28 octobre 2015
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Editions du NiL
Parution : 2012
258 pages
20 €
En voulant ressusciter le roi Marcus Julius Agrippa, c’est non seulement l’histoire héroïque d’un homme fidèle à Rome et à la religion juive que relate J-C Lattès, mais aussi le récit du peuple juif victime de ses guerres intestines comme de son rattachement à l’Empire. Tandis que l’Empire romain est à son apogée, le 15 Octobre de l’année 41 du calendrier chrétien, Marcus Julius Agrippa entre dans Jérusalem, non seulement en tant que roi de Palestine mais de tous les Juifs. Ce petit-fils d’Hérode, élevé à Rome par l’Empereur Auguste, va montrer une constante détermination face aux empereurs romains successifs, Tibère le sévère, Caligula le cruel, Claude le généreux : faire respecter la liberté de culte dans un règne de paix, rester un juif pieux à Jérusalem tout en étant un esthète romain et hellène à Césarée. Double jeu ? Certains sont tentés de le croire à en juger l’effigie des pièces de monnaie qui varie selon la Loi de Moïse et la loi romaine, mais ceux-là n’ont rien compris. Grand bâtisseur désireux d’enrichir son peuple, Agrippa est avant tout un pacifiste. A l’aide de son ami philosophe Philon, il envisage un Empire qui change de nature, qui épouse sa foi, « où l’âme triomphe définitivement du corps ». Aux nombreux témoignages du célèbre historien Flavius Josèphe, J-C Lattès ajoute un récit historique précis, non dénudé d’intérêt car, malgré tous les efforts d’Agrippa, un pressentiment de malheur se dégage au fur et à mesure que souffle un vent de paganisme intolérant, aiguillonné par une succession d’ambitions démesurées et de jalousie refoulée. Une belle leçon d’humanisme autant qu’une belle page d’Histoire malheureusement trop vite interrompue!
B. Clavel Delsol
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2012
17 octobre 2015
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Editions : Phébus
Parution : Août 2015
438 pages
23 €
Antoine de Meaux ne cache pas son objectif : offrir un véritable cours d’histoire à travers son roman, car qui connaît vraiment les martyrs du Forez et de Lyon sous la Révolution? Sa tâche d’historien est d’autant plus aisée que sa famille est aux premières loges ce 10 Août 1793 lors de la chute des Tuileries. Ses ancêtres Louis de Torbeil et ses quatre beaux-frères de Pierrebelle ne sont pas du même côté que l’ex-oratorien Rambert Conche leur cousin, célèbre conseiller du révolutionnaire Joseph Chalier . Le lecteur assiste à leur fuite vers Lyon et le Forez, nouvelle petite Vendée dont ils sont originaires, car qu’attendre de Paris qui coiffe son roi d’un tricorne à plumes tricolores et d’une république qui a pour saints Chalier et Marat ? Rien d’autre malheureusement, selon le général Perrin de Précy, que le siège de Lyon. Et c’est alors que les évènements se précipitent, St Etienne, Montbrison et Feurs tombent au nom de la foi et de la liberté, tandis que la volonté des Lyonnais de résister au siège décuple. Mais les bourgeois et curés réfractaires ont vite fait d’être mitraillés, les échafauds de s’élever, les hôtels particuliers de brûler. Si les dernières images sont celles d’un Rambert Conche déambulant fièrement du côté des vainqueurs, le lecteur garde un souvenir indélébile de son frère Irénée, généreux négociant de soie, éliminé car trop riche, et de leurs quatre cousins Jean, Charles, Barthélémy et Camille de Pierrebelle tous fidèles à leur patrie et leur devoir, ainsi que les dévoués et attachants serviteurs. Récit magnifique, qui retient jusqu’aux détails de l’histoire et emporte le cœur et la raison.
