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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 22:09

 

 

Editions : P.O.L.

Parution : Mai 2014

697 pages

23,90 €

estimation : 4/5

 

La Transylvanie est connue pour être la province la plus romantique de la Roumanie et c’est précisément  l’impression que donne le début de ce roman historique. Un château féodal inséré entre un lac brumeux et des forêts montagneuses abrite une belle histoire d’amour pour une terre ancestrale et une jeune épouse autrichienne. Mais dans  ce lieu sauvage et arriéré se dissimule une pauvreté extrême qui engendre jalousie, haine et barbarie. L’histoire se passe au début du XIXème siècle sous l’Empire austro-hongrois, bien avant l’indépendance de la Roumanie, à l’époque où le servage existe encore  et où couvent dans les montagnes des conspirations révolutionnaires. Alexander Korvanyi, capitaine hongrois de l’armée impériale, revient sur la terre de ses ancêtres, d’où un demi- siècle plus tôt ceux-ci avaient été chassés. Car le domaine, la Korvanya, est depuis longtemps déchiré entre seigneurs, serfs aux origines et religions diverses,  et Tziganes empreints de liberté  Depuis l’arrivée du comte qui veut faire régner la justice  sur son fief, l’insécurité augmente et la fête de la chasse, sensée réconcilier les habitants, tourne au drame : les forestiers clandestins attaquent le château et c’est la guerre ouverte contre les nobles châtelains. Alexander se révèle intraitable, fera tout pour supprimer les ennemis de la patrie et remercier ceux qui l’ont servie. Mais sera-t-il reconnu comme  un sauveur? En tout cas il reste l’allégorie de l’esprit aristocrate. Toujours inébranlable devant son  devoir, prêt à  défendre ses valeurs à n’importe quel prix, il parvient selon lui à « se réconcilier » avec lui-même, même si l’avenir qui l’attend ne lui donne pas toujours raison…

B. Clavel Delsol

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Published by brigitte clavel-delsol - dans 2014
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 09:42

 

Editions : Gallimard

 

Parution : Septembre 2014

146 pages

16,90 €

Pas étonnant que ce roman fasse la  gloire littéraire de la France !  Dès le début, il capte l’attention du lecteur  comme une enquête policière.  Qui est ce couple de maîtres-chanteurs qui poursuit Jean Daragane,  vieil écrivain solitaire ? Pourquoi, malgré la suspicion qu’ils suscitent,  celui-ci  finit-il par leur accorder sa confiance? Un nom de femme aimée, de champ de courses, ou simplement celui d’un square,   commun à son passé,   lui suffise pour retrouver plaisir à se perdre comme autrefois au bras d’une femme inconnue, dans le dédale des rues parisiennes,  qui petit à petit l’emporte dans le labyrinthe de la mémoire. Et c’est là que le lecteur retrouve Patrick Modiano. Le personnage principal n ‘est autre que l’auteur lui-même: un être délicat, esseulé, jamais remis d’avoir été un jour abandonné, mais toujours  reconnaissant  pour un séjour de rêve dans cette  maison de Saint-Leu-la-Forêt envahie de rires féminins et de fleurs champêtres; un promeneur insatiable dans la pâleur de Paris que nul ne sait mieux décrire que lui ; un poète méprisant l’autobiographie , un peintre talentueux qui prend plaisir à effleurer  par touches un passé  où les évènements comme les hommes sont reliés entre eux par des fils mystérieux. Car à la  démarche proustienne de « la  recherche du temps perdu » succède une submersion de souvenirs qui se déversent sur Jean Daragane bien malgré lui. Pourquoi Annie Astrand lui avait-elle fait prendre tant de photomatons pour passer une frontière jamais franchie ?  Peu importe si les personnages restent énigmatiques ou peu fiables ! L’important est de suivre les méandres du rêve comme ceux de l’existence, d’accepter les à-coups des phrases ou se perdre dans leur douceur. Et si à plusieurs reprises Daragane a le sentiment de « descente en roue libre », le lecteur y voit une reconnaissance dans la Providence, une confiance dans le destin, un abandon dans une élucidation vague mais suffisante, celle de l'acte gratuit, de la bonté spontanée, la protection d'une femme qui l'a profondément aimé enfant. L’ « amnésie volontaire » n’a qu’un temps, le passé rattrape toujours le présent, la main passée tendrement dans les cheveux , l'adresse écrite sur un papier "pour que tu ne te perdes pas dans le quartier", tout revient à vive allure. Et ce n’est que lorsque le vieux Gadane  le réalise qu’il est enfin apaisé et comble le lecteur comme le jury du Prix Nobel …

