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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 17:47

 

1ère parution : 1967

Editions Points 1995

461 pages

 

Lire « Cents ans de solitude » est une façon de rendre hommage à Gabriel Garcia Marquez mort en avril dernier. Pourquoi un tel titre est-il attribué à la nombreuse descendance de  José Buendia  et  de sa cousine Ursula ? Rien à priori ne les prédestine  à la solitude. Seule l’interdiction de leur union due à leur consanguinité les fait vivre dans la peur d’un mauvais sort. Comme Adam et Eve ils s’enfuient pour fonder Macondo, petite ville isolée du reste du monde où malheureusement le bonheur ne va pas durer. Comme le mal se glisse entre Caïn et Abel, la folie s’instaure petit à petit à Mocondo. Un désir inassouvi de richesses, l’ivresse du pouvoir, la concupiscence, les massacres jouissifs pour certains, traumatisants pour d’autres, ont des répercussions désastreuses où l’auteur mêle le vraisemblable à l’imaginaire. A la fois allégorie de l’histoire colombienne et symbole de la condition humaine, G. Garcia Marquez parvient à réaliser une fresque biblique où le déluge ravage le paradis terrestre. L’histoire tragique des Buendia laisse derrière elle une impression d’éternel recommencement, symbolisé par la répétition des prénoms retrouvés à chacune des générations et qui font dire à Ursula que « le temps tourne en rond sur lui-même »…Heureusement des passages hauts en couleurs et en personnages de caractère  métamorphosent la triste réalité en une légende fantastique :  Aramanta  tricote un linceul pour sa rivale Rebecca la mangeuse de terre, Mauricio Babilonia l’amoureux transi apparaît toujours  enveloppé de papillons, Remedios la vierge monte au ciel corps et âme … Une littérature à la croisée des racines hispaniques et indiennes où persistent les couleurs du soleil.

B Clavel Delsol

 

 

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 14:17

Éditions : Albin Michel

Parution : 4 Septembre 2014

427 pages 

Estimation : 4/5

 

 

Dans les mémoires posthumes de Robert SABATIER  le lecteur trouvera le même naturel, la même spontanéité que dans ses romans et poésies, le même amour de la vie malgré les chagrins et les peines rencontrés, un "quelque chose de fragile et naïf " décelé dès son premier livre par les éditions Albin Michel . Dans "Je vous quitte en vous embrassant bien fort", aucun souvenir ne lui échappe, le moindre événement du quotidien est relaté, la liste des amis écrivains  et célèbres ne cesse de se rallonger avec les années, car c'est de ses compagnons de route dont il veut parler, des êtres de chair et de sang plus que de lui-même et de ses tourments. L'amitié l'emportant toujours sur les mondanités, deuils et fêtes se succèdent. Il se dit  bavard , mais il est un conteur sensible, pudique sur ses idées politiques ou religieuses, de même que sur ses amours, mais toujours si sincère et affectueux pour les autres et humoristique pour lui-même. Une éternelle innocence côtoie la sagesse de son âge, ses nombreux voyages ne font que fortifier ses attaches à sa terre natale. Il se dit amateur et autodidacte, qualifie ses mémoires de "bric à brac" alors qu'elles font du quotidien "un patchwork de beautés" guidé par le seul souci de "faire lever le jour", comme le félicitait A.Camus. Livre passionnant qui plonge le lecteur dans le milieu littéraire des années d'après-guerre jusqu'à nos jours.
Brigitte Clavel Delsol

 

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 12:43

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2014

234 pages

17,90 €

 

 

Les talents d’écrivain de Jean-Marie Rouart sont indéniables. Le lecteur découvre  des portraits pleins de vie d’illustres contemporains, recueille  des confidences intimes, aperçoit des endroits idylliques.  Et pourtant J-M. Rouart laisse derrière lui des traces d’amertume. Son protagoniste est un anti-héros,  un éternel adolescent qui se cherche sans beaucoup de convictions. Seules  deux passions  le taraudent depuis toujours : les femmes et l’écriture. Une ambition démesurée se heurte à ses échecs répétés, non dus à un  manque de capacités mais plutôt à la fréquentation d’un milieu qui l’éblouit  jusqu’à l’aveugler. Ecartelé entre un parisianisme mondain et un désir jamais feint de liberté, il est fier d’appartenir à une famille d’artistes pour laquelle seul l’art compte. Néanmoins  il n’a de cesse de fréquenter de hauts  milieux argentés et libertins qui le dévoient de sa vocation de contemplateur. De ce livre émane un malaise de mal aimé,  accompagné d’un  parfum d’insatisfaction permanente qui l’incite à penser que son destin aurait été tout autre s’il avait été enfant de pêcheurs. Ouvrage d’un être désenchanté qui se ressource à Noirmoutier…

B. Clavel Delsol

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 10:53

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2014

188 pages

16 €

 

 