Brigitte Clavel Delsol
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2015
9 octobre 2015
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Editions : Pocket
Parution : 2013
493 pages
Estimation : 4/5
Le célèbre village de Claude Monet a inspiré à Michel Bussi plus qu’une simple intrigue policière. Certes son roman commence par la mort de Jérôme Morval , amateur d’art et de femmes. Et bien que ce meurtre ne soit ni le premier ni le dernier, le lecteur trouve plaisir à se promener dans Giverny, que ses habitants protègent jalousement contre l’invasion touristique. Le style, plus semblable aux méandres de l’Epte et au chemin des Orties qu'au jardin du célèbre peintre, a autant d’attraits que les protagonistes : Stéphanie l’institutrice est-elle ange ou démon ? La petite Fanette fabule-t-elle quant à l’existence de James, vieux coach américain, apparemment seul conscient de ses talents d’enfant? Plein de mystères que deux inspecteurs devront découvrir, tout en ignorant la présence d'une vieille femme aigrie. Celle-ci les espionne depuis le haut de son moulin des Chennevières et suscite chez le lecteur une immense détestation, légitime ou pas, nul ne le sait… Bref, un roman si chaud en émotions et en couleurs, si précis en géographie et fin en psychologie, qu'aucun commentaire ne pourrait l’égaler. Un excellent passe-temps…
B. Clavel Delsol
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2013
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Editions : Folio
Parution : Août 2015
193 pages
Estimation : 2,5/5
« Ce livre enchantera votre journée », telle est la bande annonce de cette nouvelle qui n’empêchera pas le lecteur de trouver dans la vie de Guylain Vignolles des raisons de désenchanter. Car celui-ci a une vie bien morose, pour seule compagnon un poisson rouge, pour seul travail le pilonnage de papier avec un chef acariâtre, pour seul réconfort la lecture à haute voix des pages épargnées à ses risques et périls, et pour seul rêve une inconnue qui a perdu son piètre journal intime sur sa clé USB. Grâce à une alternance d’humour et de tristesse, le lecteur s’attache à Guylain, aussi naïf que le Candide de Voltaire, malheureusement dans un cadre aussi noir que celui de Zola. Car le recyclage ne symbolise pas pour l'auteur la grâce d’une deuxième vie accordée au vieux papier, mais l’entrave à la lecture, l’encouragement à une consommation jamais consommée, la force destructrice de la machine qui broie tout sur son passage, y compris l’homme lui-même. Heureusement une poignée de personnes suffira à redonner confiance à Guylain et aux lecteurs, car il y a des êtres plus forts que la fatalité, des mémoires et des cœurs plus imaginatifs et performants que la technologie elle-même…Sans aucun doute l’auteur fait partie de cette catégorie, même s’il oublie les bienfaits du progrès !
Brigitte Clavel Delsol
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2015
5 octobre 2015
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Éditions : Albin Michel
Parution : Septembre 2015
183 pages 16 €
Estimation 3/5
Qui n'a jamais souhaité marcher sur les traces de Charles de Foucauld à travers un Sahara qui attire autant qu' il effraye ? Eric-Emmanuel Schmitt, responsable d'un scénario sur la vie du grand saint a réalisé ce vœu et c'est cet exploit qu'il raconte dans son dernier livre. Il a à peine 28 ans quand il traverse à pied le désert qui sépare le fortin de Tamanrasset construit par Charles de Foucault et l'ermitage d'Assekrem où celui-ci aimait se retirer. Philosophe de formation E-E Schmitt fait preuve d'un rationalisme invincible, contrebalancé cependant par une hypersensibilité d'adolescent . Sans doute celle-ci est-elle ravivée par sa récente documentation sur le célèbre mystique et surtout par la traversée d'un paysage tout à la fois cauchemardesque et riche en révélations. C'est cette avancée dans le désert saharien qui va métamorphoser ce jeune scénariste agnostique. En effet amateur de sensations fortes, cet esthète y subit une expérience qui lui révèle la présence divine. Il garde jalousement ce secret pendant plus de trente ans, car, se demande-t-il, l'émotion à elle seule peut-elle résoudre un tel mystère métaphysique? C'est sur cette incertitude que reste le lecteur tout en ayant passé, comme toujours avec E-E Schmiit, un bon moment de lecture.