Brigitte Clavel Delsol

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 08:23

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2014

208 pages

17,90 €

 

 

Notre société  serait elle à ce point impitoyable  pour qu’une mère de famille esseulée plonge dans un pareil désespoir suite à la réflexion acerbe d’une institutrice au sujet de sa fille? Une écriture parfaitement maîtrisée est la principale caractéristique de ce roman  où la tonalité  humoristique s’enfonce dans une  tragédie sans retour.  A partir de cette simple phrase  « votre fille est une catastrophe », goutte d’eau qui fait déborder le vase,  le lecteur assiste  à une révolte intérieure  de la mère de Camille qui n’en peut plus de refouler ses sentiments. Origine juive, mère  exigeante, départ du père de  Camille, tout l’isole. Seule la rédaction de modes d’emploi d’appareils ménagers  la rattache au monde du travail. L’école lui apparaît alors  comme une machine à broyer et sa propre vie n’est rien d’autre qu’une machine en panne. Ainsi si N. Kuperman souligne les désastreuses conséquences de l’étiquette définitive posée sur le front d’une écolière, elle ne résout pas le problème de l’enseignement. La vocation première du professeur est l’épanouissement intellectuel de  l’enfant et quand le terreau familial est fragilisé, la semence a du mal à grandir. Un moyen de rappeler la responsabilité de chacun des  membres d’une société qui ne se veut pas sauvage.

B .Clavel Delsol

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 07:31

 

 

Editions : Zulma  SEUIL

Parution : 2014

16,50€

131 pages

 

Helga est morte et ce n’est pas un chant mais un cri d’amour que lui adresse Bjarni. Pour ce paysan islandais, l’amour d'Helga se confond avec celui  de sa terre.  Sous le  désespoir de Bjarni le lecteur perçoit  un hymne à la création. Tout fait penser à la femme aimée, de la toison blanche des moutons aux reflets du soleil à travers les herbes ou les nuages. Une expression pleine de simplicité, parfois rustre, parfois  érotique, loin de choquer, révèle le sacré de la vie. Les seules  références  de Bjarni sont celles de ses ancêtres. Pas besoin de la ville et de ses richesses superflues. Mais à l’absence de maîtres à penser succède peu à peu  la révolte de l’homme sauvage face à la civilisation, l’attachement aux bêtes plus qu’aux humains, et à force de «  penser avec le cœur comme les anciens, et non avec le cerveau » Bjarni ne sait plus saisir les occasions offertes.  Beau tableau  islandais,  destiné plus aux amateurs de  sensations fortes qu’aux âmes prudes, plus aux amoureux de la nature sauvage qu’aux citadins, plus aux amants  transis qu’aux maris routiniers ...

B C D 

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 11:55

 

 

Editions du Seuil

Parution : Avril 2013

350 pages

21,90€

Estimation : 4/5

 

 

Si  le cadre de « L’œil du léopard » est différent de celui  des « chaussures italiennes » l’auteur est bien le même avec ses angoisses et ses désirs d’améliorer le monde. Un   style toujours  fluide transcrit les illusions les plus utopiques et les fluctuations du moral toujours en péril de Hans, qui a toutes les qualités du anti-héros mais auquel  le lecteur s’attache inlassablement.  Pendant presque vingt ans ce jeune suédois réside en Zambie, mais il  ne passe pas un jour sans dire :   « il faut que je parte d’ici ». Car Hans fait partie de ces gens malheureux qui réalisent leur impuissance à faire  le bonheur des autres. Il ne met pas longtemps à réaliser  que sa vie est en danger car « la barbarie se cache sous un visage humain » et,  s’il reste dans ce pays  aussi longtemps, c’est que sa colère est plus forte que sa peur. Sa lucidité se révèle  aussi  grande que son rêve : comment peut il  parvenir à faire de sa ferme un modèle politique quand tout autour de lui n’est que corruption et superstitions, peur et incompréhension ? Car  tandis que la race blanche  se croit indispensable pour répandre la richesse et le bonheur qui doit en découler,  les Noirs résistent violemment  pour  préserver  leur terre rouge. Un beau voyage au cœur de l’Afrique et une belle étude de  la diversité humaine. A ne pas manquer…

