tous ne sont pas d’accord. Quand un métropolite proclame que l’Eglise « n’a que l’arme de la prière » ou qu'un autre  appelle à « transformer les épées en socs de charrue » ou qu’un autre s’oppose contre « l’opération spéciale »  ils sont  dénoncés,  contraints à se taire, à démissionner. Le prêtre Ioann Bourdine déchargé de ses fonctions ne cache pas que cette guerre  est  « un mensonge satanique car il s’attaque non seulement à la vie humaine mais aussi à l’âme humaine ». Ce livre est passionnant et d’une précision imparable. B. Clavel Delsol

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18 janvier 2023 3 18 /01 /janvier /2023 13:31

« L’ancien calendrier d’un amour » par André Makine

 

 

Editions : Grasset

Parution : Janvier 2023

195 pages

19,50 €

L’atmosphère du dernier  roman d'A.  Makine est recouverte de ce halo mystique  qui rend toujours  la Russie un peu mystérieuse. Malheureusement la comédie humaine y existe et engendre de tels faux-semblants qu'ils finissent par orienter guerres et révolutions. Valdas va-t-il y échapper? C’est dans  la somptueuse villa paternelle  dénommée  Alizé qu’il découvre  le double jeu des  adultes invités. Ceux-ci,  artistes et libéraux, s’amusent, avec libertinage et cynisme,  à remplir des rôles qui ne sont pas les leurs . A l’Alizé  Valdas préfère de beaucoup  le café Vulcain où il trouve la sérénité des vies simples,   ou bien  la maison suspendue au milieu des rochers où il découvre la pureté de l’amour. Lui aussi est capable d’être un acteur  héroïque , celui qui sauve Taïa des trafiquants . C’est précisément ce gouffre, entre  les nantis  et les laborieux appelés à tort les bas-fonds  de l’humanité, qui va  stimuler  Valdas à  tenter d’échapper à l’Histoire. Car sous les discours pleins d’humanisme des pseudo-intellectuels   perce une condescendance  vis-à-vis des plus pauvres qui exclut et engendre une blessure incurable . Et comment refermer celle-ci si ce n’est par la violence contre des  « poitrines au cœur introuvable » ? Alors Valdas se raccroche  au calendrier des jours heureux où « sa »Russie connaissait des « situations difficiles mais  vraies », contrairement  à celle d’aujourd’hui où il faut saisir à tout prix  une série d’ opportunités, faire ses preuves et opter pour des  fuites en avant qui emprisonnent plus qu’elle ne libèrent. Le livre tout en nuances  et en prose  poétique  se lit à toute allure. Au lecteur de percevoir comme Makine et Valdas  ne font qu’un,  tous deux  pleins d’idéal  pour faire face à une société de noctambules épuisés où jamais personne ne les attend, si ce n’est Dieu lui-même. Mais faut-il encore Le voir… !!!

Brigitte Clavel Delsol

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