B Clavel Delsol
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2015
29 septembre 2015
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Editions des Equateurs
Parution : Mai 2014
231 pages
13,50 €
Estimation : 4 /5
Certains pensent qu’il faut être cloué au lit pour lire Marcel Proust, d’autres qu’il faut la torpeur de l’été. Gageons que l’automne soit le moment le plus opportun ! Un travail collectif de plusieurs spécialistes de Proust y contribue. Ceux-ci voient dans « le temps perdu » et « le temps retrouvé" une initiation philosophique, la différence entre le moi social et le moi profond, entre inspiration et écriture, entre mémoires volontaire et involontaire. Alors loin l’idée d’une confession de la part de Proust, mais plutôt une fresque de portaits toujours inspirés par « la comédie humaine » et par le temps, principal agissant, même s'ils apparaissent comme des "ombres impénétrables". En faisant du sentiment amoureux un thème important, Proust pointe du doigt les vertus et les vices, la générosité et la tyrannie, si bien que l’amour est indissociable de la souffrance, outil indispensable de la connaissance. C’est pourquoi l’imaginaire est important, « voie obligée de l’écriture », seul moyen de venir à bout de la quête d’identité et de "garder toujours un morceau de ciel bleu au-dessus de votre tête". Enfin c’est un air pur qui balaie sa chambre quand Marcel Proust se révèle aussi patriotique qu’humaniste en rendant hommage à tous les soldats sublimes qui rachètent les blancs-becs en smoking…Un petit condensé précieux des trois mille pages de toute une vie …
Brigitte Clavel Delsol
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2014
28 septembre 2015
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Editions : Rivages
Parution : Mars 2015
217 pages
21 €
Estimation : 4,5 / 5
Quand on découvre « la théorie révolutionnaire de l’existence du merveilleux dans la vie » de G.K. Chesterton, on comprend pourquoi F. Rivière consacre un livre à cette célébrité britannique trop souvent mal connue. Cette biographie rédigée avec la même originalité que celle de son sujet est passionnante, révélant heurs et malheurs d’un écrivain qui touche au dessin, au journalisme, à la poésie, aux nouvelles, romans et essais, sans parler de ses innombrables conférences internationales. Tout est paradoxal chez ce bon vivant qui s’attaque à l’establishment britannique, et chez cet anglican qui ne jure que par la religion catholique. Mais, dira Kafka, « il est tellement joyeux qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’il a trouvé Dieu » et c’est peut–être et sans doute grâce à cette trouvaille que Chesterton tient une place importante dans la littérature. Car si les personnages de ses romans policiers sont excentriques, « ils soulèvent le couvercle de l’anxiété qui l’étreint sournoisement ». Chacun d’eux n’est que prétexte à une symbolique profonde : G.K. Chesterton mêle le comique au tragique avec une aisance toute shakespearienne, son tempérament ambivalent ne fait qu’ajouter de la fantaisie à une rigueur morale intransigeante. Ses talents d’orateur enchantent le public séduit par sa facilité d’aborder tous les sujets : G.K. Chesterton réfute l’évolutionnisme de Darwin , développe le distributisme, théorie politique qui lui est chère, tout en poursuivant la saga policière de Mr Brown ou la biographie de St François d’Assise ! Mais avant d’être un homme séduisant, Chesterton est un homme de conviction qui tient à défendre que le catholicisme n’est point « une petite secte » mais une philosophie vivante et que, sans elle, les "monstres" guettent sans cesse et mènent à un monde de fous dangereux. Alors son souci du genre humain et son humour redoublent, tandis que sa fierté n’est autre que celle d’être appelé « Uncle Chesnut », et sa joie de voir que « la prohibition n’est après tout pas une mauvaise chose puisqu’elle incite les gens à fabriquer eux-mêmes leur alcool! ». Aux lecteurs de F. Rivière il ne reste plus que d’aller se détendre avec Mr Brown dont le but unique est de convertir et faire rire tout à la fois …
Brigitte Clavel Delsol
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2015
23 septembre 2015
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Éditions : Grasset
Parution: 2013
346 pages
19 €
Estimation : 4,5 / 5
Qui est vraiment cet ermite Nikodime au tempérament tourmenté et au passé inconnu ? En 1937 les bolcheviques pillent les églises et exterminent prêtres et moines. Après avoir recueilli une douzaine de rescapés, Nikodime crée " la confrérie des moines volants" qui se donne pour mission de sauver les trésors d'art sacré encore épargnés . L'intérêt du livre va au-delà de cette initiative courageuse qui fit de Nikodime un grand martyre orthodoxe. Car deux générations plus tard un dénommé Mathias Marceau fait des découvertes inattendues au décès de son père dont il ignore tout. Pourquoi celui-ci ne lui a jamais dit qu'il était orthodoxe, qu'il peignait des icônes et les envoyait au père Ashrakoff pour la réouverture des églises russes, et d'où venaient ses mains épaisses et rugueuses , lui le fin ébéniste? Tandis que le lecteur y reconnaît celles du rustre Nikodime, Mathias va découvrir le secret de sa grand-mère qu'il n'a jamais connue et surtout la cachette des trésors sauvés par la confrérie. Mais , comme Nikodime lui-même, l'URSS des années 2000 n'a pas envie de déterrer un passé qu'elle s'efforce d'oublier. Mathias , le petit photographe de mode française , et Ashrakoff, l'humble prêtre sans autre ambition que d'aider ses proches, sauront-t-réagir pour mettre au grand jour les crimes dont personne ne se veut responsable? Livre magnifique sur le rachat du péché, seule porte ouverte à la rédemption.