B Clavel Delsol

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 15:50

 

 

Editions :  Albin Michel

Parution : Septembre 2014

 

 

Si la Corrèze est son lieu de prédilection et la guerre de 1940 son thème récurrent, C.  Signol parvient à écrire une fois encore une œuvre pleine d’originalité. La description de ses paysages rappelle ceux de Jean Giono : une nature rude où le vent balaie la terre en ne laissant à découvert que les rochers arides de la montagne du Méjeau. C’est là qu’est né Jean Dolin, enfant naturel abandonné et devenu souffre-douleur d’un vieux  couple déshumanisé par une vie trop dure. L’appel au service militaire, la guerre puis la débâcle ouvrent des horizons à ce jeune innocent.  Miraculeusement  la Providence met  sur son  chemin des êtres exceptionnels, comme le lieutenant Fabre et le vieux Joseph, grâce auxquels il saura porter secours à des plus faibles que lui. Mais la guerre tue, sépare, fait perdre la raison. Belle étude de la fragilité humaine et de sa précarité, où la dramatisation du récit est compensée par un sens profond des valeurs premières.

B. Clavel Delsol

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 19:04

 

 

Editions : Héloïse d’Ormesson

Parution : Juin 2014

121 pages

16 €

 

Jean d’Ormesson ne peut s’empêcher de partager ses pensées  et touche par la simplicité avec laquelle il les exprime, par son esprit empreint à la fois de culture et d’ingénuité, et sa générosité débordante. Car son but est d’apporter ici bas « un chant d’espérance » que tout un chacun a envie d’entendre.  Dans la formation du monde il distingue « le comment » qui est du ressort de la science du « pourquoi »  qu’il dit appartenir au roman. Mais c’est plus dans le domaine de la foi qu’il entraîne le lecteur : il  énumère ses raisons d’aimer la création,  révèle  un univers magnifiquement organisé qui continuera toujours  de tourner quoi que fassent les hommes.  Il ne se leurre pas, reconnaît que  toute vie est faite d’épreuves. Et de citer Leibniz sur la responsabilité de l’homme auquel  Dieu   a confié la création « pour qu’il en fasse un monde où…l’absence se change en présence et le mystère en raison ». Pour finir il invite à suivre une conduite de ligne de vie rédigée par un anonyme du XVIIème : « Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte… ». Ainsi d’Ormesson offre compréhension du monde  et  clé du bonheur, ce qui mérite bien l’achat de ce  livre.

B. Clavel Delsol 

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 16:23

 

 

 

Editions : P.O.L

Parution : Septembre 2014

630 pages

23,90 €

Estimation : 2,5/5

 

 

Si  Emmanuel Carrère ressemble toujours à ses héros, il apparaît  dans « Le Royaume » dans sa plus grande simplicité. Après une pratique excessive  de la religion catholique suivie d’une profonde crise de la foi, il  se lance dans « un voyage au pays du Nouveau Testament », à la recherche de l’authenticité du Christianisme. Une approche de chacun des Evangélistes se révèle aussi enrichissante pour le lecteur que pour lui, mais combien  déroutante ! Car tout les différencie: leur origine, leur tempérament, leur style d’écriture, leurs convictions. Certains s’attachent aux rites, d’autres à la vie éternelle, certains sont fanatiques, d’autres tolérants, certains considèrent Jésus comme un rebelle à la religion juive, d’autres comme un insoumis à l’occupation romaine, certains comme un maître  plein d’exigence, d’autres comme un père plein de mansuétude. Avec les scrupules d’un historien E. Carrère s’enfonce dans le labyrinthe biblique pour découvrir que  les lois du Royaume n’ont rien de commun avec la morale traditionnelle et que la destruction du temple de Jérusalem n’empêche pas  de « rendre à Dieu le culte qu’Il mérite … par des actes de bonté ».  La thèse sociologique devient  peu à peu histoire d’amour, Carrère découvre  que « la vieille Eglise » reste fidèle au message du Christ et c’est grâce à cette fidélité que le lecteur s’accroche aux pages de ce gros livre, bien que celles-ci soient à plus d'une reprise  d'une trivialité et d' une provocation aussi irritantes qu'inutiles.