Pas de temps pour la poésie dans ce livre, mais un style spontané au rythme régulier pour tenter de résoudre un problème  difficile: celui de la maladie qui transforme une amie  chère  pleine de dynamisme en une épave  brisée. Briante et conquérante, telle était Molly jusqu’au jour où un coma profond l’annihile totalement. Au réveil ce n’est plus la même, mais  son état inspire la narratrice. Si l’amitié de celle-ci pour Molly reste inaltérable, sa perception de la vie change. Les défauts des autres deviennent compréhensibles, les faiblesses d’un mari pardonnables, le bonheur des enfants plus important qu’une carrière grisante. Une très jolie confidence qui fait aimer le quotidien, qui transforme en grâce chaque minute de l’existence, un beau  retournement de situation où l’être immobilisé demeure inspiration à mieux vivre et où la profusion des sentiments est remplacée par la pudeur des mots.

Brigitte Clavel Delsol

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 19:27

 

Editions : Feux croisés

Parution : Janvier 2014

787 pages

 

 

 

 

Rien dans le style prolixe de Donna Tarrt ni  dans  l’enchaînement des  évènements catastrophiques de la vie du jeune Théodore ne laisse prévoir une envolée finale aussi optimiste  qui mérite que ce livre épais  soit lu jusqu’à sa dernière page.  Si le début du roman semble  inspiré par la thèse rousseauiste à savoir que l’ « homme naît bon, la société le dégrade », ou celle de G. Cesbron qui laisse entrevoir le jeune  Théo comme  « un Mozart qu’on assassine », le problème du bien et du mal soulevé par l’auteur est beaucoup plus nuancé : seules les expériences de la vie, les larmes jamais taries  et les repentances sincères donnent une raison de vivre bien plus consolatrice que l’alcool et la drogue dans lesquels se noient Théodore  et son ami Boris  comme le firent  avant eux leurs pères respectifs. Enfant mal aimé par un paternel violent et lâche, Théodore  a pour seule richesse l’amour de sa mère qu’il perd  lors d’un attentat  au musée de New-York tandis que celle-ci se plaisait à admirer en sa compagnie « le chardonneret » de Carel Fabritius, disciple de Rembrandt. Lui-même miraculeusement épargné,  Théodore s’échappe du musée  en feu avec « le chardonneret » à la main, tableau dont la disparition  lui causera plus d’un déboire, sa  déchéance autant physique que morale, voire la perte de sa propre identité.  A cause de Boris l’ami voyou et sans peur,  mais  combien fidèle, il lui faudra courir le monde,  jusqu’à ce que son désespoir atteigne quelque chose de sublime, cet espace sacré «  entre vérité et non-vérité » qui lui fera mieux comprendre tous ceux qu’il croisa sur son chemin. Ainsi après avoir découvert que « la tentative conventionnelle » est  aussi absurde que la drogue dure, Théodore conjure « de traverser le cloaque tout en gardant  nos yeux et nos cœurs ouverts ». Roman qui sonne comme un appel  à sortir du labyrinthe de la vie tous ceux qui s’y enfoncent désespérément.

B Clavel Delsol

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 08:36

 

 

Editions : Gallimard

Parution : mai 2014

101 pages

12,50€

 

Pas étonnant que les mémoires posthumes de Romain Gary soient le best-seller de l’été : le lecteur y retrouve l’atmosphère  de « La promesse de l’aube » où,  à la douceur de l’espoir juvénile, vient s’ajouter l’énergie invincible de l’homme mûr, avec l’humour sur lui-même et l’humilité nécessaire face aux flash-back d’un passé à peine révolu. En un mot il s’agit d’une œuvre qui est le parfait miroir de son auteur, plein de sensibilité autant que de courage, du sens du devoir autant que d’indépendance d’esprit, de reconnaissance envers la France et de lucidité sur les évènements contemporains. Prophète il entrevoit le déclin de l’Occident,  humaniste il a le souci des plus faibles,  agnostique il reconnaît l’amour du Christ, homme malheureux en amour il ne connaît pas de plus grande  valeur d’existence que celle du couple. « On ne comprendra absolument jamais rien à mon œuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour ». Sa seule souffrance aura été celle d’ « un manque », entrevu comme un « trou » abyssal…

Brigitte Clavel Delsol

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 10:48

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mars 2014

362 pages

21,80€

 

 