Brigitte Clavel Delsol
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2013
19 septembre 2015
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Éditions : Julliard
Parution : Août 2015
Prix : 18 €
. Estimation 4,75/5
Dans son dernier roman Yasmina khadra se surpasse . Si le sujet semble rébarbatif au premier abord, le lecteur à vite fait d être séduit par l'envolée de l'écriture qui fait d'un petit berger bâtard un tyran sanguinaire. La parole est au colonel Kadafi , mais c'est le portrait de tout dictateur déchu que Khadra parvient à dépeindre. La lucidité du Raïs sur lui - même comme sur son peuple est aussi grande que sa cruauté . Se croyant infaillible dans ses jugements, il se plaît à désarçonner ses plus fidèles serviteurs pour les éliminer un à un et rester seul sur la scène politique .La servilité des uns comme la révolte des autres excitent sa cruauté en même temps que sa verve. Se prenant pour un élu des dieux avant de se considérer comme un dieu lui même le Rais finira par comprendre qu'il n'est pas aisé de "mettre à genoux la fatalité". Celui qui disait ne pas craindre la mort mourra comme un rat tétanisé . Yasmina Kadra n' a d'autres intentions que de rappeler les dangers d un pouvoir dictatorial . Il réussit à merveille grâce à une biographie approfondie et des faits historiques précis.
Published by brigitte clavel-delsol
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2015
15 septembre 2015
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Editions : Albin Michel
Parutions : 2014-2015
20 €
Estimation : 4, 75/5
Cet écrivain irlandais mérite d’être plus connu en France. Ses deux derniers romans sont des splendeurs. « Un ciel rouge le matin » est bouleversant. Avec art il dépeint la pauvreté de l’Irlande au début du XIXème, le miracle qu’était alors une traversée de l’Atlantique et le débarquement sur l’eldorado américain qui se révèle être un cimetière. En 1832, au nord-ouest de l’Irlande, Coll Coyle, sans raison expulsé de sa ferme, tue de colère le fils arrogant de son riche propriétaire et s’enfuit avec pour seule arme et seule ancre le ruban de sa fille. Si l’atmosphère est du début à la fin celle du combat incessant pour survivre à travers les tourbières irlandaises, les tempêtes en bateau et un choléra impitoyable outre-mer, le style sait rester à la hauteur de toutes les espérances, réaliste, mais pas dénudé de poésie, violent plus qu’on ne saurait l’imaginer, mais plein de sensibilité sous-jacente. Roman qui incite à lire « La neige noire », paru cet été, tout aussi magnifique. Le thème de l’immigration y est d’autant plus dramatique que c’est dans son Irlande natale que rentre cette fois le personnage principal, Barnabas Kane, où il subit, comme Coll Coyle, les impitoyables cruautés de la terre et des hommes. Paul Lynch met en exergue ces beaux vers de T.S. Eliot : « Quand viendront les temps du malheur,/ Qui se souviendra de ma maison, où vivront / Les enfants de mes enfants ? »… Deux histoires intemporelles…
Brigitte Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
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2015