B Clavel Delsol

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 09:27

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2014

174 pages

15 €

Estimation : 4,5/5

 

Alexis Jenni n’a pas fini de surprendre tant il a de cordes à son arc. Professeur de Sciences naturelles qui  fit  indéniablement preuve de poésie dans «  l’Art français de la guerre », prix Goncourt 2011, il se lance aujourd’hui dans une leçon de vie qu’il veut accessible à tous. L’homme est selon lui semblable à ses élèves ignorants qui paniquent en ne  voyant jamais rien au microscope. Il est « en colère contre la mort », réclame en vain des divertissements, a besoin de bavardage et à force de vouloir l’éternité finit pas se noyer dans le précaire. Et pourtant la solution est simple pour cet écrivain  scientifique, aussi réceptif qu’avide de pérennité lui aussi. Le corps est doué de sens qui permettent l’expérience du beau, tremplin entre l’éphémère et l’éternel, entre l’humain et le divin, et ainsi libèrent le moi trop renfermé à cause de croyances obsolètes. La vocation de l’homme n’est pas la souffrance mais la joie, de même que Dieu ne demande pas de souffrir mais au contraire libère de la souffrance. Alors ce petit corps de chair, seule richesse de l’homme, est un temple où seul le recueillement apporte le souffle nécessaire pour le partage de l’amour éternel. Ouvrage magnifique où le visage de Dieu est semblable à celui côtoyé chaque matin.

Brigitte Clavel Delsol

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 17:47

 

1ère parution : 1967

Editions Points 1995

461 pages

 

Lire « Cents ans de solitude » est une façon de rendre hommage à Gabriel Garcia Marquez mort en avril dernier. Pourquoi un tel titre est-il attribué à la nombreuse descendance de  José Buendia  et  de sa cousine Ursula ? Rien à priori ne les prédestine  à la solitude. Seule l’interdiction de leur union due à leur consanguinité les fait vivre dans la peur d’un mauvais sort. Comme Adam et Eve ils s’enfuient pour fonder Macondo, petite ville isolée du reste du monde où malheureusement le bonheur ne va pas durer. Comme le mal se glisse entre Caïn et Abel, la folie s’instaure petit à petit à Mocondo. Un désir inassouvi de richesses, l’ivresse du pouvoir, la concupiscence, les massacres jouissifs pour certains, traumatisants pour d’autres, ont des répercussions désastreuses où l’auteur mêle le vraisemblable à l’imaginaire. A la fois allégorie de l’histoire colombienne et symbole de la condition humaine, G. Garcia Marquez parvient à réaliser une fresque biblique où le déluge ravage le paradis terrestre. L’histoire tragique des Buendia laisse derrière elle une impression d’éternel recommencement, symbolisé par la répétition des prénoms retrouvés à chacune des générations et qui font dire à Ursula que « le temps tourne en rond sur lui-même »…Heureusement des passages hauts en couleurs et en personnages de caractère  métamorphosent la triste réalité en une légende fantastique :  Aramanta  tricote un linceul pour sa rivale Rebecca la mangeuse de terre, Mauricio Babilonia l’amoureux transi apparaît toujours  enveloppé de papillons, Remedios la vierge monte au ciel corps et âme … Une littérature à la croisée des racines hispaniques et indiennes où persistent les couleurs du soleil.

B Clavel Delsol

 

 

 

 

 

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