C’est dans  un projet fou  que   Gabrielle, l’héroïne de ce roman, entraîne le lecteur : se sentir en harmonie avec ceux qui l’entourent, même si ceux-ci sont invisibles et ont quitté cette terre depuis longtemps. Il  faut croire  que le style de l’auteur est envoûtant pour suivre  les expériences  peu crédibles de cette jeune parisienne née d’un père physicien  newyorkais et d’une mère qui toute sa vie renia ses origines paysannes et dont elle hérite une propriété qui se révèle hantée. De santé mentale très solide, de tempérament plutôt matérialiste que mystique, Gabrielle se défend de toute conviction religieuse.  Quand elle réalise que sa vieille tante l’a attendue toute sa vie tandis que sa propre mère l’ignora et que son mari l’interne dans un hôpital psychiatrique quand elle lui fait part de ses dons de médium, Gabrielle finit par penser que le monde qu’elle côtoie est bien  étriqué.  Si elle croit s’éloigner  des Evangiles qui conseillent de « laisse(r) les morts enterrer leurs morts », elle ne fait en fait que de s’en rapprocher, ceux-ci appelant à vivre une vraie vie où « les brumes de l’apparence » doivent  être déchirées au profit de vérités trop souvent cachées, comme l’éternité de l’âme. Ouvrage original qui romance les  questions les plus existentielles.

Brigitte Clavel Delsol

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 14:42

Editions Albin Michel

Parution : Mai 2013

393 pages

21,90 €

 

Dans « Le palimpseste d’Archimède » comme dans tous ses romans  Eliette Abécassis laisse déferler autant son imagination que son érudition. Une suite de crimes  est l’occasion pour  le narrateur Joachim, jeune normalien, de découvrir un  monde de rites antiques dont la pratique est de sacrifier des humains. Bien vite il s’aperçoit que la cause première de cette tuerie en série de deux  professeurs  de la rue d’Ulm et d’un de ses amis  est  un vieux codex authentique qui  serait le palimpseste d’Archimède. Cette recherche de la vérité n’est  autre pour Eliette Abécassis qu’une occasion de relancer l’éternel débat entre déistes et rationalistes, entre obscurantistes et fanatiques. Le lecteur est emporté dans un courant d’évènements aussi bien historiques que fictifs qui font que du début à la fin du roman il espère un dénouement plus métaphysique que policier. Le criminel est bien trouvé, mais la Vérité, elle, reste dans  tout son mystère initial… Livre distrayant et passionnant grâce au style d’ Eliette Abécassis qui sait mener de paire intrigues et philosophies. Il est cependant regrettable que celle-ci manque trop souvent d’impartialité à l’égard de la religion chrétienne, tout spécialement des moines du Moyen-Age et de la congrégation des Jésuites, sans parler des Croisés…

B Clavel Delsol

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 14:53

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2013

437 pages

21,50 €

« Tout l’amour de nos pères » n ‘est autre qu’un hommage supplémentaire de la part de C. Signol à ce Périgord Noir auquel il est si attaché. Littérature populaire peut-être, mais récit authentique de plus d’un siècle de guerres successives où la province profonde sacrifiait ses fils pour l’honneur de la patrie et souffrait en silence d’être un coin trop souvent oublié, sauf par les guerres et les maladies. Ecrit sous forme de journal intime par les quatre générations successives de la famille Marsac, ce roman raconte les combats successifs que celle-ci mena pour servir ses compatriotes autant par les armes que par la médecine. Ludivine parviendra-t-elle à échapper au sort de cette cruelle condition humaine, même si elle se donne autant de mal que ses ancêtres ? Roman aussi plaisant à lire qu’instructif : « l’amour de nos pères » est seul à pouvoir faire croire en l’humanité. Et à la question inévitable : « qui gouverne réellement nos vies ? », la réponse coule de source à travers une jolie écriture sans prétention, mais pleine de finesse dans les sentiments, de volonté dans le devoir et d’émerveillement dans les plus petites choses car « on ne combat la mort que par la vie ».

Brigitte Clavel Delsol

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 07:38

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2014

596 pages

23,90 €

Plus qu’un roman, c’est un récit à trois voix, celle d’un jésuite français, d’un chef de tribu huron et de sa jeune prisonnière iroquoise. Toutes trois s’élèvent des terres sauvages du Canada, en plein XVIIème siècle, quand la religion catholique entreprend de convertir « les Sauvages » et que Hurons et Iroquois s’entretuent, les uns pour sauvegarder leurs race et traditions, les autres pour commercer avec le nouveau monde qui s’annonce. C’est un hymne à la vie, car chacun d’eux aime l’existence, la nature, l’amour, la guerre. Personne n’est épargné, ni les Jésuites dévoués au nom d’un Dieu tout puissant dont il faut suivre les lois et d’un Christ martyrisé dont il faut suivre l’exemple, ni la race indienne où s’entremêlent les forces du bien et du mal, les superstitions et les connaissances intuitives. A regarder de plus près c’est l’éternel humain qui est dépeint, avec ses fiertés et ses cruautés insoutenables, ses fragilités et sa force, ses rêves et sa spiritualité. Rien n’est laissé au hasard : une étude sociologique poussée ajoutée à un grand talent d’écrivain et de fin psychologue fait de ce livre une œuvre magistrale où l’homme, quel que soit le groupe auquel il appartient, veut poser à n’importe quel prix sa pierre angulaire « dans le grand cercle du monde ».

B Clavel Delsol

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